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dimanche 19 novembre 2023

Un Galgo ne vaut pas une cartouche de Jean-François Fournier


 











Éditeur : Olivier Morattel Éditeur
Parution : 10/10/2023
Nombre de pages : 166
Genre : Littérature suisse

L'auteur : 











Jean-François fournier, né le 12 janvier 1966 à Saint-Maurice, est un journaliste et écrivain suisse. Il a été rédacteur en chef du grand quotidien Le Nouvelliste puis de la mythique Revue Automobile. Romancier, dramaturge, poète et biographe, il est l'auteur, notamment de neufs romans, dont Alcools de Vienne, La nuit qui tua Juan Don et Le village aux trente cercueils, ainsi que d'une biographie de référence sur le peintre Egon Schiele.

Un Galgo ne vaut pas une cartouche est son vingt-sixième ouvrage.

Quatrième de couverture : 

Si vous n'y prenez garde, vous pourriez croire que là, dans vos mains, se succèdent dix récits distincts qui parlent d'artistes hors du commun, de capitales européennes riches d'histoires anciennes et également de peinture, de musique, de littérature.

Pourtant, un personnage mystérieux et attachant tisse un fil ténu entre chacune de ces pérégrinations - des rues ouvrières du vieux Barcelone au Vienne des avant-gardes, de la Prague du jazz et du théâtre noir à la Zurich branchée, de la Scala de Milan aux grands hôtels parisiens, en passant par Marseille et Genève. Et transforme le chapelet qu'elles composent en une saga, un grand roman d'épopée qui vous transporte directement au cœur du processus de création et dans les recoins les plus inaccessibles d'un cerveau d'artiste.

Mon avis : 

« L'oubli est une science l'ami. Comme une gueule de crocodile, il nous entraîne au fond, là où règnent la vase et l'obscurité. Il détruit nos abris les plus secrets. Compresse nos sentiments et nos amours pour en faire des sculptures sans âmes.  »

En Espagne, les Galgos sont des lévriers employés pour chasser le lièvre sans fusil. Gare à celui qui ne remplit pas son contrat et déçoit son maitre le "galguero". Pour laver son honneur qu'il estime souillé par la défaillance de l'animal, le possesseur du chien devra passer par le sang et l'animal sera souvent torturé et tué dans des conditions effroyables (chiens pendus à des arbres, jetés dans des puits ou abandonnés à leur sort en pleine nature avec les membres brisés...). Pour le galguero, un coup de fusil serait une mise à mort bien trop clémente. D'où l'expression " Un Galgo ne vaut pas une cartouche" ! 
Dans ce roman, on suit les tribulations  de Lady Canela, qui échappe de peu à la mort en étant recueillie par Ludwig, un écrivain étranger en mal de succès qui vivote dans un quartier borgne de Barcelone. A son trépas, la chienne sera adoptée par divers maîtres et elle va sillonner l'Europe du Nord au Sud en leur compagnie. 
Les dix chapitres qui composent le roman se déroulent chacun dans une grande capitale européenne chargée d'histoire. Au fils de ces différents récits, l'auteur nous régale des traditions culturelles et culinaires du lieu visité et des joyaux de l'architecture propres au lieu. Il évoque également quelques grandes figures incontournables qui ont marqué l'endroit de manière indélébile et laissés leur empreinte dans leur discipline !

A travers les aventures picaresques de cette attachante levrette blanche à la pointe des oreilles couleur cannelle, c'est toute l'Europe des Arts et des Lettres qui défile sous nos yeux. Qu'ils soient peintres, musiciens, écrivains, danseurs, critiques gastronomiques, chanteurs lyriques… tous ces êtres qui vivent à fond leurs passions et dont les âmes sont plus ou moins torturées, vont connaître un sort particulier et parfois tragique au contact de la majestueuse Lady Canela. 
"Un Galgo ne vaut pas une cartouche" est un roman érudit, grisant et étourdissant, qui nous entraîne dans une folle sarabande. 
La beauté des Arts peut-elle nous sauver de la cruauté des hommes ? Telle est la question !



