Le livre, un outil de liberté ?

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vendredi 14 septembre 2018

Annie et la compagnie des livres de Pascale Rault-Delmas




















Éditeur : Mazarine
Parution : 13/06/2018
Nombre de pages : 360 
Genre : littérature française

L'auteure :















Née à Paris, Pascale Rault-Delmas qui a fait des études de langues vit à Nice depuis 1989 avec son mari et ses deux enfants. Son travail chez Air France, où s'est déroulée l'intégralité de sa carrière, lui a donné l'opportunité de beaucoup voyager.

Quatrième de couverture : 

Sceaux, 1966. Annie a des livres plein la tête et des rêves qui se bousculent. Dans la librairie de son grand-père, chaque bruissement de page l’éloigne de la sévérité de son éducation bourgeoise et lui fait oublier sa solitude : la Compagnie des livres est son refuge.
Auvergne, 1966. Michel a perdu brutalement un être cher et son innocence d’enfant avec. Des parties de cache-cache dans les bois aux secrets confiés sur le chemin de l’école, rien ne sera plus comme avant. Seuls les romans, qu’il lit caché dans le grenier, apaisent son chagrin.
Lorsque les hasards de la vie poussent Annie et Michel à se rencontrer, il suffit d’un regard pour que ces deux passionnés de lecture se reconnaissent. Mais le monde dans lequel ils grandissent a établi des barrières sociales difficiles à franchir. Et Mai 68 a beau souffler un vent de révolte sur la France, les préjugés ont la vie dure.

Mon avis :

« A chaque fois que je le vois dans la loge, il est en train de lire. Il pourrait devenir mon ami, mais maman ne veut pas que je lui parle. Papa dit qu'ils ne sont pas de notre milieu. Qu'est-ce que ça veut dire, grand-père ? On habite dans le même immeuble, alors c'est quoi un milieu ? »

Région parisienne, années 1960, Annie petite fille rêveuse et passionnée de lecture ne comprend pas pourquoi son pédiatre de père refuse qu'elle se lie d'amitié avec le jeune Michel, le fils des concierges de son immeuble avec qui elle partage le même goût immodéré pour les livres. La petite fille s'ennuie et souffre énormément de cet isolement imposé et dicté par les conventions sociales. Sa seule consolation reste les visites qu'elle rend à son grand-père libraire, avec lequel elle partage de fabuleux moments de complicité dans son joyeux antre de la littérature baptisé "La compagnie des livres". 
Enfant solitaire et incompris de ses géniteurs qui ne se retrouvent pas dans ce fils studieux et beaucoup trop sage, Michel préfère s'isoler dans la loge de gardien afin d'étudier et lire plutôt que de partager les jeux plus remuants de ses frères et sœurs dans la cour de l'immeuble. 
Malgré leur différence de classe sociale, les deux enfants ont beaucoup plus de points communs qu'il n'y paraît. Leur amitié triomphera-t-elle des barrières érigées par la mesquinerie des adultes ? 
  
Tableau d'une décennie rebelle et en pleine mutation, cet attachant récit m'a embarqué dans un réjouissant moment de lecture. A travers l'histoire personnelle de deux familles à l’antithèse l'une de l'autre (d'origine paysanne et modeste pour l'une et citadine et aisée pour l'autre), Pascale Rault-Delmas en profite pour dresser une radioscopie des nombreux changements qui sont intervenus dans les foyers français de cette époque en pleine ébullition, que ce soit dans le domaine de la politique, de la famille, du travail où de l'évolution des mentalités
Sous la fluidité et la simplicité de la plume enjouée l'auteure, parfois teintée de légères bouffées de nostalgie, transparaît l'amour profond de cette dernière envers la littérature ainsi que son vif désir de faire partager sa passion de dévoreuse de mots. Pari gagné !



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dimanche 19 août 2018

Les heures rouges de Leni Zumas


















Éditeur : Les Presses de la cité
Parution : 16/08/2018
Traduction : Anne Rabinovitch
Nombre de pages : 398
Genre : littérature française

L'auteure :















Diplômée de Brown, Leni Zumas enseigne l'écriture créative à l'université de Portland et publie régulièrement dans la presse nationale. Les Heures rouges est son premier roman traduit à l'étranger.

Quatrième de couverture : 


États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l'être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l'aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d'écrire la biographie d'Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d'avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n'a pas peur de l'avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l'arrière d'une voiture... Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu'elle a voulu aider les femmes.

