Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

samedi 17 novembre 2018

Barré de François Clapeau




















Éditeur : Moissons noires
Parution : 13/11/2018
Nombre de pages : 240
Genre : thriller médical

L'auteur :















François Clapeau est journaliste, spécialisé dans le domaine de la santé, titulaire d’un Executive Master Gestion et Politiques de Santé à Sciences Po. Il a participé à l’écriture d’un guide de communication entre soignants. Après Damage Control et Playoffs, Barré est son troisième roman.

Quatrième de couverture : 


Un mouvement de paupière, un frottement de doigts, une simple ligne douloureusement tracée au feutre sur une ardoise… Des gestes rudimentaires devenus précieux. Foudroyé en pleine filature par le syndrome de Guillain-Barré, le lieutenant Donat Vigier est prisonnier d’un lit de réanimation. Il doit pourtant stopper l’errance meurtrière d’un inquiétant braqueur, alors qu’un autre danger le menace insidieusement jusqu’à la porte de sa chambre d‘hôpital. De la tension des urgences aux frasques des étudiants en médecine, il découvre un univers déroutant où il ne peut avoir confiance en personne, pas même en ses propres sens.

Mon avis :


« A-t-il rêvé cette visite ? A-t-il rêvé ce danger ? Pour la première fois depuis son arrivée à l’hôpital, il s'est senti menacé par autre chose que sa maladie. Il vient de prendre conscience de sa faiblesse. Il ne peut plus se défendre. Un sentiment de médiocrité, un vide immense. Ses lugubres réflexions reviennent, toujours accentuées par la nuit, dans un calme seulement troublé par la rumeur glaçante des machines. »


Alors qu'il est en planque avec une de ses collègues, le jeune lieutenant de police Donat Vigier se retrouve soudain privé de tout mouvement. Hospitalisé en urgence au service de réanimation du CHU de Limoges, ce dernier apprend qu'il a contracté le syndrome de Guillain-Barré, une maladie très invalidante qui paralyse les muscles et supprime les reflexes. Cloué à son lit d’hôpital et privé de l'usage de la parole, ce dernier ne peut communiquer qu'en écrivant péniblement quelques mots tracés au feutre sur une ardoise. Conservant toute son acuité intellectuelle malgré les drogues qu'on lui fait ingurgiter, le policier fait fonctionner ses neurones à plein régime, essayant d'aider ses collègues à résoudre une ténébreuse affaire de braquages dont la dernière attaque s'est soldée par un meurtre. En parallèle, un crime sanglant est commis dans le service où il est alité. Donat pressent qu'un danger imminent plane autour de lui et qu'il va devoir se méfier de tous s'il veut survivre...


Intrigue policière médicale sous haute tension, "Barré" nous plonge dans l'univers trépidant d'un service de réanimation en pleine ébullition. Cadences effrénées, surmenage, gestion émotionnelle du deuil, soirées étudiantes débridées... règlent le rythme de soignants  constamment sous pression qui vont devoir faire face à une menace encore plus sournoise que celles qu'ils affrontent déjà au quotidien. Ce polar au récit habilement noué tient ses promesses par la cohérence de son intrigue et ses personnages plutôt bien troussés. 
Les amateurs de Robin Cook devrait apprécier ce thriller médical à la sauce hexagonale qui ne manque pas d'adrénaline !




Merci à Babelio et aux éditions Moissons noires

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samedi 10 novembre 2018

Anaïs d'Yves Montmartin




















Éditeur : Yves Montmartin
Format : Ebook
Parution : 01/10/2018
Nombre de pages : 197
Genre : suspense psychologique

L'auteur :















Yves Montmartin est né à Saint-Etienne en 1953 et il souffre depuis son enfance de bibliophagie, maladie qu'il soigne avec de la lecture matin, midi et soir. La bibliothèque associative dont il est un des bénévoles est devenue son centre de soins. L’écriture du "livre qui vole", son premier roman, doit être considérée comme une thérapie. "Anaïs" est son second roman.

Quatrième de couverture :

Vacances de Printemps 2018.
Pourquoi Anaïs Dumas, jeune collégienne de quatorze ans, a-t-elle disparu ?
Simple fugue d'adolescente, enlèvement ou pire encore.
Ce roman raconte la genèse de cette disparition.

