Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

vendredi 15 mars 2019

Les âmes englouties de Susanne Jansson




















Éditeur : Presses de la cité
Parution : 21/02/2019
Traduction : Marianne Segol-Samoy
Nombre de pages : 320
Genre : littérature française

L'auteure :


















Née en 1972 à Åmål, Susanne Jansson est journaliste et photographe free-lance. Elle a publié plusieurs nouvelles policières dans des magazines suédois. Avec son premier roman, Les Âmes englouties, en cours de traduction dans une vingtaine de pays, elle s'installe parmi les nouvelles voix du polar nordique. Elle vit avec sa famille près de Gothenburg en Suède.

Quatrième de couverture :

Pour travailler à sa thèse de biologie, Nathalie retourne vivre dans sa région natale, au cœur d'une Suède humide et reculée. Dans la petite maison qu'elle habite en forêt, elle se laisse rappeler à son enfance douloureuse, à l'époque où la disparition de la jeune Tracy avait inauguré une succession de drames. Un jour, un cadavre est retrouvé dans la tourbière. Dix années auparavant, déjà, une jeune fille momifiée avait été découverte au même endroit. Bientôt, de nouveaux cadavres affleurent. Alors que la police se met en quête d'un serial killer, Göran, ancien professeur de physique, est convaincu que l'endroit est peuplé de revenants. Cette théorie intrigue aussi Maya, photographe judiciaire. Les trajectoires de Nathalie et de ces deux enquêteurs de l'ombre vont se mêler... et de nombreux secrets seront déterrés. 

Angoissant et précis, un thriller atmosphérique à la rare puissance suggestive, qui conjugue tentations surnaturelles, croyances populaires, explications scientifiques et fines analyses psychologiques.

Mon avis :

« Pour elle, son corps était un organisme rempli de compost. Comme n'importe quelle espèce de plante ou d'animal. Ça lui donnait un sentiment de liberté totale. Semblable à un chuchotement venu d'en haut, venu de l'intérieur, lui disant de lâcher prise. L'espace d'un instant, elle s'était sentie comme une feuille qui se détachait d'une branche pour virevolter dans les airs avant de tomber sur le sol où le processus de décomposition prendrait le relais. 
Libre de tomber.
Comme une simple feuille. »

Maya Linde, talentueuse artiste et photographe judiciaire, intervient dans une enquête liée à l'agression d'un étudiant en art qui avait pour habitude de faire son footing dans les tourbières. Retrouvé inanimé par son amie Nathalie, une jeune biologiste de retour dans la région pour rédiger sa thèse, Johannes qui est en stade de coma avancé ne peut renseigner les enquêteurs. Fuyait-il un ennemi ou s'est-il trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ? Que s'est-il vraiment passé en ce jour de tempête ? 
Les rumeurs vont bon train, d'autant plus qu'il est question de disparitions inexpliquées dans le même secteur au fil des ans. De plus, ce lieu hostile et humide, déserté par nombre de ses habitants, regorge de légendes et de superstitions, notamment de sacrifices humains qui seraient réclamés par une terre avide d'âmes nouvelles à dévorer.
Une tourbière qui a encore beaucoup de secrets à révéler à Maya et Nathalie, pourtant toutes deux natives de la région, qui vont conjuguer leurs efforts pour élucider cette énigme, quitte à déterrer de vieilles histoires et faire resurgir les événements douloureux d'un passé qu'elles croyaient profondément enterré... 

L’intérêt de ce polar scandinave flirtant avec le surnaturel réside avant tout dans son atmosphère particulière, aussi étrange qu’envoûtante. Folklore local, fantômes, secrets, hantent ce récit dont l'auteure a situé l'action dans une région méconnue de la Suède et dont la particularité réside principalement dans ses énigmatiques tourbières où furent retrouvés des vestiges humains. Jonglant entre le rationnel et l'étrange, le passé et le présent, ce récit fluide et sans temps mort happe le lecteur dans une intrigue diabolique et retorse où les tourbières jouent le rôle prépondérant du vilain croquemitaine. 
Décidément, les auteurs scandinaves n'ont pas fini de m'étonner et de m'enchanter !




Merci à Babelio et aux éditions Presses de le cité.

