Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

dimanche 28 juin 2020

Somb de Max Monnehay

Éditeur : Éditions du Seuil
Parution : 05/03/2020
Nombre de pages : 295
Genre : thriller psychologique

L'auteure : 


















Max Monnehay est née en 1980 à Beauvais. Elle est l'auteure de plusieurs romans et nouvelles, parmi lesquels Corpus Christine, Prix du premier roman 2006, et Géographie de la Bêtise, publié au Seuil.

Quatrième de couverture :


Victor Caranne est psychologue en milieu carcéral. Chaque jour il emprunte à moto le long pont qui relie le continent à l'île de Ré pour rejoindre la Citadelle, fortification reconvertie en prison. Chaque jour il écoute des détenus lui confier leurs fantasmes les plus abjects, leurs crimes les plus atroces. Ils n'ont rien à craindre: les menottes de Caranne se nomment secret professionnel. La découverte d'un corps, sur la grève d'une plage proche de sa villa, va soudain bouleverser sa vie. C'est, pour lui, une perte immense. Caranne va devoir replonger dans un passé qu'il faisait tout pour oublier. Et les certitudes qu'il avait sur sa vie vont, une à une, s'effondrer.

Mon avis : 


« Il planta ses yeux dans les miens. Ils n'étaient plus du tout vides. Une forme de vie s'était imprimée sur la cornée. Quelque chose qui rappelait une flaque d'essence juste avant qu'on y jette une allumette. »


Julia, une belle et intrépide journaliste est retrouvée morte au bord d'une plage de la Rochelle, le visage réduit en bouillie. Pourquoi un tel déchaînement de haine ? Certes, cette dernière qui aimait enquêter sur des sujets sensibles et qui ne craignait pas de faire des vagues ne comptait pas que des amis dans la région, notamment parmi les notables. Mais de là à s'acharner sur elle avec autant de violence ? Qui pouvait bien la haïr autant et pour quelle raison ? C'est ce que va tâcher de découvrir Victor Caranne, son amant, un psychologue carcéral à l'âme torturée par de lourds secrets. Une enquête à hauts risques qui va le replonger dans un passé qu'il aimerait oublier, déterrant de vieux drames, des traumatismes d'enfance et l'amenant même à s'interroger sur ses proches. Entre certitude et doute, amour et haine, loyauté et trahison, la vérité va se montrer beaucoup plus complexe que tout ce qu'il aurait pu imaginer...

Qui est Somb ? La réponse se trouve dans ce triller psychologique à l'ambiance sombre et vénéneuse, dont l'action se déroule sous la lumière océane de Charente Maritime assombrie par un crime particulièrement brutal. Jalousie, manipulation et perversion sont au menu de ce polar qui surfe sur le thème des relations toxiques. De fausses pistes en multiples rebondissements, Max Monnehay harponne son lecteur par une narration rythmée et un suspense omniprésent. 
Un polar alerte et efficace comme on les aime ! 



Merci aux Éditions du Seuil et à Babelio.

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dimanche 7 juin 2020

Nefertari dream de Xavier-Marie Bonnot




















Éditeur : BELFOND
Parution : 05/03/2020
Nombre de pages : 350
Genre : littérature française

L'auteur :


Xavier-Marie Bonnot est né à Marseille. Réalisateur de documentaires, il est aussi l’auteur de plusieurs romans et polars : "La Première empreinte" (2002), "La Bête du marais" (2008), "La Voix du loup" (2006), "Les Âmes sans nom" (2009), "Le Pays oublié du temps" (2011), "Premier homme" (2013), "La dame de pierre" (2O15) qui a reçu le Prix Cognac du Polar Francophone 2016, "La vallée des ombres" (2016), "Le dernier violon de Menuhin" (2017) et "Le tombeau d'Apollinaire (2018).