Mon avis :

« Comme une adolescente, j’ai passé la soirée avec le téléphone à côté de moi. Graham Bell aurait mieux fait de se casser une jambe plutôt que d’inventer cette machine infernale. Si j’avais vécu au temps des voitures à cheval, j’aurais toujours l’espoir qu’une malle-poste m’apporte un courrier de mon bien-aimé, tandis que là je vais me coucher sans aucune illusion. »

4 Février 2002, Librairie du lycée. Amandine flâne dans les rayons de la boutique à la recherche du roman qui meublera sa soirée de célibataire. La jeune employée de bureau est loin de se douter que ce traditionnel jour de fête des amoureux va marquer un tournant décisif dans sa vie et déterminer son avenir. 
9 avril 2018, impasse de l'écluse. Anaïs, une collégienne de 14 ans est vue pour la dernière fois dans son quartier alors qu'elle sortait de chez son professeur de piano. La jeune fille disparaît sans laisser de traces. 
Ce roman relate les douze jours qui suivent la disparition de l'adolescente jusqu'à l'ultime dénouement. Le début d'un long cauchemar pour Nancy la mère d'Anaïs. Soutenue dans son chagrin par Amandine, sa voisine et meilleure amie dont la fille Justine a le même âge que la sienne, Nancy voit son univers s'écrouler au fil des jours qui passent. Rongée par l’abattement et l'angoisse d'une longue et cruelle attente, la mère de famille volubile sombre peu à peu dans le désespoir puis l'apathie. Qu'est-il arrivé à son enfant :  fugue, enlèvement ? Retrouvera-t-on Anaïs morte ou vivante ? Le lecteur ne découvrira la surprenante vérité qu'en parcourant les toutes dernières pages...

Après la publication de son premier roman "Le livre qui vole", une attendrissante chronique sociale, l'auteur change totalement de registre pour nous livrer un suffoquant suspense psychologique. Avec une belle fluidité et des mots simples mais percutants, Yves Montmartin nous livre une  intrigue polyphonique aussi réaliste qu'émouvante. Dépassant le registre du  thriller, ce roman est aussi la genèse d'une tragédie familiale. Un récit qui traite de l'amour sous toutes ses formes : passionnel, fusionnel, amoureux, amical, filial ou même toxique... L'amour, ce sentiment complexe qui régente nos comportements et peut parfois aller jusqu'à empoisonner et détruire nos existences ! 
"Anaïs" est un roman percutant qui nous montre combien mince est la frontière entre l'amour et la haine !




Merci à Yves Montmartin pour cette belle lecture !

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dimanche 7 octobre 2018

Été 70 de Jacky Essirard




















Éditeur : Yovana
Parution : 30/04/2018
Nombre de pages : 203
Genre : littérature française

L'auteur :















Né en 1949, Jacky Essirard vit à Angers. Auteur, dessinateur, peintre et graveur, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont un roman ayant pour titre La Solitude du Quetzal ainsi que plusieurs recueils de poésie et de nouvelles. Ce dernier a également illustré de nombreux livres d’artistes.  

Quatrième de couverture :


Après une opération bénigne, Vincent profite de sa convalescence pour s'occuper d'une blessure ancienne mal cicatrisée. Il écrit le présent, celui d'un homme de soixante ans, et le passé de celui qu'il a été à vingt ans. Il revisite l'été 70, son séjour aux Pays-Bas où il alla enterrer un amour avorté ― une liaison épistolaire de deux années qui s'était achevée brutalement. Il était parti malgré tout, jouant l'amitié, acceptant l'absurde au gré de ses découvertes. Quarante ans plus tard, Vincent recoud à petits points l'épisode clé de sa vie affective. Les photos parlent. Il rouvre la plaie sans nostalgie ni douleur. L'examine avec humour à la recherche d'un souvenir clandestin sous l’œil de Margot, la compagne d'aujourd'hui. D'une plume légère trempée dans une encre dense d'émotions, Jacky Essirard nous brosse dans ce second roman un tableau très personnel de cette saison aux accents mythiques : l'été 70.

