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dimanche 25 novembre 2018

Taxi de Carlos Zanón

















Éditeur : Asphalte
Parution : 06/09/2018
Nombre de pages : 415
Traduction : Olivier Hamilton
Genre : littérature espagnole

L'auteur :


Carlos Zanón est né à Barcelone en 1966. Il est poète, romancier, scénariste et critique littéraire. Soudain trop tard, paru chez Asphalte en 2012, a remporté le prix Brigada 21 du meilleur premier roman noir. Il est également l'auteur de N'appelle pas à la maison (2014)  et J'ai été Johnny Thunders (2016). Ses livres ont été traduits et publiés aux Etats-Unis, en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Quatrième de couverture :

"Il faut qu'on parle", annonce un matin Lola à son mari Sandino, chauffeur de taxi. " Ce soir, à mon retour ", répond celui-ci, avant de se laisser absorber par la ville. Et il ne rentre pas, entamant une odyssée de sept jours et six nuits, travaillant sans relâche pour éviter cette discussion fatidique, car il le sait : sa femme, lasse de ses infidélités, veut le quitter. 
Sandino l'insomniaque parcourt Barcelone et les clients défilent, tous pénitents dans son taxi-confessionnal. Dans cette fuite vers l'avant, il tâche de venir en aide à sa collègue Sofía et à son ami Ahmed, mais ce faisant, c'est lui-même qu'il va mettre en danger. 
Avec ce roman total, Carlos Zanón montre de nouveau son pouvoir narratif en mettant en scène des personnages justes, complexes, humains.

Mon avis : 

« Qu'importe le miroir, seul compte le reflet.
L'impunité de mentir à un étranger. Ce n'est rien d'autre que l'art du mensonge pour le mensonge. Le chauffeur de taxi ne te crois pas, et toi, tu ne le crois pas non plus. La ville défile tout autour de toi, qui es enfermé dans ce bathyscaphe, derrière des vitres sur lesquelles défilent des fonds d'écran que tu connais par cœur, qui ne font plus partie de ta réalité et qui montrent toujours des endroits paumés.
Sandino veut croire que la plupart des choses qu'on lui raconte ou qu'il entend sont des mensonges. Il veut le croire. Parce ce que si c'est la vérité, alors c'est effrayant. »

Comment continuer à avancer quand on est désabusé par le morne quotidien d'une vie que l'on n'a pas choisi ? Sandino déteste conduire. Pourtant, il s'est retrouvé chauffeur de taxi tout comme son père et son frère avant lui, en dépit de ses rêves de grandeur. A cause de la crise. Pour gagner honnêtement sa vie à défaut de la vivre pleinement. Alors, pour s'offrir un peu de piment et d'évasion, Sandino multiplie les conquêtes féminines, quitte à se brûler les ailes au feu de passions éphémères qui ne sont pas du goût de sa légitime épouse. Arrive le jour où cette dernière lui dit : "Sandino, il faut qu'on parle". Inutile d'être fine mouche pour deviner ce que sa femme veut lui annoncer. Alors il prend la fuite. Ce récit nous raconte les sept jours d'errance pendant lesquelles il va multiplier les bourdes et s'enfoncer dans le pétrin, en voulant fuir la réalité et jouer les bons samaritains pour aider une collègue qui se trouve en fâcheuse posture après avoir essayé de berner des malfrats. Sandino va apprendre à ses dépens qu'il est dangereux de confondre la vie réelle avec un film de Tarantino...

Tout comme dans le féroce "N'appelle pas à la maison", Carlos Zanón nous entraîne dans l'univers trash et désespéré de losers invétérés qui cherchent en vain la lumière et la rédemption dans les bas-fonds de Barcelone. Fidèle à son style narratif percutant, sans fard ni fioritures, l'auteur nous livre une épopée urbaine plutôt bien rythmée qui oscille habilement entre action et réflexion. 
En bref, un très bon moment de lecture qui confirme ma première impression sur les écrits du señor Zanón : une savoureuse plume noire à suivre de très près...


