dimanche 27 juin 2021

Nos monstres d'Angela Marsons

 



Éditeur : Belfond
Parution : 03/06/2021
Nombre de pages : 400
Traduction : Laureline Chaplain
Genre : Policier

L'auteur :













Romancière anglaise, Angela Marsons a connu le succès à quarante-neuf ans, avec la publication de son premier roman, Le Pensionnat des innocentes, en 2014 en Grande-Bretagne. Alors qu'elle venait de perdre son emploi, d'hypothéquer sa maison et qu'elle allait renoncer à l'écriture après avoir vu ses manuscrits rejetés par plusieurs éditeurs, elle s'est vue proposer un contrat pour l'achat des droits du Pensionnat des innocentes... et des sept romans suivants. Depuis, la série des enquêtes de Kim Stone est un succès éditorial phénoménal, traduite en vingt-huit langues et vendue à plus de quatre millions d'exemplaires à travers le monde ! Angela Marsons vit dans le Black Country, en Angleterre, avec sa compagne et leur petite ménagerie. Après Le Pensionnat des innocentes, Nos monstres est son deuxième roman à paraître en France.

Quatrième de couverture :

Un homme est retrouvé mort à la sortie d’un pub des Midlands, son corps lacéré de coups de couteau. Un ex-taulard, condamné pour viol. Chargée de l’affaire, l’inspectrice Kim Stone débusque rapidement la coupable : Ruth, une ancienne victime. Simple vengeance ? Sauf que quelque chose ne colle pas.
Pour comprendre les raisons de ce passage à l’acte, la policière se tourne vers Alex Thorne, une psychiatre reconnue qui suivait Ruth depuis des mois.
Dès lors, leurs chemins n’en finissent plus de se croiser. D’autres meurtres vengeurs, sauvages, d’autres assassins aux profils inattendus, avec un lien en commun : Alex Thorne.

Que se passe-t-il dans le cabinet du Dr Thorne ? Quelle thérapie propose-t-elle à ses patients ? Et pourquoi Kim se sent-elle menacée par cette psychiatre qui semble si bien la connaître ?

Mon avis :

« - Qu'est-ce que ce monstre vous a pris ? Utilisez vos mots. 
Elle prend le temps d'y réfléchir, songeuse. 
   - La lumière.
   - C'est-à-dire ? 
   - Tout en est dépourvu. Avant cette nuit-là, le monde entier me semblait lumineux. La lumière éclairait tout, y compris les jours gris et orageux. Depuis, elle s'est éteinte. C'est comme si un filtre noir me couvrait la vue. Tout s'est assombri. Le soleil des jours d'été ne brille plus autant, les blagues ne sont plus drôles, aucune bonne action n'est dénuée d'arrière pensée… Ma vision du monde et de tous ceux qui l'habitent, y compris mes proches, a été irrémédiablement changée. »

Une jeune femme profondément traumatisée par une agression sexuelle particulièrement violente poignarde à mort son agresseur remis en liberté pour bonne conduite. Une affaire de meurtre motivée par la vengeance dont le dossier devrait être vite soldé. Pourtant, quelque chose chiffonne l'inspectrice Kim Stone qui pense qu'il y a un loup. Ses soupçons se dirigent très vite vers le Dr Thorne dont la plupart des patients disjonctent sans crier gare, malgré l'apparente fiabilité des  thérapies mises en oeuvre. L'obstination de la policière passe très vite pour un acharnement injustifié envers une respectable psychiatre dont la réputation n'est plus à faire.
Seule dans l'arène et au risque de se brûler les ailes et de se mettre à dos ses collègues et sa hiérarchie, l'inspectrice va se livrer à un véritable bras de fer contre la thérapeute. Une adversaire aussi retorse que machiavélique qui va déterrer les plus sombres secrets de Kim au risque de fissurer sa solide carapace… 

Polar crépusculaire et rythmé, Nos monstres se caractérise par son suspense psychologique particulièrement intense et gorgé d'adrénaline. Mettant en scène des personnages à la personnalité complexe, implacable, torturée ou dangereusement inquiétante, l'auteure joue avec nos nerfs et nous embarque dans l'univers trouble de la sociopathie et de la manipulation. Tout aussi efficace que dérangeant, ce thriller est à réserver à un lectorat aux nerfs solides !


Merci à Babelio et aux Éditions Belfond
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Le bruit du rêve contre la vitre d'Axel Sénéquier




















Éditeur : Quadrature
Parution : 05/04/2021
Nombre de pages : 142
Genre : littérature française

L'auteur :









Actuellement domicilié à Paris, Axel Sénéquier est l'auteur de romans pour la jeunesse, de recueils de nouvelles et de pièces de théâtre. 
Il a été primé par de nombreuses récompenses pour ses écrits ((Polar dans la ville en 2008, Fureur du noir en 2009, Noires de Pau en 2010). 
Chez Quadrature, il est également l'auteur du recueil de nouvelles Les vrais héros ne portent pas de slip rouge en 2014.

Quatrième de couverture :

« Sandra doit arriver d’une minute à l’autre. Il faut qu’elle se dépêche car derrière la vitre, il y a le soleil bleu, la mer jaune et les étoiles violettes qui s’impatientent, il y a cette vie bourdonnante qui attend qu’on la libère, il y a ces rêves qui frappent au carreau et craignent de mourir emprisonnés. Alors épuisé mais heureux, je désigne la fenêtre. L’infir mière comprend et me sourit. Lorsqu’elle tourne la poignée, le vent impatient s’engouffre dans cette chambre close et renverse les fleurs. Le vase explose sur le sol. Et dans les morceaux épars répandus aux quatre coins de la chambre, la lumière du soir se réfléchit et nous fait plisser les yeux. »

Douze nouvelles sur le confinement, le Covid-19 et cette époque trop sûre d’elle-même qu’un virus a balayée.