Mon avis : 


Est-ce cela vieillir ? Etre capable de retourner explorer sa vie antérieure et d'en apprécier la consistance ? De faire la part de ce qu'il y a de factice et de vrai, de comprendre ce qui a enrichi la mémoire et de mesurer le temps perdu dans les apparences ?


Hospitalisé suite à une hernie, Vincent qui a abordé le cap de la soixantaine se penche sur son passé et principalement sur l'été 1970, époque où il a vécu une passion à distance avec Ingrid, une belle hollandaise avec laquelle il a entretenu une correspondance épistolaire pendant deux ans. Quand ce dernier se rend aux Pays-Bas en août 70, cette dernière vient de rencontrer celui qui deviendra l'homme de sa vie. Une fois la déception encaissée, cette histoire d'amour avortée va se transformer en une belle amitié. Vincent passera un été idyllique avec Ingrid et sa sœur Hilde, entre fous rires et complicité amicale. Ce sera une période charnière de son existence qui façonnera de manière déterminante ses futurs choix personnels et professionnels !
Roman d'introspection, ce récit aux accents autobiographiques nous plonge dans l’existence d'un homme arrivé à un carrefour de sa vie qui ressent le besoin de faire le bilan sur la pertinence des ses choix antérieurs et se questionne sur son devenir d'homme vieillissant. Professeur de géographie reconverti en restaurateur de tableau, le narrateur qui n'a vécu que des relations épisodiques et n'a jamais connu la paternité souhaite laisser une trace écrite de son passage sur terre et léguer ses mémoires à Margot, sa jeune compagne trentenaire du moment.

Sensible et émouvant, sans tomber dans le pathos, ce roman intimiste écrit à la première personne mêle habilement le passé et le présent. Il est agréable à lire et de belles émotions se dégagent à travers ces pages. En revanche, l'action est peu présente et nous n'avons qu'un bref aperçu du mode de vie des années 70 et de la Hollande de l'époque, ce que j'ai trouvé dommage.
Été 70 devrait cependant trouver son public, notamment celui d'hommes de la génération de l'auteur qui se retrouveront certainement à travers la plupart des événements vécus par le narrateur !



Merci à Babelio et aux éditions Yovana. 
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vendredi 14 septembre 2018

Annie et la compagnie des livres de Pascale Rault-Delmas




















Éditeur : Mazarine
Parution : 13/06/2018
Nombre de pages : 360 
Genre : littérature française

L'auteure :















Née à Paris, Pascale Rault-Delmas qui a fait des études de langues vit à Nice depuis 1989 avec son mari et ses deux enfants. Son travail chez Air France, où s'est déroulée l'intégralité de sa carrière, lui a donné l'opportunité de beaucoup voyager.

Quatrième de couverture : 

Sceaux, 1966. Annie a des livres plein la tête et des rêves qui se bousculent. Dans la librairie de son grand-père, chaque bruissement de page l’éloigne de la sévérité de son éducation bourgeoise et lui fait oublier sa solitude : la Compagnie des livres est son refuge.
Auvergne, 1966. Michel a perdu brutalement un être cher et son innocence d’enfant avec. Des parties de cache-cache dans les bois aux secrets confiés sur le chemin de l’école, rien ne sera plus comme avant. Seuls les romans, qu’il lit caché dans le grenier, apaisent son chagrin.
Lorsque les hasards de la vie poussent Annie et Michel à se rencontrer, il suffit d’un regard pour que ces deux passionnés de lecture se reconnaissent. Mais le monde dans lequel ils grandissent a établi des barrières sociales difficiles à franchir. Et Mai 68 a beau souffler un vent de révolte sur la France, les préjugés ont la vie dure.