Quatrième de couverture : 

La grande reine Nerfetari, il y a 3 300 ans, aurait-elle pu imaginer les femmes de son pays voilées, excisées, citoyennes de deuxième classe ?
Rodolphe Cordier, archéologue, vit non loin de Nefertari Dream, un bazar à touristes sur la rive ouest du Nil qui vend de l'antique en toc et du faux rêve. L'Égypte de Rodolphe n'est pas celle des boutiquiers, mais de la civilisation millénaire à laquelle il a consacré ses recherches. Tout à sa passion, il évite de regarder en face le pays pauvre qui l'entoure, ce peuple qui marchande son patrimoine et plie sous une dictature féroce et la barbarie du terrorisme... jusqu'au jour où sa route croise celle de Noah, jeune archéologue égyptienne née à deux pas de la tombe de la grande reine Néfertari. Au même moment, le printemps égyptien enflamme la place Al-Tahrir, au Caire. Noah, la rebelle, y retrouve Amina, son amie d'enfance devenue médecin et militante islamiste. Tandis que le peuple se soulève et renverse un tyran, Rodolphe découvre ce qu'il n'attendait plus dans une falaise de la vallée des Reines. Mais la révolution menace de tout balayer, Amina est arrêtée et Noah, gravement blessée...

Récompensé par le prix du Roman historique des rendez-vous de Blois 2019 pour Le Tombeau d'Apollinaire, Xavier-Marie Bonnot, avec toute la poésie et la puissance de son écriture, signe un grand roman sur l'Égypte.

Mon avis : 


« Ce n'est pas une surprise, Le Caire. C'est un choc. À tous les coups. Un carambolage de rues. Des immeubles qui tamponnent un ciel brûlant. Et la misère et la fortune se télescopent. Une ville droite, stridente et malheureuse. Une mégapole à plat, sous des planches et des briques, rongée par les tas d'ordures.
Partout, l'air tremblote, à coup de klaxon et de mélodies qui chaloupent. Et aux balcons, et sur les toits, les antennes rondes et sales qui écoutent le monde, grandes oreilles tendues vers le ciel jaune. »


Nefertari Deam, c'est le nom d'un bazar situé au cœur de la "rive des morts", une échoppe qui vend du rêve aux touristes avec ses statuettes de pacotille et autres babioles clinquantes cédées pour quelques euros. C'est ici également que réside Rodolphe, un jeune archéologue passionné d'égyptologie. Son chemin va croiser celui de la belle Noah, une fille du pays qui prépare sa thèse en archéologie. Malgré les  obstacles religieux et culturels, les deux jeunes gens vont s'éprendre l'un de l'autre, au mépris des interdits et des menaces permanentes qui rôdent autour d'eux. Nous sommes en 2011, la révolution gronde et le gouvernement  autoritaire d'Hosni Moubarak vacille dangereusement. Entre pauvreté, dictature policière et montée de l'islamisme radical, le peuple saturé et asphyxié est au bord de l’explosion. Le destin des différents protagonistes de ce récit va se trouver bouleversé à jamais, au cœur de cette poudrière qui donna naissance au printemps Égyptien. Plus rien ne sera jamais comme avant...

Après nous avoir fait frissonner avec ses polars et remués avec des romans plus intimistes ou d'émouvants portraits romancés de grandes figures de la musique ou de la poésie, l'auteur quitte la France pour l'Egypte. Auteur protéiforme à la plume infatigable, Xavier-Marie Bonnot arrive encore à nous surprendre avec ce dépaysant roman qui fait voyager son lecteur sur les rives du Nil et l'entraîne dans les coulisses d'une révolution sanglante. 
Naviguant simultanément entre les morts et les vivants sur les rives de l'Egypte antique et contemporaine, ce roman foisonnant d'événements tragiques et d'humanité nous plonge au cœur de la révolte d'un peuple au bord de l'implosion. Avec pour toile de fond historique le printemps Égyptien qui provoqua la chute d'Hosni Moubarak, l'auteur nous relate avec beaucoup de justesse, de sensibilité et de poésie l'histoire d'un amour interdit et explosif en plein cœur de cette révolution.
Du rêve à la réalité, Nefertari Dream est un roman bouleversant qui fait voyager son lecteur sur des terres arides et qui ne peut que l'interpeller !