Merci aux Éditions Oliver Morattel.
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jeudi 1 décembre 2022

Une vie d'artistes de Alexandre Page

 













Éditeur : Alexandre Page
Parution : 16/07/2022
Nombre de pages : 350
Genre : littérature française

L'auteur :








Alexandre Page est né en 1989 à Clermont-Ferrand. Docteur en histoire de l’art, auteur d’une thèse sur le graveur-illustrateur Léopold Flameng (1831-1911) soutenue en 2017, il poursuit aujourd’hui ses recherches sur l’estampe et la peinture du XIXe siècle et a publié plusieurs ouvrages et articles scientifiques sur le sujet. Passionné par l’écriture, il décide après sa thèse de se consacrer aussi à la fiction. Partir, c’est mourir un peu est son premier roman abouti. Il est un des cinq ouvrages finalistes du prix du jury des Plumes francophones organisé par Amazon KDP. Il a depuis publié plusieurs romans et recueils de nouvelles, disponibles en librairies et sur toutes les plateformes numériques.

Quatrième de couverture :

« Les lauriers de la gloire se fanent vite. » Philéas Chasselat, peintre au succès déclinant en fait l’amer constat lorsque l’inspiration le fuit et que sa bourse se vide. Clémence Soyer, jeune artiste ambitieuse, est encore inconnue mais aspire à la renommée dans le Paris bouillonnant de la Belle Époque. Mis sur le chemin l’un de l’autre, ils vont affronter l’hypocrisie de la société, les déconvenues si nombreuses de la vie d’artiste et tenter, malgré les revers, de triompher ensemble.
A la fois roman sentimental et historique, réflexion sur les aspirations individuelles et les exigences d’un monde étriqué, Une vie d’artistes interroge sur les libertés et la dépendance du créateur, sur ses rêves de gloire et ses désillusions, sur les fragilités du couple et sur "l’amour médecin".

Mon avis : 

La gloire est une chose étonnante. Elle peut traverser les siècles, les millénaires parfois, et pourtant, elle peut s’enfuir et revenir en un instant aussi volatile que la constance des hommes. 

Après avoir connu la renommée avec ses peintures militaires et brillé dans les salons par sa popularité d'artiste en vogue, Philéas Chasselat se retrouve dans le creux de la vague. Sa bourse se vide aussi vite que son inspiration et son carnet d'adresses. Dans le Paris de la fin du 19ème siècle, un artiste déchu se retrouve très vite à la rue et Phileas redoute de sombrer dans la misère. Un seul ami ne lui a pas encore fermé sa porte, Nicolas Dignimont, un financier prospère aussi avisé que Philéas est inconséquent. 
Lorsque ce dernier l'invite à la pendaison de crémaillère qui suit son mariage, le peintre qui est au bout du rouleau va découvrir que la vie peut parfois vous réserver d'heureuses surprises. Il tombe immédiatement sous le charme de Clémence, une cousine de son ami banquier avec qui il partage le goût pour la peinture de batailles. C'est avec joie qu'il accepte de dispenser son art à la jeune femme. La complicité qui naît entre eux va vite se transformer en sentiments plus tendres. Son mariage avec Clémence lui apportera la stabilité financière qui lui manquait et lui permettra d'exercer son art sans redouter les fins de mois difficiles. 
Des rêves de gloire plein la tête et des papillons dans le cœur,  les jeunes amoureux vont malheureusement vite déchanter, confrontés aux carcans de la Belle Époque. Ils vont apprendre à leurs dépens que le talent et le courage ne suffisent pas pour réussir dans le domaine des arts et qu'il ne fait pas bon braver les conventions et vouloir changer les règles de l'ordre établi…

Remarquablement documenté, ce roman sentimental et historique embarque habilement son lecteur dans le milieu artistique de la fin du 19ème siècle. 
De Paris à Deauville, des clubs élitistes aux tripots de jeux clandestins, Alexandre Page nous entraîne dans un univers délicieusement suranné.
Avec de jolies formulations et une écriture élégante, l'auteur nous narre les succès et les déboires d'un couple de peintres cherchant à apaiser leur soif de reconnaissance. Rêvant de triompher au Salon, l'incontournable manifestation artistique de l'époque qui légitimise le statut d'un peintre, ces derniers vont redoubler de ruse pour essayer d'y parvenir, prenant le risque de voir leur univers se fracasser sur l'autel de la gloire. 
Ce récit est également une peinture au vitriol de la misogynie, de la tartuferie et de l'étroitesse d'esprit d'une époque où la femme était considérée comme un être frivole assujetti et vivant dans l'ombre de son seigneur et maître d'époux. 
Enfin, ce roman alliant légèreté et réflexion est un excellent réquisitoire en faveur de la liberté de création !