Du 17 mars au 11 mai 2020, Axel Sénéquier est resté confiné dans son appartement parisien. Il a mis ce temps à profit pour faire la connaissance de ses trois enfants et écrire les 12 nouvelles qui composent ce recueil, le deuxième publié par les éditions Quadrature (après Les vrais héros ne portent pas de slip rouge). Il est aussi auteur de théâtre. Son dernier test PCR s’est révélé négatif mais il continue de se désinfecter les mains plusieurs fois par jour. 

Mon avis : 

« Pourquoi toujours ce besoin de cueillir les fleurs ? Cela venait de loin, de la religion : « Reproduisez-vous, remplissez la terre et soumettez-là », de la culture. Il y avait toujours un truc à conquérir : l'Ouest, la Gaule ou l'espace, de la société qui nous poussait à dominer les concurrents, le tiers monde ou les femmes… Milou luttait pour s'extraire de ce marais puant et vivre sans exploiter quiconque. Pourquoi était-ce si compliqué ? »

L'aussi soudaine que terrible apparition du Covid 19 dans nos vies a agit telle une violente tornade venant briser la quiétude d'une belle journée d'été. Dans ce recueil de nouvelles, qui sont douze tranches de vies dans lesquelles la plupart d'entre nous pourraient se reconnaître, Axel Sénéquier raconte nos univers bouleversés dans leurs fondements par le confinement imposé pour tenter d'enrayer cette pandémie mondiale.
Sans pathétisme et sans tomber dans l'écueil du donneur de leçon, l'auteur nous décrit les situations inédites dans lesquelles se débattent avec plus ou moins de réussite, les protagonistes de ces mini-fictions. 
La violence à l'égard des femmes, l'école à la maison, le courage des soignants, l'explosion du télétravail et de l'apéro-zoom, l'isolement dramatique de certains et la hausse de la mortalité chez les plus fragiles, la solidarité, la nature qui reprend ses droits… sont autant de situations improbables, dramatiques, amusantes ou réjouissantes vécues lors du premier confinement et décrites de manière saisissante par leur auteur.

Encore lui me direz-vous ? Ne pourrait-on pas changer de registre et arrêter de nous bassiner avec ce virus ? Effectivement et à juste raison, cela peut lasser certains d'entre nous de se frotter encore et encore à cette triste et pénible réalité. 
D'un autre côté, il peut sembler important de garder une trace des bouleversements engendrés par cette effrayante épidémie et son cortège de conséquences dans nos vies. 
Alors, il est plus que probable que cette pandémie n'ait pas fini de faire couler d'encre chez nos auteurs, tel le présent recueil de nouvelles. 
J'avais peur de saturer, mais cette lecture m'a vite démontré le contraire. Prise dans le tourbillon narratif de ces brèves tranches de vie contées avec tendresse, fraîcheur, poésie et humour bienveillant, je me suis laissée emporter par un plaisant moment d'évasion littéraire. Une belle surprise en définitif !



Merci à Axel Sénéquier et aux Éditions Quadrature.
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samedi 8 mai 2021

Les vagues reviennent toujours au rivage de Xavier-Marie Bonnot

 












Éditeur : Belfond
Parution : 21/01/2021
Nombre de pages : 304
Genre : Polar

L'auteur : 












Xavier-Marie Bonnot est né à Marseille. Réalisateur de documentaires, il est aussi l’auteur de plusieurs romans et polars : "La Première empreinte" (2002), "La Bête du marais" (2008), "La Voix du loup" (2006), "Les Âmes sans nom" (2009), "Le Pays oublié du temps" (2011), "Premier homme" (2013), "La dame de pierre" (2O15) qui a reçu le Prix Cognac du Polar Francophone 2016, "La vallée des ombres" (2016), "Le dernier violon de Menuhin" (2017), "Le tombeau d'Apollinaire (2018) et "Nefertari dream" (2020).

Quatrième de couverture : 

Depuis qu'il est retraité de la police, Michel De Palma, alias le Baron, vit sur un bateau et a tiré un trait sur ses années de brigade criminelle pour se consacrer à la voile et au violon. Quand il apprend l'étrange suicide de Thalia Georguis, c'est un grand amour de jeunesse qui ressurgit. Thalia avait voué sa vie aux missions humanitaires en Méditerranée et reçu pour cela des menaces de l'extrême droite identitaire. Elle laisse aussi derrière elle un manuscrit retraçant le parcours d'Amira, réfugiée syrienne, ombre parmi les ombres qui risquent tout pour fuir la guerre. Cavalier seul, De Palma va tout mettre en œuvre pour retrouver cette jeune femme qu'il considère comme un témoin clé. Quitte à parcourir le camp de la honte de Moria sur l'île de Lesbos et à affronter la monstrueuse violence qui sévit en Méditerranée, cet abandon de l'humanité qui semble sans fin, comme les vagues qui reviennent au rivage.

Avec le grand retour du commandant De Palma pour son enquête la plus intense et personnelle, Xavier-Marie Bonnot, écrivain engagé, rend hommage à la mare nostrum, ce berceau des grandes civilisations que la crise migratoire du xxie siècle a transformé en plus grand cimetière marin du monde.

