dimanche 27 novembre 2022

Une vie d'artistes de Alexandre Page

 













Éditeur : Alexandre Page
Parution : 16/07/2022
Nombre de pages : 350
Genre : littérature française

L'auteur :








Alexandre Page est né en 1989 à Clermont-Ferrand. Docteur en histoire de l’art, auteur d’une thèse sur le graveur-illustrateur Léopold Flameng (1831-1911) soutenue en 2017, il poursuit aujourd’hui ses recherches sur l’estampe et la peinture du XIXe siècle et a publié plusieurs ouvrages et articles scientifiques sur le sujet. Passionné par l’écriture, il décide après sa thèse de se consacrer aussi à la fiction. Partir, c’est mourir un peu est son premier roman abouti. Il est un des cinq ouvrages finalistes du prix du jury des Plumes francophones organisé par Amazon KDP. Il a depuis publié plusieurs romans et recueils de nouvelles, disponibles en librairies et sur toutes les plateformes numériques.

Quatrième de couverture :

« Les lauriers de la gloire se fanent vite. » Philéas Chasselat, peintre au succès déclinant en fait l’amer constat lorsque l’inspiration le fuit et que sa bourse se vide. Clémence Soyer, jeune artiste ambitieuse, est encore inconnue mais aspire à la renommée dans le Paris bouillonnant de la Belle Époque. Mis sur le chemin l’un de l’autre, ils vont affronter l’hypocrisie de la société, les déconvenues si nombreuses de la vie d’artiste et tenter, malgré les revers, de triompher ensemble.
A la fois roman sentimental et historique, réflexion sur les aspirations individuelles et les exigences d’un monde étriqué, Une vie d’artistes interroge sur les libertés et la dépendance du créateur, sur ses rêves de gloire et ses désillusions, sur les fragilités du couple et sur "l’amour médecin".

Mon avis : 

La gloire est une chose étonnante. Elle peut traverser les siècles, les millénaires parfois, et pourtant, elle peut s’enfuir et revenir en un instant aussi volatile que la constance des hommes. 

Après avoir connu la renommée avec ses peintures militaires et brillé dans les salons par sa popularité d'artiste en vogue, Philéas Chasselat se retrouve dans le creux de la vague. Sa bourse se vide aussi vite que son inspiration et son carnet d'adresses. Dans le Paris de la fin du 19ème siècle, un artiste déchu se retrouve très vite à la rue et Phileas redoute de sombrer dans la misère. Un seul ami ne lui a pas encore fermé sa porte, Nicolas Dignimont, un financier prospère aussi avisé que Philéas est inconséquent. 
Lorsque ce dernier l'invite à la pendaison de crémaillère qui suit son mariage, le peintre qui est au bout du rouleau va découvrir que la vie peut parfois vous réserver d'heureuses surprises. Il tombe immédiatement sous le charme de Clémence, une cousine de son ami banquier avec qui il partage le goût pour la peinture de batailles. C'est avec joie qu'il accepte de dispenser son art à la jeune femme. La complicité qui naît entre eux va vite se transformer en sentiments plus tendres. Son mariage avec Clémence lui apportera la stabilité financière qui lui manquait et lui permettra d'exercer son art sans redouter les fins de mois difficiles. 
Des rêves de gloire plein la tête et des papillons dans le cœur,  les jeunes amoureux vont malheureusement vite déchanter, confrontés aux carcans de la Belle Époque. Ils vont apprendre à leurs dépens que le talent et le courage ne suffisent pas pour réussir dans le domaine des arts et qu'il ne fait pas bon braver les conventions et vouloir changer les règles de l'ordre établi…

Remarquablement documenté, ce roman sentimental et historique embarque habilement son lecteur dans le milieu artistique de la fin du 19ème siècle. 
De Paris à Deauville, des clubs élitistes aux tripots de jeux clandestins, Alexandre Page nous entraîne dans un univers délicieusement suranné.
Avec de jolies formulations et une écriture élégante, l'auteur nous narre les succès et les déboires d'un couple de peintres cherchant à apaiser leur soif de reconnaissance. Rêvant de triompher au Salon, l'incontournable manifestation artistique de l'époque qui légitimise le statut d'un peintre, ces derniers vont redoubler de ruse pour essayer d'y parvenir, prenant le risque de voir leur univers se fracasser sur l'autel de la gloire. 
Ce récit est également une peinture au vitriol de la misogynie, de la tartuferie et de l'étroitesse d'esprit d'une époque où la femme était considérée comme un être frivole assujetti et vivant dans l'ombre de son seigneur et maître d'époux. 
Enfin, ce roman alliant légèreté et réflexion est un excellent réquisitoire en faveur de la liberté de création !