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samedi 23 février 2019

L'enfant des Soldanelles de Gérard Glatt




















Éditeur : Presses de la cité
Parution : 17/01/2019
Nombre de pages : 460
Genre : littérature française

L'auteur : 


Né à Montgeron en 1944, Gérard Glatt a été soigné au préventorium de Soldanelles tout comme le personnage principal de ce récit. Romancier et auteur pour la jeunesse, il a publié Retour à Belle Etoile, Les Sœurs Ferrandon, Le Destin de Louise, Et le ciel se refuse à pleurer.
L'auteur est sociétaire de la Société des Gens de Lettres (SGDL), membre de La Maison des Écrivains et de la Littérature ainsi que de l'Association des Écrivains Bretons. Il partage son actualité littéraire sur  son site : www.gerard-glatt.net.

Quatrième de couverture :

La montagne comme une évidence, comme une renaissance... 
Hiver 1952. Loin des siens, pendant six mois, Guillaume part en convalescence à Chamonix. Il découvre, ébloui, le décor grandiose des Alpes. Le petit citadin de huit ans en gardera le souvenir d'un paradis perdu. Mais il reviendra, tant le besoin est là, irraisonné, de vivre près des cimes avec son ami d'enfance Augustin. Une passion nourrie aux côtés de Julien Villermoze, un natif de la vallée de l'Arve, qui tel un grand frère les initie à sa montagne, à ses beautés et ses mystères. Jusqu'à un après-midi fatal... 
Pour les deux jeunes hommes, le coup est rude, le vide immense. Et davantage encore pour Marguerite qui aimait son fils Julien. D'un amour vibrant. Exclusif. Dévastateur... 

Un roman d'initiation qui mêle à l'émotion la tension et le suspense des passions humaines.

Mon avis :

« A ce moment, le mont Blanc était un ami ; le seul vrai, se disait Guillaume, qu'il ait jamais eu. Par la suite, entre eux deux, les liens s'étaient encore resserrés, à la manière de ceux qui unissent un père à son fils ; et Guillaume, plus d'une fois, se surprit, tout en parlant, à tendre la main vers cette image, perchée tout là-haut dans le ciel, qui ressemblait à s'y méprendre à un visage. Celui d'un vieux sage. Philosophe des temps anciens. Il disait alors au mont Blanc que, tôt ou tard, il le rejoindrait et, bien que celui-ci, toujours impassible, se gardât de lui répondre, sa confiance demeurait inébranlable et, intact, cet espoir un peu fou de l'étreindre. »

Affaibli par des maladies infantiles à répétition et un début de tuberculose, Guillaume, un jeune parisien âgé de huit ans, est hospitalisé au préventorium des Soldanelles, situé à Chamonix au cœur des Alpes. Ce séjour inoubliable sera déterminant pour le petit garçon et conditionnera sa vie future. Devenu adolescent, il fera découvrir sa passion à son meilleur ami Augustin et l'initiera aux joies de la montagne. Liés par le même enthousiasme débordant, les deux  inséparables complices passeront chaque année leurs vacances dans la vallée de l'Arve, partant à l’ascension des sommets escarpés avec Julien pour guide, un natif de la région de quinze ans leur aîné. Ce dernier, pour qui la montagne n'a aucun secret, deviendra très vite leur mentor et ami. Malheureusement, la cruauté de la vie mettra fin brutalement à la belle complicité du trio, la grande faucheuse s'emparant de l'un d'entre eux. 
Aussi douloureux qu'il soit, ce drame ne suffira pas à éloigner les deux survivants de cette vallée et de ses pièges. Pourtant, cette fuite aurait pu leur éviter bien des déboires, car il n'y a pas que la montagne qui puisse s'avérer dangereuse pour l'homme...

Contrairement à ce que j'ai d'abord supposé, en rapport au titre du roman et à sa couverture, L'enfant des Soldanelles n'est pas qu'un récit relatant les souvenirs d'enfance d'un jeune garçon tuberculeux envoyé en convalescence dans un sanatorium de la Haute-Savoie. A mi-chemin entre le récit d'apprentissage et le polar, ce roman qui célèbre l'amitié et l'amour des hautes cimes, va petit à petit basculer dans la tragédie et le crime. Quand la déraison s'en mêle, les passions peuvent s'avérer aussi dévastatrices qu'un tsunami frappant les côtes de l'océan indien. 
Avec de belles descriptions et une plume sensible et élégante, on ressent l'amour de l'auteur pour cette vallée alpine qu'il connaît bien, pour avoir séjourné lui-même au préventorium des Soldanelles lorsqu'il était  enfant.
Aussi tendre que cruel, ce roman aux accents authentiques devrait combler les amoureux de la montagne qui aiment pimenter leur lecture d'une belle part de suspense !




