mardi 10 mai 2022

Nouvelle Babel de Michel Bussi

 












Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 03/02/2022
Nombre de pages : 446
Genre : anticipation

L'auteur :













Géographe de formation, longtemps professeur d’université à Rouen, Michel Bussi a eu, très jeune, l’envie des mots et des intrigues. En quelques années, il est devenu l'un des auteurs les plus lus en France. Ses romans, concentrés de suspense, de virtuosité et d’émotions, décryptent aussi notre société d’un regard à la fois juste et moderne. Toujours empreint d’humanité. Une signature qui vaut aujourd’hui à l’auteur de Nymphéas noirs, Maman a tort, Le temps est assassin, Au soleil redouté ou Rien ne t'efface d’être adapté avec succès en bandes dessinées, en séries pour la télévision, d’être traduit dans 37 pays et d'entretenir un lien durable avec ses lectrices et lecteurs.

Quatrième de couverture :

Jouant avec les codes du suspense, de la manipulation et du roman d'anticipation, Michel Bussi ne vous aura jamais autant fait voyager.
La méthode, calme et systématique, du tueur terrifia les trois enquêteurs. Qui était cet assassin progressant à visage découvert ? Déjà, leurs tabletas se connectaient aux bases de données planétaires de reconnaissance faciale. Plus personne ne pouvait rester anonyme dans le monde actuel. Dans quelques secondes, ils connaîtraient l'identité de ce monstre.
La suite du film fut plus sidérante encore.

2097. Sur une île privée paradisiaque inaccessible, de paisibles retraités sont assassinés
Trois policiers, un journaliste ambitieux et une institutrice nostalgique s'engagent dans une folle course contre la montre pour préserver l'équilibre d'un monde désormais sans frontières, où la technologie permet aux humains d'être à la fois ici et ailleurs.

Mon avis : 

«  Aujourd'hui, la Terre est devenue un bien de consommation comme les autres. Avant, les Terriens la protégeaient, entretenaient un lien viscéral avec elle, vital, organique. »

Bienvenue dans le monde de demain imaginé par Michel Bussi. Nous sommes projetés en 2097, une époque où la terre est devenue une grande nation sans frontières, suite au changement de la constitution survenu en 2058. Le mantra des terriens : « Une seule Terre, un seul peuple, une seule langue. ». 
Nous voici plongés dans une époque où comme dans un épisode de Star Trek, la téléportation est devenue possible pour tous ceux qui le souhaitent. Une planète où les moyens de locomotion sont devenus des pièces de musées. Un monde dépourvu de villes et de magasins. Une planète Terre où vous pouvez loger au fin fond de la pampa si ça vous chante.
Pas de voyages intergalactiques, mais la possibilité de se rendre aux quatre coins du monde d'une simple pression du doigt sur son TPC.
Un monde idéal pensez-vous ? L'assassinat de dix paisibles retraités sur une île du Pacifique va tout remettre en question. 
Un trio d'enquêteurs chevronnés, parasité dans son action par un journaliste arriviste et une institutrice trop curieuse, va découvrir une vérité bien plus sombre, tapie derrière l'image lisse d'un monde parfait. 
Le compte à rebours est lancé pour tenter d'enrayer une terrible menace qui pèse sur le globe

Désertant le registre du polar traditionnel, Michel Bussi nous livre un thriller d'anticipation rythmé, déconstruisant habilement le fantasme de la possibilité d'un monde parfait. On sent la patte du géographe à travers ce récit qui nous fait voyager aux quatre coins de notre belle planète.
Et surtout, en imaginant un monde uniformisé à outrance, ce roman nous interroge sur l'importante de l'identité culturelle des peuples, de l'intérêt de cultiver nos singularités, de préserver et de pouvoir transmettre notre patrimoine et nos croyances. 
Une fiction qui nous amène intelligemment à nous questionner  sur l'importance décisive que nos choix actuels auront sur le monde de demain !



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samedi 9 avril 2022

L'affaire Alaska Sanders de Joël Dicker

 












Éditeur : Rosie & Wolfe
Parution : 10/03/2022
Nombre de pages : 576
Genre : littérature Suisse

L'auteur : 














Né à Genève en 1985, Joël Dicker est juriste de formation. En 2010, il reçoit le Prix des écrivains Genevois pour son premier roman "Les Derniers Jours de nos pères. "La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert" a obtenu le Grand Prix du Roman de l'Académie française et le Prix Goncourt des Lycéens en 2012. Joël Dicker a également publié "Le livre des Baltimore" (2015), "La disparition de Stéphanie Mailer (2018) et "L'énigme de la chambre 622 (2020).

Quatrième de couverture : 

La suite de Harry Quebert
Avril 1999. Mount Pleasant, une paisible bourgade du New Hampshire, est bouleversée 
par un meurtre. Le corps d'une jeune femme, Alaska Sanders, est retrouvé au bord d'un lac. L'enquête est rapidement bouclée, la police obtenant les aveux du coupable et de son complice.
Onze ans plus tard, l'affaire rebondit. Le sergent Perry Gahalowood, de la police d'État du New Hampshire, persuadé d'avoir élucidé le crime à l'époque, reçoit une troublante lettre anonyme. Et s'il avait suivi une fausse piste ?
L'aide de son ami l'écrivain Marcus Goldman, qui vient de remporter un immense succès avec La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, inspiré de leur expérience commune, ne sera pas de trop pour découvrir la vérité.