Merci à Alexandre Page.

Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 20 novembre 2022

Exécution de Pascal Marmet













Éditeur : M+ Éditions
Parution : 26/05/2022
Nombre de pages : 204
Genre : polar

L'auteur :















Pascal Marmet né en banlieue parisienne, est notamment l'auteur de : A la folie (2012), Le Roman du parfum (2013), Le roman du café (2014) et Tiré à quatre épingles (2015) qui est le premier volet des enquêtes du commandant Chanel.

Quatrième de couverture :

Branle-bas de combat au 36 Quai des Orfèvres. Un avocat renommé est assassiné dans les sous-sols du Palais de Justice. Travaillant sous les ordres de la pénible chef divisionnaire surnommée "Mlle Maigret", le commandant François Chanel mène l'enquête dans les eaux troubles des goûts pervers du ténor du barreau. Quels liens relient le sublime personnage d'un roman du XIXe siècle Madame Bovary, un homme de loi aux appétences glauques et une femme asociale aux tentations terroristes ? C'est ce que devra démêler Chanel de la brigade criminelle, avec l'aide de son équipe renforcée d'une stagiaire surdouée et d'un étrange garçon frappé par la foudre. Dès l'intrigante première page, l'auteur scanne jusqu'à l'os ses créatures, grâce au talent de morphopsychologie de Chanel. Jusqu'à la résolution finale où se mêlent réel et magie, ce suspense intelligent exprime toute l'étrangeté du monde criminel. 

Mon avis :

« Chanel considérait son pouvoir d’éveiller l’enthousiasme chez ses hommes comme son capital le plus précieux. C’est en encourageant qu’il révélait et développait les meilleurs dons dans une équipe. Pour lui, rien ne tuait davantage l’ambition que les critiques. Il se refusait aux réprimandes et stimulait en donnait un idéal à attendre. Et s’il trouvait une chose bien faite, il louait sincèrement et prodiguait de vifs compliments. »

Qui pouvait en vouloir autant à Maître Nicolas Fender, une sommité du barreau, pour le torturer avec barbarie et le laisser agonisant dans le parking souterrain de la cour de cassation ?
C'est l'énigme que va devoir rapidement résoudre le commandant François Chanel, s'il ne veut pas subir l'ire de la «patronne» du 36 quai des Orfèvres surnommée Mademoiselle Maigret par ses subordonnés. Aussi mélomane qu'adepte des chemises griffées, ce policier atypique apprécié de ses hommes va devoir user de toutes ses ressources pour mener à bien cette enquête. 
Rejoint dans son investigation par une jeune flic surdouée pourvue d'un excellent réseau relationnel et d'un mystérieux indic amnésique doté du syndrome du savant acquis, le commandant va plonger dans les abysses de la noirceur humaine. 
En effet, la star du barreau surnommé Labiche par ses confrères pour sa tendance à adverbiser la moindre de ses tirades au tribunal, cachait bien des vices et des vilains secrets. Cet amateur de Flaubert aux goûts pervers comptait nombre d'ennemis en coulisse !
Alors, lequel d'entre eux aura sévi pour le punir de ses vils agissements ? C'est que devra découvrir le commandant Chanel dans cette enquête aux nombreuses ramifications et aux multiples rebondissements…

Deuxième opus d'une série entamée avec Tiré à quatre épingles (les deux romans pouvant se lire indépendamment l'un de l'autre), ce polar se dévore d'une seule traite. La narration est fluide et dynamique et les personnages sont bien croqués. Terroristes islamistes, rituels de magie noire et lobbyistes cupides se côtoient dans une ronde mortelle.  
Et cerise sur le gâteau, cette fiction serait inspirée de faits réels. Quand on vous dit que la réalité dépasse parfois la fiction !


 

Merci à Pascal Marmet
Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 12 novembre 2022

La haine des oiseaux de Quentin Mouron

 













Éditeur : Éditions Olivier Morattel
Parution : 17/09/2022
Nombre de pages : 70
Genre : poésie

L'auteur :













Quentin Mouron est un écrivain canado-suisse né à Lausanne en 1989. 
Il est l'auteur de plusieurs romans : "Au point d'effusion des égouts"(2011) qui rencontre un accueil très favorable en Suisse francophone, "Notre-Dame-de-la-Merci" (2012), "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" (2015) paru aux éditions de la Grande Ourse ainsi qu'en version poche chez 10/18, Vesoul, le 7 janvier 2015 (2019), Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde (2020) et Pourquoi je suis communiste (2022).

