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dimanche 19 novembre 2023

Un Galgo ne vaut pas une cartouche de Jean-François Fournier


 











Éditeur : Olivier Morattel Éditeur
Parution : 10/10/2023
Nombre de pages : 166
Genre : Littérature suisse

L'auteur : 











Jean-François fournier, né le 12 janvier 1966 à Saint-Maurice, est un journaliste et écrivain suisse. Il a été rédacteur en chef du grand quotidien Le Nouvelliste puis de la mythique Revue Automobile. Romancier, dramaturge, poète et biographe, il est l'auteur, notamment de neufs romans, dont Alcools de Vienne, La nuit qui tua Juan Don et Le village aux trente cercueils, ainsi que d'une biographie de référence sur le peintre Egon Schiele.

Un Galgo ne vaut pas une cartouche est son vingt-sixième ouvrage.

Quatrième de couverture : 

Si vous n'y prenez garde, vous pourriez croire que là, dans vos mains, se succèdent dix récits distincts qui parlent d'artistes hors du commun, de capitales européennes riches d'histoires anciennes et également de peinture, de musique, de littérature.

Pourtant, un personnage mystérieux et attachant tisse un fil ténu entre chacune de ces pérégrinations - des rues ouvrières du vieux Barcelone au Vienne des avant-gardes, de la Prague du jazz et du théâtre noir à la Zurich branchée, de la Scala de Milan aux grands hôtels parisiens, en passant par Marseille et Genève. Et transforme le chapelet qu'elles composent en une saga, un grand roman d'épopée qui vous transporte directement au cœur du processus de création et dans les recoins les plus inaccessibles d'un cerveau d'artiste.

Mon avis : 

« L'oubli est une science l'ami. Comme une gueule de crocodile, il nous entraîne au fond, là où règnent la vase et l'obscurité. Il détruit nos abris les plus secrets. Compresse nos sentiments et nos amours pour en faire des sculptures sans âmes.  »

En Espagne, les Galgos sont des lévriers employés pour chasser le lièvre sans fusil. Gare à celui qui ne remplit pas son contrat et déçoit son maitre le "galguero". Pour laver son honneur qu'il estime souillé par la défaillance de l'animal, le possesseur du chien devra passer par le sang et l'animal sera souvent torturé et tué dans des conditions effroyables (chiens pendus à des arbres, jetés dans des puits ou abandonnés à leur sort en pleine nature avec les membres brisés...). Pour le galguero, un coup de fusil serait une mise à mort bien trop clémente. D'où l'expression " Un Galgo ne vaut pas une cartouche" ! 
Dans ce roman, on suit les tribulations  de Lady Canela, qui échappe de peu à la mort en étant recueillie par Ludwig, un écrivain étranger en mal de succès qui vivote dans un quartier borgne de Barcelone. A son trépas, la chienne sera adoptée par divers maîtres et elle va sillonner l'Europe du Nord au Sud en leur compagnie. 
Les dix chapitres qui composent le roman se déroulent chacun dans une grande capitale européenne chargée d'histoire. Au fils de ces différents récits, l'auteur nous régale des traditions culturelles et culinaires du lieu visité et des joyaux de l'architecture propres au lieu. Il évoque également quelques grandes figures incontournables qui ont marqué l'endroit de manière indélébile et laissés leur empreinte dans leur discipline !

A travers les aventures picaresques de cette attachante levrette blanche à la pointe des oreilles couleur cannelle, c'est toute l'Europe des Arts et des Lettres qui défile sous nos yeux. Qu'ils soient peintres, musiciens, écrivains, danseurs, critiques gastronomiques, chanteurs lyriques… tous ces êtres qui vivent à fond leurs passions et dont les âmes sont plus ou moins torturées, vont connaître un sort particulier et parfois tragique au contact de la majestueuse Lady Canela. 
"Un Galgo ne vaut pas une cartouche" est un roman érudit, grisant et étourdissant, qui nous entraîne dans une folle sarabande. 
La beauté des Arts peut-elle nous sauver de la cruauté des hommes ? Telle est la question !



Merci aux Éditions Oliver Morattel.
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samedi 22 avril 2023

La fabrique du corps humain de Jérémie André

 












Éditeur : Olivier Morattel
Parution : 19/01/2023
Nombre de pages : 136
Genre : littérature Suisse

L'auteur :













Né en 1987 à Yverdon-les-Bains, Jérémie André est médecin à Vevey. Il tient depuis trois ans un blog au carrefour entre médecine, psychiatrie et société, sur la plateforme numérique du journal suisse Le Temps.

Quatrième de couverture : 

Un soir d'été, trois individus se rencontrent par hasard dans un fast-food de l'emblématique quartier lausannois du Flon : Dominique, jeune interne en médecine, Anna, équipière au sein du Brother Burger et Jean-Pierre, gérant de l'enseigne de restauration rapide.

Dominique et Anna ont eu une liaison quatre ans auparavant. Dans la lumière blafarde du fast-food, sous le regard inquisiteur de Jean- Pierre, ils se demandent ce qui les a poussés à se quitter et s'interrogent sur ce qu'est devenue leur vie - qui ressemble tant à une impasse.