 

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samedi 28 juillet 2018

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafón




















Éditeur : Actes Sud
Parution : 02/05/2018
Traduction : Marie Vila Casas
Nombre de pages : 841
Genre : littérature espagnole

L'auteur : 













Carlos Ruiz Zafón est né à Barcelone en 1964 et vit en Californie. Ses ouvrages sont traduits dans une cinquantaine de langues. Il est l'auteur espagnol contemporain le plus lu à travers le monde. Il a écrit la saga du Cimetière des Livres oubliés, les opus du Cycle de la brume et Marina, tous parus chez Robert Laffont.

Quatrième de couverture :


Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d'un ministre déchaîne une cascade d'assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contrer la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques. Son enquête l'amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n'est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l'ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au coeur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Juliàn, ni son fidèle compagnon Fermin ne parviennent à le tirer. En compagnie d'Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l'histoire secrète de leur famille et, quel qu'en soit le prix à payer, voguent vers l'accomplissement de leur destin. Erudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d'intrigues et d'aventures. Un formidable hommage à la littérature.

Mon avis :


« - Bienvenue au Cimetière des livres oubliés, Julián.
Il me fallut un moment pour retrouver mon calme et obéir à nouveau à la loi de la pesanteur. Quand il me vit plus serein, mon père me murmura, au milieu des ténèbres :
- Ce lieu est un mystère Julián. Un sanctuaire. Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu'un livre change de main, toutes les fois que quelqu'un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. »


Dans ce quatrième opus du "Cimetière des livres oubliés", j'ai retrouvé avec délice les personnages qui ont contribué au succès de ce cycle. L'intrigue de ce roman se déroule principalement en 1959, dans une Espagne dévastée et écrasée par les exactions du régime franquiste qui sema la terreur au sein de la population. Comment vivre dans un pays dominé par la répression, la censure et les violentes représailles exercées contre les opposants au régime ? 
Les Sempere et leur fidèle ami Fermín Romero de Torres s'y essayent, vivotant tant bien que mal dans leur petite librairie de quartier, malgré le poids douloureux d'un passé sanglant. Leur relative tranquillité sera bientôt troublée par l'irruption dans leur vie de l’envoûtante et mystérieuse Alicia Gris qui réveillera les fantômes du passé... 
Quel lien les relient au ministre de la culture qui vient d'être enlevé ? Quel rôle le cimetière des livres oubliés joue-t-il dans cette histoire ? Qui est vraiment l'énigmatique Alicia ? 
Entre magouilles politiques et financières, corruption et trafics d'enfants, nos personnages qui croiseront le chemin de tortionnaires sanguinaires, de policiers véreux et de perspicaces détectives de l'ombre, vont vivre des événements aussi tragiques qu'émouvants qui éclaireront d'une lumière nouvelle tout un pan de leur histoire familiale ! 

Pour ce dernier volet du Cimetière des livres oubliés, le fabuleux conteur ibérique frappe très fort avec cet épais roman de 840 pages. De sa plume inimitable, l'auteur nous balade de Madrid à Barcelone dans son singulier univers qui balance entre réalisme et onirisme, petite et grande histoire, ombre et lumière, tragédie et comédie. Aussi fabuleux que picaresques et attachants, les  protagonistes de ce cycle romanesque sont de ceux qui laisseront une trace indélébile dans ma mémoire. Si vous êtes en quête de mystère et que vous êtes férus d'une littérature aussi intelligente que distrayante, Le labyrinthe des esprits pourrait bien être le pavé de votre été !



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dimanche 31 décembre 2017

N'appelle pas à la maison de Carlos Zanón




















Éditeur : Asphalte
Parution : 03/04/2014
Nombre de pages : 376
Traduction : Adrien Bagarry
Genre : littérature espagnole

L'auteur : 


Carlos Zanón est né à Barcelone en 1966. Il est poète, romancier, scénariste et critique littéraire. Soudain trop tard, paru chez Asphalte en 2012, a remporté le prix Brigada 21 du meilleur premier roman noir. Il est également l'auteur de J'ai été Johnny Thunders (2016). Ses livres ont été traduits et publiés aux Etats-Unis, en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Quatrième de couverture : 

Barcelone, de nos jours. Raquel, Cristian et Bruno vivent d'une arnaque dans laquelle ils excellent : ils font chanter les couples illégitimes. De l'argent facile, une organisation bien rodée, menée de main de maître par Bruno, malgré quelques passages à tabac lorsque les choses dérapent. Merche et Max sont amants. Elle est mariée, il est divorcé ; tous deux font partie de la classe moyenne catalane. Un jour, Cristian va repérer le couple et noter le numéro de plaque d'immatriculation de Max. L'engrenage diabolique est enclenché... mais rien ne va se passer comme prévu. Deux mondes se côtoient dans ce roman où l'on croise une galerie de personnages marquants, durement touchés par la crise et par la vie.

