Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

lundi 22 avril 2019

Un frère de trop de Sébastien Theveny




















Éditeur : Michel Lafon
Parution : 14/02/2019
Nombre de pages : 440
Genre : thriller

L'auteur :


Né en 1976 en Pays de Champagne, Sébastien Theveny vit actuellement en Franche-Comté. Avec Un frère de trop, il signe son premier roman aux éditions Michel Lafon.

Quatrième de couverture :

Été 1986
Au large de la baie des Anges, Pierre-Hugues, le fils aîné de la famille Lacassagne, se noie lors d'une virée en mer avec son frère et sa sœur. 

Été 2016
À l'aube de ses quatre-vingts ans, Charles Lacassagne, magnat de l'immobilier niçois, songe à transmettre son empire à ses enfants. Dans le même temps, il contacte un journaliste parisien, Jérôme Bastaro, pour écrire sa biographie. 

Mais Jérôme ne tarde pas à découvrir que les fondations de cette éclatante réussite sont fragiles : drames, non-dits et mensonges émaillent l'histoire de la famille Lacassagne. 
Il se retrouve bientôt face à un dilemme : remplir sa mission et raconter sagement la belle histoire que Charles attend de lui ou suivre son instinct, enquêter et écrire " la vérité sur l'Affaire Lacassagne "... 

Mon avis :


« Peu à peu, l’intérêt des journalistes et du lectorat pour la mort de Pierre-Hugues se fit moins prégnant. Il n'y eut plus que quelques entrefilets ici et là, souvent à la date anniversaire. Puis, plus rien.
Le nom des Lacassagne n’apparaissait dorénavant plus que dans les journaux économiques : le temps du business était revenu.
Pierre-Hugues : mort et enterré.
La holding : toujours bien vivante ?
- Voilà comment tourne la terrible roue de l'actualité, ironisai-je. Tu vois, Colombe, un jour on fait la une, le lendemain deux lignes dans la rubrique nécrologique. »


Jérôme Bastaro, modeste journaliste économique pour un quotidien parisien, vivote en faisant quelques piges. Aussi, lorsqu'un puissant magnat de l'immobilier niçois lui propose de rédiger sa biographie contre une coquette rétribution, l'audacieux trentenaire voit en cette opportunité inopinée l'occasion de booster sa carrière naissante. Malheureusement, le journaliste va vite déchanter et s’apercevoir que son investigation déplaît fortement à certains membres de l'entourage du self-made-man, ces derniers rechignant à répondre à ses questions et semblant considérer sa présence comme une intrusion. Faisant fi de ces inimitiés, Jérôme et sa stagiaire, l'efficace et rusée Colombe, vont peu à peu déterrer quelques squelettes et découvrir que de bien vilains secrets se cachent sous le vernis policé de cette richissime famille qui s'avère être un vrai panier de crabes !
Que s'est-il vraiment passé en 1986, quand l’aîné des enfants Lacassagne a péri lors d'une sortie en mer ? Était-ce réellement un accident comme l'a conclu l'enquête de gendarmerie menée à l'époque ? Mais qui était vraiment le jeune héritier et qui avait intérêt à le voir disparaître ? 
Loin d'être une sinécure, la rédaction des mémoires du nabab de l'immobilier va donner lieu à une investigation en eaux troubles qui  réservera moult surprises et dangers à notre biographe patenté et sa fougueuse assistante...

Rivalités, trahisons, vengeances, mensonges, liaisons scandaleuses et cupidité parsèment ce thriller sous haute tension. L'auteur nous plonge dans une intrigue addictive et vénéneuse dont l'action se déroule dans le milieu de la jet set azuréenne. L'écriture nerveuse et très imagée de l'auteur, ainsi que les rebondissements à foison, ne sont pas sans rappeler ces feuilletons à multiples péripéties qui génèrent une forte audience lors de la période qui précède la première partie de soirée sur notre petit écran. "Un frère de trop", c'est un peu "Dallas" et son univers  impitoyable à Nice !
Voilà un roman que je vous conseille de glisser dans votre valise cet été.  A déguster à l'ombre d'un parasol, entre baignades et plateau de fruits de mer. Evasion et frissons garantis !