Mon avis : 

« Dans une vie d'homme, songe De Palma, il n'y a ni brouillon ni page propre, mais une copie qu'on a raturée, des oublis, parfois la feuille est souillée ou maculée, mais elle demeure toujours unique. »


Fraîchement retraité, le Baron, qui coule des jours tranquilles sur son bateau amarré dans le port de Marseille entre deux cours de violon, va voir son univers chamboulé par la mort de Thalia Georguis, une ancienne amante jamais oubliée. Cette dernière, une psychiatre originaire de l'île de Lesbos très investie dans le sauvetage des migrants, est retrouvée morte dans des conditions qui lui semble suspectes. 
En parallèle de l'enquête officielle, menée par ses anciens partenaires de la brigade criminelle qui ont conclu à un suicide, Michel De Palma troublé par quelques indices éparpillés à dessein au domicile de la victime va mener sa propre enquête. La découverte d'un bouleversant manuscrit, relatant les événements dramatiques vécus par une jeune syrienne, intrigue fortement le Baron. Qui était vraiment Amira et qu'est-elle devenue ? A-t-elle joué un rôle dans la disparition de Thalia ? 
Bien décidé à faire la lumière sur cette affaire qui semble beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, De Palma part sur les traces de cette mystérieuse réfugiée. Sa quête le mènera en terrain miné, de la Grèce à Palerme. 
Seul contre tous et ne pouvant compter que sur ses reflexes d'ancien flic et son précieux flair, en ressortira-t-il indemne ?

Ce dernier opus des aventures du Commandant De Palma permet de renouer avec l'attachant et perspicace enquêteur humaniste et mélomane, trop longtemps délaissé par son auteur. Cette nouvelle enquête palpitante, étayée de références à la Grèce antique, prend naissance au cœur de la cité phocéenne et nous fait voyager jusqu'à l'île de Lesbos.
Pour cette nouvelle investigation en eaux troubles, notre Wallander marseillais nous plonge dans les tréfonds de la noirceur humaine. Entre exploitation de la vulnérabilité humaine et exactions commises par les partisans de l'ultra-droite, le Baron devra démêler un écheveau complexe dont les ramifications trouveront leurs racines dans un passé sanglant.
Bien décidé à rendre justice à son amour de jeunesse, le Baron n'hésitera pas à faire des vagues ! 


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dimanche 11 avril 2021

Dehors ne veut plus de nous de Roger Aïm

 













Éditeur : Domens
Parution : 04/09/2020
Nombre de pages : 90
Genre : littérature française, poésie.

L'auteur : 
















Roger Aïm, ingénieur, né à Oran en 1952, passionné de littérature, consacre désormais son temps à l’écriture. Il est l'auteur d'ouvrages universitaires, d’un essai historique, Filippo Brunelleschi, Le Dôme de Florence, paradigme du projet (Editions Hermann, 2010), d’un roman, Un jour entre les autres (Portaparole, 2011), d’une biographie Julien Gracq, 3 rue du Grenier à Sel (Portaparole, 2012) traduit en italien Julien Gracq, L’ultimo dei classici (Portaparole, 2014), d'un recueil de poèmes en prose Cent petits écrits (Portaparole, 2014), d’une biographie Aloysius Bertrand – Epopée de son grand œuvre : Gaspard de la nuit (Du Lérot, éditeur, 2014) et d'Histoire d'un refus (Editions La Simarre, 2020).

Quatrième de couverture : 

Dehors, le large azur envahit un ciel de gloire, les pruniers en fleurs réjouissent les prés, les bouquets de giroflées et de campanules colorent les pierres. Le printemps nous tend la main, nous tente, mais c’est un triste beau temps, dehors ne veut plus de nous.

Mon avis : 

Rédigé à partir de la mi-mars 2020, ce journal de bord poétique de confinement égrène les jours qui passent par petites touches nostalgiques, réalistes, mélancoliques et parfois teintées de révolte intérieure contre une situation sanitaire inédite que l'auteur de ces lignes découvre, partagé entre la tristesse, la stupeur et l'effroi :

« 5 avril - jour 20
   Nouvelle vie

Je tourne la cuillère dans mon café en y mélangeant mes pensées  d'avant. Cette halte anormale du temps pèse maintenant aux épaules. Il faut désormais habiter cet isolement comme une vie de tous les jours. »

A certains moments, faisant fi de la morosité, la beauté s'invite entre  ces pages, chassant momentanément la grisaille : 

« 9 mai -jour 54
   La Gorghette

Des nuages, une éclaircie, le ciel hésite. Dans le lointain d'un champ criblé de pâquerettes blanches et roses, un cyprès. Je le rejoins, fais quelques pas, et dans le contrebas, à l'écart de tout, une immense étendue violette d'iris sauvages s'offre comme un secret. Je reste un long moment attentif. Ensorcelante beauté. »

Dans la contemplation silencieuse de la ronde incertaine des souvenirs et des jours qui passent, parfois passagèrement troublés par un chant d'oiseau, l'auteur s'évade et s'oxygène également par la lecture :

« 18 avril - jour 33
    Littérature

Je voyage autour de ma chambre, hésite entre Le désert des Tartares, Le rivage des Syrtes ou Un balcon en forêt pour interroger l'attente. »

Antidote contre l'immobilité, la littérature permet au lecteur de traverser les océans ou de respirer l'air pur des sommets. Comme le disait si justement Roland Barthes : « La littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer. » 

Nous sommes aujourd'hui en avril 2021, et comme l'année passée, le confinement est de retour dans nos vies, le temps que trépasse ce terrifiant virus qui a déboussolé nos habitudes et terrassé nos existences. 
En attendant que les maux s'apaisent, savourons la beauté des mots du poète qui viennent réconforter le lecteur égaré dans un présent brouillé par l'incertitude. Patientons. Le temps que dehors veuille de nous… à nouveau !





Merci à Roger Aïm.

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samedi 27 mars 2021

Tous complices de Benoit Marchisio

 













Éditeur : Les arènes
Parution : 04/02/2021
Nombre de pages : 290
Genre : Polar

L'auteur :















Benoit Marchisio a 34 ans. II est l'auteur de Génération Propaganda (Playlist Society, 2017). Tous complices est son premier roman.