Quatrième de couverture :

La Haine des oiseaux est le neuvième ouvrage écrit par Quentin Mouron  qui poursuit, avec cet ouvrage lyrique, politique et très contemporain, son aventure d'écrivain de grande qualité. Ce recueil de poèmes, est le deuxième volet d'une trilogie poétique, commencée avec Pourquoi je suis communiste. Si le premier recueil explorait les différents états amoureux en les plongeant dans la réalité brute de la lutte et du travail, faisant ainsi dialoguer ces trois dimensions fondamentales de l'existence humaine, La Haine des oiseaux se propose d'utiliser le médium poétique à rebours de sa fonction traditionnelle, en le frottant à l'actualité la plus crue – pour ne pas dire la plus cruelle. Mouron poursuit son exploration aux limites du genre et s'impose comme l'un des poètes les plus intriguant et les plus excitants du moment. Comme l'écrit l'auteur lui-même : " Il n'y a de poésie véritable que lorsque l'on a accepté la souillure des hommes et la souillure du temps. " Ou encore : " La poésie s'écrit toujours avec un p minuscule. La majuscule est l'autre nom du mensonge. " Il y est question de la guerre qui hante actuellement l'Europe, mais aussi de l'inflation, de la hausse du prix de l'essence, de la propagande russe, des réseaux sociaux, de l'aliénation sous toutes ses formes, du harcèlement de rue, des influenceuses et des influenceurs, de tout ce qui tisse la trame de notre monde. Mouron, à travers ces nouveaux poèmes à la structure audacieuse, à la fois libres et construits, propose une lecture engagée de notre modernité – une lecture qui, loin de placer le poète dans une tour d'ivoire, le convoque au contraire dans la boue sanglante où ses semblables se débattent. "

Mon avis :

Après Pourquoi je suis communiste, un ouvrage du même éditeur paru cette année en mars, La haine des oiseaux est le second volet d'une trilogie entamée par l'auteur canado-suisse Quentin Mouron
L'auteur nous livre un recueil de textes poétiques qui se veut au plus près de l'actualité brûlante du moment. Des mots qui font écho à nos maux  : les répercussions du conflit en Ukraine, l'inflation galopante, la hausse du prix des carburants : 

[…] Le prix de l'essence 
Augmente
Tu ris
Dans le matin
Obscur

Tu ris
Sous les tapis
De bombes

Tu ris
L'essence bondit
Tu danses
Les chars
Avancent

Tu brilles
Dans le matin
Obscur
Tu brilles
Dans le désastre

Tu chantes
Les chars
Avancent
Tu danses

Tout augmente
Le blé
Le riz
Le gaz
L'essence. […]

ou encore, le street harassment si difficile à endiguer, dans un poème au titre évocateur (Le théâtre de la cruauté) :

Tu avances 
Prudemment
Dans les rues
Sans lueur
Les buveurs sifflent
Ils demandent ton Insta
Ils se frottent le ventre
Et forment derrière toi
Une traîne animale
Ils disent
On te mangera
Comme 
un taco rempli d'huile
Et de sauce marocaine

Tu avances
La peur est un rideau de pluie froide
La nuit ruissèle de paroles vides
Et insensées
Les buveurs forment une traîne
Sanglante
Ils disent
On te mangera
Comme
un dürüm au trois viandes
Fourré de frites […]

Parce que l'auteur, contrairement à Platon, aimerait réintégrer le poète engagé dans la Cité, il choisit délibérément de mêler les souillures du monde aux chants des oiseaux. Dans cette optique et en toute liberté, Quentin Mouron nous offre un recueil ancré dans la réalité, aussi féroce qu'émouvant. 
Entre humour caustique et tragédie, cet ouvrage qui aborde crûment nos préoccupations actuelles ne peut qu'interpeller les quidams que nous sommes !



Merci aux Éditions Olivier Morattel.

Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 5 novembre 2022

Disparition à Manadieu de Pascale Blazy

 













Éditeur : Créer
Parution : 25/03/2022
Nombre de pages : 188
Genre : 
cosy mystery

L'auteure :


 









Pascale Blazy vit en Haute-Loire où elle est bibliothécaire. Après quelques nouvelles plébiscitées dans des concours d’écriture, elle publie un recueil de contes, un roman médiéval et des romans policiers.
Clarisse, intrépide bibliothécaire, est le personnage récurent de ces enquêtes.

http://pascaleblazy-livres.over-blog.com

pascalivres@yahoo.fr

Quatrième de couverture : 

La vie coule paisiblement à Manadieu mais à quelques jours du baccalauréat, Lison disparaît. Le dernier lieu qu'elle ait fréquenté semble être la bibliothèque. Fugue, enlèvement...toutes les hypothèses sont envisagées par l'adjudant-chef Marchand et sa brigade.
A leur tour, Clarisse et son ami Armand se lancent à la recherche de la lycéenne.
Prix Velay 2015 - Cercle littéraire Catherine de Médicis

