Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

samedi 1 décembre 2018

L'or des Carpates de Simone Chanet-Munsch




















Éditeur : Charoumu
Parution : 01/04/2017
Nombre de pages : 446
Genre : littérature française

L'auteure :


Simone Chanet-Munsch est née en juin 1946 à Chamalières. Elle a fait la plus grande partie de ses études à Clermont-Ferrand au lycée Jeanne d’Arc avant de devenir professeur de mathématiques. Elle a enseigné pendant huit ans au lycée Simone Weil du Puy en Velay puis durant vingt-trois ans à Marseille. Après trente et un ans passés en Provence, essentiellement à Aubagne, Simone Chanet-Munsch revient en Auvergne. Elle est installée à Chamalières depuis septembre 2009. Elle est aussi l'auteur de "Le défi à d'Osiris" (2010), "La forteresse de désert" (2010), "Deux âmes en détresse (2011), L'orphelin du lac" (2012), " Huit clos au manoir des soupirs" (2015) et de la trilogie la "Fédération de Planètes Solidaires", tous parus aux éditions Charoumu.

Quatrième de couverture : 


À la mort de Paul Deveau en Auvergne, une succession de mésaventures accable sa petite-fille Émilie. Aussi le besoin de changer d’air la pousse-t-il à accepter, non sans réticence, une proposition de travail surprenante en Slovaquie : une vieille dame francophone l'invite à venir écrire ses Mémoires dans un château isolé des Carpates. Un inconnu tente de subtiliser la valise d'Émilie à l’aéroport de Bratislava où elle retrouve le séduisant Yan Maciar qui l’a secourue en Auvergne. Un dernier message crypté de son grand-père lui parvient enfin : il lui confie la mission délicate de remonter à la lumière un trésor scythe dissimulé dans une grotte des Tatras… Or si Émilie seule connaît désormais l'emplacement précis de ce trésor, il suscite bien des convoitises !... Elle soupçonne bientôt tout son entourage slovaque de complicité avec des trafiquants prêts à tout : Yan l’ange gardien fidèle toujours près d’elle dans les épreuves, Marlène son hôtesse si chaleureuse dont le château abrite de sombres secrets… Sont-ils vraiment ce qu’ils prétendent ?... Et quel rôle joue le mystérieux Gustav, l’occupant épisodique de l’aile ouest qui s’ingénie à la mystifier ? L’amour sera pourtant au rendez-vous lorsque les masques tomberont à l’issue d’une chasse au trésor mouvementée.


Mon avis :

« Il suffisait aux deux hommes de fermer les yeux pour remplacer en esprit les placards et les caisses éventrées par les merveilles qu'ils avaient découvertes. Outre les bijoux en or de facture mycénienne représentant toutes sortes d'animaux réels ou mythiques, un mobilier luxueux composé de vaisselle, d'armes, de médailles en or, en argent, en électrum, accompagnait les défunts. Les chevaux étaient entièrement harnachés, ce qui donnait de précieuses informations sur la façon dont les scythes les montaient ou les attelaient. Des vases gravés en or révélaient des scènes intimes de la vie quotidienne de ce peuple d'éleveurs nomades et conquérants. »

1835, Ukraine : un fabuleux trésor scythe découvert par des archéologues à l'intérieur d'un Kourgane est dérobé par des contrebandiers.
2005, Slovaquie : Emilie Devaux accepte de séjourner dans un château isolé situé au cœur des Carpates, afin de rédiger les mémoires d'une fascinante vieille dame. Une région bien connue de son défunt grand-père, emprisonné dans un camp de travail nazi pendant la seconde guerre mondiale...

Jeune célibataire sans histoires travaillant pour une maison d'édition auvergnate, Emilie est simultanément victime d'une violente agression et d'un cambriolage, peu de temps après l'enterrement de son grand-père adoré. Très secouée par les événements, cette dernière décide  de changer d'air en acceptant une proposition de travail en Slovaquie. Faisant fi de ses appréhensions, la jeune femme décide de profiter de son séjour dans les Carpates pour tenter de retrouver un trésor caché dans une grotte des Tatras dont son aïeul lui a situé la localisation dans son testament. Emilie devra faire face à de nombreuses embûches et se méfier de tous, ce fameux trésor aiguisant bien des appétits... 

