Le livre, un outil de liberté ?

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vendredi 19 octobre 2012

Dans l'angle mort de Chris Bohjalian

Editeur : Fleuve noir
Parution :  11/03/2010
Traduction : Leslie Boitelle
Nombre de pages : 395
Genre : Littérature américaine

L'auteur :





















Chris Bohjalian né en 1960 dans l'état de New York, a exercé la profession de journaliste pour Cosmopolitan, le Reader's Digest et le Boston Globe Sunday Magazine. Il est l'auteur de douze romans dont deux ont été adaptés au cinéma.

Quatrième de couverture : 

Etudiante, Laurel est agressée par deux hommes tandis qu'elle se balade à vélo sur un chemin forestier du Vermont. Des années plus tard, à la mort de Bobby, un sans-abri fréquentant le refuge dans lequel elle travaille, Laurel est chargée de trier ses maigres possessions. Elle découvre alors un véritable trésor : des photographies de célébrités des années 1960, mais également parmi elles, la photo d'une jeune fille à vélo, sur une route sombre du Vermont...
Tandis que sa fascination pour Bobby - qui selon elle recèle un obscur secret de famille - se mue lentement en obsession, Laurel se lance dans un jeu du chat et la souris où menace d'éclater sa propre vérité...

Mon avis :
 
Voilà un roman sur lequel j'ai un avis très mitigé. Pourquoi ? Cet ouvrage était annoncé comme un chef d'oeuvre de suspens psychologique et je m'attendais donc (légitimement je pense) à un foisonnement d'émotions et de frissons ainsi qu'à de multiples rebondissements ! Or, il n'en est rien ! Reste un roman de facture correcte, dont l'intrigue est surtout prétexte à dresser un constat sociologique sur les troubles fréquents qui caractérisent la population fragilisée des sans-abri et les problèmes récurrents que peuvent rencontrer les victimes d'agressions violentes !
 
Laurel Estabrook est assistante sociale à L'ABRI, un foyer de SDF de Burlington où elle s'occupe activement du relogement en studios des plus démunis. Cependant, derrière l'entrain et le dévouement dont la jeune femme fait preuve, se cache un passé sombre. En effet, quelques années auparavant, alors qu'elle était étudiante, elle a subi l'agression particulièrement violente de deux hommes cagoulés lors d'une balade en vélo dans la forêt d'Underhill. Même  si ces derniers ont été arrêtés et condamnés à l'emprisonnement, Laurel reste profondément traumatisée et a beaucoup de mal à se reconstruire. Pour tenter d'oublier ces évènements douloureux, elle pratique assidûment la natation et se dévoue sans compter à la cause des sans-logis. 
La directrice du centre d'hébergement où elle exerce la sachant passionnée par la photographie, lui confie un jour de vieilles photos et  négatifs ayant appartenu à Bobby Crocker, un ancien pensionnaire du refuge qui vient récemment de décéder. Ces photos, particulièrement réussies, semblent avoir été réalisées par un professionnel talentueux.
Tombée sous le charme de ces clichés, Laurel veut en savoir plus sur ce mystérieux photographe déchu, elle décide alors de mener secrètement son enquête. Un intérêt qui va très vite tourner à l'obsession, puisqu'elle en vient même à délaisser son entourage pour partir sur les traces de Bobby, persuadée que derrière le sans-abri anonyme se cache un véritable artiste au passé fascinant...
Mais qui était réellement Bobby ? Et qu'en est-il de Lauren ? Que masque cette obsession ? 
 
Comme je vous l'indiquais précédemment ce roman ne m'a pas totalement convaincue. Tout d'abord parce qu'il m'a fallu lire une bonne centaine de pages pour entrer dans l'histoire et que par la suite je n'ai pas trouvé l'intrigue très palpitante, rien n'est parvenu vraiment à me happer dans ce récit. Il se trouve également que j'ai eu beaucoup de mal à accrocher avec les personnages, une gêne due au flou qui les entourait. Nébuleux, j'ai trouvé qu'ils manquaient de consistance et étaient dénués de charisme, il m'a été difficile d'éprouver une quelconque empathie envers eux, d'autant plus que la distance avec ces derniers était renforcée par la narration du roman à la troisième personne ! Après, force est de constater que l'auteur s'est solidement documenté sur les thèmes abordés dans son récit, que ce soit sur les diverses causes qui amènent quelqu'un à se retrouver à la rue (rupture familiale, marginalisation, pauvreté, dépendances, maladies mentales, isolement social...) ou sur les troubles que peuvent rencontrer les victimes d'agressions particulièrement violentes (troubles bipolaires, crises de délire, stress post-traumatique...).
Au final, que retiendrais-je de ce roman ? Le clin d'oeil de l'auteur à F. Scott Fitzgerald ainsi que  de belles et authentiques photos d'archives en noir et blanc qui viennent joliment illustrer cet ouvrage. Ces clichés sont l'oeuvre d'un SDF, Bob Campbell dit La Soupe (désolée, mais je n'ai pu m'empêcher de réprimer un éclat de rire car j'ai immédiatement fait l'analogie avec les célèbres soupes Campbell, si chères à Andy Warhol), dont l'auteur s'est largement inspiré pour la rédaction de ce roman. Je salue enfin la générosité de Chris Bohjalian, qui a reversé une partie de ses droits d'auteur à l'association COTS* de Burlington qui vient en aide aux sans-abri ! 
 
* Committee on Temporary Shelter

Un extrait :

"Ce soir-là, vers dix-huit heures trente, le soleil venait de se coucher et une fraîcheur humide tombait peu à peu. Laurel ne s'inquiéta pas de l'obscurité, car le parking de gravier où elle avait garé le break de son amie n'était plus qu'à cinq kilomètres. Avec son unique fenêtre saillant au-dessus du garage, la maison voisine semblait afficher un visage de cyclope en verre, et en bardeaux. La jeune fille y arriverait d'ici dix minutes, un quart d'heure tout au plus. Tandis qu'elle pédalait, le sifflement lippu du vent fouettait les branches. Elle portait un cycliste noir et un maillot flanqué d'une bouteille de tequila jaune fluo. Loin de se croire vulnérable, Lauel se sentait forte, souple et athlétique. Elle avait dix-neuf ans.
Soudain, une camionnette marron la doubla. Pas un minivan, non, un vrai fourgon. Le genre de véhicule qui déborde habituellement de matériel de plomberie ou d'électricité mais qui peut se révéler dangereux et abriter le sinistre attirail de violeurs en série et autres meurtriers sanguinaires. De petits hublots étaient situés au-dessus des roues arrière. Les seules fenêtres. D'ailleurs, au moment où le conducteur l'avait dépassée, Laurel avait remarqué que la vitre côté passager était occultée par du tissu noir. Quand la fourgonnette pila dans un grand crissement de pneus quarante mètres devant elle, la jeune fille comprit la menace."

 
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