Merci à Babelio et aux éditions Presses de la cité

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dimanche 10 février 2019

L'Africain du Groenland de Tété-Michel Kpomassie




















Éditeur : Arthaud
Parution : 17/03/2015
Nombre de pages : 434
Genre : document

L'auteur : 




















Tété-Michel Kpomassie est né en 1941 au Togo. Après un périple de huit ans, il rejoint le Groenland où il vivra en immersion pendant deux ans.

Quatrième de couverture :


"Quand j'ai débarqué, tous croyaient avoir vu le diable. J'étais le premier Africain qu'ils voyaient de leur vie." Né en 1941 dans une famille traditionnelle togolaise, Tété-Michel Kpomassie est destiné à 16 ans à servir le culte du python après avoir réchappé à un accident causé par ce serpent. Effrayé par cette perspective, il est saisi d'une fulgurance singulière à la lecture d'un livre sur le Groenland. Il se découvre, lui, l'homme de la forêt tropicale, de profondes affinités avec ces hommes du Grand Nord. Passionné par cette région et par le mode de vie de ses habitants, il fuit son village et entame une odyssée improbable qui le conduira huit ans plus tard au Groenland. Froid, neige, obscurité ou soleil de minuit, rien ne le décourage. Accueilli par les Inuits, Tété-Michel Kpomassie découvre une société traditionnelle, vivant de la pêche et de la chasse, mais aussi une société fragilisée, dépendante et de plus en plus individualiste, conséquences de la colonisation danoise.

Mon avis : 


"Fut-ce l'éloge de leur hospitalité qui déclencha en moi l'aventure, ou la peur de retourner dans la forêt sacrée ? Je ne m'en souviens guère. Peu après ma lecture, un son, un mot se mit à résonner en moi jusqu'à emplir tout mon être. Ce son, ce mot, c'était le Groenland. Au moins dans ce pays glacial, il n'y aurait pas de serpents ! "


Suite à un terrible face à face avec un python dans la jungle togolaise qui a failli le laisser pour mort, Tété-Michel doit "prendre la brousse" afin de devenir un prêtre dédié au culte du serpent. La lecture d'un livre sur le Groenland va contrarier cette vocation et entraîner la fugue de l'adolescent de 16 ans qui mettra 8 ans à rejoindre l’île la moins densément peuplée du monde. Afin de financer son périple, ce téméraire, intelligent et courageux voyageur enchaînera divers jobs (traducteur, plongeur, magasinier...) et rencontrera à Paris celui qui deviendra son "père de cœur" et l'aidera à concrétiser son rêve. 
Dès son arrivée au Cap Farvel (extrémité méridionale du Groenland), celui que les autochtones vont surnommer "Mikili le géant" (il mesure 1,80 m alors que la majorité de la population ne dépasse pas 1,60 m) est émerveillé par la vue des petites maisons colorées disséminées au milieu de la toundra. Tété-Michel est immédiatement adopté par les autochtones qui du Sud au Nord de l'île, feront preuve d'un d'un grand sens de l'hospitalité à son égard pendant les deux années que durera son expédition polaire. 
De la brousse au désert de glace, du climat tropical à la nuit polaire, des serpents aux chiens de traîneaux, des plats épicés aux aliments crus trempés dans la graisse de phoque, du pagne à l'anorak... cet explorateur hors du commun embarque son lecteur dans un récit riche en péripéties. Couleurs, saveurs et sensations sont richement décrites, mêlant anecdotes cocasses, émouvantes et parfois tragiques (comme la mort de ce bébé de trois mois, écrasé sous le poids de ses parents qui étaient ivres morts). Car malheureusement, Tété-Michel Kpomassie va très vite entrevoir une réalité plus sombre et fort éloignée  de l'image idyllique du Groenland qu'il s'était construit dans son imaginaire. Ce dernier va découvrir un peuple en rupture avec son mode de vie traditionnel, en proie à d'écrasantes difficultés identitaires et sociales...