À la fois théâtre d'anatomie et théâtre des passions humaines, La Fabrique du corps humain est un véritable roman des corps. Le corps comme objet d'étude et de savoir. Le corps dépositaire des angoisses de l'homme contemporain. Et le corps modelé, traversé et parfois détruit par les exigences prédatrices du capitalisme sauvage.

Mon avis :

« Les travailleurs sont transformés par le labeur comme l'animal par l'homme. Les mains s'écorchent, les peaux se tannent et les ventres pourrissent sous l'influence des infections transmises durant le bref réconfort de l'amour. A l'image de la bête, la vie de l'habitant du Flon est courte. Déjà, il retourne dans la chaleur intestine de la terre rejoindre par la putréfaction de son corps le grand cycle organique duquel il s'était brièvement extirpé. »

Localisé dans une ancienne vallée, qui pour lutter contre l'insalubrité fut comblée au cours du 19ème siècle, le quartier du Flon conserve le nom d'une rivière aujourd'hui souterraine. C'est dans ce cadre, animé par de multiples transformations, que l'auteur va faire évoluer ses personnages, témoins du temps qui passe et de bouleversements qui bien souvent les dépasse. 
A travers les parcours croisés d'Anna (formatrice dans la restauration rapide) de Dominique (interne en médecine) et de Jean-Pierre (gérant d'un fast-food), Jérémie André brosse un tableau des maux qui affectent les corps comme les esprits dans nos sociétés actuelles. De la tendinite du poignet générée par des mouvements répétitifs en cuisine aux angoisses existentielles liées à nos choix de vie, l'auteur cartographie une géographie du corps impactée par le temps qui passe, par nos choix de vie, la maladie ou les limites que nous imposent nos sociétés en constantes mutations.

Médecin tout comme Dominique, l'un des personnages phares de ce roman, Jérémie André connaît bien l'anatomie du corps humain et les ravages causés par les affres de la maladie. 
Dans ce récit articulé en trois partie : anamnèse familiale, anamnèse actuelle et catamnèse, l'auteur raconte (en parallèle des tribulations des différents protagonistes de cette histoire) la métamorphose de ce quartier lausannois et de sa population, du milieu du XVIIIème siècle à nos jours. 
Modelés par l'évolution de la société : les mutations économiques, l'évolution de la médecine et le changement des mentalités, les acteurs de cette histoire se retrouvent happés malgré eux par les tourments, les transitions, les turbulences et les passions parfois contrariées que la vie jalonne sur leur trajectoire. 
Dans ce roman au titre emprunté à l'anatomiste de la Renaissance André Vésale, l'auteur nous entraîne avec brio dans un tumultueux maelström des corps et des âmes !




Merci aux Éditions Olivier Morattel.
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dimanche 19 mars 2023

Chut, c'est un secret de Seo Mi-Ae

 













Éditeur : Matin calme
Parution : 07/10/2021
Nombre de pages : 268
Traduction : Jihyun Kwon
Genre : Polar coréen

L'auteure : 


















Seo Mi-Ae est une star du polar en Corée. Elle débute avec des poèmes parus dans la presse. Puis, en 1994, elle publie son premier roman policier qui connait de suite un immense succès : Les trente meilleures façon d'assassiner son époux. Son second, Le jardin des poupées, reçoit le premier prix du Polar coréen. Depuis, elle a acquis une grande popularité avec ses nouvelles criminelles publiées dans la presse et adaptées au théâtre et au cinéma.

Quatrième de couverture : 

Ne vous fiez jamais aux apparences.
Quatre ans après les événements de " Bonne nuit maman ", Ha-yeong vit toujours avec son père et avec Seon-gyeong (laquelle n'a donc pas été mortellement empoisonnée à la fin du T1, même si un doute subsiste sur les intentions de Ha-yeong).
Quand commence ce second opus, Jun Jae-seong, père de la petite et époux de Seon-gyeong, précipite le déménagement de toute la famille à Sokcho. C'est pour Ha-yeong la découverte d'un nouveau collège. Or récemment une jeune fille a été tuée. Un gang de harceleuses du collège pourrait être mêlé à cette mort et Ha-yeong va devoir leur faire face – et faire face à ses propres démons.
Mais au fil du roman une ombre ne cesse de croître jusqu'à recouvrir tout le récit, l'ombre du père, un homme peut-être plus complexe qu'il ne paraissait, avec un passé qui est loin d'être simple...
Un deuxième opus qui fait basculer la trilogie vers une autre personnalité, peut-être au centre de tout, à savoir Jun Jae-song, pervers narcissique et manipulateur, tandis que l'état psychique de sa fille laisse voir des nuances plus humaines. 