 


Merci à Babelio et aux éditions Michel Lafon.

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dimanche 7 avril 2019

Le squelette de Rimbaud de Jean-Michel Lecocq




















Éditeur : Lajouanie
Parution : 04/01/2019
Nombre de pages : 232
Genre : policier

L'auteur :



















Né dans les Ardennes, Jean-Michel Lecocq vit actuellement dans le Var où il se consacre à l'écriture après avoir exercé la profession d'inspecteur de l'éducation nationale en région Grand Est. Il est l'auteur de huit romans dont "Les bavardes" (2016) et "Un charmant petit village" (2017).

Quatrième de couverture :


Plus d'un siècle après sa mort, Arthur Rimbaud sème le chaos dans le département qui l'a vu naître, les Ardennes. Le maire de Charleville-Mézières, voulant fêter dignement le poète, décide de redonner un peu d'éclat au musée qui lui est consacré. Las, en préparant la nouvelle exposition, l'édile et son conseil provoquent une découverte inouïe qui va révolutionner la galaxie rimbaldienne, mais pas seulement... Une cellule de crise est mise sur pied. On va y croiser, entre autres participants, un officier de police a priori peu porté sur la poésie et un juge d'instruction en fin de carrière qui préfère Baudelaire à Rimbaud. Ce duo improbable va croiser quelques personnages bien étranges, prêts à toutes les extrémités pour éviter que le terrible secret entourant la mort de Rimbaud soit éventé.

Mon avis :


« Depuis quelques décennies, pour ne pas dire un siècle, le bruit courait que la dépouille de Rimbaud avait été détournée du chemin de Charleville pour être dirigée dans la plus grande discrétion vers le sud des Ardennes, là où bon nombre de Rimbaldiens affirmaient que se trouvait l'âme de Rimbaud, là où, assis sur la pierre du lavoir de Roche, il aurait composé ses plus beaux poèmes. »


Un élu piqué d'idées farfelues décide d'exhumer la dépouille de Rimbaud, afin d'exposer son fémur dans le musée local consacré à faire vivre la mémoire du célèbre poète. Malheureusement, ce dernier voit ses projets contrariés car le cercueil est vide ! Mais où est donc passé la dépouille d'Arthur Rimbaud ? Un scandale sans précédent soulève la commune de Charleville et gagne bientôt la France entière. Les plus folles rumeurs circulent et les médias de tous bords ainsi que les réseaux sociaux se déchaînent...
Diligentés pour résoudre cette épineuse affairele lieutenant Vidal et le juge Molinier, qui préfère de loin la poésie de Baudelaire, vont aller de surprises en découvertes et déterrer de nombreux squelettes du placard, s'attirant l'ire des élus locaux. Cette enquête périlleuse, qui de fausses pistes en chausse-trappes leur donnera bien du fil à retordre,  les amènera à lever le voile sur une vérité peu reluisante...

Mêlant fiction et faits réels, ce polar atypique, parsemé des vers du poète à chaque ouverture de chapitre, nous éclaire sur les derniers mois de la courte vie de l'auteur aux écrits sulfureux qui marqua la fin du 19ème siècle. Avec un suspense habilement orchestré, l'auteur nous balade entre les époques et nous fait voyager de Charleville-Mézières à Marseille. Les personnages hauts  en couleur et l'humour omniprésent donnent une saveur supplémentaire à cette fiction policière riche en péripéties.
Ce roman, qui n'est pas uniquement destinés aux aficionados de poésie rimbaldienne, trouvera également son lectorat parmi les amateurs de suspense policier teinté d'histoire !



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vendredi 15 mars 2019

Les âmes englouties de Susanne Jansson




















Éditeur : Presses de la cité
Parution : 21/02/2019
Traduction : Marianne Segol-Samoy
Nombre de pages : 320
Genre : littérature française

L'auteure :


















Née en 1972 à Åmål, Susanne Jansson est journaliste et photographe free-lance. Elle a publié plusieurs nouvelles policières dans des magazines suédois. Avec son premier roman, Les Âmes englouties, en cours de traduction dans une vingtaine de pays, elle s'installe parmi les nouvelles voix du polar nordique. Elle vit avec sa famille près de Gothenburg en Suède.