Ce témoignage (récemment réédité chez Arthaud) avait rencontré un vif succès lors de sa première parution dans les années 1980 et remporté le "Prix littéraire francophone international" (1981). Épique et haut en couleurs, ce récit de voyage qui se déroule à la fin des années 60 est effarant de modernité. L'auteur fait également un parallèle très intéressant entre les croyances, rituels et pratiques esquimaudes et celles du Togo : " [...] les incantations qui emplissent la savane devant le lion agonisant et le pieux recueillement des femmes accroupies à l'intérieur de l'igloo montrent assez que le chasseur africain et son lointain confrère esquimau adoptent un même comportement psychique face au gibier."
Si vous cherchez une lecture enrichissante, dépaysante et sortant des sentiers battus, je vous conseille ce passionnant ouvrage de Tété-Michel Kpomassie !



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dimanche 20 janvier 2019

Ma bête de Jean-François Regnier

















Éditeur : Librinova
Format : ebook
Parution : 25/05/2018
Nombre de pages : 178
Genre : thriller

L'auteur :


Le parcours professionnel de Jean-François Regnier le conduit de sa Dordogne natale jusqu'à Toulouse où il se fixe à la fin des années 80. 
Son goût pour l'écriture, qui tient une place importante dans son métier de travailleur social, s'est renforcé au fil du temps, l'incitant à publier, en 2009, son premier roman "L'Acte".
En neuf ans, il a publié quatre romans. "Ma bête" (2018) est son premier thriller.

Quatrième de couverture : 

Ma Bête, c'est ainsi que Weston Forrester surnomme Duncan Smith qu'il capture à Boston, sur le parking d'une station-service. Le ravisseur veut faire de sa victime le meurtrier qu'il n'a pas le courage de devenir. Weston Forrester a tous les atouts pour mener le jeu et faire de Duncan Smith un criminel. La rencontre de ces deux hommes, dans un face à face tendu, va les amener à se découvrir aux limites de leurs forces et de leurs valeurs respectives.

Mon avis : 

« Mon père m’avait toujours répété que pour résister, il fallait toujours commencer par se soumettre. Pourrir le système de l’intérieur avec patience et malice. Il faut mettre en confiance et puis surprendre. »

Alléché par le prix attractif d'une arme mise en vente dans l'espace des petites annonces publiées par le journal local, Duncan Smith retrouve le vendeur sur le parking d'une station-service. La transaction n'aura pas lieu et l'acheteur va se retrouver enchaîné dans un entrepôt isolé, après avoir été assommé d'un coup de batte de baseball en pleine tête. Condamné à l'inactivité dans sa geôle, ce jardinier habitué à mener une activité trépidante a tout le loisir de réfléchir à sa condition de captif et aux moyens de lutter contre un ravisseur violent, rusé et caractériel, aux motivations troubles. La victime comprend rapidement que son kidnappeur qui l'appelle "ma bête" veut le transformer en machine à tuer. 
Duncan pourra-t-il échapper aux sombres desseins de son bourreau et arrivera-t-il à recouvrer sa liberté ? Une lutte à l'issue incertaine va s'engager entre les deux individus...

Machiavélique et impitoyable, ce thriller polyphonique narre le terrible face à face de deux hommes déterminés à atteindre leur but : la vengeance pour l'un et la liberté pour l'autre ! 
L'écriture est fluide, la psychologie des personnages relativement bien étudiée, et l'on est vite happé dans une intrigue qui se lit plaisamment, même si le thème abordé n'est pas vraiment novateur.
Ma bête est un duel sous haute tension entre deux bipèdes qui vont laisser parler leur part d'animalité et leur instinct de survie !




Merci à Jean-François Regnier pour cette plaisante lecture.

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samedi 5 janvier 2019

L'idiot du village de Patrick Rambaud



















Éditeur : Grasset
Parution : 12/01/2005
Nombre de pages : 126
Genre : littérature française

L'auteur :















Né à Paris en 1964, journaliste fondateur d'Actuel, Patrick Rambaud est élu membre de L'Académie Goncourt en 2008, suite à la démission de Daniel Boulanger. L'auteur a publié une trentaine de livres, dont des
parodies politiques qui ont rencontré un grand succès. Il a obtenu le Grand Prix du roman de l'Académie française et le prix Goncourt en 1997 pour "La Bataille". Son dernier ouvrage satirique "Emmanuel le magnifique" sortira en librairie en ce mois de janvier 2019.