Mon avis :

« Une blessure physique peut être vue par tous ; une plaie au cœur n’est connue que par celui qui en souffre. Et si la famille en est la cause, cette blessure se double de désespoir. »

Second volet d'une trilogie entamée avec "Bonne nuit maman", ce thriller coréen nous permet de renouer avec la jeune criminologue Seon-Gyeong et son intriguante belle-fille Ha-Yeong. 
Quatre ans après les terribles événements qui ont secoués la famille recomposée, cette dernière va s'agrandir et le ménage a besoin de plus d'espace. Ils décident de quitter Séoul pour une petite ville côtière où l'époux de Seon-Gyeong possède une maison de famille. 
La petite Ha-Yeong a bien grandi. Elle est maintenant une adolescente rebelle au caractère versatile qui a conservé son tempérament colérique. Celle-ci réagit très mal à l'annonce de la grossesse de sa belle-mère et à ce déménagement imprévu. Seon-Gyeong doit user de toute sa patience et de sa diplomatie pour éviter les escarmouches et maintenir l'unité de la cellule familiale. 
C'est dans cette ambiance électrique que les membres de la famille vont devoir faire face aux nuages qui planent au-dessus leurs têtes. Pendant que le couple formé par Seon-Gyeong et son mari se délite, Ha-yeong se passionne pour la récente disparition d'une adolescente de son âge. Un excès de curiosité qui va l'entraîner sur une pente glissante. 
Fugue, enlèvement, meurtre ? Qu'est-il arrivé à la jeune Yu-ri ? Quels mystères et drames se cachent sous la disparition de la jeune collégienne ? 
Vouloir percer des secrets bien gardés n'est pas sans comporter de risques. Impossible de rebrousser chemin une fois la boîte de Pandore ouverte !

Deuxième opus d'une trilogie, "Chut, c'est un secret" est encore plus machiavélique que le précédent. Des personnages complexes et dénués de manichéisme, une intrigue retorse à souhait et une immersion dépaysante dans la société sud-coréenne. Harcèlement scolaire, violences familiales et secrets de famille sont les principaux thèmes abordés dans ce thriller psychologique à l'ambiance anxiogène.
Vivement la sortie du dernier volet de cette trilogie addictive !



Merci à Babelio et aux Éditions Matin Calme.
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dimanche 26 février 2023

Ceux d'ici ne savent pas de Heather Young













Éditeur : Pocket
Parution : 10/11/2022
Nombre de pages : 460
Traduction : Carla Lavaste
Genre : Littérature américaine

L'auteure :












Américaine, Heather Young a débuté une carrière dans le droit avant de se lancer à la poursuite de son rêve : l'écriture. Titulaire d'un MFA du Bennington College Writing Seminars, elle a suivi de nombreux ateliers d'écriture avant de publier son premier roman, Un été près du lac (Belfond, 2017 ; Pocket, 2019), sélectionné pour le prestigieux Edgar Award for Best First Novel. Ceux d'ici ne savent pas est son deuxième roman.

Quatrième de couverture :

Dans le décor aride des plaines de l'Idaho, Heather Young tisse un roman poignant, un suspense psychologique d'une grande finesse où s'animent des personnages vibrants, qui restent longtemps dans les mémoires.
Adam Merkel, professeur de mathématiques du collège de Lovelock, Idaho, est mort ce matin. C'est Sal Prentiss, l'un de ses élèves, qui vient de découvrir le cadavre de ce quadra sur un bûcher dressé dans le canyon.
Une annonce terrible qui secoue cette petite ville et remue profondément la jeune professeure Nora Wheaton. Elle qui se sentait liée à Adam par une solitude et une souffrance communes veut comprendre : qui pour assassiner aussi brutalement cet homme sans histoires.
Alors qu'elle plonge dans le passé de son défunt collègue, Nora réalise peu à peu que Sal, ce jeune orphelin timide et farouche, semble en savoir bien plus qu'il ne veut le dire… Avec lui, la jeune femme se lance dans une enquête délicate. Une plongée aux confins de l'âme des habitants de cette région oubliée du monde, qui portent en eux un héritage fait de violence et de survie dont ils n'ont plus conscience.

Mon avis : 

« Pi est défini par le cercle, et le cercle est la forme la plus parfaite de la création. Il est aussi au cœur des cycles, qui sont au temps ce que le cercle est à l’espace. Sans pi, impossible de définir un processus cyclique. On le retrouve partout où il y a des ondes, des orbites ou des motifs. Dans le rythme des océans et celui de la musique, dans le battement cardiaque et la rotation des planètes autour du soleil. D’une certaine manière, c’est bien plus qu’un nombre. C’est l’un des fils du tissu de l’univers. »

Qui était vraiment Adam Merkel dont le corps a été retrouvé calciné à proximité du canyon de Limerick ? 
Pourquoi ce brillant universitaire était-il venu s'enterrer dans un bled comme Lovelock quelques mois avant sa disparition pour enseigner les mathématiques à des collégiens ? Cachait-il quelques secrets inavouables ? 
C'est ce que cherche à découvrir Nora, une collègue enseignante qui s'était prise d'affection pour ce quadragénaire d'un abord sympathique mais plutôt réservé, plus passionné par les nombres et les jeux d'échecs que par ses congénères. Intriguée par le passé nébuleux d'Adam, cette dernière va chercher à en savoir plus sur ce pair trop discret, son enquête l'amenant à s'interroger sur des pans de son propre passé qu'elle avait relégué dans les limbes de sa mémoire.
Dans cette petite ville du Nevada, loin de Las Vegas et de ses casinos, tout le monde se côtoie et personne ne se connait vraiment. La rumeur va bon train, bruissant de moult suppositions et affabulations qui n'aident pas la police dans ses investigations pour résoudre une enquête qui piétine. 
Nora, Jake le pompier qui a découvert le corps carbonisé d'Adam et Sal, l'élève préféré du professeur défunt, s'expriment à tour de rôle dans ce roman choral. Des confessions qui vont petit à petit lever le voile sur une vérité infiniment plus complexe qu'il n'y paraît et sur les sombres secrets des différents protagonistes en lien avec ce drame inexpliqué. C'est toute la petite ville qui va s'embraser quand les certitudes des uns et les œillères des autres s'effondreront comme un château de cartes… 