" Drôle, mordant, poétique, politique, alarmant, inspirant, Les Heures rouges révolutionne la fiction de notre époque. " Maggie Nelson ( Une partie rouge, Les Argonautes)

Mon avis :

« Deux ans plus tôt, le Congrès américain a ratifié l'amendement sur l'identité de la personne, qui accorde le droit constitutionnel à la vie, à la liberté et à la propriété à un œuf dès l'instant de sa conception. L'avortement est aujourd'hui illégal dans les cinquante Etats. Les avorteurs peuvent être accusés de meurtre au second degré et les femmes désireuses d'avorter, de complicité de meurtre. La fécondation in vitro est également interdite au niveau fédéral, parce que l'amendement condamne le transfert d'embryons du laboratoire dans l'utérus (les embryons ne sont pas en mesure d'y consentir). »

Le récit se déroule  dans un futur très proche. Les Etats-Unis sont gouvernés par un président misogyne et tyrannique qui depuis son élection n'a de cesse de rogner sur les droits des femmes et de revenir sur des acquis qu'elles croyaient immuables, tel l'arrêt "Roe v. Wade", rendu en 1973 par la Cour Suprême américaine et légalisant le droit à l'avortement en le reconnaissant comme un droit constitutionnel. 
A travers les destins de quatre femmes qui vont se croiser et s'entremêler, l'auteure nous dresse le portrait d'une société en pleine régression, prônant le modèle familial traditionnel (un papa, une maman, des enfants) comme le seul valable pour l'épanouissement de sa progéniture. 
Roberta, une enseignante et biographe célibataire âgée de 42 ans, essaie en vain de concevoir un bébé et s'affole car une loi va bientôt interdire le droit à l'adoption pour les femmes seules. 
Mattie, une brillante lycéenne qui s'est retrouvée enceinte accidentellement est confrontée à un tout autre dilemme : Doit-elle garder l'enfant et ruiner ses chances de faire une carrière scientifique ou bien avorter en cachette au risque de devenir une criminelle aux yeux de la loi ? 
Susan quand à elle, est une mère de famille frustrée d'avoir renoncé à une carrière d'avocate pour élever ses enfants. Elle échafaude des plans hasardeux et irréalisables pour se défaire des liens sacrés d'un mariage étouffant qui la mine tellement qu'elle envisage parfois le suicide. 
La quatrième voix de ce roman polyphonique est celle de Gin la  "guérisseuse" qui vit seule dans les bois et subit l’opprobre de ses congénères qui n'hésiteraient pas un instant à la faire griller sur un bûcher s'ils en avaient la possibilité !
Comment ces quatre femmes vont-elles réagir face à l'adversité ? Pourront-elles seulement tirer leur épingle du jeu dans un monde en pleine mutation qui leur reconnaît de moins en moins de droits et essaie de briser toute velléité de résistance à l'autorité suprême d'un gouvernement liberticide ? 

Inquiétante, furieusement crédible et loin d'être innocente, cette dystopie à la couverture écarlate raisonne comme une mise en garde à l'attention de toutes les femmes, susurrant à l'oreille de ces dernières : Attention mes belles, ne vous endormez pas sur vos lauriers. Secouez-vous et réagissez avant que le loup n'entre dans la bergerie et vous dévore toute crue. Pensez à vos mères et grand-mères qui se sont battues pour vos droits et faites en sorte de les défendre et de les faire perdurer ! A la fois tragique, poétique et incendiaire, ce troublant roman de Leni Zumas ranime la flamme de nos peurs les plus profondes, telles la perte de nos droits fondamentaux ou le retour à un monde archaïque où l'on pratiquait en toute impunité la chasse aux sorcières ! 



Merci à Babelio et aux éditions Les Presses de la Cité

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dimanche 5 août 2018

Un détail troublant de Denis Tellier




















Éditeur : éditions Grand M
Parution : 01/06/2018 
Nombre de pages : 126
Genre : littérature française

L'auteur :












Écrivain, peintre et sculpteur, Denis Tellier est né à Paris en 1949. Il est également l'auteur du roman "Adrien de la vallée de Thurroch" (2012) qui a rencontré un vif succès.

