Le livre, un outil de liberté ?

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samedi 15 avril 2017

Crime impuni de Georges Simenon




















Éditeur : Le livre de poche
Parution : 28/10/2009
Nombre de pages : 128
Genre : Policier

L'auteur :


Georges Simenon est un écrivain  belge francophone, né à Liège le 12 février 1903. Après des études primaires et secondaires, il exerce divers petits métiers avant de se retrouver journaliste à la gazette de Liège. Il crée en 1931 le personnage de Maigret, qui le rendra célèbre dans le monde entier. Il a écrit 193 romans, 158 nouvelles ainsi que plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages. Une cinquantaine de ses romans ont été portés à l'écran. Georges Simenon est décédé à Lausanne le 4 septembre 1989.

Quatrième de couverture :


Des cris d'enfants éclatèrent dans la cour de l'école d'en face et Elie sut qu'il était dix heures moins le quart. Certaines fois, il lui arrivait d'attendre avec une impatience qui frisait le malaise ce déchirement brutal de l'air par les voix de deux cents gamins jaillissant des classes pour la récréation. On aurait juré que, chaque matin, quelques instants avant ce feu d'artifice sonore, le silence régnait plus profondément sur le quartier comme si celui-ci tout entier était dans l'attente.

Mon avis : 


- Il faut le punir.
Punir était un mot précis. Il n'était pas admissible que Michel jouisse indéfiniment de l'impunité. Il y avait quelque chose de scandaleux, d'insolent dans le bonheur qu'il affichait et qui était réellement en lui, baignant toutes les fibres de son être.


Pauvre comme Job et aussi laid de l'intérieur que de l'extérieur, la face de crapaud d'Elie et ses odeurs corporelles de jeune homme négligé n'inspirent que dégoût et pitié à son entourage. Oubliant ses réticences premières, sa logeuse finit par s'habituer à sa présence d'étudiant famélique, lui accordant même certains privilèges, lors d'épisodiques excès de bonté. Aussi, quand Michel s'installe dans la pension de famille où il séjourne depuis trois ans, Elie voit rouge, ne supportant pas la beauté et l'aisance naturelle de ce garçon né sous de biens meilleurs auspices que lui. Dernier arrivé, son rival récupère la plus belle chambre et devient bientôt l'objet de toutes les attentions de la logeuse, béate d'admiration devant cet étudiant fortuné. Refusant l'amitié que Michel lui propose, Elie en vient à le haïr, surtout quand il découvre que son adversaire a séduit la fille de la maison. Ce dernier, amusé par la situation, se divertit en le narguant de sa bonne fortune. Pris d'une folie meurtrière, Elie tire un coup de revolver dans la tête de son ennemi et prend la fuite, sans se douter que ce dernier a survécu à ses blessures. Vingt-cinq ans plus tard, les deux hommes vont se retrouver face à face par le plus grand des hasards...

D'une rare noirceur, ce roman décrit les tourments intérieurs d'un être veule et jaloux qui ne supporte pas la vision du bonheur d'autrui et qui fera tout pour y mettre fin. Avec la minutie d'un orfèvre, Georges Simenon nous dépeint les pensées confuses et torturées d'Elie, qui se pose en victime incomprise de celui qu'il n'aura de cesse de détruire, considérant la chance insolente dans laquelle baigne ce dernier comme une provocation à son égard. 
Ecrit en 1954, ce roman n'a pas pris une ride. J'ai pu à nouveau savourer la plume intemporelle de Georges Simenon, un auteur qui savait habilement nous décrire les vilenies et autres faiblesses dont l'être humain peut se rendre coupable, maîtrisant l'art de donner vie à des personnages de fiction qui semblaient plus vrais que nature !

Un bourreau.
Une victime.
Mais qui est le plus perfide des deux ?



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dimanche 2 avril 2017

N'essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell




















Éditeur : Gaia
Parution : 07/09/2016
Traduction : Jean-baptiste Coursaud & Lena Grumbach
Nombre de pages : 588
Genre : littérature suédoise

L'auteur : 















Né en Suède en 1963, Jonas Gardell est Docteur en théologie, romancier, dramaturge, scénariste et comédien. Très apprécié en Suède pour son humour décapant, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, traduits dans plus de vingt langues. N'essuie jamais de larmes sans gants a reçu le Prix Libr’à Nous 2017 dans la catégorie littérature étrangère. 