Avec ce roman particulièrement sombre, l'auteure brosse le portrait d'une petite bourgade américaine d'apparence tranquille dont les fondations vont être terriblement secouées suite à un crime féroce. Pauvreté, isolement et addictions multiples gangrènent ce microcosme, dépeint à l'antithèse du « Small town life » d'un Norman Rockwell.
Dans ce récit immersif au suspense savamment dosé, Heather Young s'attaque notamment à la crise des opioïdes et ses ravages aux Etats-Unis (à lire également sur le sujet "L'empire de la douleur" une enquête passionnante et particulièrement détaillée du journaliste d'investigation Patrick Radden Keefe sur la famille Sackler à l'origine de la mise sur le marché de l'OxyContin).
Une plongée hallucinante dans une Amérique à rebours des images d'Epinal couramment véhiculées !



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samedi 12 novembre 2022

La haine des oiseaux de Quentin Mouron

 













Éditeur : Éditions Olivier Morattel
Parution : 17/09/2022
Nombre de pages : 70
Genre : poésie

L'auteur :













Quentin Mouron est un écrivain canado-suisse né à Lausanne en 1989. 
Il est l'auteur de plusieurs romans : "Au point d'effusion des égouts"(2011) qui rencontre un accueil très favorable en Suisse francophone, "Notre-Dame-de-la-Merci" (2012), "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" (2015) paru aux éditions de la Grande Ourse ainsi qu'en version poche chez 10/18, Vesoul, le 7 janvier 2015 (2019), Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde (2020) et Pourquoi je suis communiste (2022).

Quatrième de couverture :

La Haine des oiseaux est le neuvième ouvrage écrit par Quentin Mouron  qui poursuit, avec cet ouvrage lyrique, politique et très contemporain, son aventure d'écrivain de grande qualité. Ce recueil de poèmes, est le deuxième volet d'une trilogie poétique, commencée avec Pourquoi je suis communiste. Si le premier recueil explorait les différents états amoureux en les plongeant dans la réalité brute de la lutte et du travail, faisant ainsi dialoguer ces trois dimensions fondamentales de l'existence humaine, La Haine des oiseaux se propose d'utiliser le médium poétique à rebours de sa fonction traditionnelle, en le frottant à l'actualité la plus crue – pour ne pas dire la plus cruelle. Mouron poursuit son exploration aux limites du genre et s'impose comme l'un des poètes les plus intriguant et les plus excitants du moment. Comme l'écrit l'auteur lui-même : " Il n'y a de poésie véritable que lorsque l'on a accepté la souillure des hommes et la souillure du temps. " Ou encore : " La poésie s'écrit toujours avec un p minuscule. La majuscule est l'autre nom du mensonge. " Il y est question de la guerre qui hante actuellement l'Europe, mais aussi de l'inflation, de la hausse du prix de l'essence, de la propagande russe, des réseaux sociaux, de l'aliénation sous toutes ses formes, du harcèlement de rue, des influenceuses et des influenceurs, de tout ce qui tisse la trame de notre monde. Mouron, à travers ces nouveaux poèmes à la structure audacieuse, à la fois libres et construits, propose une lecture engagée de notre modernité – une lecture qui, loin de placer le poète dans une tour d'ivoire, le convoque au contraire dans la boue sanglante où ses semblables se débattent. "

Mon avis :

Après Pourquoi je suis communiste, un ouvrage du même éditeur paru cette année en mars, La haine des oiseaux est le second volet d'une trilogie entamée par l'auteur canado-suisse Quentin Mouron
L'auteur nous livre un recueil de textes poétiques qui se veut au plus près de l'actualité brûlante du moment. Des mots qui font écho à nos maux  : les répercussions du conflit en Ukraine, l'inflation galopante, la hausse du prix des carburants : 

[…] Le prix de l'essence 
Augmente
Tu ris
Dans le matin
Obscur

Tu ris
Sous les tapis
De bombes

Tu ris
L'essence bondit
Tu danses
Les chars
Avancent

Tu brilles
Dans le matin
Obscur
Tu brilles
Dans le désastre

Tu chantes
Les chars
Avancent
Tu danses

Tout augmente
Le blé
Le riz
Le gaz
L'essence. […]

ou encore, le street harassment si difficile à endiguer, dans un poème au titre évocateur (Le théâtre de la cruauté) :

Tu avances 
Prudemment
Dans les rues
Sans lueur
Les buveurs sifflent
Ils demandent ton Insta
Ils se frottent le ventre
Et forment derrière toi
Une traîne animale
Ils disent
On te mangera
Comme 
un taco rempli d'huile
Et de sauce marocaine