Quatrième de couverture :


Six ans après Adrien de la vallée de Thurroch, Denis Tellier nous livre un recueil de textes courts, écrits à vif, amplifiés par son irrévérence poétique singulière. Ils soulignent, à l'emporte-pièce, la tragicomédie des scènes de la vraie vie. Une signature particulière, si mystérieusement affûtée qu'elle provoque une résonnance profonde, universelle et intemporelle - troublante...

Mon avis :

Après avoir flirté avec le succès avec son roman Adrien de la vallée de Thurroch qui décrivait les affres d'un poilu revenu traumatisé de la Grande Guerre, l'auteur renoue avec sa plume pour nous livrer un recueil de courts textes, aussi troublants que poétiques. Dans la même mouvance que les irrévérencieuses "microfictions" de Régis Jauffret, l'écrivain nous livre de courts récits tour à tour cyniques, lyriques ou nostalgiques, dosant habilement humour, tendresse, dérision et parfois férocité. Prestidigitateur des mots, Denis Tellier nous brosse d'elliptiques tranches de vie saisies sur le vif que le lecteur pourra déguster d'une traite ou prendre le temps de savourer en picorant une micro-nouvelle au gré de ses envies et de son appétit de lecteur. De la campagne à la ville, du temps jadis ou d'aujourd'hui, chaque instantané de vie ne peut manquer de parler à celui qui fait une incursion dans la prose troublante et singulière de Denis Tellier...
Je vous laisse découvrir quelques morceaux choisis afin de vous faire découvrir l'univers sensible et atypique de cet auteur : 

Sans voix

Sur la scène, le mime cherchait des synonymes avec ses doigts. 
Hésitant !
Il eut soudain envie de vomir les restes d'un pourparlers qu'il ne déglutissait pas.

Faute d’inattention

Hier après-midi, il avait tué une autruche en la photographiant dans le zoo là-bas en descendant. 
Son ami depuis toujours lui avait dit :
- Tu as quoi comme boitier ?
- Bah ; j'ai un petit boitier « canon »
- Tu ne mets pas de « C » majuscule à ton « canon » 
- Non, pourquoi ?
- Ne cherche pas, ça doit être ça !

L'humanité

Je sais
Tu sais
Il sait
Nous savons
Vous savez
Ils oublient



Merci à Denis Tellier pour cette belle promenade littéraire.

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samedi 28 juillet 2018

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafón




















Éditeur : Actes Sud
Parution : 02/05/2018
Traduction : Marie Vila Casas
Nombre de pages : 841
Genre : littérature espagnole

L'auteur : 













Carlos Ruiz Zafón est né à Barcelone en 1964 et vit en Californie. Ses ouvrages sont traduits dans une cinquantaine de langues. Il est l'auteur espagnol contemporain le plus lu à travers le monde. Il a écrit la saga du Cimetière des Livres oubliés, les opus du Cycle de la brume et Marina, tous parus chez Robert Laffont.

Quatrième de couverture :


Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d'un ministre déchaîne une cascade d'assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contrer la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques. Son enquête l'amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n'est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l'ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au coeur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Juliàn, ni son fidèle compagnon Fermin ne parviennent à le tirer. En compagnie d'Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l'histoire secrète de leur famille et, quel qu'en soit le prix à payer, voguent vers l'accomplissement de leur destin. Erudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d'intrigues et d'aventures. Un formidable hommage à la littérature.

Mon avis :


« - Bienvenue au Cimetière des livres oubliés, Julián.
Il me fallut un moment pour retrouver mon calme et obéir à nouveau à la loi de la pesanteur. Quand il me vit plus serein, mon père me murmura, au milieu des ténèbres :
- Ce lieu est un mystère Julián. Un sanctuaire. Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu'un livre change de main, toutes les fois que quelqu'un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. »


Dans ce quatrième opus du "Cimetière des livres oubliés", j'ai retrouvé avec délice les personnages qui ont contribué au succès de ce cycle. L'intrigue de ce roman se déroule principalement en 1959, dans une Espagne dévastée et écrasée par les exactions du régime franquiste qui sema la terreur au sein de la population. Comment vivre dans un pays dominé par la répression, la censure et les violentes représailles exercées contre les opposants au régime ? 
Les Sempere et leur fidèle ami Fermín Romero de Torres s'y essayent, vivotant tant bien que mal dans leur petite librairie de quartier, malgré le poids douloureux d'un passé sanglant. Leur relative tranquillité sera bientôt troublée par l'irruption dans leur vie de l’envoûtante et mystérieuse Alicia Gris qui réveillera les fantômes du passé... 
Quel lien les relient au ministre de la culture qui vient d'être enlevé ? Quel rôle le cimetière des livres oubliés joue-t-il dans cette histoire ? Qui est vraiment l'énigmatique Alicia ? 
Entre magouilles politiques et financières, corruption et trafics d'enfants, nos personnages qui croiseront le chemin de tortionnaires sanguinaires, de policiers véreux et de perspicaces détectives de l'ombre, vont vivre des événements aussi tragiques qu'émouvants qui éclaireront d'une lumière nouvelle tout un pan de leur histoire familiale ! 