Mon avis :

« A chaque fois que je le vois dans la loge, il est en train de lire. Il pourrait devenir mon ami, mais maman ne veut pas que je lui parle. Papa dit qu'ils ne sont pas de notre milieu. Qu'est-ce que ça veut dire, grand-père ? On habite dans le même immeuble, alors c'est quoi un milieu ? »

Région parisienne, années 1960, Annie petite fille rêveuse et passionnée de lecture ne comprend pas pourquoi son pédiatre de père refuse qu'elle se lie d'amitié avec le jeune Michel, le fils des concierges de son immeuble avec qui elle partage le même goût immodéré pour les livres. La petite fille s'ennuie et souffre énormément de cet isolement imposé et dicté par les conventions sociales. Sa seule consolation reste les visites qu'elle rend à son grand-père libraire, avec lequel elle partage de fabuleux moments de complicité dans son joyeux antre de la littérature baptisé "La compagnie des livres". 
Enfant solitaire et incompris de ses géniteurs qui ne se retrouvent pas dans ce fils studieux et beaucoup trop sage, Michel préfère s'isoler dans la loge de gardien afin d'étudier et lire plutôt que de partager les jeux plus remuants de ses frères et sœurs dans la cour de l'immeuble. 
Malgré leur différence de classe sociale, les deux enfants ont beaucoup plus de points communs qu'il n'y paraît. Leur amitié triomphera-t-elle des barrières érigées par la mesquinerie des adultes ? 
  
Tableau d'une décennie rebelle et en pleine mutation, cet attachant récit m'a embarqué dans un réjouissant moment de lecture. A travers l'histoire personnelle de deux familles à l’antithèse l'une de l'autre (d'origine paysanne et modeste pour l'une et citadine et aisée pour l'autre), Pascale Rault-Delmas en profite pour dresser une radioscopie des nombreux changements qui sont intervenus dans les foyers français de cette époque en pleine ébullition, que ce soit dans le domaine de la politique, de la famille, du travail où de l'évolution des mentalités
Sous la fluidité et la simplicité de la plume enjouée l'auteure, parfois teintée de légères bouffées de nostalgie, transparaît l'amour profond de cette dernière envers la littérature ainsi que son vif désir de faire partager sa passion de dévoreuse de mots. Pari gagné !



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dimanche 19 août 2018

Les heures rouges de Leni Zumas


















Éditeur : Les Presses de la cité
Parution : 16/08/2018
Traduction : Anne Rabinovitch
Nombre de pages : 398
Genre : littérature française

L'auteure :















Diplômée de Brown, Leni Zumas enseigne l'écriture créative à l'université de Portland et publie régulièrement dans la presse nationale. Les Heures rouges est son premier roman traduit à l'étranger.

Quatrième de couverture : 


États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l'être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l'aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d'écrire la biographie d'Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d'avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n'a pas peur de l'avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l'arrière d'une voiture... Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu'elle a voulu aider les femmes.

" Drôle, mordant, poétique, politique, alarmant, inspirant, Les Heures rouges révolutionne la fiction de notre époque. " Maggie Nelson ( Une partie rouge, Les Argonautes)

Mon avis :

« Deux ans plus tôt, le Congrès américain a ratifié l'amendement sur l'identité de la personne, qui accorde le droit constitutionnel à la vie, à la liberté et à la propriété à un œuf dès l'instant de sa conception. L'avortement est aujourd'hui illégal dans les cinquante Etats. Les avorteurs peuvent être accusés de meurtre au second degré et les femmes désireuses d'avorter, de complicité de meurtre. La fécondation in vitro est également interdite au niveau fédéral, parce que l'amendement condamne le transfert d'embryons du laboratoire dans l'utérus (les embryons ne sont pas en mesure d'y consentir). »