Mon avis :

« La grande faiblesse de la mort, c'est qu'elle ne peut venir à bout que de la matière. Elle ne peut rien contre les souvenirs et les sentiments. Au contraire, elle les ravive et les ancre en nous pour toujours, comme pour se faire pardonner en nous disant : C'est vrai, je vous enlève beaucoup, mais regardez tout ce que je vous laisse. »

Pour notre plus grand plaisir, Marcus Goldman, le héros récurrent de Joël Dicker, reprend du service dans ce nouvel opus dont l'intrigue se déroule en 2010. Retrouvant le sergent Perry Gahalowood, avec qui il avait résolu le mystère planant autour de son mentor Harry Quebert quelques années auparavant, l'auteur à succès va s'intéresser à un vieux dossier criminel. Un drame sanglant qui avait défrayé la chronique à la fin des années 1990 et qui va revenir sur le devant de la scène suite à  l'intrigante missive d'un corbeau qui sème le doute sur l'identité des meurtriers. 
En 1999, la disparition tragique de la jeune reine de beauté Alaska Sanders avait mis en émoi la petite ville de Mount Pleasant. La jeune femme à la vie en apparence lisse et sans histoires, avait été retrouvée assassinée autour du lac préféré des pécheurs du coin. Un faisceau d'indices concordants avait très vite mené à l'arrestation de deux coupables, permettant de rapidement boucler l'affaire. 
Et si les enquêteurs s'étaient fourvoyés à l'époque ? Et si le meurtrier courrait toujours ? C'est l'énigme que va tenter de résoudre l'attachant tandem de fins limiers !

Retour gagnant pour Joël Dicker, qui frappe fort avec cette nouvelle aventure de Marcus Goldman qui viendrait clore une trilogie. De chausse-trappes en rebondissements, on ne s'ennuie pas un seul instant dans ce roman à tiroirs dont l'intrigue court sur près de 600 pages sans jamais s'essouffler. 
Rivalité, cupidité, jalousie, veulerie et trahison viennent jalonner cette ténébreuse affaire. De redoutables leviers qui mèneront les différents protagonistes au point de non-retour… jusqu'au drame ultime ! 
On se prend à espérer un quatrième tome venant compléter les aventures de notre écrivain-enquêteur. Et si Marcus reprenait du service pour tenter de résoudre l'Affaire Gaby Robinson, douloureuse épine dans le pied du sergent Matt Vance dont il est succinctement question dans l'épilogue ? Affaire à suivre… 


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dimanche 27 mars 2022

Les trois épouses de Blake Nelson de Cate Quinn

 












Éditeur : Presses de la cité
Parution : 16/09/2021
Nombre de pages : 535
Traduction : Maxime Berrée
Genre : polar (Angleterre
)

L'auteure : 









Auteure de romans historiques à succès en Angleterre, autrefois journaliste pour The Guardian, The Times et The Mirror, Cate Quinn signe ici son premier thriller.

Quatrième de couverture :

Blake Nelson est retrouvé mort dans le désert. La police soupçonne sa femme l'avoir tué. Mais laquelle ?
RACHEL, PREMIÈRE ÉPOUSE
" Pardonne-moi, Seigneur, j'ai menti à un policier aujourd'hui. Je lui ai dit que Blake n'avait jamais levé la main sur moi. "

TINA, SŒUR-ÉPOUSE
" Quand les flics m'ont embarquée, j'ai cru qu'ils nous arrêtaient pour polygamie. À Vegas, je me faisais arrêter pour racolage. Ici, c'est parce que je suis mariée. "

EMILY, SŒUR-ÉPOUSE
" " Tu peux être toi-même ici ', m'a dit Blake. Ce qu'il voulait dire, je pense, c'est que je pouvais être à lui. "

Contre la volonté de sa famille et les règles de l'Église mormone, Blake Nelson a épousé trois femmes. Tous les quatre vivent dans un ranch miteux perdu au beau milieu de l'Utah, dans l'attente de la Fin des Temps. Personne ici ne les dérangera. Jusqu'à ce que le corps de Blake soit retrouvé dans un sale état.
Bienvenue chez les mormons !


Mon avis : 

« Ma mère me disait toujours : " Vous voulez savoir si une personne est vraiment mauvaise ? N'écoutez pas ce qu'elle dit, oubliez ce qu'elle déclenche en vous. Regardez ce qu'elle fait." »

Elles sont trois : Rachel la ménagère accomplie, Emilie la mythomane et Tina la dévergondée.  Leur point commun ? Elles ont toutes trois épousé le même homme, Blake Nelson, un mormon polygame. 
Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné de façon plutôt barbare, non loin de la baraque délabrée qu'il occupait avec ses trois femmes en plein désert de l'Utah, ces dernières sont immédiatement suspectées par la police. Retranchées de toute vie sociale et subissant des règles de vie épouvantablement contraignantes, le trio de femmes était loin de s'apprécier et elles avaient toutes une bonne raison de vouloir se débarrasser de leur survivaliste d'époux. 
Cuisinées à tour de rôle par l'agente Brewer et le détective Carlson, les trois mormones s'avèrent beaucoup plus complexes et rusées que ne l'imaginaient les enquêteurs. Entre passé trouble, sévères traumatismes d'enfance et secrets inavouables, elles vont donner du fil à retordre aux investigateurs et vont bientôt faire front commun, au grand dam du trio de flics noyés sous un déluge d'indices compromettants qui pourraient signer la culpabilité des unes comme des autres.
Quand l'improbable vérité sur la mort de Blake Nelson surgira, le lecteur tout comme les deux limiers en tombera de sa chaise. Que ce soit en raison de l'identité du meurtrier ou de ses mobiles ! 