Pour ce dernier volet du Cimetière des livres oubliés, le fabuleux conteur ibérique frappe très fort avec cet épais roman de 840 pages. De sa plume inimitable, l'auteur nous balade de Madrid à Barcelone dans son singulier univers qui balance entre réalisme et onirisme, petite et grande histoire, ombre et lumière, tragédie et comédie. Aussi fabuleux que picaresques et attachants, les  protagonistes de ce cycle romanesque sont de ceux qui laisseront une trace indélébile dans ma mémoire. Si vous êtes en quête de mystère et que vous êtes férus d'une littérature aussi intelligente que distrayante, Le labyrinthe des esprits pourrait bien être le pavé de votre été !



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dimanche 17 juin 2018

Wild de Cheryl Strayed




















Éditeur : 10/18
Parution : 18/09/2014
Traduction : Anne Guitton
Nombre de pages : 498
Genre : document

L'auteure :















Née en 1968, Cheryl Strayed a déjà publié un roman, Torch (2006). Écrivain reconnu depuis le succès de Wild, elle vit dans l'Oregon avec son mari et ses deux enfants. Wild a été adapté au cinéma par Jean-Marc Vallée en 2014, avec Reese Witherspoon dans le rôle de Cheryl.

Quatrième de couverture : 

Lorsque sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile son sac à dos, elle n'a aucune idée de ce qui l'attend. Tout ce qu'elle sait, c'est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junky, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, la jeune Cheryl n'a aucune réponse, mais un point de fuite : tout quitter pour une randonnée sur le " Chemin des crêtes du Pacifique ". Lancée au cœur d'une nature immense et sauvage, seule sous un sac à dos trop lourd, elle doit avancer pour survivre, sur 1700 kilomètres d'épuisement et d'effort, et réussir à atteindre le bout d'elle-même. Une histoire poignante et humaine, où la marche se fait rédemption.

Mon avis :

« Mon rythme n'avait rien à voir avec celui des moyens de locomotion que l'on utilise normalement pour parcourir le monde. Les kilomètres ne défilaient pas. Ils formaient de longs méandres d'herbes folles, de mottes de terre, de brins d'herbe, de fleurs courbées par le vent, d'arbres tordus et grinçants. Ils étaient faits du son de ma respiration et de celui de mes pas sur le chemin, l'un après l'autre, accompagnés du cliquetis de mon bâton. Chacun d'eux devait être affronté avec humilité. » 

Nous sommes en 1995, Cheryl Strayed vient d'avoir 26 ans. Au bout du rouleau après de nombreuses épreuves (une enfance difficile, la mort de sa mère d'un cancer du poumon foudroyant et son récent divorce), cette dernière qui a sombré dans la drogue décide de se lancer dans un pari insensé, tout quitter pour s'aventurer dans une randonnée sur le PCT (Chemin des crêtes du Pacifique). De la Sierra Nevada à l'Oregon, la jeune femme va parcourir seule 1700 kilomètres avec un sac à dos beaucoup trop lourd qu'elle surnommera "Monster", des chaussures trop petites et un maigre pécule qu'elle a économisé sur ses pourboires de serveuse. Percluse de douleurs et les pieds en sang (elle perdra six ongles de pieds dans l'aventure), Cheryl chante et se récite des poèmes dans sa tête pour tenir le coup. Souvent aidée par la solidarité des marcheurs qui croiseront sa route, la randonneuse va vivre une aventure inouïe et se faire quelques frayeurs quand son chemin solitaire croisera celui d'un ours, de serpents venimeux, de pumas et de coyotes. Malgré la douleur, les intempéries et parfois les privations de nourriture et d'eau, elle n'abandonnera jamais et ira jusqu'au bout de l'incroyable défi qu'elle s'est imposé !