Mon avis :


«  Peut-être s'est-il trompé depuis toujours. La vie n'est ni un drame ni une sitcom. Pas plus qu'une tragédie. La vie, sa vie, c'est un western, sans scénario la plupart du temps. »

Ils sont trois petites frappes sans foi ni loi, Raquel, Bruno et Cristian. A la limite de la clochardisation, ils squattent où ils peuvent et passent la plus grande partie de leur temps dans des bars sordides à jouer aux cartes, boire et se droguer. Fâchés avec le travail, ils vivent au jour le jour grâce à des combines tordues et bien souvent hasardeuses. Leur dernière trouvaille est d'arnaquer les couples adultères qu'ils repèrent à la sortie des hôtels. Parmi eux, Merche et Max. Lui est fraîchement divorcé et espère que sa maîtresse va enfin se décider à faire de même. Malheureusement, cette dernière rechigne à mettre fin à une vie de couple qui si elle ne l'enchante pas, lui permet de vivre très confortablement. Quand les arnaqueurs entre en jeux, les choses se précipitent mais ne tournent pas vraiment comme chacun des protagonistes l'avait escompté...

Roman trash, féroce et désespéré se déroulant dans les quartiers les plus glauques de Barcelone, N'appelle pas à la maison est assurément un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Véritable plongée dans l'univers terrifiant de losers suprêmes, maudits et sans espoirs de rédemption, ce livre dérange par sa crudité et sa cruauté. Ce roman noir remarquablement rédigé est également une réflexion fouillée sur l'amour, la vie de couple, la maladie et le temps qui passe. 
Si une immersion dans un monde désenchanté ne vous effraie pas, jetez-vous sur ce petit chez-d'oeuvre de noirceur dont la lecture vaut vraiment le détour ! 



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mercredi 1 mars 2017

La dernière nuit à Tremore Beach de Mikel Santiago




















Éditeur : Actes Sud
Parution : 04/05/2016
Traduction : Delphine Valentin
Nombre de pages : 334
Genre : littérature espagnole

L'auteur : 





















Mikel Santiago est né en Biscaye en 1975. Après de longs séjours en Irlande et aux Pays-Bas, il vit à Bilbao où il partage son temps entre l'écriture, le rock'n'roll et la programmation informatique.

Quatrième de couverture : 

Clenhburran : cent cinquante âmes en hiver, ses routes sinueuses entre vallons verdoyants et récifs escarpés, ses tourbières et ses fleurs sauvages. C’est en Irlande, dans ce hameau du comté de Donegal, que le célèbre compositeur Peter Harper est venu trouver refuge dans une maison isolée sur la plage. Pour s’accommoder d’un divorce orageux et renouer avec la musique.

Au retour d’un dîner chez des amis par une nuit de tempête, il tente de dégager la branche d’un vieil orme qui lui barre le chemin, quand il est frappé par un éclair d’une rare violence. S’ensuit une migraine chronique qu’aucun traitement ne parvient à apaiser, suivie, quelques jours plus tard, par de récurrents cauchemars sanglants où peu à peu apparaissent ses voisins et ses propres enfants, qu’il attend pour les vacances. Ces rêves semblent l’avertir d’un danger imminent auquel personne n’est disposé à croire. Saisi d’une angoisse vertigineuse lorsqu’il constate que jour après jour des pans entiers de ses visions nocturnes s’incarnent dans la vie réelle, il doit lutter seul contre la menace qui désormais enserre les siens.
Dans ces paysages irlandais aussi grandioses qu’inhospitaliers, c’est la part d’ombre de chaque personnage qui se dévoile, tous rattrapés par ce qu’ils sont ici venus fuir.
Un rythme vertigineux, un suspense tramé au cordeau : un début fracassant pour un auteur surnommé déjà le “Stephen King espagnol”.