Mon avis : 

« Vous connaissez sans doute Miss Marple, la  célèbre enquêtrice d'Agatha Christie, et bien à Manadieu, c'est notre bibliothécaire qui a tendance à se prendre pour ce personnage. Plus jeune et pas tricoteuse émérite, à ce que je sache, elle n'en est pas moins une fouineuse qu'il faudra avoir à l'œil. »

Bibliothécaire, Clarisse coule des jours heureux en compagnie de ses deux chats Miss et Chopin dans la petite bourgade tranquille de Manadieu située dans le Pays du Velay. Cette amatrice de bonne chère aime  par-dessus tout pimenter son quotidien d'énigmes corsées. Aussi, lorsque la jeune Lison, 18 ans, disparait quelques jours avant de passer son bac, cette dernière va tout mettre en oeuvre pour découvrir ce qui est arrivé à la jeune fille. Vue pour la dernière fois à la bibliothèque du village en compagnie d'un enseignant qui l'aidait à réviser son bac, cette dernière n'a plus donné signe de vie depuis. Tout le bourg est en émoi et y va de ses suppositions, de Mme Brun la commère du village à Armand le pharmacien qui est également le meilleur ami de Clarisse. 
Connaissant l'intrépidité et l'inassouvible curiosité de la bibliothécaire, l'adjudant-chef Marchand tente en vain de la dissuader de s'immiscer dans cette affaire. En pure perte, car même au péril de sa vie, l'incorrigible fureteuse est bien décidée à faire toute lumière sur cette histoire 

Cette enquête, diligemment menée par de sympathiques enquêteurs amateurs dans un cadre bucolique, ne manque ni de mystère ni d'humour. Une lecture délassante et dénuée d'hémoglobine qui devrait vous faire passer un très bon moment tout en vous épargnant le risque de faire de vilains cauchemars.
Plaisant cosy mystery à la française, Disparition à Manadieu se savoure comme un délicieux bonbon à la verveine du Velay ! 



Merci à Babelio et aux éditions Créer.
Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 29 octobre 2022

Brindille de Yves Montmartin

 












Éditeur : La chouette à lunettes
Parution : 05/07/2022
Nombre de pages : 248
Genre : littérature française

L'auteur :


 











Yves Montmartin est né à Saint-Etienne en 1953 et il souffre depuis son enfance de bibliophagie, maladie qu'il soigne avec de la lecture matin, midi et soir. La bibliothèque associative dont il est un des bénévoles est devenue son centre de soins. L’écriture du "livre qui vole", son premier roman, doit être considérée comme une thérapie. Il est également l'auteur du roman "Anaïs", paru en 2018,"Sept jours au Mazet-St-Voy" sorti début 2020 aux éditions du Venasque et La mauvaise herbe (2020).

Quatrième de couverture :

Marie est une petite fille qui est née prématurément. Elle parait si frêle, si fragile que son entourage l’appelle Brindille. Au rythme des saisons, avec ses amies Coccinelle, Neige et Vanille, elle nous raconte le monde qui l’entoure. Un regard plein d’innocence mais aussi de bon sens. Nous sommes en 1981 à la veille de l'élection de François Mitterand.

Mon avis :

« C'est vrai que les tartines de mamie confiture étaient bien meilleures quand je les dégustais les yeux fermés. Je sentais pleinement le goût sucré et le soleil des fruits et surtout tout l'amour de mamie. »

Enfants nées au cœur des quatre saisons, Neige, Brindille, Vanille et Coccinelle se vouent une amitié indéfectible. Dans ce nouveau roman d'Yves Montmartin, nous allons cheminer à leur coté, de leur naissance dans les années 1980 jusqu'à nos jours. 
La narratrice de l'histoire, Marie alias Brindille, est une petite fille attachante et malicieuse qui a pour confident un escargot et qui raffole des synonymes. Au fil de ses épanchements riches en anecdotes savoureuses sur ses copines et elle, Brindille nous invite à découvrir son univers un peu magique, rempli d'amour et de candeur. 
Nous découvrons le charmant village (imaginaire) de Maucoules et ses habitants à travers ses yeux d'enfant, ceux d'une petite fille avide de découvrir les surprises que lui réserve la destinée. 
Empreint de tendresse et de bienveillance, ce roman est traversé d'une galerie de personnages pittoresques et touchants, tel le merveilleux Papy Chandelle. A travers ce récit initiatique, nous suivons Brindille pas à pas dans son apprentissage de la vie. L'amitié, l'amour, la mort, mais aussi les belles surprises que nous réservent parfois le destin. 
Le lecteur navigue entre le début des années Mitterrand et celles d'aujourd'hui. Une époque pas si lointaine où la découverte du monde se faisait encore en arpentant les sentiers verts de la nature et les encyclopédies plutôt que les chemins pixelisés d'internet. 
Sous l'égide bienveillante de sa parentèle, la frêle brindille et ses amies vont grandir sous nos yeux, le lecteur cheminant à leurs côtés jusqu'à leurs vies d'adultes…