Palme de l'originalité pour ce polar dépaysant dont l'intrigue se déroule chez les mormons polygames. Retorse à souhait, alambiquée et  diaboliquement construite, l'intrigue qui court sur plus de cinq cent pages happe le lecteur dans ses filets savamment entortillés. 
L'auteur nous ouvre les portes sur un monde méconnu, aussi intriguant qu'effrayant, nous donnant à réfléchir sur des thèmes d'actualité tels que le fondamentalisme religieux ou les dérives sectaires.
Un polar à dévorer tant pour la qualité de son intrigue que pour l'insolite incursion en terra incognita !



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samedi 12 mars 2022

Un long, si long après-midi de Inga Vesper













Éditeur : Éditions de la Martinière
Parution : 04/03/2022
Nombre de pages : 410
Traduction : Thomas Leclere
Genre : littérature anglaise

L'auteure : 














Inga Vesper vit en Ecosse. Elle a longtemps travaillé comme aide-soignante, avant de se tourner vers le journalisme-reportage (en Syrie et en Tanzanie notamment). Un long, si long après-midi est son premier roman.

Quatrième de couverture : 

« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore. »

Dans sa cuisine baignée de soleil californien, Joyce rêve à sa fenêtre. Elle est blanche, elle est riche. Son horizon de femme au foyer, pourtant, s’arrête aux haies bien taillées de son jardin. Ruby, elle, travaille comme femme de ménage chez Joyce et rêve de changer de vie. Mais en 1959, la société américaine n’a rien à offrir à une jeune fille noire et pauvre. Quand Joyce disparaît, le vernis des faux-semblants du rêve américain se craquelle. La lutte pour l’égalité des femmes et des afro-américains n’en est qu’à ses débuts, mais ces deux héroïnes bouleversantes font déjà entendre leur cri. Celui d’un espoir brûlant de liberté.

Mon avis :

« - C'est toujours une histoire d'hommes. Ils guident leur existence, et elles n'en tirent aucune leçon. Elles se relèvent, remettent du rouge à lèvres et courent après le suivant. »

En cet été caniculaire de 1959, le paisible quartier résidentiel de Sunnylake va se réveiller d'une trop longue léthargie. 
Quand Ruby, la jeune bonne afro-américaine passe la porte de la jolie maison de banlieue de son employeuse, elle trouve la toujours rutilante cuisine maculée de sang et les deux jeunes enfants en pleurs, livrés à eux-mêmes. 
Mais où est donc passée la riche et tirée à quatre épingles Joyce ? 
Injustement soupçonnée et emprisonnée par la police, l'employée de maison est finalement relâchée par l'inspecteur chargé de l'enquête. Fraîchement débarqué de New York et mésestimé par sa hiérarchie en raison d'une faute professionnelle qu'il traîne comme un boulet, ce dernier est sommé de faire ses preuves en résolvant cette drôle d'affaire au plus vite. 
Aidé dans sa tâche par Ruby, qui en sait bien plus qu'il n'y paraît, l'inspecteur Blanke va découvrir en Sunnylakes un monde factice, mêlé de noirceur, d'hypocrisie et de contradictions, aux antipodes du tableau lisse et idyllique présenté en surface. 
Plus les apparences vont se lézarder et plus terrible sera l'implacable et cruelle vérité que va débroussailler et mettre à jour l'improbable duo d'enquêteurs…

Ode à la liberté et plaidoyer pour un monde plus juste, ce polar à consonance féministe est diablement efficace dans son genre. Avec en arrière plan la condition des femmes, des minorités ethniques et des pauvres dans l'Amérique des sixties en pleine guerre froide, l'auteure brosse un cinglant portrait de l'époque.
On plonge dans les entrailles de cette féroce histoire avec un plaisir coupable. Les personnages principaux sont attachants et la narration rythmée par de nombreux rebondissements. J'ai avalé ces pages sans discontinuer, happée par la trame dynamique de cette histoire, malgré quelques invraisemblances qui n'ont pas ternies l'ensemble du récit. 
Si vous aimez les romans polyphoniques gorgés de suspense et l'atmosphère vintage et grinçante de la série Mad Men, vous devriez passer un excellent moment de lecture !