Mon avis :

Et alors c'est arrivé. Ce dont j'allais si souvent me souvenir par la suite. Une voix m'a parlé et m'a dit :
« Ne sors pas de la maison. »
Ce fut comme une voix sans visage. Comme un fantôme caché dans mes oreilles. Un murmure qui aurait pu être le vent. Je l'ai entendu en moi quelque part : « N'ouvre pas cette porte. Pas ce soir... » Ma main est restée posée sur la poignée. Mes pieds pétrifiés, plantés dans le sol carrelé.

Compositeur en panne d'inspiration après un divorce houleux, Peter Harper est parti panser ses blessures dans un maison isolée au bord d'une plage irlandaise. Un soir où il est convié à dîner chez des amis, une voix intérieure lui susurre ce leitmotiv : « Ne sors pas de la maison. » Faisant fi de cette mise en garde, notre musicien fait taire ce qu'il considère comme une pensée délirante et répond à cette invitation. Un choix dont il va se mordre les doigts par la suite. Foudroyé par un violent éclair sur le chemin du retour, ce dernier qui ressort de son accident commotionné mais indemne se retrouve bientôt la proie de terrifiants rêves éveillés, de plus en plus cauchemardesques et sanguinolents au fil des jours. Ses proches sont-ils réellement en danger où est-il victime d'hallucinations morbides ? Est-ce pure folie ou doit-il au contraire écouter ses alarmantes et terrifiantes voix intérieures ? 

Mikel Santiago surnommé le “Stephen King espagnol” n'a pas usurpé son surnom. De sa plume fluide et addictive, l'auteur, tel un maître d'orchestre savamment rodé, fait monter crescendo le suspens à chaque page tournée, mêlant chausses-trappes et autres sournoises impasses pour mieux embrigader le lecteur dans ses redoutables filets... Gardez les yeux bien ouverts car une fois fermés, les réminiscences maléfiques de ce page-turner risqueraient bien de vous faire cauchemarder pour de bon !



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mercredi 15 février 2012

L'appât de José Carlos Somoza























Editeur : Actes Sud
Traduction: Marianne Millon
Parution : 05/10/2011
Nombre de pages : 410
Genre : Littérature hispanique

L'auteur :














José Carlos Somoza est né à La Havane en 1959, il publie son premier roman en 1994 et abandonne sa carrière de psychiatre. La traduction anglaise de La Caverne des idées lui permet d'être distingué par le Gold Dagger Prize en 2002.  Traduite dans le monde entier, son œuvre en France est publiée par Actes Sud. Il est l'auteur de Clara et la pénombre (2003) La Dame n° 13 (2005), La Théorie des cordes (2007), Daphné disparue (2008) et La Clé de l’abîme (2009).

Quatrième de couverture :

Lever de rideau. Ici une bretelle noire glisse sur une peau diaphane, là des yeux mi-clos quémandent un improbable pardon : parure et posture. Elles charment et abusent les sens, elles disent qui est le maître. Si le grand ordonnateur de ce manichéisme visuel s'appelle Shakespeare, nous ne sommes pas sur les planches du théâtre du Globe mais dans le centre de formation ultramoderne de la police madrilène. Des instructeurs y décryptent les codes élisabéthains, qui placent la satisfaction du désir à l'épicentre de notre psyché. Les agents sont formés à la technique des "masques" : identifier en quelques secondes la nature du désir le plus profond du suspect pour provoquer en lui une overdose du seul plaisir auquel il ne peut résister. On les appelle les "appâts", Diana Blanco est leur meilleur élément.
Quand elle découvre que sa jeune soeur est aux prises avec l'insaisissable Spectateur qui terrifie la ville, elle mène une course contre la montre qui la conduit jusqu'à l'antre du monstre. C'est du moins ce qu'elle croit.

Subversif ? Troublant ? Inventif ? Ingénieux ? C'est Comme il vous plaira. Mais si "Le monde entier est un théâtre", José Carlos Somoza signe ici une magistrale mise en scène.