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dimanche 3 mai 2020

Cora dans la spirale de Vincent Message




















Éditeur : Seuil
Parution : 14/08/2019
Nombre de pages : 460 
Genre : littérature française

L'auteur : 














Né en 1983, Vincent Message est professeur et maître de conférences à l'université Paris VIII Vincennes - Saint-Denis
"Cora dans la spirale" est son troisième roman, après "Les Veilleurs" (Seuil, 2009), lauréat du prix Virgin-Lire, et "Défaite des maîtres et possesseurs" (Seuil, 2016), récompensé par le prix Orange du livre.

Quatrième de couverture :

Après avoir donné naissance à une petite fille, Cora Salme reprend son travail chez Borélia. La compagnie d'assurances vient de quitter les mains de ses fondateurs, rachetée par un groupe qui promet de la moderniser. Cora aurait aimé devenir photographe. Faute d'avoir percé, elle occupe désormais un poste en marketing qui lui semble un bon compromis pour construire une famille et se projeter dans l'avenir. C'est sans compter qu'en 2010, la crise dont les médias s'inquiètent depuis deux ans rattrape brutalement l'entreprise. Quand les couloirs se mettent à bruire des mots de restructuration et d'optimisation, tout pour elle commence à se détraquer, dans son travail comme dans le couple qu'elle forme avec Pierre. Prise dans la pénombre du métro, pressant le pas dans les gares, dérivant avec les nuages qui filent devant les fenêtres de son bureau à La Défense, Cora se demande quel répit le quotidien lui laisse pour ne pas perdre le contact avec ses rêves.

À travers le portrait d'une femme prête à multiplier les risques pour se sentir vivante, Vincent Message scrute les métamorphoses du capitalisme contemporain, dans un roman tour à tour réaliste et poétique, qui affirme aussi toute la force de notre désir de liberté.

Mon avis : 

Bien insérée socialement et professionnellement, Cora est une jeune maman épanouie dans son couple, qui aime goûter les plaisirs simples qui font le sel de la vie. Son congé maternité s'achevant, cette dernière doit reprendre son poste au sein de la société d'assurances qui l'emploie depuis trois ans. 
A son retour au début de l'automne 2010, Cora a la surprise de retrouver une entreprise en pleine restructuration. En effet, Borélia est en plein virage stratégique. Pour parvenir à l'équilibre, la nouvelle direction envisage un programme de réduction des coûts. Les rênes de cette réorganisation interne sont laissés à un cabinet d'audit. Un changement de cap radical pour la société auvergnate paternaliste née à la fin de la seconde guerre mondiale, qui va quitter l'immeuble Haussmannien qui abritait son personnel pour un open space à la Défense. S'appuyant sur les recommandations d'un cabinet de conseil, la  nouvelle direction entreprend de partir à la chasse aux poids morts. Des têtes doivent tomber et le rouleau compresseur est en marche ! 
Lever de rideau, le drame en trois actes peut commencer. Sous la plume clinique et détaillée de Mathias, le narrateur de ce récit qui s'inspire de la lecture des trente carnets de Cora et du témoignage des divers acteurs de cette histoire, le lecteur va assister impuissant au déroulement inéluctable d'une tragédie moderne, de ses prémices à sa terrible apogée...

Revisitant le mythe d'Orphée et Eurydice, Vincent Message dépeint la descente aux enfers d'un couple confronté à l'impitoyable jungle du monde du travail d'aujourd'hui. Avec beaucoup de justesse et sans jamais tomber dans le pathos, l'auteur brosse la chronique d'un monde cruel où l’intérêt des plus vulnérables est sacrifié sur l'autel du profit. 
Tableau social implacable d'une humanité en pleine mutation, ce roman percutant lève le voile sur les violences insidieuses mais bien réelles que peuvent infliger nos sociétés contemporaines !