Quatrième de couverture : 

Abel trime sur son vélo. Coursier pour une plateforme de livraison de repas à domicile, il sillonne Paris. Lena répare les bécanes défoncées. Au bord du périphérique, elle retape les vélos des mineurs ou des sans-papiers qui livrent des repas. Igor défend ce nouveau prolétariat.
Jeune avocat ambitieux, il voit dans ce combat une occasion unique de réaliser son idéal et de se faire un nom. La dégradation des conditions de travail, la frustration des coursiers conscients du jeu de dupes proposé par l'application… Voilà le décor.
Abel, Lena et Igor se trouvent mêlés à un affrontement médiatique orchestré par un journaliste vedette sans scrupule.
C'est l'histoire. La ville gronde. Tout peut arriver dans cet engrenage fatal. Il suffit d'une étincelle.

Mon avis : 

Isidore Hersen,
387, rue des Fossés-Saint-Bernard.
Deux Happy Meal Nuggets/jus d'orange/tranches de pomme, un Big Mac, un Big Tasty, frites et potatoes, deux sprite, une boîte de douze et trois sundaes chocolat.
Digicode 87B34 puis 0076. Ascenseur F. Huitième étage, porte gauche - « tapez à la porte, la sonnette ne fonctionne plus ».
4,20 euros.

Etudiant fauché, Abel rêve de mettre un peu de beurre dans ses épinards et ceux de sa daronne, usée par son activité d'agent d'entretien. 
Pour conjurer la galère, ce dernier décide de s'inscrire sur l'Appli, une plateforme de livraison de repas. 
Nouvel auto-entrepreneur équipé d'un Rockrider entrée de gamme trouvé chez Decathlon et d'un LG Leon 8 reconditionné déniché sur Backmarket, Abel a des étoiles plein les yeux, il sera le Julian Alaphilippe des livreurs à vélo. Fini la panade et vive l'économie collaborative ! 
Motivé comme personne avec ses jambes neuves et sa détermination à toute épreuve, le jeune coursier va vite déchanter. Cadences délirantes, douleurs musculaires et fatigue intense, challenges irréalisables, concurrence effrénée et déloyale (avec les livreurs en scooter) meublent son quotidien de plus en plus rétréci socialement. 
Il abandonne bientôt la Fac, ne voit plus ses amis, passant ses journées à pédaler dans le labyrinthe des rues parisiennes, trimant pour des cacahouètes. 
Il est où le bonheur, il est où ? Elle est où la fortune, elle est où ?
En parallèle de la déconfiture d'Abel, on croise les destinées non moins réjouissantes d'un avocat idéaliste qui galère sous sa robe, d'une ancienne enseignante devenue SDF, d'une journaliste pigiste à la TV qui vendrait son âme au diable pour un CDI… Alimentée par les rancœurs et l'abattement des différents acteurs de ce drame décliné en quatre saisons, la colère enfle. De plus en plus puissante et envahissante, rien ne pourra l'arrêter et le lecteur va bientôt se trouver immergé au cœur de cette poudrière ! 

Polar urbain frénétique et engagé, "Tous complices" raconte la débâcle annoncée d'un coursier pris dans les rets de la précarisation des indépendants ubérisés. Les pages s'avalent aussi vite que les kilomètres parcourus par le livreur-pédaleur en lutte acharnée contre son chrono dans la jungle urbaine. Bien décidés à sortir la tête du guidon, les différents acteurs de ce roman aux allures de documentaire vont déployer le grand arsenal pour livrer leur combat contre l'indifférence et la transparence. 
Voyage mouvementé au cœur l'ubérisation et de ses dérives, ce récit coup de poing judicieusement ancré dans la réalité ne peut qu'interpeller le lecteur par son actualité brûlante !




Merci à Babelio et aux éditions Les arènes.
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dimanche 14 mars 2021

Le chemin du fort de Gabrielle Danoux

 













Éditeur : Gabrielle Danoux
Parution : 18/10/2016
Nombre de pages : 162
Genre : policier

L'auteure : 









Gabrielle Danoux œuvre en toute indépendance pour la traduction d'auteurs de langue roumaine classiques et, ce faisant, pour la diffusion de leurs livres. Ses traductions : "La Femme chocolat" de Gib I. Mihăescu, "Cœurs cicatrisés" de Max Blecher, "Le Collectionneur de sons" d'Anton Holban et "Au loin un jour / Fernab ein Tag d'Otto Alscher, "Brocs en stock" de Călin Torsan, ainsi que deux volumes de poésie de Ion Pillat, ou le bref texte "1871" de Valeriu Marcu. 
Au chapitre retraductions, le roman "Europolis" de Jean Bart fait honneur au Danube et à la ville roumaine de Sulina. 
Le projet de traduction de la "Pupa russa" de Gheorghe Crăciun a été retenu par les éditions Maurice Nadeau.

Quatrième de couverture :

Découvrez le premier roman noir de Gabrielle Danoux, traductrice du roumain, ainsi que sa première nouvelle, et dernière ? Voici un extrait : "Le Star Turenne était en effet le seul endroit où nous pouvions construire une partie de notre histoire du cinéma. Loin des cinémathèques et salles prestigieuses des grandes métropoles, c’était la seule salle d’art et d’essais de Crouziers. J’étais heureux d’entendre Arielle rire pendant les comédies de Monicelli, frémir pendant les films d’épouvante de Bava ou les thrillers hitchcockiens. Nous fûmes même introduits au cinéma japonais : Mizoguchi, Ozu, Kurosawa. Plus tard, nous devions découvrir Oshima, Naruse, Masumura, Suzuki et d’autres qui nous donnent leur propre obscure clarté, nous aident, nous qui nous sentons toujours liés. Où d’autre aurions-nous pu voir les films d’Éric Rohmer, qui vont droit à la parole, souvent aux corps d’apparence banale, mais si attirants de ses actrices, ceux de Bresson, que l’on dit austères, pourtant si immédiats, limpides, et même ceux de Nicholas Ray ou d’Alfred Hitchcock qui, bien qu’il soit difficile d’en trouver de plus célèbres, sont rarement diffusés à la télévision, étrange lucarne dissimulant si mal la pauvreté du paysage culturel qui s’impose à qui n’est pas bien né."