Quatrième de couverture : 


1982. Rasmus vient d’avoir son bac et quitte la Suède profonde pour la capitale. À Stockholm, il va pouvoir être enfin lui-même. Loin de ceux qui le traitent de sale pédé. Benjamin est Témoin de Jéhovah et vit dans le prosélytisme et les préceptes religieux inculqués par ses parents. Sa conviction vacille le jour où il frappe à la porte d’un homme qui l’accueille chaleureusement, et lui lance : « Tu le sais, au moins, que tu es homosexuel ? »

Rasmus et Benjamin vont s’aimer. Autour d’eux, une bande de jeunes gens, pleins de vie, qui se sont choisis comme vraie famille. Ils sont libres, insouciants. Quand arrive le sida. Certains n’ont plus que quelques mois, d’autres quelques années à vivre.
Face à une épidémie mortelle inconnue, toutes les politiques sociales ou sanitaires du « modèle suédois » échouent. Les malades séropositifs sont condamnés à l’isolement et à l’exclusion.
Un témoignage unique sur les années sida, un roman bouleversant.

Mon avis : 

- A ce qu'on m'a raconté, ces  élans sont blancs à cause d'une disposition génétique. Ils ne sont pas albinos mais bêtement différents. Dans cette région du Värmland, il en existe toute une lignée. Autrefois on leur attribuait des pouvoirs magiques, paraît-il qu'en tuer un portait malheur.
- Qui voudrait tuer un aussi bel animal ? s'exclame maman incrédule.
- Beaucoup de gens. Des gens qui trouvent qu'il n'a rien à faire chez nous , que son existence est une aberration de la nature. Qu'il est dégénéré si tu vas par là.
- Pourtant il existe proteste Rasmus.
- Certes, mais... Oui, non, enfin si, soupire papa. Il existe, ça on ne peut pas lui enlever.

Nous sommes dans les années 1980. Rasmus, qui se sent aussi déraciné que l'élan blanc qui a croisé son chemin quand il était petit garçon, quitte la ville de Koppom à l'âge de dix-neuf ans pour rejoindre les sirènes de Stockholm. Là-bas, il le sait, il pourra trouver le terreau qui lui sera favorable et oublier les quolibets pesants de ses camarades qui ne l'acceptent pas et se moquent de sa différence. Paul, de dix ans son aîné, va le prendre sous son aile et l'intégrer dans la famille de cœur qu'il a constituée, un noyau fort composé d'hommes qui veulent vivre leur singularité en toute liberté, et oublier le regard pesant que la société porte sur leur mode de vie que la plupart jugent indigne. Grisés par leurs désirs et ne sachant pas qu'une menace mortelle et inconnue les guettent, ces derniers vont multiplier les conduites à risques, fonçant plus sûrement vers la mort qu'un pilote qui conduirait un bolide à deux cent à l'heure sur une piste verglacée. Rasmus, lui-même, va multiplier les étreintes sans lendemain, avant de rencontrer Benjamin qui sera l'amour de sa vie. Il ne le sait pas, mais il est déjà trop tard ! Il a été contaminé par un virus destructeur qui va les décimer les uns après les autres, transformant les beaux éphèbes qu'ils étaient en vieillards prématurés et agonisants...

Mi-document, mi-roman, N'essuie jamais de larmes sans gants est un ouvrage sans concession sur le spectre du SIDA qui vint frapper de plein fouet et décimer une large frange de la population gay des années quatre-vingt ! Difficile de ne pas être ému par ce témoignage percutant qui a tout sauf la saveur sucrée d'un conte de fées. L'écriture de Jonas Gardell est incisive, riche en métaphores et d'un humour grinçant qui permet au lecteur de reprendre son souffle entre deux plongées en apnée au milieu de cette hécatombe ! 
Voilà une lecture que vous pourrez parcourir sans gants... mais pas sans mouchoirs ! 



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dimanche 12 mars 2017

Dernier désir d'Olivier Bordaçarre




















Éditeur : Fayard
Parution : 03/01/2014
Nombre de pages : 288
Genre :  thriller

L'auteur : 






















Olivier Bordaçarre, né le 17 mai 1966 à Paris, est écrivain, metteur en scène de théâtre, dramaturge et comédien. Il est l’auteur de trois romans parus chez Fayard : Géométrie variable (2006), Régime sec (2008) et La France tranquille (2011). Son dernier roman Accidents est sorti en 2016 aux éditions Phébus.