Tu avances
La peur est un rideau de pluie froide
La nuit ruissèle de paroles vides
Et insensées
Les buveurs forment une traîne
Sanglante
Ils disent
On te mangera
Comme
un dürüm au trois viandes
Fourré de frites […]

Parce que l'auteur, contrairement à Platon, aimerait réintégrer le poète engagé dans la Cité, il choisit délibérément de mêler les souillures du monde aux chants des oiseaux. Dans cette optique et en toute liberté, Quentin Mouron nous offre un recueil ancré dans la réalité, aussi féroce qu'émouvant. 
Entre humour caustique et tragédie, cet ouvrage qui aborde crûment nos préoccupations actuelles ne peut qu'interpeller les quidams que nous sommes !



Merci aux Éditions Olivier Morattel.

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samedi 1 octobre 2022

Tout garder de Carole Allamand

 













Éditeur : Anne Carrière
Parution : 26/08/2022
Nombre de pages : 192
Genre : enquête, 
témoignage

L'auteure :

















Née à Genève en 1967, Carole Allamand vit entre le New Jersey, où elle enseigne la littérature française, et Aix-en Provence. Tout garder est son cinquième livre.

Quatrième de couverture :

Quand sa mère décède subitement, Carole Allamand rentre en Suisse pour s’occuper de ses funérailles. Une longue absence a distendu leurs rapports et plus de dix ans se sont écoulés sans une visite à son domicile. Rien ne l’a préparée à ce qu’elle découvre. Objets et déchets ont envahi tout l’espace, englouti les meubles, retiré aux pièces leur fonctionnalité, confiné sa mère dans moins de cinq mètres carrés. Comment en est-elle arrivée là ?
Quelle signification ces choses ont-elles eue pour elle, et pour ces gens qui ne peuvent s’empêcher de les accumuler ?
Tout garder est une enquête sur le syndrome de Diogène, ce mal mystérieux et fascinant des sociétés dites avancées. Il est aussi un témoignage intime, un plaidoyer pour les femmes de sa génération, un roman d’amour.

Mon avis :

« Il faut franchir une première colline pour arriver au salon. Nicole me tend la main et je pénètre pour ainsi dire de plain-pied dans la folie de ma mère. On regarde ça, longtemps, comme un paysage pour la première fois, comme la surface de Mars, le tsunami de 2004, Berlin année zéro. C'est un raz-de-marée qui file entre les mots. Nous sommes bien au-delà du désordre. Bazar, bordel, foutoir ne conviennent pas davantage à un lieu qui relève de la décharge publique et du cabinet de curiosités, du nid de pigeon et de la jungle. »

Suissesse installée aux Etats-Unis depuis de nombreuses années, l'auteure se voit contrainte de revenir dans son pays natal, afin de régler les funérailles de sa mère Nelly, décédée soudainement. Une génitrice à la personnalité énigmatique qui a toujours fait preuve d'indifférence envers celle qui était pourtant sa fille unique. Mère et fille entretenaient des relations dénuées de liens affectifs, naviguant entre distance et incompréhension. Seuls quelques rares échanges téléphoniques maintenaient entre elles le fil ténu d'une relation quasi inexistante.
Chargée de vider l'appartement de cette dernière, l'autrice va avoir le choc de sa vie. Elle ne va pas reconnaître l'appartement dans lequel elle a passé ses jeunes années et découvrir avec stupeur que sa mère souffrait du syndrome de Diogène. Le logement totalement insalubre est d'une puanteur intolérable. Il est colonisé d'objets hétéroclites montant jusqu'au plafond et de déchets en décomposition et grouillant de vers, cette dernière ayant conservé jusqu'à la dépouille de son défunt chat. 
L'autrice se demande comment cette mère méconnue a pu en arriver là. Elle va se lancer dans une véritable enquête, cherchant vainement à découvrir qui était sa mère et ce qui a bien pu l'amener à rejoindre le triste rang de ceux qu'elle préfère nommer les gardeurs. 
Revisitant ses souvenirs d'enfance, elle se souvient de l'alcoolisme de son père, méprisant et humiliant sa mère. De la folie de cette dernière, laminée par les électrochocs, qui se réfugiait dans les souvenirs de son premier et unique amour, un libanais que les circonstances de la vie l'empêcheront d'épouser. 
Mêlant histoire intime et recherches plus générales dans tout ce qui a pu être écrit concernant ce trouble du comportement complexe, l'autrice nous invite à découvrir une pathologie qui a de quoi nous laisser perplexes… 

"Tout garder" est un témoignage tout aussi effrayant qu'édifiant. Bouleversant de sincérité, sans pathos, avec beaucoup de lucidité et moult détails, Carole Allamand tente de nous éclairer à travers sa quête personnelle sur cette singulière pathologie, encore méconnue, qu'est le syndrome de Diogène.
Qui peut être concerné ? Comment en arrive-t-on là ? Pourquoi ?
Beaucoup de questions et encore peu de réponses à ce jour. D'où l'intérêt de se pencher sur ce récit éclairant qui ne peut manquer de nous interroger !