Merci aux éditions de la Martinière et à Babelio.
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samedi 12 février 2022

La bibliothèque de minuit de Matt Haig

 













Éditeur : Mazarine
Parution : 05/01/2022
Nombre de pages : 414
Traduction : Dominique Haas
Genre : littératur
e anglaise

L'auteur : 









Né en 1975, Matt Haig a fait des études de lettres et d'histoire. Rester en vie (Philippe Rey, 2016), son œuvre autobiographique, fut numéro un sur la liste du Sunday Times. Il a par ailleurs écrit cinq romans dont deux ont été adaptés au cinéma. Ces livres sont traduits dans quarante langues. La Bibliothèque de Minuit, plébiscité par la presse internationale, est depuis sa parution sur la liste des meilleures ventes aux États-Unis, en Angleterre et en Allemagne. Lauréat de nombreux prix, il vit actuellement à Brighton.


Quatrième de couverture :


À trente-cinq ans, Nora Seeds a l'impression d'avoir tout raté. Lorsqu'elle se retrouve un soir dans la mystérieuse Bibliothèque de Minuit, c'est sa dernière chance de reprendre en main son destin. Si elle avait fait d'autres choix, que se serait-il passé ?
Avec l'aide d'une amie bibliophile, elle n'a qu'à prendre des livres dans les rayonnages, tourner les pages et corriger ses erreurs pour inventer la vie parfaite. Pourtant, les choses ne se déroulent pas comme elle l'imaginait.
Avant que minuit sonne, pourra-t-elle répondre à l'énigme la plus importante : qu'est-ce qu'une vie heureuse ? 

Mon avis :


« Ce n'est pas ce qu'on regarde qui compte, c'est ce qu'on voit. »

Que la vie est donc impitoyable ! A 35 ans, Nora Seeds est au bout du rouleau. Après avoir rompu avec son fiancé et s'être brouillée avec ses proches, elle vient de perdre son travail, son chat et ses dernières illusions. Alors, sur un coup de tête elle décide d'en finir avec la vie. 
Mais rien ne se passe comme prévu. Le cocktail d'alcool et de médicaments qui devait l'envoyer ad patres l'expédie dans une mystérieuse bibliothèque, tenue par l'ancienne documentaliste du collège de son enfance qui l'a soutenue dans les moments difficiles. 
Dans ce lieu de la dernière chance, la jeune femme va pouvoir envoyer valser ses regrets et vivre une multitude de vies parallèles à la sienne : glaciologue, rock star, femme au foyer comblée, championne de natation… et peut-être trouver la vie qui lui conviendrait. 
Nora va se lancer dans une quête effrénée de la vie parfaite et découvrir que le bonheur n'est pas toujours là où on l'attend.
Aura-t-elle l'opportunité de savourer une deuxième chance ? 

La bibliothèque de minuit est un sympathique roman fantastique teinté de philosophie, bienveillant, réconfortant et truffé de messages simples qui font mouche, ainsi qu'une réjouissante ode à la lecture. 
On se laisse facilement emporter par cette histoire attachante et l'on suit avec régal les singulières péripéties de l'attendrissante Nora.
Un livre pour gommer les regrets et donner le sourire aux lèvres, qui devrait plaire au plus grand nombre !



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dimanche 16 janvier 2022

L'affaire Rambla ou le fantôme de Ranucci d'Agnès Grossmann

 











Éditeur : Les Presses de la Cité
Parution : 06/01/2022
Nombre de pages : 318
Genre : document

L'auteure :














Agnès Grossmann est journaliste (télévision et presse écrite), auteure de documentaires, notamment pour l'émission " Faites entrer l'accusé", sur les affaires Omar Raddad, Francis Heaulme ou Patrick Dils. Férue de criminologie, elle a publié L'Enfance des criminels (Hors Collection, 2012).

Quatrième de couverture :

La reconstitution passionnante de l'affaire Ranucci. Avec elle, les débats houleux de l'erreur judiciaire et de la peine de mort. Trente ans plus tard, Jean Rambla, victime et témoin de l'affaire et du " pull-over rouge ", sera accusé de meurtres. Concis, humain, passionnant, ce récit raconte une époque et ses destins. Entre doute et intime conviction : une quête de vérité.
C'est l'une des plus grandes affaires criminelles du XXe siècle. Le 3 juin 1974, à Marseille, Marie-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée sous les yeux de son petit frère, Jean-Baptiste, puis retrouvée morte deux jours plus tard.
Condamné à mort pour ce crime, Christian Ranucci sera guillotiné le 28 juillet 1976. Depuis, sa culpabilité a été remise en cause par l'écrivain Gilles Perrault dans son livre Le Pull-over rouge.
Quarante ans plus tard, Jean-Baptiste Rambla a tué deux femmes. Il est devenu un criminel à son tour. Devant les psychiatres, il invoque le fantôme de Ranucci qui le hante et ceux qui, selon lui, ont " volé la vérité ". En revenant sur l'affaire Ranucci, appelée aussi l'affaire " du pull-over rouge ", Agnès Grossmann retrace la tragédie de la famille Rambla, anéantie par la perte et le chagrin, emportée sans ménagement dans la tourmente judiciaire et broyée par la machine médiatique.