Le récit se déroule  dans un futur très proche. Les Etats-Unis sont gouvernés par un président misogyne et tyrannique qui depuis son élection n'a de cesse de rogner sur les droits des femmes et de revenir sur des acquis qu'elles croyaient immuables, tel l'arrêt "Roe v. Wade", rendu en 1973 par la Cour Suprême américaine et légalisant le droit à l'avortement en le reconnaissant comme un droit constitutionnel. 
A travers les destins de quatre femmes qui vont se croiser et s'entremêler, l'auteure nous dresse le portrait d'une société en pleine régression, prônant le modèle familial traditionnel (un papa, une maman, des enfants) comme le seul valable pour l'épanouissement de sa progéniture. 
Roberta, une enseignante et biographe célibataire âgée de 42 ans, essaie en vain de concevoir un bébé et s'affole car une loi va bientôt interdire le droit à l'adoption pour les femmes seules. 
Mattie, une brillante lycéenne qui s'est retrouvée enceinte accidentellement est confrontée à un tout autre dilemme : Doit-elle garder l'enfant et ruiner ses chances de faire une carrière scientifique ou bien avorter en cachette au risque de devenir une criminelle aux yeux de la loi ? 
Susan quand à elle, est une mère de famille frustrée d'avoir renoncé à une carrière d'avocate pour élever ses enfants. Elle échafaude des plans hasardeux et irréalisables pour se défaire des liens sacrés d'un mariage étouffant qui la mine tellement qu'elle envisage parfois le suicide. 
La quatrième voix de ce roman polyphonique est celle de Gin la  "guérisseuse" qui vit seule dans les bois et subit l’opprobre de ses congénères qui n'hésiteraient pas un instant à la faire griller sur un bûcher s'ils en avaient la possibilité !
Comment ces quatre femmes vont-elles réagir face à l'adversité ? Pourront-elles seulement tirer leur épingle du jeu dans un monde en pleine mutation qui leur reconnaît de moins en moins de droits et essaie de briser toute velléité de résistance à l'autorité suprême d'un gouvernement liberticide ? 

Inquiétante, furieusement crédible et loin d'être innocente, cette dystopie à la couverture écarlate raisonne comme une mise en garde à l'attention de toutes les femmes, susurrant à l'oreille de ces dernières : Attention mes belles, ne vous endormez pas sur vos lauriers. Secouez-vous et réagissez avant que le loup n'entre dans la bergerie et vous dévore toute crue. Pensez à vos mères et grand-mères qui se sont battues pour vos droits et faites en sorte de les défendre et de les faire perdurer ! A la fois tragique, poétique et incendiaire, ce troublant roman de Leni Zumas ranime la flamme de nos peurs les plus profondes, telles la perte de nos droits fondamentaux ou le retour à un monde archaïque où l'on pratiquait en toute impunité la chasse aux sorcières ! 



Merci à Babelio et aux éditions Les Presses de la Cité

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dimanche 5 août 2018

Un détail troublant de Denis Tellier




















Éditeur : éditions Grand M
Parution : 01/06/2018 
Nombre de pages : 126
Genre : littérature française

L'auteur :












Écrivain, peintre et sculpteur, Denis Tellier est né à Paris en 1949. Il est également l'auteur du roman "Adrien de la vallée de Thurroch" (2012) qui a rencontré un vif succès.

Quatrième de couverture :


Six ans après Adrien de la vallée de Thurroch, Denis Tellier nous livre un recueil de textes courts, écrits à vif, amplifiés par son irrévérence poétique singulière. Ils soulignent, à l'emporte-pièce, la tragicomédie des scènes de la vraie vie. Une signature particulière, si mystérieusement affûtée qu'elle provoque une résonnance profonde, universelle et intemporelle - troublante...

Mon avis :

Après avoir flirté avec le succès avec son roman Adrien de la vallée de Thurroch qui décrivait les affres d'un poilu revenu traumatisé de la Grande Guerre, l'auteur renoue avec sa plume pour nous livrer un recueil de courts textes, aussi troublants que poétiques. Dans la même mouvance que les irrévérencieuses "microfictions" de Régis Jauffret, l'écrivain nous livre de courts récits tour à tour cyniques, lyriques ou nostalgiques, dosant habilement humour, tendresse, dérision et parfois férocité. Prestidigitateur des mots, Denis Tellier nous brosse d'elliptiques tranches de vie saisies sur le vif que le lecteur pourra déguster d'une traite ou prendre le temps de savourer en picorant une micro-nouvelle au gré de ses envies et de son appétit de lecteur. De la campagne à la ville, du temps jadis ou d'aujourd'hui, chaque instantané de vie ne peut manquer de parler à celui qui fait une incursion dans la prose troublante et singulière de Denis Tellier...
Je vous laisse découvrir quelques morceaux choisis afin de vous faire découvrir l'univers sensible et atypique de cet auteur : 

Sans voix

Sur la scène, le mime cherchait des synonymes avec ses doigts. 
Hésitant !
Il eut soudain envie de vomir les restes d'un pourparlers qu'il ne déglutissait pas.