Mon avis :

« Le capital culturel, les habitus isolent à jamais les enfants des classes populaires et moyennes. Car leurs codes sont communs à leurs détenteurs. Malgré mon physique, j’ai mis bien longtemps à acquérir la trivialité avec l’argent, la légèreté avec laquelle manier les idées politiques, cette manière de balayer ses ignorances d’un revers de langue, d’exhiber fièrement sa vacuité niellée de formules concaves, cette discrétion dans les ressorts de la corruption que les classes moyennes singent en se targuant de leurs péchés véniels (les ridicules, pour la plupart, ignorent le véritable vice à un point presque touchant). »

Appréhendée pour le meurtre de son époux, un assistant de justice connu dans le village pour ses nombreuses relations extraconjugales, Arielle se laisse incarcérer sans protester, avouant très rapidement le crime. Secrétaire de l'association Brichamps Contrechamps et chargée de faire visiter le fort dans lequel son mari a péri dans de vives souffrances, cette dernière semble avoir un mobile plus que suffisant pour avoir commis ce meurtre. 
Pourtant, tout est loin d'être aussi simple. De nombreuses zones d'ombres entourent le défunt, cet homme énigmatique addict au sexe. Avec ce sordide fait divers, c'est tout un village qui va être scruté à la loupe, ses habitants cachant pour la plupart de bien vilains secrets. 
Poussé par une insatiable curiosité, Charles le narrateur, bibliothécaire natif du village et ami d'Arielle, n'aura de cesse de mettre à jour les ressorts de cette épineuse affaire. Un fin limier dont la perspicacité heurtera bien des villageois…
En clôture de cet ouvrage, le lecteur découvrira par ailleurs une savoureuse nouvelle. Un texte court et beaucoup plus intimiste, célébrant les joyaux  indéniables de notre belle littérature.

Radiographie des petits et grands travers des administrés d'un village français typique, ce roman sombre et vénéneux nous plonge dans un univers gangrené par le vice. Méchanceté, âpreté au gain, vanité, jalousie et luxure arpentent ces pages avec un humour incisif et un vocabulaire riche par sa diversité et sa précision. 
L'auteure navigue avec une grande aisance dans les beautés complexes de la langue française et l'on ne peut que savourer ce voyage en terre littéraire !


Merci à Gabrielle Danoux.

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samedi 27 février 2021

La mauvaise herbe d'Yves Montmartin

 













Éditeur : La chouette à lunettes
Parution : 05/12/2020
Nombre de pages : 250
Genre : littérature française

L'auteur : 
















Yves Montmartin est né à Saint-Etienne en 1953 et il souffre depuis son enfance de bibliophagie, maladie qu'il soigne avec de la lecture matin, midi et soir. La bibliothèque associative dont il est un des bénévoles est devenue son centre de soins. L’écriture du "livre qui vole", son premier roman, doit être considérée comme une thérapie. Il est également l'auteur du roman "Anaïs", paru en 2018 et "Sept jours au Mazet-St-Voy" sorti début 2020 aux éditions du Venasque.

Quatrième de couverture :

Restée seule au milieu du jardin, la petite fille s’est relevée. Il ne lui reste plus qu’un ou deux mètres de terrain à travailler. Elle se rappelle les paroles de son père : «les mauvaises herbes, il faut les déraciner. Une fois que tu as bien supprimé les racines, la plante ne repousse plus, elle est morte à jamais». Elle ne se doute pas que dans son cœur commence à germer une graine de mauvaise herbe; elle ne sait pas à ce moment précis qu’elle aussi, un jour, elle sera déracinée. D'Alger à la banlieue lyonnaise, ce roman raconte le destin tragique d’une jeune femme algérienne, qui petite fille rêvait d’indépendance et de liberté et qui va se retrouver emprisonnée par le poids des traditions et de la religion.

Mon avis :

« Tout le monde dit que j’ai un mauvais caractère, que je suis une rebelle, mes parents, mes frères, mes camarades d’école, mes professeurs. Je m’en fiche, je préfère avoir la tête dure que de ne pas avoir de personnalité. Pour moi c’est une évidence, la vie bouillonne en moi, j’ai envie de prendre toute ma place, de m’affirmer. Je souhaite rire, chanter, courir, respirer. Je deviens une femme et je ne veux pas être soumise, ni à un père ni à un mari. »

Comme le disait si justement Simone de Beauvoir : “Il est peu de vertus plus tristes que la résignation ; elle transforme en fantasmes, rêveries contingentes, des projets qui s'étaient d'abord constitués comme volonté et comme liberté.” 
Tout comme sa tante Nour qu'elle chérit et qu'elle admire, la petite Amira est bien décidée à défendre sa liberté. Cadette d'une famille de trois enfants, la petite algérienne naît dans les années 1990. Avide de connaissances, elle se découvre une passion pour les nombres premiers puis pour la langue française. Encouragée par le soutien aimant de parents ouverts d'esprit, Amira va grandir dans un environnement épanouissant et protecteur. 
Quand Loubna emménage dans la maison d'à côté, les deux fillettes âgées d'une dizaine d'années deviennent très vite inséparables. Elèves douées et assidues, l'une se passionne pour la littérature et l'autre est férue d'arts plastiques. Malheureusement, une demande en mariage précoce va mettre fin aux ambitions de Loubna et séparer les deux jeunes filles. Loubna devra suivre son époux en France. Un exil douloureux qui aura des conséquences dramatiques sur le devenir des deux amies