Récit de résilience et de dépassement de soi, l'aventure hors du commun de Cheryl Strayed démontre qu'il existe en chacun de nous un potentiel infini et que rien n'est impossible à qui le veut vraiment. Émouvant, lucide et pétri d'humanité, Wild nous livre le témoignage sans fard d'une femme exceptionnelle qui s'est reconstruite dans l'effort physique et l'échappée en solitaire en communion avec la nature. Ce récit authentique, dépaysant et parfois drôle, rend également hommage à la littérature (au cours de son périple, l'auteure lira de nombreux livres (nous faisant partager sa fougue et son ressenti de lectrice) dont elle brûlera les pages au fur et à mesure de sa lecture afin d'alléger la charge de son sac à dos). 
Ce livre passionnant va rejoindre en bonne place les rayons de ma bibliothèque, comme tous ceux que je prends plaisir à relire de temps à autre. Si vous aimez l'évasion dans la nature et les grands espaces, je ne peux que vous conseiller la lecture du témoignage de cette courageuse et intrépide héroïne des temps modernes qui nous livre là une épatante leçon de vie !



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samedi 9 juin 2018

Une femme entre nous de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen




















Éditeur : Sonatine
Parution : 24/05/2018
Nombre de pages : 456
Traduction : Corinne Daniellot & Pierre Szczeciner 
Genre : thriller psychologique

Les auteures :


















Titulaire d'un master en journalisme de l'Université Columbia, Greer Hendricks a exercé pendant 20 ans en tant qu'éditrice chez Simon & Schuster
Née à New-York, Sarah Pekkanen qui est journaliste politique est l'auteure de sept romans publiés aux Etats-Unis.
"Une femme entre nous" est le premier roman écrit à quatre mains par les deux auteures.

Quatrième de couverture :

Le jour où vous découvrirez leur histoire veillez à n'être dérangé sous aucun prétexte.
En lisant ce livre, vous allez faire beaucoup de suppositions. 
Vous allez croire que c'est l'histoire d'une femme jalouse, délaissée par son mari. 
Vous allez penser qu'elle est obsédée par la maîtresse de celui-ci, une femme plus jeune qu'elle. 
Vous allez vous dire que vous connaissez déjà toutes les facettes d'un tel triangle amoureux. 
Un conseil : laissez tomber toutes vos hypothèses. 
Jamais vous ne pourrez imaginer ce qui se cache derrière les apparences, ni anticiper les multiples rebondissements qui émaillent ce livre. 
À la façon de Gillian Flynn, Greer Hendricks et Sarah Pekkanen ont élaboré une construction inédite, littéralement diabolique, afin de nous faire éprouver l'espoir et le désespoir des femmes, l'usure du couple, l'amitié féminine, tout cela sous couvert d'une intrigue captivante et de personnages bouleversants. Best-seller depuis sa sortie aux États-Unis, bientôt traduit dans plus de trente pays, en cours d'adaptation cinématographique par la maison de production de Steven Spielberg, plus qu'un roman : un événement !

Mon avis :

« Nous avons tous au plus profond de notre cerveau reptilien une alarme qui nous prévient en cas de danger. Je suis sûre que vous l’avez entendue retentir, ces derniers temps, et que vous n’en avez pas tenu compte. J’ai fait pareil. Vous avez trouvé des excuses. Moi aussi. Alors je vous en prie, quand vous serez seule, écoutez cette alarme. »

Nellie nage dans le bonheur car dans quelques jours elle va dire "Oui" à l'homme de sa vie, un homme richissime et attentionné qui comble le moindre de ses désirs. Fini le cumul des emplois de barmaid et d'institutrice ainsi que l'appartement new-yorkais miteux infesté de cafards et vive la Dolce Vita. L'heureuse élue est impatiente d’emménager dans le nid d'amour que lui a déniché son futur époux, une propriété luxueuse digne de figurer dans le magazine "Belles demeures".
Fraîchement divorcée de Richard, un beau et riche financier, Vanessa a tout perdu : amour, amis, aisance financière et statut social. Cette dernière qui n'a qu'une obsession en tête, celle d'empêcher le prochain mariage de sa remplaçante, va tout mettre en oeuvre pour arriver à ses fins.
Alors me direz-vous, serait-ce encore une énième histoire de rivalité féminine qui tourne au cauchemar ? Que nenni ! Beaucoup plus tordu et machiavélique, ce thriller psychologique vous réserve des surprises de taille XXL que je préfère vous laisser découvrir par vous-même ! 