A la croisée du conte initiatique et du récit d'apprentissage, ce roman plein de générosité, de fraîcheur et d'innocence est un vrai bonheur de lecture en ces temps troublés où reviennent sans cesse les termes de sobriété et de fin de l'abondance et où la violence se fait de plus en plus prégnante, comme on a pu le constater dernièrement avec la terrible affaire Lola. Alors si tout comme moi un irrépressible désir d'évasion vous tenaille, ce délicieux cupcake littéraire devrait vous redonner le sourire !


Merci à Yves Montmartin.
Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 1 octobre 2022

Tout garder de Carole Allamand

 













Éditeur : Anne Carrière
Parution : 26/08/2022
Nombre de pages : 192
Genre : enquête, 
témoignage

L'auteure :

















Née à Genève en 1967, Carole Allamand vit entre le New Jersey, où elle enseigne la littérature française, et Aix-en Provence. Tout garder est son cinquième livre.

Quatrième de couverture :

Quand sa mère décède subitement, Carole Allamand rentre en Suisse pour s’occuper de ses funérailles. Une longue absence a distendu leurs rapports et plus de dix ans se sont écoulés sans une visite à son domicile. Rien ne l’a préparée à ce qu’elle découvre. Objets et déchets ont envahi tout l’espace, englouti les meubles, retiré aux pièces leur fonctionnalité, confiné sa mère dans moins de cinq mètres carrés. Comment en est-elle arrivée là ?
Quelle signification ces choses ont-elles eue pour elle, et pour ces gens qui ne peuvent s’empêcher de les accumuler ?
Tout garder est une enquête sur le syndrome de Diogène, ce mal mystérieux et fascinant des sociétés dites avancées. Il est aussi un témoignage intime, un plaidoyer pour les femmes de sa génération, un roman d’amour.

Mon avis :

« Il faut franchir une première colline pour arriver au salon. Nicole me tend la main et je pénètre pour ainsi dire de plain-pied dans la folie de ma mère. On regarde ça, longtemps, comme un paysage pour la première fois, comme la surface de Mars, le tsunami de 2004, Berlin année zéro. C'est un raz-de-marée qui file entre les mots. Nous sommes bien au-delà du désordre. Bazar, bordel, foutoir ne conviennent pas davantage à un lieu qui relève de la décharge publique et du cabinet de curiosités, du nid de pigeon et de la jungle. »

Suissesse installée aux Etats-Unis depuis de nombreuses années, l'auteure se voit contrainte de revenir dans son pays natal, afin de régler les funérailles de sa mère Nelly, décédée soudainement. Une génitrice à la personnalité énigmatique qui a toujours fait preuve d'indifférence envers celle qui était pourtant sa fille unique. Mère et fille entretenaient des relations dénuées de liens affectifs, naviguant entre distance et incompréhension. Seuls quelques rares échanges téléphoniques maintenaient entre elles le fil ténu d'une relation quasi inexistante.
Chargée de vider l'appartement de cette dernière, l'autrice va avoir le choc de sa vie. Elle ne va pas reconnaître l'appartement dans lequel elle a passé ses jeunes années et découvrir avec stupeur que sa mère souffrait du syndrome de Diogène. Le logement totalement insalubre est d'une puanteur intolérable. Il est colonisé d'objets hétéroclites montant jusqu'au plafond et de déchets en décomposition et grouillant de vers, cette dernière ayant conservé jusqu'à la dépouille de son défunt chat. 
L'autrice se demande comment cette mère méconnue a pu en arriver là. Elle va se lancer dans une véritable enquête, cherchant vainement à découvrir qui était sa mère et ce qui a bien pu l'amener à rejoindre le triste rang de ceux qu'elle préfère nommer les gardeurs. 
Revisitant ses souvenirs d'enfance, elle se souvient de l'alcoolisme de son père, méprisant et humiliant sa mère. De la folie de cette dernière, laminée par les électrochocs, qui se réfugiait dans les souvenirs de son premier et unique amour, un libanais que les circonstances de la vie l'empêcheront d'épouser. 
Mêlant histoire intime et recherches plus générales dans tout ce qui a pu être écrit concernant ce trouble du comportement complexe, l'autrice nous invite à découvrir une pathologie qui a de quoi nous laisser perplexes… 