Quatrième de couverture :

Pour travailler à sa thèse de biologie, Nathalie retourne vivre dans sa région natale, au cœur d'une Suède humide et reculée. Dans la petite maison qu'elle habite en forêt, elle se laisse rappeler à son enfance douloureuse, à l'époque où la disparition de la jeune Tracy avait inauguré une succession de drames. Un jour, un cadavre est retrouvé dans la tourbière. Dix années auparavant, déjà, une jeune fille momifiée avait été découverte au même endroit. Bientôt, de nouveaux cadavres affleurent. Alors que la police se met en quête d'un serial killer, Göran, ancien professeur de physique, est convaincu que l'endroit est peuplé de revenants. Cette théorie intrigue aussi Maya, photographe judiciaire. Les trajectoires de Nathalie et de ces deux enquêteurs de l'ombre vont se mêler... et de nombreux secrets seront déterrés. 

Angoissant et précis, un thriller atmosphérique à la rare puissance suggestive, qui conjugue tentations surnaturelles, croyances populaires, explications scientifiques et fines analyses psychologiques.

Mon avis :

« Pour elle, son corps était un organisme rempli de compost. Comme n'importe quelle espèce de plante ou d'animal. Ça lui donnait un sentiment de liberté totale. Semblable à un chuchotement venu d'en haut, venu de l'intérieur, lui disant de lâcher prise. L'espace d'un instant, elle s'était sentie comme une feuille qui se détachait d'une branche pour virevolter dans les airs avant de tomber sur le sol où le processus de décomposition prendrait le relais. 
Libre de tomber.
Comme une simple feuille. »

Maya Linde, talentueuse artiste et photographe judiciaire, intervient dans une enquête liée à l'agression d'un étudiant en art qui avait pour habitude de faire son footing dans les tourbières. Retrouvé inanimé par son amie Nathalie, une jeune biologiste de retour dans la région pour rédiger sa thèse, Johannes qui est en stade de coma avancé ne peut renseigner les enquêteurs. Fuyait-il un ennemi ou s'est-il trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ? Que s'est-il vraiment passé en ce jour de tempête ? 
Les rumeurs vont bon train, d'autant plus qu'il est question de disparitions inexpliquées dans le même secteur au fil des ans. De plus, ce lieu hostile et humide, déserté par nombre de ses habitants, regorge de légendes et de superstitions, notamment de sacrifices humains qui seraient réclamés par une terre avide d'âmes nouvelles à dévorer.
Une tourbière qui a encore beaucoup de secrets à révéler à Maya et Nathalie, pourtant toutes deux natives de la région, qui vont conjuguer leurs efforts pour élucider cette énigme, quitte à déterrer de vieilles histoires et faire resurgir les événements douloureux d'un passé qu'elles croyaient profondément enterré... 

L’intérêt de ce polar scandinave flirtant avec le surnaturel réside avant tout dans son atmosphère particulière, aussi étrange qu’envoûtante. Folklore local, fantômes, secrets, hantent ce récit dont l'auteure a situé l'action dans une région méconnue de la Suède et dont la particularité réside principalement dans ses énigmatiques tourbières où furent retrouvés des vestiges humains. Jonglant entre le rationnel et l'étrange, le passé et le présent, ce récit fluide et sans temps mort happe le lecteur dans une intrigue diabolique et retorse où les tourbières jouent le rôle prépondérant du vilain croquemitaine. 
Décidément, les auteurs scandinaves n'ont pas fini de m'étonner et de m'enchanter !




Merci à Babelio et aux éditions Presses de le cité.

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samedi 23 février 2019

L'enfant des Soldanelles de Gérard Glatt




















Éditeur : Presses de la cité
Parution : 17/01/2019
Nombre de pages : 460
Genre : littérature française

L'auteur : 


Né à Montgeron en 1944, Gérard Glatt a été soigné au préventorium de Soldanelles tout comme le personnage principal de ce récit. Romancier et auteur pour la jeunesse, il a publié Retour à Belle Etoile, Les Sœurs Ferrandon, Le Destin de Louise, Et le ciel se refuse à pleurer.
L'auteur est sociétaire de la Société des Gens de Lettres (SGDL), membre de La Maison des Écrivains et de la Littérature ainsi que de l'Association des Écrivains Bretons. Il partage son actualité littéraire sur  son site : www.gerard-glatt.net.