Pari gagné pour le tandem d'écrivains Greer Hendricks et Sarah Pekkanen. Avec ce thriller diabolique, les deux auteures font une entrée fracassante dans le sérail des grandes prêtresses de la "grip lit", rejoignant les redoutables Paula Hawkins, Gillian Flynn ou encore Wendy Walker. Ce roman polyphonique distille son venin à doses croissantes et piège son lecteur dans une redoutable toile d'araignée. Cocktail de mensonges, d'adultère, de jalousie, de manipulation, de folie et de vengeance, ce récit à l'intrigue imprévisible et sinueuse est difficile à lâcher une fois que vous êtes hameçonné !
Mon conseil ? Glissez-le cet été dans votre sac de plage et laissez-vous happer par cette lecture addictive en toute quiétude !



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dimanche 27 mai 2018

Les huit montagnes de Paolo Cognetti




















Éditeur : Stock
Parution : 23/08/2017
Nombre de pages : 304
Traduction : Anita Rochedy
Genre : littérature italienne

L'auteur :











Paolo Cognetti, né à Milan en 1978, est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles, d’un guide littéraire de New York, et d’un carnet de montagne. Les Huit Montagnes, son premier roman, en cours de traduction dans 31 pays, a reçu le prix Strega.

Quatrième de couverture : 

« Quel que soit notre destin, il habite les montagnes au-dessus de nos têtes. »
Pietro est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes. Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre à Grana, au cœur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la montagne. Ensemble, ils parcourent alpages, forêts et glaciers, puisant dans cette nature sauvage les prémices de leur amitié. 
Vingt ans plus tard, c’est dans ces mêmes montagnes et auprès de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son passé – et son avenir.
Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti mêle l’intime à l’universel et signe un grand roman d’apprentissage et de filiation.

Mon avis :

« Sur la route je me dis que toutes les montagnes en quelque sorte se ressemblent, mis à part que rien, là-bas, ne me parlait de moi ou de quelqu'un que j'avais aimé, et c'était là toute la différence. La façon dont un lieu conservait l'histoire de chacun. Comment on réussissait à la relire à chaque fois que l'on y remettait les pieds. »


Chaque été, la famille Guasti quitte la bruyante fournaise milanaise pour la quiétude d'un coin de montagne. L'année des onze ans du jeune Pietro, leur choix se fixe sur Grana, un petit village dépeuplé situé dans le Val d'Aoste. Envoûtés par la beauté rustique des alpages, ils reviendront chaque année pour s'y ressourcer et s'adonner à la randonnée de haute montagne. Pietro va se lier d'amitié avec Bruno, un jeune berger de son âge qui va lui faire découvrir les trésors cachés de cette montagne qu'il vénère plus que tout. Cependant, tout n'est pas rose dans la vie de Pietro qui souffre d'un terrible manque de communication avec son père, un homme solitaire, irritable et autoritaire. Des relations qui se dégraderont au fil du temps pour arriver au point de rupture. A la mort du père, vingt ans plus tard, le fils héritera d'une masure à retaper. Achetée secrètement par ce dernier, elle est située au cœur de cette montagne sauvage qui a enchanté ses jeunes années. Ce sera l'occasion de renouer les liens avec son ami d'enfance qui va l'aider à rénover la vieille bâtisse en ruine, mais aussi lui apprendre bien des choses sur ce père qu'il a méconnu et rejeté et auquel il ressemble bien plus qu'il ne le pensait. Pendant que Pietro parcourra le vaste monde, Bruno restera enraciné à sa terre nourricière, les deux amis se retrouvant régulièrement dans la maisonnette léguée par le chef de famille défunt. Réunis par un même amour de cette montagne qui donne autant qu'elle prend, les deux hommes connaîtront un sort bien différent...

Ode à l'amitié et à l'amour des grands espaces montagneux épargnés par l'urbanisation, ce roman aussi émouvant que tragique nous transporte dans un univers  âpre et richement coloré qui peut se montrer aussi généreux que dévastateur.
Lumineuse de simplicité, empreinte de poésie, d'odeurs et d'images, la plume de Paolo Cognetti nous apporte un regain d'oxygène comparable à une balade vivifiante sur les sommets. Une lecture analogue à une ascension riche en sensations, aussi saisissante que nostalgique, qui vous laisse essoufflé une fois la cime atteinte, tournant à regret la dernière page ! 



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