Roman d'aventures riche en péripéties et rebondissements, "L'or des Carpates" nous fait voyager au cœur de la féerique Slovaquie. Cette odyssée empreinte de mystère débute son épopée narrative à la fin du 19ème pour s’achever de nos jours. Mêlant histoire, légendes, secrets, intrigues et romance, ce roman aux multiples facettes m'a procuré un excellent moment d'évasion, tout comme les précédents ouvrages de cette auteure dont j'apprécie la plume inventive et parfois espiègle. (voir "Deux étés inoubliables" et "Rendez-vous à Orcival")
"L'or des Carpates" est le récit d'une palpitante chasse au trésor stimulante pour l'imagination, avec en bonus le conte "Fleur de Lune et Prince de cœur"* qui ravira les grands au cœur tendre comme les petits !

* Egalement paru aux Editions Charoumu et illustré par les élèves du CM2 de l'école d'Ebreuil (Allier).




Merci à  Simone Chanet-Munsch pour ce dépaysant moment de lecture.

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dimanche 25 novembre 2018

Taxi de Carlos Zanón

















Éditeur : Asphalte
Parution : 06/09/2018
Nombre de pages : 415
Traduction : Olivier Hamilton
Genre : littérature espagnole

L'auteur :


Carlos Zanón est né à Barcelone en 1966. Il est poète, romancier, scénariste et critique littéraire. Soudain trop tard, paru chez Asphalte en 2012, a remporté le prix Brigada 21 du meilleur premier roman noir. Il est également l'auteur de N'appelle pas à la maison (2014)  et J'ai été Johnny Thunders (2016). Ses livres ont été traduits et publiés aux Etats-Unis, en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Quatrième de couverture :

"Il faut qu'on parle", annonce un matin Lola à son mari Sandino, chauffeur de taxi. " Ce soir, à mon retour ", répond celui-ci, avant de se laisser absorber par la ville. Et il ne rentre pas, entamant une odyssée de sept jours et six nuits, travaillant sans relâche pour éviter cette discussion fatidique, car il le sait : sa femme, lasse de ses infidélités, veut le quitter. 
Sandino l'insomniaque parcourt Barcelone et les clients défilent, tous pénitents dans son taxi-confessionnal. Dans cette fuite vers l'avant, il tâche de venir en aide à sa collègue Sofía et à son ami Ahmed, mais ce faisant, c'est lui-même qu'il va mettre en danger. 
Avec ce roman total, Carlos Zanón montre de nouveau son pouvoir narratif en mettant en scène des personnages justes, complexes, humains.

Mon avis : 

« Qu'importe le miroir, seul compte le reflet.
L'impunité de mentir à un étranger. Ce n'est rien d'autre que l'art du mensonge pour le mensonge. Le chauffeur de taxi ne te crois pas, et toi, tu ne le crois pas non plus. La ville défile tout autour de toi, qui es enfermé dans ce bathyscaphe, derrière des vitres sur lesquelles défilent des fonds d'écran que tu connais par cœur, qui ne font plus partie de ta réalité et qui montrent toujours des endroits paumés.
Sandino veut croire que la plupart des choses qu'on lui raconte ou qu'il entend sont des mensonges. Il veut le croire. Parce ce que si c'est la vérité, alors c'est effrayant. »