Un extrait : 

Depuis quelques années, les enfants de l’après-guerre faisaient valoir leurs droits à la retraite. Longtemps, on s’était plu à répéter que ce départ massif ferait enfin baisser le chômage. Cora avait entendu ça toute son adolescence. Sur le papier, c’était logique et ça donnait de l’espoir. Dans la réalité ça ne s’était pas passé comme ça. Les industries semblaient s’être envolées sans retour vers des pays où les gens étaient prêts à se laisser réduire en quasi-esclavage pour ne pas mourir de faim comme l’avaient fait leurs parents par millions. Que s’était-il passé ? À quel moment est-ce qu’on s’était plantés ? Les Européens avaient-ils vécu au-dessus de leurs moyens, maintenus par des hommes politiques préférant creuser le déficit plutôt que risquer la défaite dans une indolence qui les empêchait de s’adapter au monde qui naissait autour d’eux ? Ou bien est-ce que c’étaient les multinationales et les élites qui accaparaient la richesse en planquant leur argent et en représentant l’impôt comme une menace à la croissance ? Dans les journaux que lisait Cora, les experts n’arrivaient jamais à se mettre d’accord là-dessus. Ce qui était certain, c’est que les changements du monde lançaient aux entreprises de véritables défis, de sorte qu’elles n’avaient d’autre choix, à leur tout, pour se montrer à la hauteur, que de mettre au défi leurs employés, lesquels mettaient au défi leurs enfants pour qu’ils puissent bientôt affirmer d’une voix nette, au timbre stabilisé, que cela tombait bien car ils se trouvaient eux aussi adorer les défis, et étaient impatients que leurs journées en soient pleines à ras bord.
Souvent, Cora se demandait pourquoi elle persistait à absorber chaque jour une dose de cette rumeur du monde. C’était sons sens du devoir – le plaisir de voir plus large – une volonté de se distraire – une forme de masochisme. Ces discours se présentaient comme autant de gélules d’apparence identique ; certaines allaient libérer, en fondant, les molécules d’une lucidité nécessaire, d’autres les toxines d’idéologies enrobées dans le sucre du bon sens, mais c’était dans des proportions qu’il était impossible de préciser, et on ne savait jamais s’il s’agissait d’effets secondaires inévitables ou d’un projet d’intoxication collective.



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vendredi 10 avril 2020

Une bête à tuer de Jean-François Regnier




















Éditeur : Librinova
Parution : 10/02/2020
Nombre de pages : 216
Genre : thriller

L'auteur : 















Le parcours professionnel de Jean-François Regnier le conduit de sa Dordogne natale jusqu'à Toulouse où il se fixe à la fin des années 80. 
Son goût pour l'écriture, qui tient une place importante dans son métier de travailleur social, s'est renforcé au fil du temps, l'incitant à publier, en 2009, son premier roman "L'Acte".
En neuf ans, il a publié quatre romans. "Ma bête" (2018) est son premier thriller.

Quatrième de couverture : 

Ça fait huit ans que Weston Forrester et Duncan Smith sont recherchés par toutes les polices du monde après l'affaire du « Hangar de Newton ». Que sont-ils devenus ?
Et si un désir de justice venait raviver un fait divers trop vite oublié ? 
« Duncan se sent piégé, à nouveau piégé. Il ne veut pas retourner vivre en autarcie, coupé du monde, déserteur, fugitif, froussard en quelque sorte. Il pourrait se livrer à la police et tout révéler au grand jour. Grande incertitude, car sa bonne foi ne ferait pas le poids face aux mensonges que les médias avaient pu vomir jusque-là. Non, Duncan doit agir seul et vite. Il sait que Forrester n'oublie rien, qu'il est rancunier.[...] Il se sent comme une souris avec laquelle Forrester, huit ans plus tard, continue de jouer.Duncan le pressent tout prêt à bondir. Comment retrouver Forrester, le faire sortir de son trou ? »