Mon avis :

« Jean-Baptiste Rambla apparaît prisonnier de ce 3 juin 1974, qu'il semble condamné à vivre et revivre tel le héros tragique d'un jour sans fin. »

Nous sommes le 3 juin 1974. Un lundi de pentecôte ensoleillé qui va tourner au cauchemar pour la famille Rambla. Leur fille ainée Marie-Dolorès, 8 ans, va être violemment assassinée après avoir été enlevée en présence de son petit frère Jean-Baptiste. Un enfant de seulement six ans, impuissant et inconscient du drame qui se prépare et qui va changer sa destinée.
Le tueur âgé de seulement vingt reconnait très vite les faits. Il a mis les enfants en confiance en leur demandant de l'aider à retrouver son chien et en a profité pour enlever la petite fille. Les preuves sont accablantes. Il va même indiquer aux policiers l'endroit précis où il a caché l'arme du crime. L'affaire ultra-médiatisée déchaîne les passions, le peuple français réclame la tête de l'assassin. 
Le procès se terminera par une condamnation à mort. Christian Ranucci sera guillotiné le 28 juillet 1976.
L'affaire aurait pu s'arrêter là, laissant la famille Rambla à son deuil, loin du brouhaha des médias.
Malheureusement, la sortie du livre Le pull-over rouge en 1978, une enquête romancée sur cette affaire jetant le doute sur la culpabilité de l'assassin, va mettre le feu aux poudres et raviver la douleur de la famille endeuillée. 
La parution de ce roman encensé par les médias va faire l'effet d'une bombe. Il va secouer le peuple et relancer le débat public houleux et passionné sur l'abolition de la peine de mort, mesure qui sera adoptée en 1981 sous le septennat de François Mitterrand. Christian Renucci sera l'avant-dernier condamné à être guillotiné en France. 
La famille Rambla n'acceptera jamais que la culpabilité irréfutable du criminel soit remise en cause. Le père va entreprendre une lutte acharnée pour lever le doute qui pèse sur la culpabilité du meurtrier de sa fille, entraînant son fils Jean-Baptiste dans sa bataille. Un fils déjà terriblement éprouvé qui se sent coupable de ne pas avoir sauvé sa sœur et qui va devenir un criminel à son tour, en assassinant brutalement deux femmes…

Tout comme l'affaire du petit Gregory, l'affaire Ranucci a enflammé l'opinion public en son temps. Un crime d'enfant abominable et incompréhensible, ultra-médiatisé et ne laissant aucun répit aux familles endeuillées. 
Pendant plusieurs décennies, ce dossier qui fut un précieux levier pour l'abolition de la peine de mort a échauffé et partagé les esprits, revenant régulièrement sur la scène médiatique avec des  livres, des films, des débats télévisés ou des reportages.
Avec force détails et beaucoup d'humanité, l'auteure du présent ouvrage revient sur la douleur et le traumatisme vécu par la famille Rambla qui s'est sentie dépossédée de son droit au deuil et attaquée par la vindicte populaire, les rendant coupables d'avoir favorisé l'envoi d'un homme à l'échafaud. Quarante ans après, le fils deviendra un assassin à son tour. Quelle part a joué le traumatisme d'enfance dans ce passage à l'acte ? Aurait-il tout de même tué ? Nul ne le saura jamais.
Difficile de ressortir indemne de cette lecture sur laquelle plane en permanence l'ombre inquiétante du chien noir !  
 


Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité.

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samedi 15 janvier 2022

Humoresques en Si de Didier Lafond

 













Éditeur : Mots en toile
Parution : 10/12/2020
Nombre de pages : 87
Genre : littérature québécoise

L'auteur :

Didier Lafond au salon du livre de Montréal 2021

















Germaniste de formation, Didier Lafond signe avec Humoresques en Si son premier roman. À l'âge de la retraite, l'auteur se consacre à ses passions : les langues, notamment le japonais et le piano jazz. 
Installé au Québec depuis près de 25 ans, il a vécu en France et en Allemagne où il a exercé les professions d'enseignant et de traducteur (français, allemand, anglais).

Quatrième de couverture :

Une à une, les notes Si disparaissent des partitions et des oeuvres musicales. La quête commence dans une ambiance onirique, aux confins du Grand Nord, se poursuit dans un Montréal aux pourtours diaphanes et se termine au Japon. Baignant dans la mythologie, la linguistique et la musicologie, ce conte fantastique est une invitation à la réflexion sur notre monde moderne.

Mon avis : 

« Il faudra une oeuvre régulière, précisa-t-il, apte à orienter le tout dans le bon axe. L'entrée dans le couloir temporel est toujours délicate. Mais mes calculs convergent : harmonie, rythme, mélodie, nous avons là la composition parfaite qui permettra une mise en orbite favorisant le passage des temps intermédiaires vers le couloir de l'entre-temps. »

Equarisseur de mots dans un laboratoire sémantique de Montréal, le narrateur de ce conte fantastique reçoit une invitation mystère pour se rendre dans le grand nord canadien. Ce dernier est reçu dans le plus grand secret par le Maître, qui n'est autre que le défunt pianiste Glenn Gould. Le brillant concertiste sollicite son aide pour une mission secrète de la plus haute importance. Il lui confie que les Si disparaissent progressivement des partitions, notamment dans les sonates pour piano comme la sonate en Si mineur de Liszt. Une disparition accompagnée d'un  étrange phénomène : plus les Si se volatilisent et plus le prix de l'or augmente en bourse. 
Pour mettre fin à cette hécatombe, notre relateur va parcourir l'espace-temps dans son vaisseau-piano du nom d'Apollon en compagnie de son amie Penta, aux incroyables mains de virtuose. Les deux voyageurs du temps vont vivre une aventure inoubliable, aussi magique que mouvementée, rencontrant les plus grands pianistes de l'histoire de la musique lors de leurs pérégrinations dans le temps. 
Des grandes villes d'Europe au Japon d'aujourd'hui, ce périple leur réservera bien des surprises. 
Arriveront-ils à mettre fin à l'épidémie qui ravage les Si ?