Bouleversant plaidoyer pour l'émancipation des femmes, ce drame social intimiste raconte le sort tragique de deux jeunes musulmanes victimes du poids des traditions. D'une plume empathique et très réaliste, Yves Montmartin brosse un poignant portrait de femmes meurtries,  injustement privées de leurs droits fondamentaux. 
Ce récit écrit à la première personne, est (comme précisé dans la postface) inspiré d'un témoignage recueilli par l'auteur. Voilà certainement pourquoi il sonne si juste à la lecture !
J'ai également apprécié la richesse des descriptions et les détails concernant le mode de vie des algériens, un dépaysant voyage qui m'a permis d'en savoir plus sur les traditions populaires de ce peuple.
Comme nous le rappelle l'auteur à travers ce beau roman pétri d'humanité, la liberté est l'un de nos biens les plus précieux. Alors, maintenant plus que jamais, à nous de faire le nécessaire pour le maintien de sa pérennité !



Merci à Yves Montmartin.
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dimanche 21 février 2021

Ces orages-là de Sandrine Colette














Éditeur : JC Lattès
Parution : 06/01/2021
Nombre de pages : 300
Genre : polar

L'auteure :















Sandrine Collette vit dans le Morvan. Elle est notamment l’auteure de Des nœuds d’acier, Il reste la poussière, et Les larmes noires sur la terre. Son dernier roman, Et toujours les Forêts a été couronné, entre autre, par le Prix  du Livre France Bleu PAGE des libraires 2020, le Grand Prix RTL Lire et le Prix de La Closerie des Lilas.

Quatrième de couverture :

Clémence a trente ans lorsque, mue par l’énergie du désespoir, elle parvient à s’extraire d’une relation toxique. Trois ans pendant lesquels elle a couru après l’amour vrai, trois ans pendant lesquels elle n’a cessé de s’éteindre. Aujourd’hui, elle vit recluse, sans amis, sans famille, sans travail, dans une petite maison fissurée dont le jardin s’apparente à une jungle.Comment faire pour ne pas tomber et résister minute après minute à la tentation de faire marche arrière  ?

Sandrine Collette nous offre un roman viscéral sur l’obsession, servi par l’écriture brute et tendue qui la distingue.

Mon avis :

« Mais quoi, quand on ouvre les mains et qu’il n’y a rien dedans, quand on fouille au fond de son crâne et qu’on ne trouve que le chagrin, le vide et la colère ? C’est idiot de dire qu’une fois au creux de la vague, on ne peut que remonter, tellement idiot parce qu’il faut de l’élan pour cela, il faut du courant, et souvent, quand on est au creux de la vague, on se noie. À vrai dire, une fois en bas, il y a beaucoup plus de risques de couler pour de bon que de chances de remonter à la surface. »

Parfois la fuite, quand elle est possible, reste la seule option pour survivre à l'horreur. Pour la seconde fois, Clémence a puisé la force et le courage de quitter son compagnon, un pervers narcissique particulièrement retors. Son nouveau refuge est une maison de poupée avec un minuscule jardin dans lequel elle peut s'oxygéner quand  l'angoisse devient trop forte. 
Trois longues années de tortures psychologiques ont dangereusement ébranlé la santé mentale de la jeune femme, qui isolée de ses proches n'a pu trouver aucune échappatoire à son bourreau. 
Alors, tant bien que mal, Clémence tente de tourner la page en s'abrutissant de travail dans la boulangerie où elle a retrouvé du travail. Epaulée par un collègue compréhensif et un voisin empathique au vécu douloureux, elle tente d'oublier un passé que se rappelle constamment à elle, l'obsédant, la paralysant, la dévorant. 
Alors, quand son ancien tortionnaire refait surface, Clémence va tout faire pour se libérer de son emprise. Une confrontation explosive qui ne sera pas sans danger pour l'un comme pour l'autre !

Huis clos psychologique asphyxiant sous haute tension permanente, ce drame domestique d'une noirceur absolue nous entraîne dans l'arantèle d'une relation toxique. 
Avec force de détails intimes et explicites, l'auteure nous plonge dans l'univers mental torturé et disloqué de la victime de manière tellement réaliste, que l'on a parfois l'impression de violer l'intimité de cette dernière. 
Ces orages-là est une roman coup de poing cruel et dérangeant, qui ne peut manquer de bousculer, déstabiliser, tétaniser et révolter son lecteur !


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samedi 20 février 2021

Starling de Mélanie Taquet

 













Éditeur : Eyrolles
Parution : 04/02/2021
Nombre de pages : 335
Genre : littérature française

L'auteure :


 

















Mélanie Taquet partage son temps entre son travail dans l’éducation et sa passion pour l’écriture et les voyages. Starling est son quatrième roman. 

Quatrième de couverture : 

À trente et un ans, Emma est une femme-enfant qui peine à trouver sa place. Forte mais fragile, hypersensible et introspective, elle passe ses soirées devant Netflix ou à rédiger des chroniques littéraires pour son blog, vagabonde dans Londres et écrit pour oublier les problèmes de sa vie. Quand la jeune femme accepte de suivre Chiara, sa meilleure amie et colocataire à une soirée au pub, elle est loin de se douter que l’ambivalent Bilal, fantôme d’une relation interdite, va refaire une entrée fracassante dans sa vie et tout bouleverser sur son passage. Comment garder la tête froide face à cette passion dévastatrice qui l’habite et l’abîme ? Avec l’aide de Chiara et de son "Carnet des petits bonheurs", Emma va apprendre que la vie n’est pas toujours rose, que la douleur s’apprivoise, et que grandir n’est pas une sentence… Un tendre roman d’amitié, une quête de soi qui nous embarque avec humour et émotion entre Londres, Prague et Paris.