"Tout garder" est un témoignage tout aussi effrayant qu'édifiant. Bouleversant de sincérité, sans pathos, avec beaucoup de lucidité et moult détails, Carole Allamand tente de nous éclairer à travers sa quête personnelle sur cette singulière pathologie, encore méconnue, qu'est le syndrome de Diogène.
Qui peut être concerné ? Comment en arrive-t-on là ? Pourquoi ?
Beaucoup de questions et encore peu de réponses à ce jour. D'où l'intérêt de se pencher sur ce récit éclairant qui ne peut manquer de nous interroger !





Rendez-vous sur Hellocoton !

lundi 19 septembre 2022

Un profond sommeil de Tiffany Quay Tyson

 













Éditeur : Sonatine
Parution : 25/08/2022
Nombre de/ pages : 400
Traduction : Héloïse Esquié
Genre : littérature américaine

L'auteure :

Tiffany Quay Tyson est née et a grandi à Jackson, dans le Mississipi. Elle a été reporter pour le Mississipi Delta et a reçu, à cette occasion, le prix Frank Allen.
Son premier livre, Three Rivers, a été publié en 2015 et rapidement repéré par différents magazines littéraires.
Son deuxième roman, Un profond sommeil (2018), a été récompensé de nombreux prix, dont le Willie Morris Award for Southern Fiction, le prix Janet Heidinger Kafka, le Mississippi Institute of Arts and Letters Award for Fiction, et le Mississippi Author Award. Il a également valu à son auteure d'être comparée à William Faulkner par le Deep South Magazine pour son style gothique, sombre et atmosphérique.
Tiffany Quay Tyson vit aujourd'hui à Denver, dans le Colorado, et travaille comme enseignante à la Lighthouse Writers Workshop, un centre artistique de découverte et d'apprentissage de la littérature. Elle continue d'écrire, et cite Margaret Atwood parmi ses influences littéraires.

Quatrième de couverture :

White Forest, Mississippi. Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu'elle inquiète. On murmure que des esprits malveillants se dissimulent dans ses eaux profondes. Par une chaude journée d'été, Roberta et Willet bravent toutes les superstitions pour aller s'y baigner avec leur petite soeur, Pansy. En quête de baies, ils s'éloignent de la carrière. Quand ils reviennent, Pansy a disparu.
Quelques années plus tard, Roberta et Willet, qui n'ont jamais renoncé à retrouver leur soeur, suivent un indice qui les mène dans le sud de la Floride. C'est là, dans les troubles profondeurs des Everglades, qu'ils espèrent trouver la réponse à toutes leurs questions.

Tiffany Quay Tyson nous entraîne dans un voyage hanté au cœur des terres américaines. Du delta du Mississippi aux mangroves des Everglades, l'histoire tourmentée d'une famille fait écho à celle de toute une région, le sud des États-Unis, peuplé d'esclaves, de prêcheurs, d'assassins, de laissés-pour-compte, de monstres et de saints.

Mon avis :

« Contrairement à Willet, je refusais de rejeter une hypothèse sous prétexte qu’elle semblait abracadabrante. J’avais une étagère pleine de livres racontant des histoires d’hommes changés en crapauds et d’enfants s’avérant plus malins que des sorcières. Le monde réel n’était en rien plus logique que ces histoires. »

C'est bien connu, les enfants aiment braver les interdits. Alors, par une moite et trop chaude journée d'été Bert et Willet, deux adolescents, décident d'aller se rafraîchir dans les eaux de la carrière, amenant avec eux leur petite sœur Pansy âgée de six ans. 
Une carrière réputée maudite. Un lieu frappé par l'interdiction parentale. Une décision qu'ils regretteront pour le restant de leurs jours. Délaissant momentanément la petite Pansy pour aller manger des mûres, cette dernière aura disparu à leur retour et ne sera pas retrouvée. 
Ce récit narré par Roberta, alias Bert, est celui de la perte, des remords, de la quête sans fin de cette dernière pour retrouver sa cadette. 
C'est également l'histoire tragique de deux adolescents livrés à leur sort en raison d'une famille défaillante et sur lesquels pèsera toute la culpabilité de la perte d'un être cher. 
Quand on a un père déserteur et une mère qui sombre dans la folie, comment se construire et avancer ?
Bert et Willet n'auront de cesse de découvrir la vérité. Une vérité cachant de biens sombres secrets qui les marquera dans leur chair à tout jamais

Tragédie familiale hautement addictive, ce thriller nous invite à parcourir le Sud profond dans ce qu'il a de plus beau et de plus terrible. 
Coutumes et croyances ancestrales, condition féminine, préjugés liés à la couleur de peau et secrets de famille sont abordés dans ce roman qui traverse plusieurs siècles, de l'époque des grandes plantations esclavagistes jusqu'à nos jours. 
Un récit dense et poignant sur la douleur liée à la disparition d'un être cher et l'impossible oubli.
Dans la lignée des excellents "Le Prince des marées" ou plus récemment "Là où chantent les écrevisses" ce roman est l'un de ceux qui vous hanteront longtemps après l'avoir refermé !


Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 21 août 2022

Les enfants des riches de Wu Xiaole

 













Éditeur : Rivages
Date de parution : 04/05/2022 
Nombre de pages : 304
Traduction : Lucie Modde
Genre : Littérature taïwanaise 

L'auteure :

Wu Xiaole est née en 1989 Taïwan. Nourrie de son expérience comme professeure à domicile, son premier roman Les enfants des riches, a connu un succès retentissant

Quatrième de couverture :

Jeune Taïwanaise aux origines modestes, Chen Yunxian veut le meilleur pour son fils. Mais dans une société où la compétition s'engage dès le plus jeune âge au sein d'un système éducatif hyper hiérarchisé, le moindre choix remet en jeu sa mission de mère parfaite.
Au gré d'amitiés inattendues avec la famille du patron de son mari, elle entrevoit pourtant un monde où tout semble plus facile et se laisse bientôt séduire par une alliance douteuse, exigeant une abnégation totale et de cruelles contreparties.
Acide et efficace, Les Enfants des riches est une plongée dans la trouble psyché d'une femme sous haute (auto)surveillance, prise dans le fol engrenage de son obsession de réussite. Un vertigineux miroir du règne de la performance.

Mon avis :

« Comme Jack dans Titanic, elle avait pensé rallier un nouveau continent merveilleux, sans envisager la possibilité d'un naufrage. Malheureusement, les cabines du bas étaient toujours les premières sur la liste des sacrifiés. »

Issue d'un milieu modeste, Chen Yunxian rêve de gravir les échelons sociaux. Malheureusement, la promotion tant attendue par son époux peine à venir. Les postes convoités par son mari Dingguo, finissent toujours par être attribués à des collègues souvent moins méritants mais pistonnés. Alors quand le couple est invité à la fête d'anniversaire du fils de l'employeur de son mari, la jeune femme pense que la chance a enfin tourné en leur faveur. Pas d'avancement pour le jeune papa, mais une proposition aussi curieuse qu'alléchante qu'il ne peut refuser. 
Son patron propose de financer les études de leur jeune fils qui s'est lié d'amitié avec son enfant du même âge. Les deux garçons vont intégrer une prestigieuse école qui forme l'élite de la progéniture taïwanaise et recevoir une éducation bilingue d'excellence, précieux sésame qui devrait plus tard leur ouvrir les portes des meilleures universités américaines. 
La jeune femme qui pense avoir trouvé l'ascenseur social tant convoité va cependant vite déchanter. Elle va apprendre à ses dépens que dans la vie rien n'est jamais gratuit, et qu'il y a toujours un prix à payer

Aussi féroce que percutant, ce roman nous décrit une société taïwanaise gangrenée par le culte de la performance, de l'apparence et de l'argent-roi. 
Dans ce récit, pratiquement aucun des protagonistes n'est sympathique : opportunisme, avidité, veulerie, calcul, convoitise, jalousie chaque personnage va révéler de fâcheux travers au fil de la narration. 
On s'indigne, on rit, on compatit et l'on ressent presque une joie maligne à voir trébucher les plus antipathiques acteurs de cette histoire.
Même si le thème de l'arriviste qui se prend une gamelle a été mille fois traité, ce roman incisif aux accents moralistes se lit avec délice ! 



Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 19 juin 2022

Pourquoi je suis communiste de Quentin Mouron

 













Éditeur : Olivier Morattel Éditeur 
Parution : 09/03/2022
Nombre de pages : 164
Genre : poésie

L'auteur : 














Quentin Mouron est un écrivain canado-suisse né à Lausanne en 1989. 
Il est l'auteur de plusieurs romans : "Au point d'effusion des égouts"(2011) qui rencontre un accueil très favorable en Suisse francophone, "Notre-Dame-de-la-Merci" (2012), "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" (2015) paru aux éditions de la Grande Ourse ainsi qu'en version poche chez 10/18, Vesoul, le 7 janvier 2015 (2019) et Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde (2020).