Mon avis :

"Le monde entier est un théâtre, Et tous les hommes et les femmes seulement des acteurs". Toujours dans le registre du roman d'hypothèse, José Carlos Somoza s'est inspiré des pièces de théâtre de William Shakespeare pour construire l'intrigue de son nouveau roman.
L'histoire se déroule dans un futur proche, après un attentat terroriste à la bombe nucléaire. La technologie étant devenue impuissante dans la traque des criminels en tous genres, les forces de polices forment des "appâts"ou pièges vivants, selon des théories basées sur une nouvelle branche de la psychologie : l'étude du psynome. Celle-ci correspond à une expression quantifiable de nos désirs semblable à celle du génome, les comportements, les gestes et le ton des personnes étant rassemblées en groupes aux caractéristiques communes surnommées "philias" . 
Les appâts forment une nouvelle armée secrète d'hommes et de femmes qui sont de véritables machines à broyer.  Formés à reconnaître les "philias" propres à chacun, cette aptitude particulière leur permet de supprimer les criminels les plus redoutables. Ils utilisent la technique des "masques", une représentation théâtrale basée sur l'oeuvre de Shakespeare qui leur permet de les éliminer en leur renvoyant, tel un miroir, un reflet mortel de leurs désirs. 
Diana, l'un des meilleurs appâts jamais formé, va partir sur les traces d'un redoutable tueur en série, "le spectateur", qui a enlevé sa jeune soeur ...
Une fois de plus, José Carlos Somoza m'a surpris par son inventivité et son érudition. Il a la faculté de donner naissance à des personnages à la psychologie fouillée, toujours crédibles. Psychiatre de formation, il connaît bien les tréfonds et les travers de l'âme humaine, ce qui lui permet de jouer avec notre imaginaire, nos peurs les plus profondes, nos rêves, désirs et fantasmes inavoués et de créer des ambiances toujours plus effrayantes et envoûtantes au fil de ses œuvres.
Lire José Carlos Somoza, reste cependant un exercice ardu et une plongée violente dans les  profondeurs de la psyché humaine, l'auteur ne ménageant à aucun instant son lecteur ! Une lecture que je déconseille donc aux âmes les plus sensibles, certains passages de ce roman étant particulièrement durs et pouvant les heurter assez violemment. Vous voilà prévenus !

Un extrait :

"- Bonjour, dit-il.
Il n'y a pas d'expérience comparable à celle de voir un monstre.
Je ne parle pas de ces photos de police que choisissent les médias afin d'essayer de nous montrer à quel point ils semblent retors ou normaux, mais du fait de les voir dans leur monde, dans leur environnement, à quelques centimètres de notre visage.
J'en ai vu plusieurs, et, si différents qu'ils puissent sembler, ils partagent tous une caractéristique. Aussi remarquable que leur bouche, leur nez ou leurs yeux. Aucun acteur, dans aucun film de psychopathes, n'a su la jouer. C'est leur particularité inimitable.
Voilà en quoi elle consiste : le monstre ne vous voit jamais. Il peut vous regarder ou non, rester silencieux ou non, vous mépriser ou s'intéresser à vous, rire de vos plaisanteries ou vous accompagner dans les pleurs. Peu importe ce qu'il fera, ou là ou il dirigera le regard, il ne vous verra jamais. Et quand vous contemplez un monstre pour la première fois, c'est exactement ce que vous remarquez. Pour le monstre, vous êtes invisible.
Je n'en connais pas la raison. Je ne suis pas une scientifique. Gens affirmait que c'était dû au fait qu'ils se consacraient entièrement à leur psynome. Ils vivent tournés vers l'intérieur. C'est comme si leurs yeux avaient été placés à l'envers, les pupilles noires dirigées vers l'intérieur sombre de leurs crânes et le globe blanc, improductif, penché sur l'orbite. Il s'agit d'un fait très rare, et je suis paralysée chaque fois que j'ai l'occasion de le constater, car j'ai toujours cru que tout ce qui possède un visage, qui vous regarde, parle et sourit, est un être humain.
Mais il y a des exceptions."

Pour aller plus loin :

Une intéressante interview de José Carlos Somoza dans Sciences et Avenir,"La surenchère technologique aboutit à une impasse"(décembre 2011)  :

http://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/20111206.OBS6105/la-surenchere-technologique-aboutit-a-une-impasse.html


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jeudi 16 juin 2011

Clara et la pénombre de José Carlos Somoza






















Editeur : Actes Sud
Traduction: Marianne Millon
Parution : 05/09/2003
Nombre de pages : 550
Genre : Littérature hispanique

L'auteur : 

















José Carlos Somoza est né à La Havane en 1959, il publie son premier roman en 1994 et abandonne sa carrière de psychiatre. La traduction anglaise de La Caverne des idées lui permet d'être distingué par le Gold Dagger Prize en 2002. Les romans de José Carlos Somoza connaissent aujourd'hui une renommée internationale. Son dernier roman, La clé de l'abîme, est paru en 2009 aux éditions Actes Sud.