Faute d’inattention

Hier après-midi, il avait tué une autruche en la photographiant dans le zoo là-bas en descendant. 
Son ami depuis toujours lui avait dit :
- Tu as quoi comme boitier ?
- Bah ; j'ai un petit boitier « canon »
- Tu ne mets pas de « C » majuscule à ton « canon » 
- Non, pourquoi ?
- Ne cherche pas, ça doit être ça !

L'humanité

Je sais
Tu sais
Il sait
Nous savons
Vous savez
Ils oublient



Merci à Denis Tellier pour cette belle promenade littéraire.

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samedi 28 juillet 2018

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafón




















Éditeur : Actes Sud
Parution : 02/05/2018
Traduction : Marie Vila Casas
Nombre de pages : 841
Genre : littérature espagnole

L'auteur : 













Carlos Ruiz Zafón est né à Barcelone en 1964 et vit en Californie. Ses ouvrages sont traduits dans une cinquantaine de langues. Il est l'auteur espagnol contemporain le plus lu à travers le monde. Il a écrit la saga du Cimetière des Livres oubliés, les opus du Cycle de la brume et Marina, tous parus chez Robert Laffont.

Quatrième de couverture :


Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d'un ministre déchaîne une cascade d'assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contrer la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques. Son enquête l'amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n'est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l'ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au coeur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Juliàn, ni son fidèle compagnon Fermin ne parviennent à le tirer. En compagnie d'Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l'histoire secrète de leur famille et, quel qu'en soit le prix à payer, voguent vers l'accomplissement de leur destin. Erudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d'intrigues et d'aventures. Un formidable hommage à la littérature.

Mon avis :


« - Bienvenue au Cimetière des livres oubliés, Julián.
Il me fallut un moment pour retrouver mon calme et obéir à nouveau à la loi de la pesanteur. Quand il me vit plus serein, mon père me murmura, au milieu des ténèbres :
- Ce lieu est un mystère Julián. Un sanctuaire. Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu'un livre change de main, toutes les fois que quelqu'un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. »


Dans ce quatrième opus du "Cimetière des livres oubliés", j'ai retrouvé avec délice les personnages qui ont contribué au succès de ce cycle. L'intrigue de ce roman se déroule principalement en 1959, dans une Espagne dévastée et écrasée par les exactions du régime franquiste qui sema la terreur au sein de la population. Comment vivre dans un pays dominé par la répression, la censure et les violentes représailles exercées contre les opposants au régime ? 
Les Sempere et leur fidèle ami Fermín Romero de Torres s'y essayent, vivotant tant bien que mal dans leur petite librairie de quartier, malgré le poids douloureux d'un passé sanglant. Leur relative tranquillité sera bientôt troublée par l'irruption dans leur vie de l’envoûtante et mystérieuse Alicia Gris qui réveillera les fantômes du passé... 
Quel lien les relient au ministre de la culture qui vient d'être enlevé ? Quel rôle le cimetière des livres oubliés joue-t-il dans cette histoire ? Qui est vraiment l'énigmatique Alicia ? 
Entre magouilles politiques et financières, corruption et trafics d'enfants, nos personnages qui croiseront le chemin de tortionnaires sanguinaires, de policiers véreux et de perspicaces détectives de l'ombre, vont vivre des événements aussi tragiques qu'émouvants qui éclaireront d'une lumière nouvelle tout un pan de leur histoire familiale ! 

Pour ce dernier volet du Cimetière des livres oubliés, le fabuleux conteur ibérique frappe très fort avec cet épais roman de 840 pages. De sa plume inimitable, l'auteur nous balade de Madrid à Barcelone dans son singulier univers qui balance entre réalisme et onirisme, petite et grande histoire, ombre et lumière, tragédie et comédie. Aussi fabuleux que picaresques et attachants, les  protagonistes de ce cycle romanesque sont de ceux qui laisseront une trace indélébile dans ma mémoire. Si vous êtes en quête de mystère et que vous êtes férus d'une littérature aussi intelligente que distrayante, Le labyrinthe des esprits pourrait bien être le pavé de votre été !



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