Mon avis :

« C'est la magie de la littérature. Parfois le livre est une clé qui vient débloquer une serrure intérieure. Tout est question de moment propice et d'ouverture d'esprit. Il suffit d'un mot, d'une phrase, et le verrou saute. »

Comment tenir la barre et se reconstruire quand on a été malmenée par les tumultes de la vie ? Blogueuse et auteure de chick lit, Emma a du mal à sortir de sa bulle. Fragilisée par la perte de ses parents à l'adolescence puis déçue sentimentalement, cette trentenaire mal dans ses baskets traîne sa dépression comme un forçat traîne son boulet. 
Heureusement, elle vit en colocation avec la pétulante Chiara qui est tout son contraire. Cette dernière multiplie les ruses pour la décoller de ses écrans et de son pyjama régressif avec plus ou moins de succès. 
Un soir de chance, elle finit par la décider de l'accompagner dans un pub branché ou elle doit retrouver une bande de potes. Une soirée riche en émotions qui va faire valdinguer toutes les certitudes d'Emma et la plonger dans un gouffre d'incertitude et de perplexité quand Cupidon va frapper très fort. Car loin d'être un fleuve tranquille, l'histoire d'amour balbutiante de nos deux tourtereaux va s'avérer parsemée d'épines, de questionnements et de retournements. 
L'amour triomphera-t-il de l'adversité ? 

Légère et rafraîchissante, "Starling" est une feel-good romance sans mièvrerie qui aborde avec humour le thème du mal-être des trentenaires actuels ultra-connectés et en manque de repères
Bridget Jones du 21ème siècle ère pré-covid, l'héroïne principale de cette aventure sentimentalo-comique a troqué son journal intime pour un blog et son emblématique culotte de grand-mère contre un pyjama Bisounours. Toujours déterminée à trouver son prince charmant mais plus intrépide que sa devancière, elle fait voyager son lecteur de Londres à Prague, des pubs londoniens animés aux échoppes de la place Venceslas, bien décidée à trouver le chemin de la félicité.
Loin d'être aussi étourdie que l'étourneau auquel elle s'identifie, Emma  se révèlera plus sagace que l'on aurait pu l'imaginer !




Merci à Babelio et aux éditions Eyrolles.
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samedi 13 février 2021

Le vallon des lucioles d'Isla Morlay

 













Éditeur : Seuil
Parution : 04/03/2021
Nombre de pages : 476
Traduction : Emmanuelle Aronson
Genre : littérature américaine

L'auteure : 

















Isla Morley a grandi en Afrique du Sud pendant l'apartheid puis s'est installée aux Etats-Unis. Son premier roman, "Come Sunday", inédit en France, a obtenu le Janet Heidinger Prize, prestigieux prix littéraire féminin. "Le Vallon des lucioles" est son troisième roman et le premier à paraître en France.

Quatrième de couverture : 

1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.
Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt. Il n'en faut pas plus pour qu'ils partent à leur rencontre, dans l'espoir de trouver un sujet passionnant. Ce qu'ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l'objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d'un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.
Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.

Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d'amour et un hymne à la différence.

Mon avis :

« Parce que vous croyez qu’il existe un endroit dans le monde où les gens s’aiment tous ? Si ce n’est pas à cause de la couleur de leur peau, on leur cherchera des crosses à cause du dieu qu’ils prient ou de la rive sur laquelle ils ont construit leur maison. »

Journaliste et photographe, Massey et son partenaire Havens sont envoyés dans une petite bourgade au fin fond des Appalaches pour réaliser un reportage dans le cadre du New Deal. Méfiants et renfermés, les villageois ne sont pas des plus coopératifs et semblent cacher un secret. Attisés par la curiosité, les deux amis vont finir par percer le mystère des habitants : l'existence d'une énigmatique famille, exilée au fond du vallon en raison d'une caractéristique physique héréditaire qui effraie la population du bourg. En effet, la lignée des Buford souffre de méthémoglobinémie, une anomalie génétique qui se caractérise par une teinte bleutée de la peau. Une disparité qualifiée de démoniaque par des villageois ignorants des avancées de la science, en cette fin des années 1930. 
Immobilisé par une morsure de serpent, Havens est soigné par la famille Buford. Sa convalescence va lui permettre de découvrir cette insolite parentèle et surtout de se rapprocher de Jubilee, une fascinante jeune femme à la troublante beauté bleue. Un rapprochement qui va devenir source de conflit tant avec les villageois en guerre contre cette famille qu'avec Massey qui souhaiterait exploiter la particularité physique des Buford à des fins commerciales. Le feu qui couvait sous la cendre est bientôt ravivé par l'ignorance, la haine et la cupidité… des combustibles propices à une violente explosion !

Librement inspiré de l'histoire vraie de membres d'une famille nés avec la peau bleue, ce roman aussi tendre que cruel prône la tolérance et traite le droit à la différence de manière frontale. 
Combinant la tragédie vécue par cette fratrie à une poignante histoire d'amour, "Le vallon des lucioles" démontre l'aspect insidieux de la xénophobie ordinaire et ses dérives, tout en délivrant un encourageant et lumineux message d'espoir, de tendresse et d'humanité. 
Venant tempérer le registre dramatique qui aurait pu finir par être indigeste, le récit se déroule au cœur d'une nature préservée foisonnante de grands espaces, qui permet au lecteur de s'oxygéner entre deux événements tragiques.
Un délicat roman qui ouvre un apaisant carré de ciel bleu face à toutes les formes d'intolérance ! 