Merci à Alexandre Page.

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dimanche 25 juin 2017

Manet, Le secret de Sophie Chauveau




















Éditeur : Folio
Parution : 24/03/2016
Nombre de pages : 487
Genre : biographie

L'auteure : 












Née le 30 janvier 1953, Sophie Chauveau est écrivaine, journaliste et metteur en scène. Elle est l'auteure de romans, dont Les belles menteuses et Mémoires d'Hélène, d'essais comme Débandade ou Éloge de l'amour au temps du sida, et d'une monographie sur l'art comme langage de l'amour. Elle s'est documentée durant quatre ans pour écrire La passion Lippi, premier volet d'une trilogie qu'elle a poursuivie avec Le rêve Botticelli et L'obsession Vinci sur le siècle de Florence. Avec Diderot, le génie débraillé, elle s'est penchée sur le siècle des Lumières et des encyclopédistes, et a poussé son enquête du XVIIIe siècle avec Fragonard, l'invention du bonheur. Noces de Charbon, prix Paul-Féval de la Société des Gens de Lettres 2014, a paru en 2013. Manet, le secret revient sur la vie de l'auteur du Déjeuner sur l'herbe dans un Paris bouleversé par la guerre de 1870 et la frénésie haussmannienne.

Quatrième de couverture : 

« Chaque époque est dotée par le ciel d'un artiste chargé de saisir la vie de son temps et d'en transmettre l'image aux époques suivantes. C'est toujours des pierres dont on a lapidé l'homme, qu'est fait le piédestal de sa statue. » Le scandale est inouï, inconcevable aujourd'hui, quand Edouard Manet présente enfin un tableau, Le Bain, au Salon des "Refusés" en 1863 aux Champs-Elysées. Il entraîne à sa suite Monet, Renoir, Degas, Pissarro, et tous ceux qu'on appellera bientôt les impressionnistes. Sophie Chauveau nous invite à rencontrer l'homme derrière le peintre, et nous plonge dans un Paris bouleversé par la guerre de 1870 et la frénésie haussmannienne.

Mon avis : 

Mais qui était Edouard Manet ? Celui que l'on nomme le chef de fil des impressionnistes et le père de la peinture moderne était un homme à part, un original qui voulait à tout prix se démarquer de son père, Auguste Manet. Ce dernier, haut fonctionnaire rigide, souhaitait faire de son cancre de fils le maire de Gennevilliers, tout comme lui et ses ancêtres, héritiers de cette noble fonction depuis huit générations. Edouard va se rebeller et dire NON. Il refuse d'étudier le droit. Il VEUT être peintre ! La punition est terrible mais rien n'y fait. Pas même un rude stage en mer, dont se souviendra toute sa vie l'apprenti marin qui manque de mourir et de perdre un pied après la morsure d'un crotale. L'enfant prodigue de retour, le père cède enfin aux volontés artistiques de sa progéniture : peintre il veut être, peintre il sera. Mais pas sans peine. Dandy-artiste, croqueur de femmes et recherchant la reconnaissance du "Salon", il essuiera de nombreux camouflets avant d'être reconnu pour son talent d'avant-gardiste. Fidèle en amitié, ce dernier sera soutenu par ses amis peintres et poètes : Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, Monet, Renoir, Degas, Pissaro...

Grand coup de cœur pour cette biographie de Sophie Chauveau, qui érudite sans être pédante, nous balade dans le Paris des peintres phares du XIXème siècle. Un monde de représentation pictural entièrement nouveau, bien loin de la peinture académique et codifiée qui régissait le domaine de la peinture à cette époque !
Les anecdotes sont croustillantes sans tomber dans le graveleux et l'auteure, de sa plume réjouissante, nous immerge dans un Paris frétillant de verve poétique, rhabillé de neuf par le baron Haussmann. 
Entre sourire, cocasserie et émerveillement, voilà un récit de vie passionnant !