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lundi 19 septembre 2022

Un profond sommeil de Tiffany Quay Tyson

 













Éditeur : Sonatine
Parution : 25/08/2022
Nombre de/ pages : 400
Traduction : Héloïse Esquié
Genre : littérature américaine

L'auteure :

Tiffany Quay Tyson est née et a grandi à Jackson, dans le Mississipi. Elle a été reporter pour le Mississipi Delta et a reçu, à cette occasion, le prix Frank Allen.
Son premier livre, Three Rivers, a été publié en 2015 et rapidement repéré par différents magazines littéraires.
Son deuxième roman, Un profond sommeil (2018), a été récompensé de nombreux prix, dont le Willie Morris Award for Southern Fiction, le prix Janet Heidinger Kafka, le Mississippi Institute of Arts and Letters Award for Fiction, et le Mississippi Author Award. Il a également valu à son auteure d'être comparée à William Faulkner par le Deep South Magazine pour son style gothique, sombre et atmosphérique.
Tiffany Quay Tyson vit aujourd'hui à Denver, dans le Colorado, et travaille comme enseignante à la Lighthouse Writers Workshop, un centre artistique de découverte et d'apprentissage de la littérature. Elle continue d'écrire, et cite Margaret Atwood parmi ses influences littéraires.

Quatrième de couverture :

White Forest, Mississippi. Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu'elle inquiète. On murmure que des esprits malveillants se dissimulent dans ses eaux profondes. Par une chaude journée d'été, Roberta et Willet bravent toutes les superstitions pour aller s'y baigner avec leur petite soeur, Pansy. En quête de baies, ils s'éloignent de la carrière. Quand ils reviennent, Pansy a disparu.
Quelques années plus tard, Roberta et Willet, qui n'ont jamais renoncé à retrouver leur soeur, suivent un indice qui les mène dans le sud de la Floride. C'est là, dans les troubles profondeurs des Everglades, qu'ils espèrent trouver la réponse à toutes leurs questions.

Tiffany Quay Tyson nous entraîne dans un voyage hanté au cœur des terres américaines. Du delta du Mississippi aux mangroves des Everglades, l'histoire tourmentée d'une famille fait écho à celle de toute une région, le sud des États-Unis, peuplé d'esclaves, de prêcheurs, d'assassins, de laissés-pour-compte, de monstres et de saints.

Mon avis :

« Contrairement à Willet, je refusais de rejeter une hypothèse sous prétexte qu’elle semblait abracadabrante. J’avais une étagère pleine de livres racontant des histoires d’hommes changés en crapauds et d’enfants s’avérant plus malins que des sorcières. Le monde réel n’était en rien plus logique que ces histoires. »

C'est bien connu, les enfants aiment braver les interdits. Alors, par une moite et trop chaude journée d'été Bert et Willet, deux adolescents, décident d'aller se rafraîchir dans les eaux de la carrière, amenant avec eux leur petite sœur Pansy âgée de six ans. 
Une carrière réputée maudite. Un lieu frappé par l'interdiction parentale. Une décision qu'ils regretteront pour le restant de leurs jours. Délaissant momentanément la petite Pansy pour aller manger des mûres, cette dernière aura disparu à leur retour et ne sera pas retrouvée. 
Ce récit narré par Roberta, alias Bert, est celui de la perte, des remords, de la quête sans fin de cette dernière pour retrouver sa cadette. 
C'est également l'histoire tragique de deux adolescents livrés à leur sort en raison d'une famille défaillante et sur lesquels pèsera toute la culpabilité de la perte d'un être cher. 
Quand on a un père déserteur et une mère qui sombre dans la folie, comment se construire et avancer ?
Bert et Willet n'auront de cesse de découvrir la vérité. Une vérité cachant de biens sombres secrets qui les marquera dans leur chair à tout jamais

Tragédie familiale hautement addictive, ce thriller nous invite à parcourir le Sud profond dans ce qu'il a de plus beau et de plus terrible. 
Coutumes et croyances ancestrales, condition féminine, préjugés liés à la couleur de peau et secrets de famille sont abordés dans ce roman qui traverse plusieurs siècles, de l'époque des grandes plantations esclavagistes jusqu'à nos jours. 
Un récit dense et poignant sur la douleur liée à la disparition d'un être cher et l'impossible oubli.
Dans la lignée des excellents "Le Prince des marées" ou plus récemment "Là où chantent les écrevisses" ce roman est l'un de ceux qui vous hanteront longtemps après l'avoir refermé !


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dimanche 21 août 2022

Les enfants des riches de Wu Xiaole

 













Éditeur : Rivages
Date de parution : 04/05/2022 
Nombre de pages : 304
Traduction : Lucie Modde
Genre : Littérature taïwanaise 

L'auteure :

Wu Xiaole est née en 1989 Taïwan. Nourrie de son expérience comme professeure à domicile, son premier roman Les enfants des riches, a connu un succès retentissant

Quatrième de couverture :

Jeune Taïwanaise aux origines modestes, Chen Yunxian veut le meilleur pour son fils. Mais dans une société où la compétition s'engage dès le plus jeune âge au sein d'un système éducatif hyper hiérarchisé, le moindre choix remet en jeu sa mission de mère parfaite.
Au gré d'amitiés inattendues avec la famille du patron de son mari, elle entrevoit pourtant un monde où tout semble plus facile et se laisse bientôt séduire par une alliance douteuse, exigeant une abnégation totale et de cruelles contreparties.
Acide et efficace, Les Enfants des riches est une plongée dans la trouble psyché d'une femme sous haute (auto)surveillance, prise dans le fol engrenage de son obsession de réussite. Un vertigineux miroir du règne de la performance.