Mon avis :

« C'est curieux, réfléchit-il, l'être humain est un étrange concept. Un amas d'os, d'eau, de peau, de matières, équipé d'une conscience et pétri de sentiments dont la fin de l'existence le réduit en cendres. 
Tout ça pour ça, tout ça pour quoi ? »

Suite du thriller "La bête", "Une bête à tuer" nous permet de retrouver Weston Forrester et Duncan Smith, les deux protagonistes d'un terrifiant face à face entre une victime et son bourreau, un redoutable  tueur en série.
Huit ans ont passé depuis que Duncan Smith a fuit sa geôle. Recherché pour complicité de meurtre et kidnapping d'enfant, ce dernier a changé d'apparence et d'identité et a repris une activité de jardinier. Contraint de laisser la garde de son fils Gavin à un ami, afin de ne pas attirer l'attention sur lui, ce dernier supporte difficilement l'injustice de cette situation. De plus, il souffre d'un grave stress post-traumatique qui handicape ses relations avec autrui. 
La parution d'un livre mensonger sur son histoire va pousser Duncan à sortir de sa torpeur et de son isolement. L'heure de la vengeance a sonné ! Cette fois-ci le chasseur ce sera lui. La tâche s'annonce difficile car Weston Forrester est une proie difficile à dénicher, et surtout à terrasser...

Roman d'une machiavélique vengeance, "Une bête à tuer" est un thriller efficace dopé à la testostérone. Des States à l'Angleterre, l'auteur nous fait voyager au cœur d'une traque au rythme infernal, aussi dangereuse que palpitante pour son lecteur. Les personnages hauts en couleur, aussi pervers que féroces mettent nos nerfs à rude épreuve. 
Dans ce roman noir, l'auteur joue avec la frontière du bien et du mal, une frontière qui n'aura jamais été aussi ténue que dans cette histoire de revanche d'une victime sur son tortionnaire !


Merci à Jean-François Regnier.
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mercredi 25 mars 2020

La femme révélée de Gaëlle Nohant




















Éditeur : Grasset
Parution : 02/01/2020
Nombre de pages : 370
Genre : littérature française

L'auteure : 





















Née en 1973 à Paris, Gaëlle Nohant est l'auteure de "L'Ancre des rêves" sorti en 2007, de "La part des flammes" publié en 2015 (éditions Héloïse d’Ormesson) et d'un roman biographique sur Robert Desnos, "La légende d’un dormeur éveillé" (2017).

Quatrième de couverture :


Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre  ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie  ?
Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d’apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d’une troublante intensité, habitée par la grâce d’une écriture ample et sensible.

Mon avis :

« La vérité, c’est qu’il y a dans nos vies des impasses dont on ne peut s’échapper qu’en détachant des morceaux de soi. »


Quelle terrible menace a donc poussé Eliza, femme d'un riche homme d'affaires Chicagoan, à fuir sa patrie et à renoncer à son identité, laissant derrière elle, son fils de huit ans et le confort douillet d'une vie de bourgeoise nantie ? 
Nous sommes à Paris au début des années 1950. Une page se tourne pour Eliza qui devient Violet, une jeune veuve à la conquête d'une vie nouvelle. Vite à court de ressources, cette dernière va devoir trouver des solutions pour survivre et s'adapter à une vie de bohème. 
Lui reste ses souvenirs et son précieux rolleiflex. Sa passion pour la photo va lui permettre de supporter de nombreuses déconvenues et lui ouvrir les portes d'un monde totalement inédit, aussi dangereux que stimulant pour sa créativité. 
C'est une femme nouvelle que l'on voit émerger au fil des pages de ce lumineux roman, une femme laissant l'audace prendre le pas sur la crainte, s'ouvrant à la vie et aux autres, telle une plante trop longtemps privée d'oxygène qui renaît à la lumière du soleil.
Navigant entre le présent de l'aventureuse Violet et le passé de l'énigmatique Eliza, le lecteur va découvrir peu à peu le secret bien gardé de cette femme au destin d'exception...

