Le livre, un outil de liberté ?

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samedi 10 septembre 2011

Lorsque j'étais une oeuvre d'art d'Eric-Emmanuel Schmitt

Éditeur : Le livre de Poche
Parution : 01/09/2004
Nombre de pages : 253
Genre : Littérature française

L'auteur :


Éric-Emmanuel Schmitt né le 28 mars 1960 en France à Sainte-Foy-lès-Lyon  est installé à Bruxelles depuis 2002 et possède la double nationalité franco-belge. Normalien, agrégé de philosophie, il est l'auteur  d'une thèse qui a pour titre « Diderot et la métaphysique ». Elle sera publiée en 1997 sous le titre « Diderot ou  la philosophie de la séduction ». Dramaturge et romancier français, il est l'auteur entre autres, de "La Secte des égoïstes" (1995), L’Evangile selon Pilate (2000), La Part de l’autre (2001), "Ma vie avec Mozart" (2005), "Odette Toulemonde, et autres histoires" (2006), "La Rêveuse d'Ostende" (2007) et  "la femme au miroir" (2011).

Quatrième de couverture :

Lorsque j'étais une oeuvre d'art est un livre sans équivalent dans l'histoire de la littérature, même si c'est un roman contemporain sur le contemporain. Il raconte le calvaire d'un homme qui devient son propre corps, un corps refaçonné en oeuvre d'art au mépris de tout respect pour son humanité. Malléable, transformable, il n'est plus qu'un corps sans âme entre les mains d'un esprit diabolique dont le génie tient avant tout à son manque de scrupule.


Michel Meyer, Eric-Emmanuel Schmitt ou les Identités bouleversées.

Un chef-d'oeuvre qui raconte précisément l'histoire d'un chef-d'oeuvre raté. C'est original en diable, cruel comme la modernité et éloquent comme une parabole.

Roger Bichelberger, Le Républicain lorrain.

On peut être sûr qu'avec Schmitt on sera surpris. Il a sa place au musée des inventeurs.

Éric Ollivier, Le Figaro.

Un conte moral aussi dérangeant que divertissant.

François Busnel, L'Express.

Mon avis :

"Lorsque j'étais une oeuvre d'art" est  un roman qui relève du conte philosophique. Éric-Emmanuel Schmitt   nous livre ici les clés d'une intéressante réflexion sur l'art contemporain, sur l'homme en tant qu'objet et sur le culte des apparences.
Tazio le frère des célèbres et sublimes jumeaux Firelli, se considère comme un raté. Déçu par la banalité de sa vie et par un  physique des plus communs, il décide de mettre fin à ses jours en se jetant d'une falaise. Sur le point de commettre l'irréparable, il va conclure un pacte avec le diable qui nous apparaît sous les traits de Zeus-Peter Lama, gourou de l'art contemporain et véritable Méphistophélès. Celui-ci lui propose de le rendre célèbre et unique en échange de son corps qu'il façonnera selon ses souhaits et sa créativité d'artiste avant-gardiste. Il devient Adam bis, une créature unique et hétéroclite et accepte de renoncer à son identité, à la parole, à la pensée.
Adam lors de sa "renaissance" en tant qu'"oeuvre d'art" devient  un objet de convoitise, une "chose" sans âme modelée par de son créateur. Flatté dans un premier temps il va vite découvrir la désillusion et mesurer la valeur de l'être humain dans son essence même, s'apercevoir qu'il a envie d'aimer, d'exister et de se réaliser par lui-même, indépendamment de son créateur. Mais peut-on rompre sans dommages un pacte conclu avec le diable ?

Le thème traité par Éric-Emmanuel Schmitt  est vraiment d'actualité à l'heure où fleurissent les émissions de télé-réalité sur notre petit écran et où les stars d'un jour finissent pour la plupart aux oubliettes comme de vieux kleenex usagés une fois l'émission achevée. Les questions qui se posent : doit-on vendre son âme au diable au prix d'une célébrité éphémère ? Quel est le plus important : l'être ou l’apparaître ? Le corps doit-il être annihilé au prix de l'art ?  L’âme et le corps sont-ils dissociables ?
Le présent ouvrage rédigé d'une écriture fluide et linéaire ne peux manquer de nous faire réfléchir sur l'ensemble de ces problématiques et questions universelles qui nous ont tous interpellés un jour ou l'autre !

Un extrait :

"La beauté est une malédiction qui n'engendre que la paresse et l'indolence. La laideur est une bénédiction qui appelle l'exception et peut transformer une vie en magnifique destin. N'avez-vous jamais pensé à vous défigurer ?
- J'y ai pensé...mais...
- Mais ?
- Je n'en ai pas eu le courage. J'ai préféré me suicider.
- Bien sûr, vous n'avez ni le coeur ni les couilles d'un moche. Vous n'avez que les hormones d'un ingrat. Vous n'êtes pas plus combatif qu'un veau.
Alors qu'il m'accablait, une onde de chaleur me parcourut. J'éprouvais un plaisir certain. Je me sentais compris pour la première fois. Je souhaitais qu'il continuât.
- Vous avez raison monsieur Lama. Je ne sais que subir. J'aurais pu subir d'être beau, en revanche je ne peux subir d'être ingrat.
- En fait, mon jeune ami - surtout, dites-moi si je me trompe-, non seulement vous êtes dépourvu d'intérêt physique mais vous n'avez pas grand chose dans le cerveau ?
- Exact !
Mon coeur débordait de gratitude. Les joues me brûlaient. Jamais je n'avais ressenti autant de sympathie de la part d'un interlocuteur. Je l'aurais presque embrassé.
- Donc, je résume : vous êtes fade, amorphe, vide et déprimé.
- C'est cela !
- Vous n'intéressez personne et personne ne vous intéresse !
- Tout à fait.
- Remplaçable ?
- Par n'importe qui.
- Tout le contraire de moi.
- Exactement monsieur Lama.
- C'est le néant, en quelque sorte ?
- Oui, m'écriai-je avec enthousiasme. Je suis totalement nul.
Il sourit, me laissant généreusement contempler ses pierres précieuses. Il me tapota l'épaule avec gentillesse et conclut :
- Vous êtes l'homme qu'il me faut."

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