Quatrième de couverture :

«Bonjour. Excusez-moi de vous déranger, je viens juste me présenter. Je suis votre nouveau voisin. J’ai emménagé dans la maison, là-bas, au bout du chemin. Je m’appelle Martin.
– Ah? Martin, vous dites? C’est drôle…
– Oui, Vladimir Martin. Pourquoi ?
– Eh bien… moi aussi, je m’appelle Martin!»
Alors qu’ils ont fui la ville, Mina et Jonathan Martin voient se rompre leur isolement. Élégant, riche, spirituel, Vladimir Martin est le voisin idéal. Un peu trop généreux peut-être…
Jonathan se méfie mais Mina n’y voit que du feu. Le nouveau venu ne leur veut-il que du bien ?
Avec un art maîtrisé du suspens, Dernier désir interroge nos aspirations secrètes dans une société de bonheurs factices. 

Mon avis :


La grisaille, leur avenir plus lugubre qu'une salle polyvalente, leur haine du familialisme traditionnel avaient cimenté leur complicité. Du Nord au Centre de la France en passant par Paris et sa banlieue, ils n'avaient jamais cessé de fuir jusqu'à la paisible écluse de Neuilly. Que fuyait donc le voisin ?


Mina et Jonathan Martin ont fui Paris et les tentations de la société de consommation pour acheter une maison à retaper dans la vallée de Germigny. Le couple et leur fils vivent chichement. Lui fabrique son miel et le vend sur les marchés pendant qu'elle occupe une place de guide dans un château de la région. Leurs modestes revenus leurs suffisent cependant pour vivre heureux dans leur cocon du bonheur, savourant au jour le jour les joies simples d'une vie dénuée de tout superflu. Malheureusement, ce bel équilibre va bientôt être rompu avec l'intrusion de leur nouveau voisin dans leur vie. D'un premier abord plutôt sympathique, ce dernier devient vite envahissant, vampirisant l'intimité du couple et les noyant sous les cadeaux futiles. Le ver est dans la pomme. Des frictions vont bientôt surgir au sein du foyer, attisés par des désirs de possession que l'on croyait oubliés...

Savoureux pamphlet contre la société consumériste, Olivier Bordaçarre nous livre une intrigue démoniaque, retorse à souhait et diablement bien ficelée. Goule et démon de la tentation, le personnage central de ce thriller représente un redoutable Nosferatu des temps modernes au service du Dieu Mammon, qui va s’immiscer dans les désirs secrets d'un couple afin de les pervertir et causer leur perdition.
Jusqu’où irions nous pour assouvir nos désirs immédiats ? 
Faut-il avoir pour être ? 
Est-ce que tout s'achète ? 
Le bonheur est-il dans le blé ou dans le pré ? 
"Dernier désir" aborde habilement toutes ces questions sous la forme d'un vénéneux polar qui vous fera regretter votre dernier achat compulsif !  


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dimanche 5 mars 2017

Au royaume des femmes d'Irène Frain




















Éditeur : Le livre de poche
Parution : 25/06/2008
Nombre de pages : 824
Genre : littérature française (document)

L'auteure : 






















Irène Frain née le 22 mai 1950 à Lorient est agrégée de lettres classiques. Cette romancière qui est également historienne est l'auteur de nombreux romans et biographies dont "Gandhi, la liberté en marche" (2007), "Les Naufragés de l'île Tromelin" (2009) un ouvrage couronné par le Grand Prix de l'Académie de Marine 2010 ainsi que le Grand Prix Palatine du Roman Historique 2009,"La Forêt des 29" (2011), "Beauvoir in love" (2012), "Sorti de rien" Prix Bretagne-Breizh 2014 et "Marie Curie prend un amant" (2015).

Quatrième de couverture : 

Fin 1923, sur la foi du récit d'un espion britannique et de vieux textes chinois, un Américain, Joseph Rock, se lance à la recherche d'une montagne plus haute que l'Everest. Il espère y dénicher, au passage, une étrange tribu matriarcale : le Royaume des Femmes. Entre Chine et Tibet, assure-t-il, vivraient les ultimes descendantes des Amazones... Depuis sa Vienne natale, ce jeune séducteur a déjà bien roulé sa bosse. Autodidacte surdoué et fieffé filou, il s'est introduit à Harvard grâce à un faux diplôme de botaniste et ambitionne de devenir le journaliste vedette du National Géographique. Avec le même brio, il convainc patrons de presse et savants austères de financer sa folle expédition... Après une longue enquête, Irène Frain ressuscite ici le parcours de Joseph Rock, cet explorateur génial, ce personnage attachant et cocasse, qui finit par mettre au jour une culture immémoriale, et même une écriture inconnue.