Quatrième de couverture :


Un jour, en parcourant le quotidien qu'il vient d'acheter, notre héros tombe avec surprise sur des informations de 1953. Il croit à une plaisanterie ou à un numéro spécial, mais non, car d'autres hallucinations vont le replonger définitivement dans les années 1950. Ainsi largué dans le Paris de son enfance, il se sent étranger, puis il se résout à accepter ce sort improbable. Il devient plongeur dans un restaurant des Halles, et il va vite savourer sa supériorité : il connaît l'avenir...

Mon avis :


« Celui ou celle qui croit venir d'un autre temps n'a presque jamais été esclave ou scolopendre, mais marquise, chevalier ou grand prêtre d'Osiris. Le passé, proche ou lointain, n'est qu'une succession d'images fantasques et fardées, un tissu de légendes, des reconstitutions qui omettent l'essentiel : une certaine permanence de la dureté, la force accablante du présent, la laideur, la futilité, toutes sortes de misères. »

Victime d'hallucinations visuelles de plus en plus prégnantes, le personnage principal de ce récit dont l'histoire débute en 1995 se retrouve exilé dans le Paris de l'année 1953. Voulant  rentrer chez lui après une visite chez son psy, ce dernier est chassé de son immeuble comme un malpropre par la gardienne de l'époque qui le prend pour un vagabond. Heureusement, il croise la route d'un mutilé de la guerre d’Indochine qui prend pitié de son indigence et le fait engager dans le restaurant de quartier ou il exerce ses talents de commis de cuisine. Vite intégré au sein de ce bistrot familial, notre homme va bientôt épater la galerie par son intuition et ses capacités divinatoires pour tout ce qui a trait à l'actualité sociale, sportive et politique de l'époque. Engagé comme conseiller personnel d'un journaliste vedette du Figaro, ce dernier va très vite s'ennuyer dans son rôle et partir à la recherche des souvenirs intimes de l'enfant de sept ans qu'il fut à l'époque. Mais est-ce vraiment une si bonne idée ? Notre héros va apprendre à ses dépens qu'il n'est pas toujours plaisant de remuer les vestiges d'un passé révolu...

Bien que le thème du voyageur temporel piégé malgré lui dans le passé ait été largement exploré, l'auteur nous livre un récit non dénué de saveur qui nous plonge dans une époque surannée où les termes de crise et de nouvelles technologies n'existaient pas encore et où l'homme se prenait à rêver d'un avenir plein de promesses après deux guerres dévastatrices pour l'humanité. 
Alors, vivait-on  mieux dans les années 1950 qu'à l'aube de l'an 2000 ? L'homme était-il vraiment plus indulgent envers ses semblables et moins destructeur ?
Peut-on réellement se fier à nos souvenirs intimes et n'avons-nous pas une vision déformée par l'écho lointain du passé ? 
Loin d'apporter des réponses à ces questions, ce récit teinté de fantastique nous questionne sur la nature de l'homme, le sens de l'existence et sur ce que l'on retient vraiment des leçons de l'histoire... Pas si mal pour un court roman d'une centaine de pages !




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mardi 1 janvier 2019

Chronique de la mort au bout de Léonel Houssam




















Éditeur : Léonel Houssam
Format : ebook
Parution : 01/06/2015
Nombre de pages : 150
Genre : littérature française

L'auteur :















Né en 1973 à Charleville-Mézières, Léonel Houssam vit en banlieue parisienne depuis 1984. Punk puis raver, ce dernier qui écrit depuis l'adolescence est l'auteur de fanzines et de plusieurs romans. Sous le pseudonyme d'Andy Vérol, il est l'auteur de biographies :  "Un noir désir : Bertrand Cantat" (Scali, 2008) ; "Noir désir : Le vent les portera" (Pylône Editions, 2009) ; "Manu Chao le Clandestino (Pimientos, 2009) et d'un roman "Les Derniers Cow-Boys français" (Pylône Editions, 2008).


Quatrième de couverture : 

Auteur de plusieurs romans et des biographies de Bertrand Cantat et de Manu Chao, ce nouvel opus noir de Léonel Houssam est une chute vertigineuse dans la psyché d'un tueur... 
L'histoire : le narrateur, un tueur, raconte sans filet, de façon sonique, son épopée meurtrière, sa vengeance flamboyante. Roman noir, très noir, à déconseiller à toutes les âmes sensibles...