Comment continuer à avancer quand on est désabusé par le morne quotidien d'une vie que l'on n'a pas choisi ? Sandino déteste conduire. Pourtant, il s'est retrouvé chauffeur de taxi tout comme son père et son frère avant lui, en dépit de ses rêves de grandeur. A cause de la crise. Pour gagner honnêtement sa vie à défaut de la vivre pleinement. Alors, pour s'offrir un peu de piment et d'évasion, Sandino multiplie les conquêtes féminines, quitte à se brûler les ailes au feu de passions éphémères qui ne sont pas du goût de sa légitime épouse. Arrive le jour où cette dernière lui dit : "Sandino, il faut qu'on parle". Inutile d'être fine mouche pour deviner ce que sa femme veut lui annoncer. Alors il prend la fuite. Ce récit nous raconte les sept jours d'errance pendant lesquelles il va multiplier les bourdes et s'enfoncer dans le pétrin, en voulant fuir la réalité et jouer les bons samaritains pour aider une collègue qui se trouve en fâcheuse posture après avoir essayé de berner des malfrats. Sandino va apprendre à ses dépens qu'il est dangereux de confondre la vie réelle avec un film de Tarantino...

Tout comme dans le féroce "N'appelle pas à la maison", Carlos Zanón nous entraîne dans l'univers trash et désespéré de losers invétérés qui cherchent en vain la lumière et la rédemption dans les bas-fonds de Barcelone. Fidèle à son style narratif percutant, sans fard ni fioritures, l'auteur nous livre une épopée urbaine plutôt bien rythmée qui oscille habilement entre action et réflexion. 
En bref, un très bon moment de lecture qui confirme ma première impression sur les écrits du señor Zanón : une savoureuse plume noire à suivre de très près...


 

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samedi 17 novembre 2018

Barré de François Clapeau




















Éditeur : Moissons noires
Parution : 13/11/2018
Nombre de pages : 240
Genre : thriller médical

L'auteur :















François Clapeau est journaliste, spécialisé dans le domaine de la santé, titulaire d’un Executive Master Gestion et Politiques de Santé à Sciences Po. Il a participé à l’écriture d’un guide de communication entre soignants. Après Damage Control et Playoffs, Barré est son troisième roman.

Quatrième de couverture : 


Un mouvement de paupière, un frottement de doigts, une simple ligne douloureusement tracée au feutre sur une ardoise… Des gestes rudimentaires devenus précieux. Foudroyé en pleine filature par le syndrome de Guillain-Barré, le lieutenant Donat Vigier est prisonnier d’un lit de réanimation. Il doit pourtant stopper l’errance meurtrière d’un inquiétant braqueur, alors qu’un autre danger le menace insidieusement jusqu’à la porte de sa chambre d‘hôpital. De la tension des urgences aux frasques des étudiants en médecine, il découvre un univers déroutant où il ne peut avoir confiance en personne, pas même en ses propres sens.

Mon avis :


« A-t-il rêvé cette visite ? A-t-il rêvé ce danger ? Pour la première fois depuis son arrivée à l’hôpital, il s'est senti menacé par autre chose que sa maladie. Il vient de prendre conscience de sa faiblesse. Il ne peut plus se défendre. Un sentiment de médiocrité, un vide immense. Ses lugubres réflexions reviennent, toujours accentuées par la nuit, dans un calme seulement troublé par la rumeur glaçante des machines. »


Alors qu'il est en planque avec une de ses collègues, le jeune lieutenant de police Donat Vigier se retrouve soudain privé de tout mouvement. Hospitalisé en urgence au service de réanimation du CHU de Limoges, ce dernier apprend qu'il a contracté le syndrome de Guillain-Barré, une maladie très invalidante qui paralyse les muscles et supprime les reflexes. Cloué à son lit d’hôpital et privé de l'usage de la parole, ce dernier ne peut communiquer qu'en écrivant péniblement quelques mots tracés au feutre sur une ardoise. Conservant toute son acuité intellectuelle malgré les drogues qu'on lui fait ingurgiter, le policier fait fonctionner ses neurones à plein régime, essayant d'aider ses collègues à résoudre une ténébreuse affaire de braquages dont la dernière attaque s'est soldée par un meurtre. En parallèle, un crime sanglant est commis dans le service où il est alité. Donat pressent qu'un danger imminent plane autour de lui et qu'il va devoir se méfier de tous s'il veut survivre...