Mon avis :

Et l'ardente respiration de la nuit , ce soir là, ne s'est pas contentée de conclure comme les deux autres fois  : « Vas-y au culot, fonce, tu es fait pour la gloire, les cimes, les lointains ! » Elle a aussi murmuré - ce qu'elle fut aimante, en cette seconde, tendre comme elle n'avait jamais été, douce comme si elle voulait s'excuser de sa trop longue absence : «  Cette gloire, Joseph Francis Rock, tu vas la conquérir par la ruse. » 

Explorateur, botaniste et photographe, Joseph Francis Rock était un personnage unique en son genre. Excentrique, roublard, ambitieux et manipulateur, cet individu haut en couleur était aussi détestable qu'attachant. Né en Autriche en 1884, cet autodidacte surdoué apprit le mandarin tout seul en dérobant un manuel de chinois dans la bibliothèque du comte Potocki dont son père était le serviteur. Destiné à la prêtrise ou la domesticité, l'adolescent préférera fuir son pays pour courir le vaste monde. Il n'a pu obtenir de diplômes ? Qu'importe. Il s'en fabriquera un faux chez un vieux quincaillier et sera recruté comme professeur de botanique à l'université d'Honolulu. Incollable sur la science des végétaux en six mois seulement, l'aventurier naturalisé américain qui a soif de grands espaces se fera embaucher comme journaliste par la revue National Geographic, promettant des reportages explosifs sur la région du Tibet, un territoire encore méconnu dans les années 1920. Ne voulant pour rien au monde renoncer à son confort, Joseph Rock se déplacera uniquement avec sa suite de douze Na-khis, son argenterie, ses mets fins, son Champagne et sa baignoire gonflable. De sa rencontre avec un vieil espion anglais va naître une obsession : se rendre au Royaume des femmes, une contrée située au cœur de la montagne Amnyé Machen réputée plus haute que l’Everest, une région ardemment défendue par le cruel peuple Golok et sur laquelle règnerait une puissante reine descendante des amazones. Chimère ou réalité ? 

Portrait sans concession d'un explorateur intrépide, brillant, mystificateur et avide de gloire, "Au royaume des femmes" est une enquête qui court sur plus de huit cent pages et se lit comme une épopée romanesque. On chevauche sous le vent de Gobi, on subit les caprices du temps, on copine avec le cruel Prince de Choni qui tranche l'oreille de ses sujets qui ne se prosternent pas assez vite sur son passage, on goûte des plats peu ragoûtants comme du poulpe gélatineux accompagné d'une glace au dentifrice... D'une écriture impériale et tranchante comme un sabre, Irène Frain nous entraîne dans un périple aussi enchanteur que dévastateur !

(Joseph Rock et le Prince de Choni)
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mercredi 1 mars 2017

La dernière nuit à Tremore Beach de Mikel Santiago




















Éditeur : Actes Sud
Parution : 04/05/2016
Traduction : Delphine Valentin
Nombre de pages : 334
Genre : littérature espagnole

L'auteur : 





















Mikel Santiago est né en Biscaye en 1975. Après de longs séjours en Irlande et aux Pays-Bas, il vit à Bilbao où il partage son temps entre l'écriture, le rock'n'roll et la programmation informatique.

Quatrième de couverture : 

Clenhburran : cent cinquante âmes en hiver, ses routes sinueuses entre vallons verdoyants et récifs escarpés, ses tourbières et ses fleurs sauvages. C’est en Irlande, dans ce hameau du comté de Donegal, que le célèbre compositeur Peter Harper est venu trouver refuge dans une maison isolée sur la plage. Pour s’accommoder d’un divorce orageux et renouer avec la musique.

Au retour d’un dîner chez des amis par une nuit de tempête, il tente de dégager la branche d’un vieil orme qui lui barre le chemin, quand il est frappé par un éclair d’une rare violence. S’ensuit une migraine chronique qu’aucun traitement ne parvient à apaiser, suivie, quelques jours plus tard, par de récurrents cauchemars sanglants où peu à peu apparaissent ses voisins et ses propres enfants, qu’il attend pour les vacances. Ces rêves semblent l’avertir d’un danger imminent auquel personne n’est disposé à croire. Saisi d’une angoisse vertigineuse lorsqu’il constate que jour après jour des pans entiers de ses visions nocturnes s’incarnent dans la vie réelle, il doit lutter seul contre la menace qui désormais enserre les siens.
Dans ces paysages irlandais aussi grandioses qu’inhospitaliers, c’est la part d’ombre de chaque personnage qui se dévoile, tous rattrapés par ce qu’ils sont ici venus fuir.
Un rythme vertigineux, un suspense tramé au cordeau : un début fracassant pour un auteur surnommé déjà le “Stephen King espagnol”.