Roman atypique aux thèmes éclectiques, Humoresques en Si est une épopée fantastique aux tonalités musicales et philosophiques, flirtant avec la sémantique et la mythologie. Les mélomanes tout comme les néophytes qui s'intéressent à la musique classique, apprécieront les nombreuses anecdotes et références musicales qui viennent parsemer ce récit.
En toile de fond, ce roman nous interroge intelligemment sur la société de consommation, notre avidité toujours plus grande et il nous alerte sur les dangers de perdre notre patrimoine si nous n'en prenons pas plus grand soin. 
Un ovni littéraire aussi original que subtil !


Glenn Gould

Merci à Didier Lafond.
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samedi 11 décembre 2021

Mon mari de Maud Ventura

 













Éditeur : Iconoclaste
Parution : 19/08/2021
Nombre de pages : 355
Genre : littérature française

L'auteure : 


















Maud Ventura a vingt-huit ans et vit à Paris. Normalienne et diplômée d'HEC, elle rejoint France Inter juste après ses études. Elle est aujourd'hui rédactrice en chef des podcasts dans un grand groupe de radios. Elle ne cesse d'explorer la complexité du sentiment amoureux dans son podcast " Lalala " et dans son premier roman Mon mari.

Quatrième de couverture : 

« Excepté mes démangeaisons inexpliquées et ma passion dévorante pour mon mari, ma vie est parfaitement normale. Rien ne déborde. Aucune incohérence. Aucune manie. »

Elle a une vie parfaite. Une belle maison, deux enfants et l'homme idéal. Après quinze ans de vie commune, elle ne se lasse pas de dire « mon mari ».
Et pourtant elle veut plus encore : il faut qu'ils s'aiment comme au premier jour.
Alors elle note méthodiquement ses « fautes », les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre. Elle se veut irréprochable et prépare minutieusement chacun de leur tête-à-tête. Elle est follement amoureuse de son mari.
Du lundi au dimanche, la tension monte, on rit, on s'effraie, on flirte avec le point de rupture, on se projette dans ce théâtre amoureux.

Mon avis :

On a tous, à un moment, une décision à prendre : choisir d'aimer ou d'être aimé. Il n'existe aucun couple ou l'amour se donne à égalité, ce n'est pas vrai. Alors il faut déterminer quelle vie amoureuse on souhaite mener : serons nous celui qui reçoit ou celui qui donne ?

Qui a dit que l'amour dure trois ans ? Certainement pas la narratrice de ce roman, qui clame haut et fort un amour dévorant pour son mari après quinze ans de mariage ! 
Son mari ? L'unique moteur de vie de cette beauté froide aux airs de blonde hitchcockienne. L'héroïne de cette comédie grinçante invite le lecteur à partager une semaine mouvementée de son bonheur conjugal en dents de scie. L'humeur de Madame oscillant entre euphorie, doute et colère, suivant l'attitude de Monsieur qu'elle observe dans ses plus petits détails, le moindre petit grain de sable pouvant enrayer la machine. 
Ses deux enfants et ses activités de professeur d'anglais et de traductrice, ses amitiés contraintes et factices, ne sont qu'éléments phagocytants et perturbants qui viennent troubler la belle harmonie de son couple. 
Au fil des pages, on s'amuse, on s'étonne et on s'épouvante de cet amour obsessionnel, de ce désir de possession et de fusion maladif qui s'apparente à la folie. 
Le récit va prendre des allures de thriller et on se demande jusqu'où la narratrice est capable d'aller pour satisfaire cet amour vampirisant.
Et son mari, est-il vraiment aussi parfait qu'elle le laisse entendre ? Est-il la victime ou le prédateur ? Les dernières pages réservent de belles surprises !

Cette farce domestique mordante aux allures de polar m'a tenue en haleine jusqu'à la dernière ligne. Au-delà de l'amusement provoqué par  l'enchaînement des situations cocasses et parfois ahurissantes, ce roman traité avec une ironie caustique, interroge le lecteur avec beaucoup d'acuité et de finesse sur les relations de couple. Dépendance affective, conflits, adultères, rivalités, jalousies, les dérives de l'amour conjugal sont passées à la loupe avec force détails. 
Un roman subtil et délicieusement cruel, aux antipodes d'une romance sirupeuse !


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samedi 6 novembre 2021

Le concert d'Adrien Rosescu

 













Éditeur : Pygmalion
Parution : 06/10/2021
Nombre de pages : 175
Genre : littérature fantastique

L'auteur :

Professeur de français, Adrien Rosescu est passionné de littérature et de musique. Le concert est son premier roman.