Intrigue policière médicale sous haute tension, "Barré" nous plonge dans l'univers trépidant d'un service de réanimation en pleine ébullition. Cadences effrénées, surmenage, gestion émotionnelle du deuil, soirées étudiantes débridées... règlent le rythme de soignants  constamment sous pression qui vont devoir faire face à une menace encore plus sournoise que celles qu'ils affrontent déjà au quotidien. Ce polar au récit habilement noué tient ses promesses par la cohérence de son intrigue et ses personnages plutôt bien troussés. 
Les amateurs de Robin Cook devrait apprécier ce thriller médical à la sauce hexagonale qui ne manque pas d'adrénaline !




Merci à Babelio et aux éditions Moissons noires

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samedi 10 novembre 2018

Anaïs d'Yves Montmartin




















Éditeur : Yves Montmartin
Format : Ebook
Parution : 01/10/2018
Nombre de pages : 197
Genre : suspense psychologique

L'auteur :















Yves Montmartin est né à Saint-Etienne en 1953 et il souffre depuis son enfance de bibliophagie, maladie qu'il soigne avec de la lecture matin, midi et soir. La bibliothèque associative dont il est un des bénévoles est devenue son centre de soins. L’écriture du "livre qui vole", son premier roman, doit être considérée comme une thérapie. "Anaïs" est son second roman.

Quatrième de couverture :

Vacances de Printemps 2018.
Pourquoi Anaïs Dumas, jeune collégienne de quatorze ans, a-t-elle disparu ?
Simple fugue d'adolescente, enlèvement ou pire encore.
Ce roman raconte la genèse de cette disparition.

Mon avis :

« Comme une adolescente, j’ai passé la soirée avec le téléphone à côté de moi. Graham Bell aurait mieux fait de se casser une jambe plutôt que d’inventer cette machine infernale. Si j’avais vécu au temps des voitures à cheval, j’aurais toujours l’espoir qu’une malle-poste m’apporte un courrier de mon bien-aimé, tandis que là je vais me coucher sans aucune illusion. »

4 Février 2002, Librairie du lycée. Amandine flâne dans les rayons de la boutique à la recherche du roman qui meublera sa soirée de célibataire. La jeune employée de bureau est loin de se douter que ce traditionnel jour de fête des amoureux va marquer un tournant décisif dans sa vie et déterminer son avenir. 
9 avril 2018, impasse de l'écluse. Anaïs, une collégienne de 14 ans est vue pour la dernière fois dans son quartier alors qu'elle sortait de chez son professeur de piano. La jeune fille disparaît sans laisser de traces. 
Ce roman relate les douze jours qui suivent la disparition de l'adolescente jusqu'à l'ultime dénouement. Le début d'un long cauchemar pour Nancy la mère d'Anaïs. Soutenue dans son chagrin par Amandine, sa voisine et meilleure amie dont la fille Justine a le même âge que la sienne, Nancy voit son univers s'écrouler au fil des jours qui passent. Rongée par l’abattement et l'angoisse d'une longue et cruelle attente, la mère de famille volubile sombre peu à peu dans le désespoir puis l'apathie. Qu'est-il arrivé à son enfant :  fugue, enlèvement ? Retrouvera-t-on Anaïs morte ou vivante ? Le lecteur ne découvrira la surprenante vérité qu'en parcourant les toutes dernières pages...

Après la publication de son premier roman "Le livre qui vole", une attendrissante chronique sociale, l'auteur change totalement de registre pour nous livrer un suffoquant suspense psychologique. Avec une belle fluidité et des mots simples mais efficaces, Yves Montmartin nous livre une  intrigue polyphonique aussi réaliste qu'émouvante. Dépassant le registre du  thriller, ce roman est aussi la genèse d'une tragédie familiale. Un récit qui traite de l'amour sous toutes ses formes : passionnel, fusionnel, amoureux, amical, filial ou même toxique... L'amour, ce sentiment complexe qui régente nos comportements et peut parfois aller jusqu'à empoisonner et détruire nos existences ! 
"Anaïs" est un roman percutant qui nous montre combien mince est la frontière entre l'amour et la haine !