Mon avis :


« N'y voyez rien de méchant. Ma franchise n'est pas faite pour choquer. Je suis désormais dans vous, dans quelques lieux de votre cerveau, installé dans vos souvenirs. C'est vous, et vous seuls qui me permettez la vie éternelle... Vous, votre viande et ce plaisir pervers à vous reproduire... Vous me lisez parce que je suis cette âme errante qui coure à la vitesse du diable dans le réseau, boosté à l’énergie, c'est votre existence au-delà de mon au-delà qui me préserve et m'offre éternité. »


C'est l'histoire d'un homme en déroute qui devient un meurtrier. Parce que la cruauté parentale, les sévices, le manque d'amour et de reconnaissance vont faire de cet individu un être sans âme et sans pitié. Celui que ses proches décrivent comme inoffensif et très propre sur lui
est en fait un individu gorgé d'une haine qui le dévore corps et âme depuis sa plus tendre enfance. Larbin de la municipalité et travailleur de l'ombre à la petite semaine, ce paroissien renfermé dans sa coquille et sans antécédents judiciaires connus, va déchaîner son acrimonie retenue depuis des lustres et marquer par sa violence extrême le village de "Val d'idiots". Véritable bombe à retardement, celui qui passe pour l’inoffensif raté du village va sortir l'artillerie lourde. Le crétin de service va montrer son vrai visage, celui d'un homme déterminé à aller jusqu'au au bout de sa mission vengeresse ! Poser des explosifs en vue de dégommer la vermine que sont un ministre en visite, le maire, ses élus ainsi que sa déplorable épouse ne font-ils pas partie d'un challenge à gagner pour ce désabusé de la vie ? Nourri dès le berceau au lait de la perversité, cet amateur de pornographie et de violence, ce monstre assoiffé de sang sorti des entrailles de l'enfer n'aura de cesse de mettre en action son projet explosif et mortel...

"Chronique de la mort au bout" est l'un des livres les plus violents que j'ai pu lire avec le terrifiant et sanguinolent "American psycho" de Bret Easton Ellis, qui regorge de scènes de tortures et de crimes à vous glacer le sang. La comparaison s'arrête là, car le dévoyé personnage de ce carnage littéraire n'a rien à voir avec un Golden Boy des années 80 en manque de sensations extrêmes !
Narré à la première personne, ce récit nous immerge à  l'intérieur d'un cerveau malade ou se mêle passé et présent, fantasme et réalité. 
"Chronique de la mort au bout" est un OLNI sombre, ultra-violent et terrifiant à ne pas mettre entre toutes les mains... Vous voilà prévenus !




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dimanche 30 décembre 2018

Le tombeau d'Apollinaire de Xavier-Marie Bonnot




















Éditeur : Belfond
Parution : 04/10/2018
Nombre de pages : 397
Genre : littérature française

L'auteur : 















Xavier-Marie Bonnot est né à Marseille. Réalisateur de documentaires, il est aussi l’auteur de plusieurs romans et polars : "La Première empreinte" (2002), "La Bête du marais" (2008), "La Voix du loup" (2006), "Les Âmes sans nom" (2009), "Le Pays oublié du temps" (2011), "Premier homme" (2013), "La dame de pierre" (2O15) qui a reçu le Prix Cognac du Polar Francophone 2016, "La vallée des ombres" (2016) et "Le dernier violon de Menuhin" (2017). 

Quatrième de couverture : 


" Que la guerre est belle ! Mensonges, tout ça. " 
Dans les tranchées de la Grande Guerre, le sergent Philippe Moreau dessine les horreurs qu'il ne peut dire. Son chef, le sous-lieutenant Guillaume de Kostrowitzky, écrit des articles, des lettres et des poèmes qu'il signe du nom de Guillaume Apollinaire. La guerre, comme une muse tragique, fascine l'auteur d'Alcools. Pour Philippe Moreau, jeune paysan de Champagne, elle est une abomination qui a détruit à jamais son village.
Blessés le même jour de mars 1916, les deux soldats sont évacués à l'arrière et se perdent de vue. Philippe Moreau va tout faire pour retrouver son lieutenant. Une quête qui l'entraîne jusqu'à Saint-Germain-des-Prés et Montparnasse, où il croise Cendrars, Picasso, Cocteau, Modigliani, Braque...
Guillaume Apollinaire est mort il y a tout juste cent ans. À travers le regard attendri et critique d'un sacrifié de la Grande Guerre, Xavier-Marie Bonnot raconte avec puissance les dernières années de la vie de l'auteur du Pont Mirabeau.