Merci à Babelio et aux éditions du Seuil.
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samedi 6 février 2021

Histoire d'un refus de Roger Aïm

 













Éditeur : Editions La Simarre
Parution : 20/08/2020
Nombre de pages : 75
Genre : essai

L'auteur :














Roger Aïm, ingénieur, né à Oran en 1952, passionné de littérature, consacre désormais son temps à l’écriture. Il est l'auteur d'ouvrages universitaires, d’un essai historique, Filippo Brunelleschi, Le Dôme de Florence, paradigme du projet (Editions Hermann, 2010), d’un roman, Un jour entre les autres (Portaparole, 2011), d’une biographie Julien Gracq, 3 rue du Grenier à Sel (Portaparole, 2012) traduit en italien Julien Gracq, L’ultimo dei classici (Portaparole, 2014), d'un recueil de poèmes en prose Cent petits écrits (Portaparole, 2014), d’une biographie Aloysius Bertrand – Epopée de son grand œuvre : Gaspard de la nuit (Du Lérot, éditeur, 2014).

Quatrième de couverture :

Écrivain discret, secret, rare, hors mode, Julien Gracq, le dernier de nos classiques, l'ermite de Saint-Florent-le-Vieil, l'homme du tête à tête, qui n'aspirait qu'à un anonymat protecteur, a été malgré lui, ce 3 décembre 1951 à 12 h 26, plongé au cœur d'une folle tempête médiatique en refusant pour son roman, Le Rivage des Syrtes, le plus ancien et le plus recherché des prix littéraires français, le prix Goncourt. Une page étonnante de la vie littéraire française retracée ici en trois tableaux de 1948 à 1951.

Mon avis : 

« Une heure vient à peine de s'écouler depuis l'annonce officielle de l'Académie Goncourt. Assis à une table, la presse le cerne de toute part, lui pose mille questions. Le professeur à l'élégance sobre allume une cigarette et déclare placidement dans cette ambiance surchauffée :  « J'avais pris, il y a plus d'un an, résolument parti contre les jurys littéraires. Je reconnais aussi très volontiers qu'il y a parmi eux certains suffrages qu'aucun écrivain n'a le droit de récuser sans une intolérable grossièreté. Mais ceci dit, je ne puis, comme je l'ai indiqué clairement, faire autrement que refuser le prix qui m'est décerné. »

L'homme était double. D'un côté il y avait Louis Poirier, le discret, rigoureux et énigmatique professeur d'histoire et de géographie. De l'autre, l'écrivain secret et solitaire Julien Gracq, partageant sa vie entre son domicile parisien et sa maison familiale de Saint-Florent-le-Viel où il se ressourçait et s'adonnait à l'écriture en dehors des périodes scolaires. Cet écrivain tardif resta fidèle toute sa vie à la petite maison d'édition familiale José Corti qui accepta d'éditer son premier manuscrit (Au château d'Argol) refusé en 1938 par Gaston Gallimard (refus amèrement regretté par la suite). Un premier roman très apprécié par André Breton, couronné par la naissance d'une belle amitié littéraire (et d'une admiration mutuelle) jamais démentie entre ces deux auteurs incontournables du paysage littéraire du siècle dernier. 
Ainsi Le Pape du surréalisme criera son admiration pour Le Roi Pêcheur, adaptation théâtrale du mythe du Graal, malgré les virulentes critiques de la presse parisienne à l'égard de son auteur dans les jours qui suivirent la représentation de la pièce (1949). Une cuisante déception pour Julien Gracq, qui lui inspirera l'écriture de son pamphlet La littérature à l'estomac (1950) visant avec férocité la scène littéraire du moment. 
Aussi, lorsque son roman Le rivage des syrtes est sélectionné pour le Prix Goncourt 1951, l'écrivain rédige une lettre ouverte au Figaro littéraire dans laquelle il indique se porter non candidat pour la prestigieuse récompense. Le verdict est rendu le 3 décembre : malgré un non catégorique de l'auteur, le Prix Goncourt est attribué à l'issue du premier tour à Julien Gracq. Comme il l'avait annoncé, ce dernier refuse la célèbre distinction. D'où l'importante polémique qui va enflammer les médias de l'époque… 

Dans Julien Gracq, Prix Goncourt 1951 - Histoire d'un refus, essai richement documenté d'archives de l'époque, Roger Aïm nous explique les raisons et enchaînements d'évènements qui ont motivé cette décision irrévocable de l'auteur. Un écrivain considéré aujourd'hui comme le dernier des auteurs classiques et l'un des rares à avoir été publié dans la Bibliothèque de la Pléiade de son vivant. Un auteur qui fuyait les mondanités littéraires et qui s'est toujours tenu éloigné le plus possible des médias (au grand dépit de Bernard Pivot dont il avait refusé toutes les invitations) et qui ne fut jamais édité au Livre de poche. 
Avec humour et dérision ce dernier disait d'ailleurs : «Je prends rang, professionnellement, parmi les survivances folkloriques appréciées qu'on signale aux étrangers, auprès du pain Poilâne, et des jambons fumés chez l'habitant.» 
Malgré son refus de la notoriété, sa discrétion légendaire et sa disparition en 2007, cet auteur incontournable du 20ème siècle revient sur le devant de la scène littéraire en ce début d'année 2021, avec la sortie d'un titre inédit Nœuds de vie chez son emblématique éditeur José Corti
Loin d'être relégué dans les oubliettes, cet inclassable écrivain épris de la beauté des mots comme des paysages n'a pas encore fini de faire couler des fleuves d'encre !



Merci à Roger Aïm.
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