Mon avis :

Et alors c'est arrivé. Ce dont j'allais si souvent me souvenir par la suite. Une voix m'a parlé et m'a dit :
« Ne sors pas de la maison. »
Ce fut comme une voix sans visage. Comme un fantôme caché dans mes oreilles. Un murmure qui aurait pu être le vent. Je l'ai entendu en moi quelque part : « N'ouvre pas cette porte. Pas ce soir... » Ma main est restée posée sur la poignée. Mes pieds pétrifiés, plantés dans le sol carrelé.

Compositeur en panne d'inspiration après un divorce houleux, Peter Harper est parti panser ses blessures dans un maison isolée au bord d'une plage irlandaise. Un soir où il est convié à dîner chez des amis, une voix intérieure lui susurre ce leitmotiv : « Ne sors pas de la maison» Faisant fi de cette mise en garde, notre musicien fait taire ce qu'il considère comme une pensée délirante et répond à cette invitation. Un choix dont il va se mordre les doigts par la suite. Foudroyé par un violent éclair sur le chemin du retour, ce dernier qui ressort de son accident commotionné mais indemne se retrouve bientôt la proie de terrifiants rêves éveillés, de plus en plus cauchemardesques et sanguinolents au fil des jours. Ses proches sont-ils réellement en danger où est-il victime d'hallucinations morbides ? Est-ce pure folie ou doit-il au contraire écouter ses alarmantes et terrifiantes voix intérieures ? 

Mikel Santiago surnommé le “Stephen King espagnol” n'a pas usurpé son surnom. De sa plume fluide et addictive, l'auteur, tel un maître d'orchestre savamment rodé, fait monter crescendo le suspens à chaque page tournée, mêlant chausses-trappes et autres sournoises impasses pour mieux embrigader le lecteur dans ses redoutables filets... Gardez les yeux bien ouverts car une fois fermés, les réminiscences maléfiques de ce page-turner risqueraient bien de vous faire cauchemarder pour de bon !



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dimanche 26 février 2017

Le petit Docteur de Georges Simenon




















Éditeur : Folio
Parution : 08/07/2016
Nombre de pages : 612
Genre : policier

L'auteur :


Georges Simenon est un écrivain  belge francophone, né à Liège le 12 février 1903. Après des études primaires et secondaires, il exerce divers petits métiers avant de se retrouver journaliste à la gazette de Liège. Il crée en 1931 le personnage de Maigret, qui le rendra célèbre dans le monde entier. Il a écrit 193 romans, 158 nouvelles ainsi que plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages. Une cinquantaine de ses romans ont été portés à l'écran. Georges Simenon est décédé à Lausanne le 4 septembre 1989.
Quatrième de couverture :


«On avait photographié le cadavre sur toutes ses faces. On avait publié ses photos dans les journaux, ainsi que son signalement minutieux. Personne ne l’avait vu. Personne ne le connaissait. C’était à croire qu’il était tombé du ciel pour mourir, d’un coup de couteau en plein cœur, dans ce paisible potager.»


Mon avis :


Comme d'autres font de la graphologie ou de la radiesthésie,  je me suis passionné pour les problèmes humains, pour les énigmes, si vous préférez, que sont presque toujours à leur début les affaires criminelles...


Qui est le petit docteur ? Assurément l'antithèse du célèbre commissaire Maigret. Médecin de campagne aux allures de gringalet, il est âgé de trente ans et pourtant nombreux sont ceux qui le confondent avec un étudiant. 
Quels sont ses signes distinctifs ? Un cœur d’artichaut craquant devant toute les jolies jeunes femmes qu'il croise au gré de ses pérégrinations et un individu complexe à la double personnalité. Sobre médecin dans sa campagne reculée, ce dernier se transforme en véritable soiffard quand il se retrouve face à une énigme policière à résoudre, arguant que tous les breuvages sont bons pour doper ses facultés de raisonnement ! Fin limier, notre little Docteur est surtout un redoutable enquêteur qui malgré son air de ne pas y toucher ridiculise policiers et magistrats par sa formidable efficacité à résoudre d'épineuses enquêtes à vitesse grand V. A l'aide de sa fidèle et adorée Ferblantine, une vieille guimbarde qu'il soigne comme un cheval au pedigree royal, le petit Docteur parcourt inlassablement les routes de France, du nord au sud, afin d'alimenter sa marotte des énigmes policières... 