Merci à Yves Montmartin pour cette belle lecture !

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dimanche 7 octobre 2018

Été 70 de Jacky Essirard




















Éditeur : Yovana
Parution : 30/04/2018
Nombre de pages : 203
Genre : littérature française

L'auteur :















Né en 1949, Jacky Essirard vit à Angers. Auteur, dessinateur, peintre et graveur, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont un roman ayant pour titre La Solitude du Quetzal ainsi que plusieurs recueils de poésie et de nouvelles. Ce dernier a également illustré de nombreux livres d’artistes.  

Quatrième de couverture :


Après une opération bénigne, Vincent profite de sa convalescence pour s'occuper d'une blessure ancienne mal cicatrisée. Il écrit le présent, celui d'un homme de soixante ans, et le passé de celui qu'il a été à vingt ans. Il revisite l'été 70, son séjour aux Pays-Bas où il alla enterrer un amour avorté ― une liaison épistolaire de deux années qui s'était achevée brutalement. Il était parti malgré tout, jouant l'amitié, acceptant l'absurde au gré de ses découvertes. Quarante ans plus tard, Vincent recoud à petits points l'épisode clé de sa vie affective. Les photos parlent. Il rouvre la plaie sans nostalgie ni douleur. L'examine avec humour à la recherche d'un souvenir clandestin sous l’œil de Margot, la compagne d'aujourd'hui. D'une plume légère trempée dans une encre dense d'émotions, Jacky Essirard nous brosse dans ce second roman un tableau très personnel de cette saison aux accents mythiques : l'été 70.

Mon avis : 


Est-ce cela vieillir ? Etre capable de retourner explorer sa vie antérieure et d'en apprécier la consistance ? De faire la part de ce qu'il y a de factice et de vrai, de comprendre ce qui a enrichi la mémoire et de mesurer le temps perdu dans les apparences ?


Hospitalisé suite à une hernie, Vincent qui a abordé le cap de la soixantaine se penche sur son passé et principalement sur l'été 1970, époque où il a vécu une passion à distance avec Ingrid, une belle hollandaise avec laquelle il a entretenu une correspondance épistolaire pendant deux ans. Quand ce dernier se rend aux Pays-Bas en août 70, cette dernière vient de rencontrer celui qui deviendra l'homme de sa vie. Une fois la déception encaissée, cette histoire d'amour avortée va se transformer en une belle amitié. Vincent passera un été idyllique avec Ingrid et sa sœur Hilde, entre fous rires et complicité amicale. Ce sera une période charnière de son existence qui façonnera de manière déterminante ses futurs choix personnels et professionnels !
Roman d'introspection, ce récit aux accents autobiographiques nous plonge dans l’existence d'un homme arrivé à un carrefour de sa vie qui ressent le besoin de faire le bilan sur la pertinence des ses choix antérieurs et se questionne sur son devenir d'homme vieillissant. Professeur de géographie reconverti en restaurateur de tableau, le narrateur qui n'a vécu que des relations épisodiques et n'a jamais connu la paternité souhaite laisser une trace écrite de son passage sur terre et léguer ses mémoires à Margot, sa jeune compagne trentenaire du moment.

Sensible et émouvant, sans tomber dans le pathos, ce roman intimiste écrit à la première personne mêle habilement le passé et le présent. Il est agréable à lire et de belles émotions se dégagent à travers ces pages. En revanche, l'action est peu présente et nous n'avons qu'un bref aperçu du mode de vie des années 70 et de la Hollande de l'époque, ce que j'ai trouvé dommage.
Été 70 devrait cependant trouver son public, notamment celui d'hommes de la génération de l'auteur qui se retrouveront certainement à travers la plupart des événements vécus par le narrateur !