Quatrième de couverture :

Cyril, Yann, Nicolas et Thomas n'ont qu'une seule chose en commun : la musique. Si le quotidien de chacun est très différent, ils se retrouvent dès qu'ils le peuvent pour monter sur scène et partager avec le public leur passion. Et tous rêvent secrètement de succès. Aussi se laissent-ils facilement séduire lorsqu'ils sont contactés après une représentation pourtant catastrophique par le très mystérieux Stanislas qui leur promet monts et merveilles. Un contrat en bonne et due forme à la clé, nos musiciens se lancent à corps perdu dans les répétitions.
Mais que viennent-ils de vendre exactement, si ce n'est leur âme ?

Mon avis :

«  La musique, bien que ne lui parvenant qu'assourdie par les murs, semblait se composer du brame d'un cerf en plein rut surpris par l'introduction violente d'objets contondants dans un orifice de sa partie basse, sur fond de fusillade de chasseurs avinés. Le public paraissait néanmoins apprécier puisqu'il acclamait ce qui ressemblait de loin à un viol auditif. »

Suite à une représentation des plus calamiteuses, un groupe de heavy metal est contacté par un mystérieux pygmalion qui dit avoir été emballé par leur prestation et leur fait miroiter la possibilité d'un contrat juteux. Venant d'univers disparates mais rêvant tous de gloire, les quatre musiciens amateurs s'imaginent déjà remplir le stade de France, jouant sous les acclamations d'un public en transe.
Mais qui est donc ce mystérieux Stanislas qui leur promet la fin des concerts dans des bars miteux et la signature avec une maison de disques à succès ? Quel est son dessein et que cache cette alléchante proposition qui paraît trop belle pour être vrai ? 
Se nourrir de chimères et courir après la gloire peut parfois s'avérer fatal

J'ai toujours été fascinée par les écrits tournants autour du pacte faustien et j'avoue que la quatrième de couverture de ce livre me paraissait très alléchante. Malheureusement, mon emballement premier est retombé comme un soufflé. Bien que quelques passages ne manquent pas d'humour, j'ai trouvé ce roman à l'atmosphère saumâtre beaucoup trop glauque à mon goût pour vraiment en apprécier la lecture. Je n'ai pas franchement adhéré aux personnages et j'ai attendu en vain un twist final qui vienne me sauver des limbes !



Merci aux éditions Pygmalion et Babelio.
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lundi 4 octobre 2021

Et demain le TGV de Roger Judenne


 


















Éditeur : de Borée
Parution : 19/08/2021
Nombre de pages : 277
Genre : littérature française

L'auteur :














Roger Judenne est né dans une famille d'origine rurale. Son enfance se déroule au contact de la nature et des paysages de la Beauce. Devenu instituteur et secrétaire de mairie, il s'adonne à l'écriture, alternant avec bonheur romans du terroir et romans pour la jeunesse.

Quatrième de couverture :

Pour André et Louisette Pichot, propriétaires exploitants, le temps semble venu de transmettre leurs terres à leur neveu Benoît. Cette décision, ils l’avaient déjà prise depuis longtemps, et il faut maintenant l’officialiser. Rien de compliqué, en somme... jusqu’au jour où l’annonce tombe : le 25­mai 1984, un décret promulgue la construction d’une ligne TGV.
Commence alors un long parcours, non seulement pour les Pichot et leur famille, mais pour tous les habitants du village et des alentours. Où passera la ligne de chemin de fer exactement ? Comment seront dédommagés les agriculteurs qui, immanquablement, perdront une partie de leurs terres cultivables ? Auront-ils leur mot à dire ? Des questions et des doutes à la mesure d’un projet faramineux...

Mon avis :

« - Normalement, le président monte dans la motrice à 12h40, lui explique-t-il. Si l'horaire est respecté, le TGV passera ici à 2 heures. On est en avance.
Une fois arrivés juste au-dessus de la ligne, Louisette s'agite :
- Faut que je tienne mon appareil photo tout prêt, dit-elle. C'est pas le moment d'oublier d'enlever le cache sur l'objectif.
- Ma pauvre Louisette, à 320 kilomètres/heures, je ne sais même pas si on verra le TGV une minute. T'auras tout juste le temps de faire deux photos.
- Je voudrais le photographier avec le clocher de l'église de Rouvray en fond.
- Et Mitterrand en premier plan ? plaisante André. »


Cette année 2021 célèbre les quarante ans du Train Grande Vitesse dont le premier fut mis en circulation le 27 septembre 1981. 
Ce roman retrace l'épopée d'une famille d'agriculteurs de la Beauce dont l'univers sera bouleversé par l'arrivée de la ligne de TGV Atlantique. 
Sans descendants, Louisette et son époux André qui approchent des soixante-dix ans aimeraient céder leurs terres à leur neveu. Malheureusement, l'arrivée prochaine du TGV risque de troubler cette passation si ce dernier devait passer par leurs terres. 
Expropriations, remembrement, négociations avec la SNCF et les différents partenaires et acteurs chargés de la réalisation et de la mise en place du projet, expertise juridique des terrains, querelles de clochers inévitables… au fil des pages, le lecteur suit les événements à travers le parcours de la famille Pichot et de ses proches, jusqu'à l'inauguration du nouveau bolide ferroviaire...