Découvert par hasard chez ma libraire, j'ai savouré ce recueil méconnu de treize nouvelles mettant en scène les prouesses de logique du petit Docteur face à des criminels à l'esprit retors, la plupart poussés au crime par amour ou cupidité. Dans cette anthologie, je me suis délectée de l'humour débonnaire d'un Georges Simenon inédit, bien loin de la gravité d'un récit sombre comme "En cas de malheur" qui a fait l'objet d'un de mes précédents billets. 
Décidément l'homme aux 400 livres ne finira jamais de m'étonner. Bluffée je suis. Une fois de plus !



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samedi 18 février 2017

Trois saisons d'orage de Cécile Coulon




















Éditeur : Viviane Hamy
Parution : 05/01/2017
Nombre de pages : 263
Genre : littérature française 

L'auteure : 





















Cécile Coulon est née en 1990 à Clermont-Ferrand. Après des études en hypokhâgne et khâgne dans sa ville de naissance, l'écrivaine poursuit des études de lettres modernes. Elle est l'auteure de : "Le Roi n’a pas sommeil" (2012, couronné Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur la même année), "Le Rire du grand blessé" (2013) et "Le Cœur du Pélican" (2015).

Quatrième de couverture : 

Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d'un pays qui s'en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d'une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L'histoire d'André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu'il en reste.Trois générations confrontées à l'Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature. 
Saga portée par la fureur et la passion, Trois saisons d'orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, " forteresse de falaises réputée infranchissable ", où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s'étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n'y peuvent rien ; mais ils l'acceptent, car le reste du temps, elles sont l'antichambre du paradis.

Mon avis : 

Les Fontaines.
Je vous parle d'un endroit qui est mort mille fois avant mon arrivée, qui mourra mille fois encore après mon départ, d'un lieu humide et brumeux, couvert de terre, de pierre, d'eau et d'herbe. Je vous parle d'un endroit qui a vu des hommes suffoquer, des enfants naître, d'un lieu qui leur survivra, jusqu'à la fin, s'il y en a une.

Au cœur des "Trois-gueules" se niche le village "Les fontaines". Un bourg qui vit de la pierre, précieux granit exploité par les Frères Charrier, le gagne-pain des "fourmis blanches" qui vivent de l'extraction de ce trésor minéral. Ce hameau qui vit en autarcie va accueillir André en son sein, comme un fils. Médecin venu de Lyon, ce dernier totalement envoûté par le village et ses habitants décide d'y poser définitivement ses valises. Père de Benedict, un enfant de la ville issu d'une liaison de jeunesse et dont la mère lui a confié la garde, André est un des piliers de la bourgade avec le maire et le curé, celui sur qui les quelques âmes que compte le village peuvent se reposer en toute quiétude. Dans la digne lignée de son géniteur, Bénédict devient à son tour l'omnipraticien indispensable "des Fontaines", celui que l'on appelle dans la crainte et sur lequel on se repose après la tempête. Époux d’Agnès, maîtresse-femme et mère de sa fille Bérengère, ce dernier va savourer de nombreuses années de bonheur jusqu'au jour où les forces destructrices des "Trois-gueules" vont se déployer, brisant les volontés extérieures et cherchant à asseoir leur suprématie sur les mortels !

L'Homme est-il un greffon maudit aux yeux des dieux facétieux ? Un élément extérieur insultant, semblant les bafouer par sa présence imposante et asphyxiante d'individu chronophage ? Ce roman est un hymne à la nature qui se déroule sur trois générations, nous brossant le portrait de personnages ambitieux qui vont oublier leur capacité de discernement pour mieux se laisser engloutir par leurs passions, au risque de voir sombrer leurs vies dans la déraison... D'une écriture presque classique et à la narration envoûtante, Cécile Coulon nous immerge dans un monde de beauté et de cruauté, au cœur d'un village situé hors du temps ! 
Envie de d'affronter les dieux le temps d'une lecture ? "Trois saisons d'orage" devrait vous aider à relever le défi !

Maternité (Eugène Carrière, 1890)
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