Flirtant avec le roman d'apprentissage, cette fiction merveilleusement narrée nous dresse le portrait d'une femme en quête de liberté dans une société en pleine mutation. Des caves enfumées de Saint-Germain-des-Près qui swinguent au son du jazz aux ghettos de Chicago, des hôtels de passe parisiens aux mouvements contestataires pour les droits civiques dans l'Amérique de la fin des sixties, l'auteure nous livre un récit bouillonnant d'énergie qui foisonne de personnages aussi étonnants que passionnants. 
Alternant les lieux et les époques, l'auteure nous plonge dans le fabuleux destin d'une femme qui va refuser les compromis et se battre pour plus de justice et de liberté envers les minorités bafouées. 
Militant et palpitant, ce roman basé sur des faits historiques rend hommage à ces combattants de la liberté qui ont parfois perdus la vie pour que d'autres puissent entrevoir la lumière d'un monde plus juste ! 



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mardi 17 mars 2020

Aux frontières de la norme de Céline Dominik Wicker


















Éditeur : Les éditions du Vénasque
Parution : 01/07/2019
Nombre de pages : 198
Genre : dystopie

L'auteure :

















Amoureuse des lettres depuis toujours, Céline Dominik-Wicker a étudié la littérature anglo-saxonne pour devenir professeure d'anglais. 
Ses écrits ont trait au merveilleux, à la dystopie, au conte traditionnel revisité et également au récit réaliste.
Elle est également l'auteur de "Deux soeurs : Persévérance etTrahison" un roman jeunesse paru aux éditions du Venasque en 2019.

Quatrième de couverture : 


Quand ce qui vous parait normal devient hors norme, quand la réalité de votre quotidien bascule dans l'incongru, que reste-t-il de vos convictions, de votre morale et même de votre personnalité ? Qui devient monstrueux : l'Autre extérieur à soi ou l'Autre en nous-mêmes ? Cinq nouvelles qui vous prennent au dépourvu, qui font voler en éclats une vision unilatérale de la Norme.

Mon avis :


Il a songé en particulier, aux autistes. En effet, notre monde n'est pas fait pour eux. Ils pensent différemment. Ils ne voient pas ce que l'on voit. Ils sont trop francs, trop honnêtes, trop doués dans ce qui accapare leur attention.

Quelle pourrait être la société de demain ? Avec ce recueil comportant cinq nouvelles d'anticipation, l'auteure nous fait basculer dans un avenir très sombre et complètement déshumanisé. Dans un univers aseptisé où la conformité est la règle, l'Homme n'a de valeur qu'en fonction de sa valeur économique et le handicap n'y a pas sa place. Les autistes et tous ceux qui diffèrent de la norme imposée sont devenus des parias dont on se débarrasse tel des objets défectueux. 
L'auteure aborde également le thème de la souffrance animale avec une effroyable nouvelle "L'autre" qui raconte le face à face d'un bourreau et de sa victime. Les humains, colonisés et asservis par des êtres venus d'ailleurs sont destinés à la boucherie. L'un d'entre eux qui tente de se révolter, va se heurter à l'indifférence de son tortionnaire et constater son impuissance face à l'injustice de sa terrible condition. Un récit terrifiant qui m'a donné la chair de poule !

Empruntant la forme de la dystopie, ce recueil de courtes histoires est un réquisitoire contre les formes d'injustices que rencontrent les personnes en situation de handicap ainsi qu'un plaidoyer en faveur de la cause animale. Derrière la cruauté des mots et l'ironie que l'auteure sait manier avec beaucoup d'aisance, se cache un livre qui dénonce l'iniquité et donne grandement à réfléchir.
Voilà une plume batailleuse et efficace qui ne peut laisser indifférent son lecteur !


