Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

jeudi 6 septembre 2012

Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir

Éditeur : Gallimard (Folio)
Parution : 25/03/1974
Nombre de pages : 520
Genre : Littérature française

L'auteure :





















Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908 à Paris et décédée le 14 avril 1986 à Paris. Philosophe existentialiste, romancière, épistolière, mémorialiste et essayiste française, elle a partagé la vie de Jean-Paul Sartre. Elle est une théoricienne importante du féminisme, et a participé au mouvement de libération des femmes dans les années 1970.

Quatrième de couverture :

Si l'on nous offrait l'immortalité sur la terre, qui est-ce qui accepterait ce triste présent ? Demande Jean-Jacques Rousseau dans l'Emile. Ce livre est l'histoire d'un homme qui a accepté.

Mon avis :

- « Il faut beaucoup de force, beaucoup d’orgueil ou beaucoup d’amour pour croire que les actes d’un homme ont de l’importance et que la vie l’emporte sur la mort . » Des paroles implacables que prononce Fosca l'immortel, l'anti-héros de ce roman de Simone de Beauvoir.
 Ce roman-fleuve, mélange de plusieurs genres, est à la fois un roman philosophique, historique, fantastique et psychologique. C'est également une réflexion sur la condition humaine,  une démonstration de l'existentialisme, théorie qui soutient la supériorité de l'existence humaine sur toute autre essence. Puisque Fosca est immortel, il ne peut pas être un homme puisque toute existence est soumise à la mort et que c'est justement cette prise de conscience par l'homme de sa fin inéluctable qui rend les moments qu'il vit aussi précieux et qui vont le motiver à s'engager dans l'action et à vivre pleinement ses passions en se sachant condamné !
 
Ce conte philosophique nous raconte l'épopée de Fosca qui a délibérément opté pour l'immortalité et la jeunesse éternelle, et qui tel Sisyphe, voué à  faire éternellement rouler son rocher, n'en peut plus de voir le temps s'écouler et souffre de la lassitude auquelle le condamne un cadeau qui se révèle empoisonné...
Éternel voyageur du temps, Fosca voit le jour en 1279 dans un palais de la ville imaginaire de Carmona, en Italie. Une cité gouvernée par une succession de tyrans, dévastée par des guerres incessantes et gangrenée par la pauvreté de ses habitants frappés par de nombreux impôts.
Fosca se voit un jour offrir l'élixir de vie par un vieux mendiant, à condition qu'il lui laisse la vie sauve. Il accepte ce marché avec joie, pensant que sa qualité d'immortel va enfin lui permettre d'assouvir ses ambitions démesurées. Il sera tour à tour : prince régnant de Carmona, conseiller secret de Charles Quint, explorateur du nouveau monde, scientifique et révolutionnaire. Il rencontre également  l'amour sous les traits de plusieurs femmes qui vont traverser sa vie, mais finit cependant par épuiser tous ses désirs et sombre alors dans l'ennui, puis dans l'apathie. Son chemin d'errance va alors croiser celui de Régine, à qui il va faire le récit de sa vie. Actrice de théâtre, égocentrique, vaniteuse, rongée par l'envie et la méchanceté, cette dernière pense pouvoir acquérir l'immortalité en restant gravée dans la mémoire de Fosca. Elle finit cependant par déchanter, quand elle prend conscience qu'elle n'est qu'un "brin d'herbe", elle pousse alors un cri terrible et sombre dans la folie...
Et si l'immortalité dont tout homme a rêvé un jour, n'était qu'un long et sombre cauchemar ? Alors, cadeau ou fardeau ?
 
Ce roman que j'avais déjà lu il y a quelques années, est pour moi une redécouverte et le sujet d'un nouvel émerveillement. Au-delà d'une profonde réflexion sur le thème de l'immortalité, cette lecture est un vrai bonheur pour la richesse du vocabulaire employé par l'auteure, les dialogues savoureux et la consistance des personnages. C'est à mon humble avis, l'un des meilleurs romans de l'oeuvre de cette grande philosophe ! Cette nouvelle plongée dans l'univers de Simone de Beauvoir me donne d'ailleurs envie de relire quelques classiques, notamment "L'oeuvre au noir" de Marguerite Yourcenar, où il est question d'alchimie !
 
Un extrait :
 
- C'est un homme très extraordinaire, dit-elle.
- C'est un fou, dit Roger.
- Non. C'est plus curieux. Il vient de m'apprendre qu'il est immortel.
Elle les examina avec mépris; ils avaient l'air stupide.
- Immortel ? dit Annie.
- Il est né au XIIIème siècle, dit Régine d'une voix impartiale. En 1848, il s'est endormi dans un bois et y est resté soixante ans, ensuite il a passé trente ans dans un asile.
- Cesse ce jeu, dit Roger.
- Pourquoi ne serait-il pas immortel ? demanda-t-elle avec défi. Ça ne me semble pas un plus grand miracle que de naître et de mourir.
- Oh ! je t'en prie, dit Roger.
- Et même s'il n'est pas immortel, il se croit immortel.
- C'est un classique délire de grandeur, dit Roger. Ça n'est pas plus intéressant qu'un homme qui se croit Charlemagne.
- Qui te dit qu'un homme qui se croit Charlemagne n'est pas intéressant ? dit Régine.
Brusquement la colère lui monta au visage.
- Croyez-vous que vous êtes si intéressants, vous deux ?
- Vous n'êtes pas polie, dit Annie d'un ton vexé.
- Et vous voudriez que je vous ressemble, dit Régine. Et je me suis mise à vous ressembler !
Elle se leva, marcha vers sa chambre, et claqua la porte derrière elle. « Je leur ressemble », dit-elle avec fureur. Petits hommes. Petites vies.


Rendez-vous sur Hellocoton !

4 commentaires:

  1. Votre billet me fait découvrir une œuvre que je ne connaissais pas. J'apprécie beaucoup De Beauvoir.
    L'Œuvre au Noir vaut le détour, mais selon moi, Les Mémoires d'Hadrien est LE classique de Yourcenar.
    Cordialement.

    RépondreSupprimer
  2. Je n'ai pas encore lu "Les mémoires d'Hadrien", considéré comme son chef-d'oeuvre, mais je compte bien le découvrir sans tarder !

    RépondreSupprimer
  3. je suis en train de lire tous les hommes sont mortels.je suis subjugué, par le style de beauvoir .elle marie a la fois le fond et la forme .j'adore des livres a la fois litteraire sur un fond philosophique .comme chez dostoivski .crime et chatiment bravo pour votre analyse

    RépondreSupprimer
  4. Ce roman de Beauvoir est une vraie pépite... pourtant, ce n'est pas celui qui a laissé le plus de traces dans les mémoires !

    RépondreSupprimer