Mon avis :

« Comme Jack dans Titanic, elle avait pensé rallier un nouveau continent merveilleux, sans envisager la possibilité d'un naufrage. Malheureusement, les cabines du bas étaient toujours les premières sur la liste des sacrifiés. »

Issue d'un milieu modeste, Chen Yunxian rêve de gravir les échelons sociaux. Malheureusement, la promotion tant attendue par son époux peine à venir. Les postes convoités par son mari Dingguo, finissent toujours par être attribués à des collègues souvent moins méritants mais pistonnés. Alors quand le couple est invité à la fête d'anniversaire du fils de l'employeur de son mari, la jeune femme pense que la chance a enfin tourné en leur faveur. Pas d'avancement pour le jeune papa, mais une proposition aussi curieuse qu'alléchante qu'il ne peut refuser. 
Son patron propose de financer les études de leur jeune fils qui s'est lié d'amitié avec son enfant du même âge. Les deux garçons vont intégrer une prestigieuse école qui forme l'élite de la progéniture taïwanaise et recevoir une éducation bilingue d'excellence, précieux sésame qui devrait plus tard leur ouvrir les portes des meilleures universités américaines. 
La jeune femme qui pense avoir trouvé l'ascenseur social tant convoité va cependant vite déchanter. Elle va apprendre à ses dépens que dans la vie rien n'est jamais gratuit, et qu'il y a toujours un prix à payer

Aussi féroce que percutant, ce roman nous décrit une société taïwanaise gangrenée par le culte de la performance, de l'apparence et de l'argent-roi. 
Dans ce récit, pratiquement aucun des protagonistes n'est sympathique : opportunisme, avidité, veulerie, calcul, convoitise, jalousie chaque personnage va révéler de fâcheux travers au fil de la narration. 
On s'indigne, on rit, on compatit et l'on ressent presque une joie maligne à voir trébucher les plus antipathiques acteurs de cette histoire.
Même si le thème de l'arriviste qui se prend une gamelle a été mille fois traité, ce roman incisif aux accents moralistes se lit avec délice ! 



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samedi 9 avril 2022

L'affaire Alaska Sanders de Joël Dicker

 












Éditeur : Rosie & Wolfe
Parution : 10/03/2022
Nombre de pages : 576
Genre : littérature Suisse

L'auteur : 














Né à Genève en 1985, Joël Dicker est juriste de formation. En 2010, il reçoit le Prix des écrivains Genevois pour son premier roman "Les Derniers Jours de nos pères. "La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert" a obtenu le Grand Prix du Roman de l'Académie française et le Prix Goncourt des Lycéens en 2012. Joël Dicker a également publié "Le livre des Baltimore" (2015), "La disparition de Stéphanie Mailer (2018) et "L'énigme de la chambre 622 (2020).

Quatrième de couverture : 

La suite de Harry Quebert
Avril 1999. Mount Pleasant, une paisible bourgade du New Hampshire, est bouleversée 
par un meurtre. Le corps d'une jeune femme, Alaska Sanders, est retrouvé au bord d'un lac. L'enquête est rapidement bouclée, la police obtenant les aveux du coupable et de son complice.
Onze ans plus tard, l'affaire rebondit. Le sergent Perry Gahalowood, de la police d'État du New Hampshire, persuadé d'avoir élucidé le crime à l'époque, reçoit une troublante lettre anonyme. Et s'il avait suivi une fausse piste ?
L'aide de son ami l'écrivain Marcus Goldman, qui vient de remporter un immense succès avec La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, inspiré de leur expérience commune, ne sera pas de trop pour découvrir la vérité.

Mon avis :

« La grande faiblesse de la mort, c'est qu'elle ne peut venir à bout que de la matière. Elle ne peut rien contre les souvenirs et les sentiments. Au contraire, elle les ravive et les ancre en nous pour toujours, comme pour se faire pardonner en nous disant : C'est vrai, je vous enlève beaucoup, mais regardez tout ce que je vous laisse. »

Pour notre plus grand plaisir, Marcus Goldman, le héros récurrent de Joël Dicker, reprend du service dans ce nouvel opus dont l'intrigue se déroule en 2010. Retrouvant le sergent Perry Gahalowood, avec qui il avait résolu le mystère planant autour de son mentor Harry Quebert quelques années auparavant, l'auteur à succès va s'intéresser à un vieux dossier criminel. Un drame sanglant qui avait défrayé la chronique à la fin des années 1990 et qui va revenir sur le devant de la scène suite à  l'intrigante missive d'un corbeau qui sème le doute sur l'identité des meurtriers. 
En 1999, la disparition tragique de la jeune reine de beauté Alaska Sanders avait mis en émoi la petite ville de Mount Pleasant. La jeune femme à la vie en apparence lisse et sans histoires, avait été retrouvée assassinée autour du lac préféré des pécheurs du coin. Un faisceau d'indices concordants avait très vite mené à l'arrestation de deux coupables, permettant de rapidement boucler l'affaire. 
Et si les enquêteurs s'étaient fourvoyés à l'époque ? Et si le meurtrier courrait toujours ? C'est l'énigme que va tenter de résoudre l'attachant tandem de fins limiers !