Quatrième de couverture :

2006. Dans ce futur dangereusement proche, la représentation des corps ne fait plus recette au sein du marché de l'art, qui cote désormais des toiles humaines. Signées par de grands maîtres, elles sont louées, vendues, manipulées, livrées à tous les regards, à tous les fantasmes. Clara est modèle. Elle rêve d'être peinte par le dieu de "l'art hyperdramatique" : Bruno Van Tysch. Mais, tandis que la jeune toile est apprêtée dans un pavillon isolé des abords d'Amsterdam, la Fondation Van Tysch est en émoi. Une œuvre de grande valeur a été dérobée et détruite par un mystérieux meurtrier qui officie suivant des rites affreusement artistiques. A la manière de Rembrandt,  José Carlos Somoza dépeint de violents clairs-obscurs : les déviances de l'art font écho aux dérives de nos sociétés et conduisent chacun à mesurer le prix du beau à l'aune de la valeur du vivant.

Mon avis :

Ce livre reste une de mes meilleures lectures et il a une place privilégiée dans ma bibliothèque, j'en suis d'ailleurs à ma deuxième lecture et je pense le relire très prochainement. Comme le dit si bien Milan Kundera :  « … comme une grande musique qu'on peut réécouter sans fin, les grands romans eux aussi sont faits pour des lectures répétées …»
L'histoire se déroule dans un futur très proche ou Clara rêve de devenir le “chef-d'œuvre” du célèbre Bruno Van Tysch, sorte de gourou tout puissant qui fait la pluie et le beau temps dans le monde de l'art. Son domaine : "l'art hyperdramatique", ou la toile n'est plus un support inerte mais bien un être humain qui est apprêté, peint, manipulé, étiqueté vendu et exposé comme un simple objet. Les moins chanceux se louent au plus offrant, comme simples objets décoratifs, ils peuvent être tour à tour une lampe, une table, un plateau de Marooder et bien d'autres choses, selon la demande !
Ce livre, violente critique de l'art contemporain nous fait réfléchir sur la valeur de l'être humain, les dérives de la société de consommation, mais c'est aussi un excellent polar que vous ne pourrez plus lâcher, une fois ouvert. Un mystérieux tueur s'en prend aux toiles du maître, il a décidé de les détruire les unes après les autres. Lothar Bosch, un ancien policier, est recruté par la fondation Van Tysch, afin de retrouver le meurtrier, une course contre la montre est engagée, car bientôt, doit se tenir à Amsterdam la rétrospective Rembrandt, et les tableaux sont en danger !
Je ne vous en dit pas plus pour ménager le suspens, je vous invite à le lire si le sujet vous interpelle, tout en vous précisant que c'est une lecture dure, sans concessions, qui peut heurter certaines âmes sensibles, si c'est votre cas, passez votre chemin !

Un extrait :

«Tu connais le problème Lothar ? Aujourd'hui tout ce qui est précieux est éphémère. C'est-a-dire qu'à une autre époque la solidité et la durée constituaient des valeurs en soi : un sarcophage, une statue, un temple ou une toile. Mais actuellement, tout ce qui a un prix se consomme, s'use, s'éteint, que l'on parle ressources naturelles, drogues, espèces protégées ou art. Nous sommes passés par une phase préalable dans laquelle les produits rares avaient plus de valeur parce qu'ils devenaient rares. C'était logique. Mais quelle en a été la conséquence ? Qu'aujourd'hui, pour que les choses aient d'avantage de valeur, elles doivent être rares. Nous avons inversé la cause et l'effet. Aujourd'hui nous raisonnons ainsi : les bonnes choses n'abondent pas. Faisons donc en sorte que les mauvaises choses n'abondent pas, et elles deviendront bonnes.»

 

… Quand la fiction rejoint la réalité :

 

 Je vous invite à jeter un coup d'oeil sur le site d'Emma Hack, une artiste australienne :



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