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samedi 12 novembre 2016

Dites aux loups que je suis chez moi de Carol Rifka Brunt




















Éditeur : 10/18
Parution : 02/06/2016
Traduction : Marie-Axelle de La Rochefoucauld
Nombre de pages : 500
Genre : littérature américaine

L'auteure : 
















Carol Rifka Brunt est née aux États-Unis en 1970 et vit aujourd'hui en Grande-Bretagne. "Dites aux loups que je suis chez moi" est son premier roman.

Quatrième de couverture : 

Nous sommes au milieu des années 1980, aux États-Unis. June est une adolescente taciturne, écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents aussi absents qu’ennuyeux. Depuis sa banlieue triste du New Jersey, elle rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu’on n’évoque qu’à demi-mot, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme l’ami de Finn. Confrontée à l’incompréhension de son entourage, et à la réalité d’une maladie encore honteuse, June va brusquement basculer dans le monde des adultes et son hypocrisie.

Roman d’apprentissage bouleversant, chronique des années sida vues par les yeux d’une adolescente, Dites aux loups que je suis chez moi révèle une auteure à la plume sensible et puissante.

Mon avis :

1987 : l'oncle Finn, artiste peintre renommé et parrain vénéré de la jeune June, disparaît en contractant cette toute nouvelle maladie qui ravage la communauté gay, cette peste de la fin du 20ème siècle qu'est le SIDA et qui effraie alors la population par sa virulence et son taux de mortalité élevé. Le jeune peintre cloisonnait soigneusement sa vie privée, cachant l'existence de son compagnon Toby pour préserver les relations familiales qu'il entretenait avec sa sœur unique et sa famille. Toby décide de sortir de l'ombre à la mort de Finn, et prend contact avec June. Une amitié secrète va naître entre eux, une complicité se nouant au fil des jours, faisant mûrir l'adolescente qui va découvrir que la vie n'est pas toujours aussi simple que l'on pourrait le croire, et que les hommes peuvent parfois se montrer bien cruels face à la peur de l'inconnu ou quand on dérange leurs certitudes...

Un roman qui met fin à l'insouciance ? Un roman nous rappelant que "l'homme est un loup pour l'Homme" et que le temps ne change rien à l'affaire face à des préjugés bien ancrés ? Que nenni, sous la nostalgie des mots perce l'espoir, plaisant virage pris par l'auteure, toute espérance ne semblant pas vaine puisqu'il semblerait qu'un regard innocent et dépourvu d'œillères puisse faire basculer les choses vers un dénouement inattendu ! 
Certes, je n'ai pas touché au transcendant, mais j'ai été agréablement surprise par la plume sensible de l'auteure. La lecture est entraînante et agréable et Carol Rifka Brunt arrive à toucher notre corde sensible sans nous envaser dans une marmelade de larmoiements lénifiants ! Une auteure à suivre...

Un extrait :

Je me demandais vraiment pourquoi les gens faisaient toujours des choses qui ne leur plaisaient pas. J'avais l'impression que la vie était comme un tunnel de plus en plus étroit. A la naissance, le tunnel était immense. Toutes les possibilités vous étaient offertes. Puis, la seconde d'après, la taille du tunnel était réduite de moitié. On voyait que vous étiez un garçon et il était alors certain que vous ne seriez pas mère, et probable que vous ne deviendrez pas manucure ni institutrice de maternelle. Puis vous commenciez à grandir et chacune de vos actions rétrécissait le tunnel. Vous vous cassiez le bras en grimpant aux arbres et vous pouviez renoncer à être joueur de base-ball. Vous ratiez tous vos contrôles de mathématiques et vous abandonniez tout espoir d'être un jour un scientifique de renom. Ainsi de suite année après année jusqu'à ce que vous soyez coincé. Vous deviendriez boulanger, bibliothécaire ou barman. Ou comptable. Et voilà. Je me disais que le jour de votre mort, le tunnel était si étroit, après avoir été rétréci par tant de choix, que vous finissiez écrasé.



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