Merci à Babelio et aux éditions Yovana. 
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vendredi 14 septembre 2018

Annie et la compagnie des livres de Pascale Rault-Delmas




















Éditeur : Mazarine
Parution : 13/06/2018
Nombre de pages : 360 
Genre : littérature française

L'auteure :















Née à Paris, Pascale Rault-Delmas qui a fait des études de langues vit à Nice depuis 1989 avec son mari et ses deux enfants. Son travail chez Air France, où s'est déroulée l'intégralité de sa carrière, lui a donné l'opportunité de beaucoup voyager.

Quatrième de couverture : 

Sceaux, 1966. Annie a des livres plein la tête et des rêves qui se bousculent. Dans la librairie de son grand-père, chaque bruissement de page l’éloigne de la sévérité de son éducation bourgeoise et lui fait oublier sa solitude : la Compagnie des livres est son refuge.
Auvergne, 1966. Michel a perdu brutalement un être cher et son innocence d’enfant avec. Des parties de cache-cache dans les bois aux secrets confiés sur le chemin de l’école, rien ne sera plus comme avant. Seuls les romans, qu’il lit caché dans le grenier, apaisent son chagrin.
Lorsque les hasards de la vie poussent Annie et Michel à se rencontrer, il suffit d’un regard pour que ces deux passionnés de lecture se reconnaissent. Mais le monde dans lequel ils grandissent a établi des barrières sociales difficiles à franchir. Et Mai 68 a beau souffler un vent de révolte sur la France, les préjugés ont la vie dure.

Mon avis :

« A chaque fois que je le vois dans la loge, il est en train de lire. Il pourrait devenir mon ami, mais maman ne veut pas que je lui parle. Papa dit qu'ils ne sont pas de notre milieu. Qu'est-ce que ça veut dire, grand-père ? On habite dans le même immeuble, alors c'est quoi un milieu ? »

Région parisienne, années 1960, Annie petite fille rêveuse et passionnée de lecture ne comprend pas pourquoi son pédiatre de père refuse qu'elle se lie d'amitié avec le jeune Michel, le fils des concierges de son immeuble avec qui elle partage le même goût immodéré pour les livres. La petite fille s'ennuie et souffre énormément de cet isolement imposé et dicté par les conventions sociales. Sa seule consolation reste les visites qu'elle rend à son grand-père libraire, avec lequel elle partage de fabuleux moments de complicité dans son joyeux antre de la littérature baptisé "La compagnie des livres". 
Enfant solitaire et incompris de ses géniteurs qui ne se retrouvent pas dans ce fils studieux et beaucoup trop sage, Michel préfère s'isoler dans la loge de gardien afin d'étudier et lire plutôt que de partager les jeux plus remuants de ses frères et sœurs dans la cour de l'immeuble. 
Malgré leur différence de classe sociale, les deux enfants ont beaucoup plus de points communs qu'il n'y paraît. Leur amitié triomphera-t-elle des barrières érigées par la mesquinerie des adultes ? 
  
Tableau d'une décennie rebelle et en pleine mutation, cet attachant récit m'a embarqué dans un réjouissant moment de lecture. A travers l'histoire personnelle de deux familles à l’antithèse l'une de l'autre (d'origine paysanne et modeste pour l'une et citadine et aisée pour l'autre), Pascale Rault-Delmas en profite pour dresser une radioscopie des nombreux changements qui sont intervenus dans les foyers français de cette époque en pleine ébullition, que ce soit dans le domaine de la politique, de la famille, du travail où de l'évolution des mentalités
Sous la fluidité et la simplicité de la plume enjouée l'auteure, parfois teintée de légères bouffées de nostalgie, transparaît l'amour profond de cette dernière envers la littérature ainsi que son vif désir de faire partager sa passion de dévoreuse de mots. Pari gagné !



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dimanche 19 août 2018

Les heures rouges de Leni Zumas


















Éditeur : Les Presses de la cité
Parution : 16/08/2018
Traduction : Anne Rabinovitch
Nombre de pages : 398
Genre : littérature française

L'auteure :















Diplômée de Brown, Leni Zumas enseigne l'écriture créative à l'université de Portland et publie régulièrement dans la presse nationale. Les Heures rouges est son premier roman traduit à l'étranger.