Chronique paysanne se déroulant au cœur des années 1980, ce roman de terroir retrace l'historique de la mise en service du TGV dans une petite commune d'Eure-et-Loir, à travers le regard d'une famille d'exploitants agricoles. 
Ancien instituteur, l'auteur a le don de captiver l'attention du lecteur par une narration vivante et rythmée, non dénuée d'humour. Les explications techniques qui émaillent le roman ne sont jamais barbantes car narrées dans un langage clair et simplifié, à la portée de tous.
Ce roman aborde également l'émergence d'un monde rural nouveau où il faut s'adapter et passer par la modernisation si l'on veut survivre. Une tâche ardue qui s'avère parfois difficile à concevoir pour les agriculteurs de l'ancienne génération.
Divertissant, intelligent et généreux, Et demain le TGV est un sympathique roman régionaliste !


Merci à Babelio et aux éditions de Borée.
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dimanche 19 septembre 2021

Les djihadistes aussi ont des peines de cœur de Morgan Sportès

 












Éditeur : Fayard
Parution : 18/08/2021
Nombre de pages : 416
Genre : littérature française

L'auteur :









Né en 1947 à Alger, Morgan Sportès est l'auteur de 20 livres. Ecrivain traduit dans de nombreuses langues, ce dernier a reçu plusieurs distinctions pour ses ouvrages, notamment le Prix Interallié en 2011. Ses romans "L'appât" (1990) et "Tout, tout de suite" (2011) ont été portés à l'écran.

Quatrième de couverture : 

Septembre 2012. Une grenade est jetée dans une épicerie casher du nord de Paris:  un blessé léger. Les coupables sont une bande de jeunes âgés de la vingtaine. Tous convertis ou revenus à l’Islam. Leur idole est Mohammed Merah. Ils veulent déclencher en France (et en Syrie, contre «  l’hérétique Bachar  ») la lutte armée. Au demeurant ils n’ont ni les moyens intellectuels ni matériels de leur combat. Ce sont des pieds-nickelés du djihad dont tous les coups foirent…

Cette épopée à la fois tragique et burlesque (qui ne précède que de trois ans les attentats du Bataclan) permet à Morgan Sportès de mettre en scène dans une fiction « au ras du réel » une série de personnages dont il restitue, à travers les dialogues à la langue souvent savoureuse, les fantasmes politico-religieux. Il nous convie à leur table, au Kebab du coin, nous faisant partager leurs problèmes économiques ou amoureux : entre l’«  héroïsme de la kalachnikov  » et les couches-culottes du bébé qu’on n’a pas les moyens de se payer. Il nous fait entrer aussi dans leurs familles, déchirées par l’engagement du fils, où les pères, redoutés jadis, perdent pied. Il croque ainsi, dans un style hyperréaliste – et sombrement ironique toujours – une galerie de portraits inquiétants : le visage d’un pays mal connu qui est le nôtre pourtant, la France du XXIe siècle mondialisé.

Mon avis : 

A nous aussi, il nous reprochait de sortir de façon trop découverte, poursuit la mère, Renée. Il se souciait de ce que "les gens" pourraient dire. Moi, je lui rétorquais vertement que je l'acceptais comme il était et qu'il devait m'accepter comme je suis ! Point barre ! "Est-ce que tu veux que ta mère porte la burqa, non ?"

Joël Jean Gilles alias Abbas, métis issu d'une famille de catholiques pratiquants, meurt sous les balles de la police quelques jours après avoir commis un attentat à la grenade contre une épicerie juive. Une victoire pour celui qui désirait ardemment mourir en martyr et un déchirement pour ses parents qui ne comprennent pas ce geste sacrificiel. 
Enfant plutôt tranquille, ce dernier plonge dans les mauvaises fréquentations et la drogue dans l'adolescence. Ce délinquant à la petite semaine aurait trouvé la lumière et se serait converti à l'islam radical lors d'un bref séjour en prison, suite à une inculpation liée à la vente de stupéfiants. 
Ce roman nous relate la dégringolade du jeune homme et de "ses frères et sœurs" radicalisés, français de souche pour la plupart et de confessions religieuses initiales diverses, qui ont basculé dans l'intégrisme par désœuvrement, manque de repères, besoin de reconnaissance non satisfait, mimétisme… On suit les différents protagonistes de ce drame annoncé dans leur mode de vie, leurs déambulations, leurs amours, leurs idéologies et leurs projets insensés jusqu'à leur chute finale et inéluctable !

Rédigé à la manière d'un compte rendu journalistique, ce roman réaliste teinté d'humour sombre se lit comme un reportage, émaillé des témoignages de l'entourage, des différents témoins et acteurs de ce drame, de comptes rendus d'audience 
Immergeant le lecteur dans l'univers d'apprentis djihadistes jocrisses, l'auteur nous plonge avec crudité dans leur quotidien, nous familiarisant avec le langage tribal (parfois plutôt vert) de cette inquiétante fratrie (kouffar, bête de beubar, noichi) et d'anecdotes parfois insolites sur leurs rites et habitus.
Un voyage au pays des radicalisés aussi hallucinant que terrifiant et hilarant. A lire ! 

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