Retour gagnant pour Joël Dicker, qui frappe fort avec cette nouvelle aventure de Marcus Goldman qui viendrait clore une trilogie. De chausse-trappes en rebondissements, on ne s'ennuie pas un seul instant dans ce roman à tiroirs dont l'intrigue court sur près de 600 pages sans jamais s'essouffler. 
Rivalité, cupidité, jalousie, veulerie et trahison viennent jalonner cette ténébreuse affaire. De redoutables leviers qui mèneront les différents protagonistes au point de non-retour… jusqu'au drame ultime ! 
On se prend à espérer un quatrième tome venant compléter les aventures de notre écrivain-enquêteur. Et si Marcus reprenait du service pour tenter de résoudre l'Affaire Gaby Robinson, douloureuse épine dans le pied du sergent Matt Vance dont il est succinctement question dans l'épilogue ? Affaire à suivre… 


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dimanche 27 mars 2022

Les trois épouses de Blake Nelson de Cate Quinn

 












Éditeur : Presses de la cité
Parution : 16/09/2021
Nombre de pages : 535
Traduction : Maxime Berrée
Genre : polar (Angleterre
)

L'auteure : 









Auteure de romans historiques à succès en Angleterre, autrefois journaliste pour The Guardian, The Times et The Mirror, Cate Quinn signe ici son premier thriller.

Quatrième de couverture :

Blake Nelson est retrouvé mort dans le désert. La police soupçonne sa femme l'avoir tué. Mais laquelle ?
RACHEL, PREMIÈRE ÉPOUSE
" Pardonne-moi, Seigneur, j'ai menti à un policier aujourd'hui. Je lui ai dit que Blake n'avait jamais levé la main sur moi. "

TINA, SŒUR-ÉPOUSE
" Quand les flics m'ont embarquée, j'ai cru qu'ils nous arrêtaient pour polygamie. À Vegas, je me faisais arrêter pour racolage. Ici, c'est parce que je suis mariée. "

EMILY, SŒUR-ÉPOUSE
" " Tu peux être toi-même ici ', m'a dit Blake. Ce qu'il voulait dire, je pense, c'est que je pouvais être à lui. "

Contre la volonté de sa famille et les règles de l'Église mormone, Blake Nelson a épousé trois femmes. Tous les quatre vivent dans un ranch miteux perdu au beau milieu de l'Utah, dans l'attente de la Fin des Temps. Personne ici ne les dérangera. Jusqu'à ce que le corps de Blake soit retrouvé dans un sale état.
Bienvenue chez les mormons !


Mon avis : 

« Ma mère me disait toujours : " Vous voulez savoir si une personne est vraiment mauvaise ? N'écoutez pas ce qu'elle dit, oubliez ce qu'elle déclenche en vous. Regardez ce qu'elle fait." »

Elles sont trois : Rachel la ménagère accomplie, Emilie la mythomane et Tina la dévergondée.  Leur point commun ? Elles ont toutes trois épousé le même homme, Blake Nelson, un mormon polygame. 
Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné de façon plutôt barbare, non loin de la baraque délabrée qu'il occupait avec ses trois femmes en plein désert de l'Utah, ces dernières sont immédiatement suspectées par la police. Retranchées de toute vie sociale et subissant des règles de vie épouvantablement contraignantes, le trio de femmes était loin de s'apprécier et elles avaient toutes une bonne raison de vouloir se débarrasser de leur survivaliste d'époux. 
Cuisinées à tour de rôle par l'agente Brewer et le détective Carlson, les trois mormones s'avèrent beaucoup plus complexes et rusées que ne l'imaginaient les enquêteurs. Entre passé trouble, sévères traumatismes d'enfance et secrets inavouables, elles vont donner du fil à retordre aux investigateurs et vont bientôt faire front commun, au grand dam du trio de flics noyés sous un déluge d'indices compromettants qui pourraient signer la culpabilité des unes comme des autres.
Quand l'improbable vérité sur la mort de Blake Nelson surgira, le lecteur tout comme les deux limiers en tombera de sa chaise. Que ce soit en raison de l'identité du meurtrier ou de ses mobiles ! 

Palme de l'originalité pour ce polar dépaysant dont l'intrigue se déroule chez les mormons polygames. Retorse à souhait, alambiquée et  diaboliquement construite, l'intrigue qui court sur plus de cinq cent pages happe le lecteur dans ses filets savamment entortillés. 
L'auteur nous ouvre les portes sur un monde méconnu, aussi intriguant qu'effrayant, nous donnant à réfléchir sur des thèmes d'actualité tels que le fondamentalisme religieux ou les dérives sectaires.
Un polar à dévorer tant pour la qualité de son intrigue que pour l'insolite incursion en terra incognita !



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