Quatrième de couverture : 

Là où est l'Homme, est aussi l'amour, est aussi le travail, est aussi la lutte. Il revient à Hegel d'avoir liée explicitement les trois, dans un chapitre célèbre de La Phénoménologie de l'Esprit. Il appartient à Marx, par la suite, d'avoir analysé les rapports entre le travail et la lutte; il appartient aux surréalistes d'avoir tiré toutes les conséquences du croisement entre la lutte et le désir amoureux.

L'ambition de ce recueil de poèmes est de rendre justice à la triade originaire, qui forme un tout inextricable.

Mon avis :

«[…] elle disait que l'existentialisme était la philosophie de ceux qui ont le temps, elle disait que l'existentialisme était la philosophie de ceux qui boivent des cafés crèmes et des bocks et des cocktails à l'abricot, elle disait qu'entre L'Être et le néant et La Critique de la Raison dialectique Sartre avait rencontré les masses qui n'ont pas le temps, les ouvriers qui n'ont pas le temps, les colonisés qui n'ont pas le temps, sauf le temps qu'on leur impose de l'extérieur, c'est-à-dire la cadence, c'est-à-dire le temps mystifié, c'est-à-dire le temps réifié, elle disait que ces masses n'ont ni le temps ni le choix, elle disait qu'elle n'avait ni le temps ni le choix, elle disait qu'elle était fatiguée, elle pleurait le soir, […]»

Dans ce nouvel ouvrage, Quentin Mouron déserte momentanément les sentiers du récit fictionnel pour arpenter les chemins plus escarpés de la poésie en vers libres et en prose. 
L'auteur décortique les différentes étapes d'un amour, de ses balbutiements à son extinction. Il brosse des situations où la lutte est au cœur des événements. En amour comme dans le labeur, il décrit un combat de tous les instants qui ne prend fin qu'avec le trépas de l'Homme.
Le présent recueil se décline en quatre parties : rencontre, engagement, rupture et vanité. 
Des prémices et délices de la Rencontre, de la fusion amoureuse […] j'avais noté le soir on promet toujours trop promettre c'est l'imprudence lyrique des hommes promettre c'est faire un pari sur les anges c'est décevoir par avance […].
Puis du temps suspendu qui reprend son cours. De celui de l'Engagement, brinquebalé par les évènements du quotidien. De lutte en renoncement, de performance en déconvenue : […] elle s'était élancée sous les injures des clients, les kebabs tièdes, le frites perdues, les burgers écrasés, les remontrances, les mauvaises notes, la désactivation, la désactivation pour les pédaleurs enlisés, pour les êtres tombés à côté du monde, à côté du droit du travail, à côté de la dignité humaine, à côté des conventions collectives […].
Vient le temps de la Rupture, des désillusions : […] il s'endormait quelques minutes dans son costume trop grand, sur le lit de ses rêves déchirés, sur le lit de ses rêves reprisés, sur le lit de ses rêves mités, sur le lit de ses rêves limités, il s'endormait quelques minutes et il se réveillait ivre et triste […].
Enfin le cycle s'achève sur Vanité qui dénonce l'inéluctable victoire de la grande faucheuse sur nos vies : 

Nous avions revêtus de vieux souvenirs
Usés
Où ton sourire 
Cousu en biais
S'effilait
Comme filait 
Le temps
Qui avait blanchi
Les tempes 
De nos parents
Qui avait vouté
Le dos
De tes amis 
D'enfance
Assis
Sagement
Comme de vieux enfants
- Et ton cercueil
Attendait
Sagement
Sur les dalles
Sans éclat
De l'église
Où tu aimais
Prier
Sous les vitraux sans art
De l'église
Où tu aimais
Chanter
Sous le Christ sans joie
Presque sans amour
De l'église 
Que tu avais aimée.

Oscillant entre tradition et modernité, ce recueil de poésie éclectique puise en grande partie son inspiration dans les théories marxistes et hégéliennes. 
Amour et travail se rejoignent pour former une entité sans réelle distinction, avec la lutte comme principal fil conducteur de tous les instants. 
Même s'il est traversé de multiples clins d'œil à des poètes communistes du 20ème siècle comme Louis Aragon et surtout Nâzim Hikmet, ce recueil reste résolument actuel. 
Tout comme dans ses romans, on retrouve la plume singulière et inclassable de l'auteur qui se caractérise par sa fougue, son cynisme, sa sensibilité à fleur de peau, son irrévérencieuse provocation et sa cruelle lucidité. 
Une nouvelle facette de l'auteur vaudois à découvrir !



Merci aux Éditions Olivier Morattel.
Rendez-vous sur Hellocoton !