Mon avis :

« Je pose le crayon, les yeux dans le brouillard.
Écrire en pareille situation est encore plus terrible que se taire.
J'ai envie de leur dire, à mon papa et à ma maman, la violence de notre vie, la peur et la mort. Les blessures et les copains passés au tranchoir.
J'ai envie de leur dire qu'ici on ne rit jamais sauf quand on se ment tout à fait.
J'ai envie de sortir cet être de colère qui est entré en moi.
J'ai envie de dire que je ne suis encore qu'un enfant.
J'ai envie de parler simplement de parler sans être un homme décoré, et de poser ma joue sur l'épaule de ma mère. De pleurer longtemps. Moi qui ne pleure plus, même pas devant le carnage. 
J'ai envie de leur dire qu'on meurt parfois avec le sourire quand la baïonnette pénètre les tripes. Qu'elle écorche et qu'elle saigne. Qu'on se terre  dans des trous qui sont nos seules ombres.
Parce qu'on a oublié que le ciel est d'azur et que ce monde tuberculeux sur lequel nous vivons nous rouille tous de l'intérieur. »

Le sergent Philippe Moreau vit l'enfer sur terre, enrôlé non par choix mais par obligation dans cette Grande Guerre qui sera l'une des plus meurtrières. Lui qui n'a pas encore connu l'amour est un familier de la mort. Il a déjà tué malgré son jeune âge, ce qui lui a valu quelques honneurs et médailles dont il se serait bien passé.  Positionné dans une unité d'attaque en Champagne, il est aux premières loges pour se faire dégommer par l'ennemi. Les tranchées, la boue, le froid, la vermine et la grande faucheuse qui passe toujours plus près, représentent son quotidien de poilu. Pour oublier la peur et se réchauffer l'âme, il y a l'amitié, le vin et les colis alimentaires envoyés par les proches que l'on partage très volontiers avec les copains de misère. Et pour le sergent Moreau, il y également le dessin. Ce fils de paysans qui a décroché brillamment son bac grâce à l'aide financière d'un oncle ecclésiastique, croque sur papier avec beaucoup d'habileté les scènes de l'horreur quotidienne. Un talent inné que va rapidement déceler son sous-lieutenant, Guillaume de Kostrowitzky, qui n'est autre que le poète Guillaume Apollinaire. Un engagé volontaire d'origine polonaise qui cherche à obtenir la nationalité française. Si le jeune Philippe Moreau, de dix ans son cadet, ne partage pas le même idéalisme patriotique que son lieutenant, il goûte en revanche son amour pour la poésie. Une complicité va naître entre ces deux militaires que leurs dons artistiques rapprochent. Grièvement  blessés à la tête et démobilisés, les deux hommes vont se retrouver dans le Paris bohème des artistes d'avant-garde et fréquenter les cercles dans lesquels évoluent Picasso, Cocteau, Cendrars, Braque... Malgré leurs divergences d'opinion, le discret Philippe Moreau et le mondain et fougueux Guillaume Apollinaire conserveront une amitié discrète mêlée de respect et d'admiration, qui perdurera jusqu'à la disparition prématurée du grand poète !

Roman historique librement inspiré de la vie du célèbre poète, "Le tombeau d'Apollinaire" nous brosse l'histoire d'une improbable amitié entre deux artistes venus d'horizons différents qui seront réunis par les événements tragiques de 14-18. Mêlant habilement la petite et la grande Histoire et parsemé des sublimes poèmes de l'auteur, ce roman sorti pour le centenaire de l’armistice nous invite à ne pas oublier les sacrifiés de la Grande Guerre qui donnèrent leur vie pour défendre la patrieCe récit est également un plaidoyer contre l'injustice d'une guerre particulièrement meurtrière, qui mena au combat des millions de civils habillés en soldat, obligés de combattre l'ennemi pendant que de hauts gradés planqués à l'arrière donnaient les ordres qui les enverraient inexorablement à l'abattoir. 
Avec la sensibilité qui caractérise ses écrits, Xavier-Marie Bonnot nous livre un récit tragique et profondément empathique. Un roman qui une fois de plus ne peut manquer de nous faire réfléchir sur la nature humaine et sur les forces et faiblesses de l'Homme, ce mortel désarmé face à l'adversité qui doit faire front aux intempéries de la vie !




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