Merci à Céline Dominik Wicker pour cette édifiante lecture !
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dimanche 23 février 2020

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens




















Éditeur : Seuil
Parution : 02/01/2020
Nombre de pages : 480
Traduction : Marc Amfreville
Genre : littérature américaine

L'auteure :





















Delia Owens est née en 1949 en Géorgie, aux Etats-Unis. Diplômée en zoologie et biologie, elle part s'installer avec son mari, chercheur et biologiste comme elle, au Botswana en 1974. Ensemble, ils étudient les différentes espèces de mammifères de la région. Grâce à cette incroyable expérience au Kalahari puis en Zambie, ils publient trois livres de non fiction, tous bestsellers aux USA : Cry of Kalahary (John Burroughs Award for Nature Writing), The Eye of the Elephant et Secrets of the Savanna. Delia Owens publie également de nombreux articles scientifiques dans Nature, Natural History, Animal Behavior, Journal of Mammalogy, en menant ses recherches sur les espèces animales en danger et elle monte des projets de sauvegarde de grande ampleur.
Après 23 années passées en Afrique, ils vivent désormais en Caroline du Nord, toujours au plus proche de la nature.
Là où chantent les écrevisses est son premier roman. Son prochain est en cours d'écriture.

Quatrième de couverture :

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur " la Fille des marais " de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n'est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.

A l'âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l'abandonne à son tour.

La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l'irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même...

Mon avis :

« Si quelqu'un devait jamais comprendre sa solitude, c'était bien la lune.
Retournant vers le cycle immuable de la vie des têtards et le ballet des lucioles, Kya s'enfonça plus profondément encore dans un monde sauvage où les mots n'avaient pas cours. La nature semblait le seul galet qui ne se dérobait plus sous ses pas quand elle traversait un ruisseau. »

Livrée à elle-même alors qu'elle n'est encore qu'une enfant, la petite Kia va faire de la nature sa mère nourricière. Débrouillarde et intelligente, elle va survivre grâce la cueillette, à la pêche aux moules et à la bienveillance de quelques déshérités de la vie qui comme elle, vivotent dans les marais de Caroline du Nord. 
L'intrigue qui navigue entre 1952 et 1969, tourne autour de la mort d'un fils de notable, sportif vedette et serial lover de la petite ville de Barkley Cove qui jouxte les marais. Crime ou accident ? Le shérif et son adjoint n'auront de cesse de résoudre cette épineuse énigme, pressés par la mère du jeune homme qui est persuadée que derrière la mort de son fils se cache un crime. En parallèle de l'enquête, nous suivons  l'évolution de la jeune Kia au fil des années, son apprentissage de la vie  avec ses difficultés, ses joies, ses peines, ses trahisons, ses amitiés puis ses amours... jusqu'en 1969, l'année ou meurt Chase Andrews. Une année tragique qui restera inoubliable pour tous les protagonistes de cette histoire !

Les romans dits de "Nature writing" sont un type de littérature dans lequel les auteurs américains excellent. Celui-ci est un digne représentant du genre. Derrière l'intrigue policière se cache un hymne à la beauté de la nature. Avec des mots empreints de poésie, Delia Owens nous fait voyager au cœur des secrets de la faune et de la flore des marais de Caroline du Nord. On sent la passionnée derrière la plume et on ne peut que succomber à la magie des merveilleux paysages qu'elle nous décrit à la perfection. Et que dire de son héroïne ? Attachante, émouvante, passionnée et intelligente, on aimerait la serrer dans nos bras et lui offrir cette amitié qui l'aiderait à vaincre cette solitude qui lui pèse tant !   
Si vous n'aviez qu'un livre à lire cette année, je vous conseillerais celui-ci qui m'a captivée de bout en bout. Une bonne claque littéraire !



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