Quatrième de couverture : 


États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l'être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l'aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d'écrire la biographie d'Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d'avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n'a pas peur de l'avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l'arrière d'une voiture... Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu'elle a voulu aider les femmes.

" Drôle, mordant, poétique, politique, alarmant, inspirant, Les Heures rouges révolutionne la fiction de notre époque. " Maggie Nelson ( Une partie rouge, Les Argonautes)

Mon avis :

« Deux ans plus tôt, le Congrès américain a ratifié l'amendement sur l'identité de la personne, qui accorde le droit constitutionnel à la vie, à la liberté et à la propriété à un œuf dès l'instant de sa conception. L'avortement est aujourd'hui illégal dans les cinquante Etats. Les avorteurs peuvent être accusés de meurtre au second degré et les femmes désireuses d'avorter, de complicité de meurtre. La fécondation in vitro est également interdite au niveau fédéral, parce que l'amendement condamne le transfert d'embryons du laboratoire dans l'utérus (les embryons ne sont pas en mesure d'y consentir). »

Le récit se déroule  dans un futur très proche. Les Etats-Unis sont gouvernés par un président misogyne et tyrannique qui depuis son élection n'a de cesse de rogner sur les droits des femmes et de revenir sur des acquis qu'elles croyaient immuables, tel l'arrêt "Roe v. Wade", rendu en 1973 par la Cour Suprême américaine et légalisant le droit à l'avortement en le reconnaissant comme un droit constitutionnel. 
A travers les destins de quatre femmes qui vont se croiser et s'entremêler, l'auteure nous dresse le portrait d'une société en pleine régression, prônant le modèle familial traditionnel (un papa, une maman, des enfants) comme le seul valable pour l'épanouissement de sa progéniture. 
Roberta, une enseignante et biographe célibataire âgée de 42 ans, essaie en vain de concevoir un bébé et s'affole car une loi va bientôt interdire le droit à l'adoption pour les femmes seules. 
Mattie, une brillante lycéenne qui s'est retrouvée enceinte accidentellement est confrontée à un tout autre dilemme : Doit-elle garder l'enfant et ruiner ses chances de faire une carrière scientifique ou bien avorter en cachette au risque de devenir une criminelle aux yeux de la loi ? 
Susan quand à elle, est une mère de famille frustrée d'avoir renoncé à une carrière d'avocate pour élever ses enfants. Elle échafaude des plans hasardeux et irréalisables pour se défaire des liens sacrés d'un mariage étouffant qui la mine tellement qu'elle envisage parfois le suicide. 
La quatrième voix de ce roman polyphonique est celle de Gin la  "guérisseuse" qui vit seule dans les bois et subit l’opprobre de ses congénères qui n'hésiteraient pas un instant à la faire griller sur un bûcher s'ils en avaient la possibilité !
Comment ces quatre femmes vont-elles réagir face à l'adversité ? Pourront-elles seulement tirer leur épingle du jeu dans un monde en pleine mutation qui leur reconnaît de moins en moins de droits et essaie de briser toute velléité de résistance à l'autorité suprême d'un gouvernement liberticide ? 

Inquiétante, furieusement crédible et loin d'être innocente, cette dystopie à la couverture écarlate raisonne comme une mise en garde à l'attention de toutes les femmes, susurrant à l'oreille de ces dernières : Attention mes belles, ne vous endormez pas sur vos lauriers. Secouez-vous et réagissez avant que le loup n'entre dans la bergerie et vous dévore toute crue. Pensez à vos mères et grand-mères qui se sont battues pour vos droits et faites en sorte de les défendre et de les faire perdurer ! A la fois tragique, poétique et incendiaire, ce troublant roman de Leni Zumas ranime la flamme de nos peurs les plus profondes, telles la perte de nos droits fondamentaux ou le retour à un monde archaïque où l'on pratiquait en toute impunité la chasse aux sorcières ! 



Merci à Babelio et aux éditions Les Presses de la Cité

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