Quatrième de couverture :

La montagne comme une évidence, comme une renaissance... 
Hiver 1952. Loin des siens, pendant six mois, Guillaume part en convalescence à Chamonix. Il découvre, ébloui, le décor grandiose des Alpes. Le petit citadin de huit ans en gardera le souvenir d'un paradis perdu. Mais il reviendra, tant le besoin est là, irraisonné, de vivre près des cimes avec son ami d'enfance Augustin. Une passion nourrie aux côtés de Julien Villermoze, un natif de la vallée de l'Arve, qui tel un grand frère les initie à sa montagne, à ses beautés et ses mystères. Jusqu'à un après-midi fatal... 
Pour les deux jeunes hommes, le coup est rude, le vide immense. Et davantage encore pour Marguerite qui aimait son fils Julien. D'un amour vibrant. Exclusif. Dévastateur... 

Un roman d'initiation qui mêle à l'émotion la tension et le suspense des passions humaines.

Mon avis :

« A ce moment, le mont Blanc était un ami ; le seul vrai, se disait Guillaume, qu'il ait jamais eu. Par la suite, entre eux deux, les liens s'étaient encore resserrés, à la manière de ceux qui unissent un père à son fils ; et Guillaume, plus d'une fois, se surprit, tout en parlant, à tendre la main vers cette image, perchée tout là-haut dans le ciel, qui ressemblait à s'y méprendre à un visage. Celui d'un vieux sage. Philosophe des temps anciens. Il disait alors au mont Blanc que, tôt ou tard, il le rejoindrait et, bien que celui-ci, toujours impassible, se gardât de lui répondre, sa confiance demeurait inébranlable et, intact, cet espoir un peu fou de l'étreindre. »

Affaibli par des maladies infantiles à répétition et un début de tuberculose, Guillaume, un jeune parisien âgé de huit ans, est hospitalisé au préventorium des Soldanelles, situé à Chamonix au cœur des Alpes. Ce séjour inoubliable sera déterminant pour le petit garçon et conditionnera sa vie future. Devenu adolescent, il fera découvrir sa passion à son meilleur ami Augustin et l'initiera aux joies de la montagne. Liés par le même enthousiasme débordant, les deux  inséparables complices passeront chaque année leurs vacances dans la vallée de l'Arve, partant à l’ascension des sommets escarpés avec Julien pour guide, un natif de la région de quinze ans leur aîné. Ce dernier, pour qui la montagne n'a aucun secret, deviendra très vite leur mentor et ami. Malheureusement, la cruauté de la vie mettra fin brutalement à la belle complicité du trio, la grande faucheuse s'emparant de l'un d'entre eux. 
Aussi douloureux qu'il soit, ce drame ne suffira pas à éloigner les deux survivants de cette vallée et de ses pièges. Pourtant, cette fuite aurait pu leur éviter bien des déboires, car il n'y a pas que la montagne qui puisse s'avérer dangereuse pour l'homme...

Contrairement à ce que j'ai d'abord supposé, en rapport au titre du roman et à sa couverture, L'enfant des Soldanelles n'est pas qu'un récit relatant les souvenirs d'enfance d'un jeune garçon tuberculeux envoyé en convalescence dans un sanatorium de la Haute-Savoie. A mi-chemin entre le récit d'apprentissage et le polar, ce roman qui célèbre l'amitié et l'amour des hautes cimes, va petit à petit basculer dans la tragédie et le crime. Quand la déraison s'en mêle, les passions peuvent s'avérer aussi dévastatrices qu'un tsunami frappant les côtes de l'océan indien. 
Avec de belles descriptions et une plume sensible et élégante, on ressent l'amour de l'auteur pour cette vallée alpine qu'il connaît bien, pour avoir séjourné lui-même au préventorium des Soldanelles lorsqu'il était  enfant.
Aussi tendre que cruel, ce roman aux accents authentiques devrait combler les amoureux de la montagne qui aiment pimenter leur lecture d'une belle part de suspense !




Merci à Babelio et aux éditions Presses de la cité

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dimanche 10 février 2019

L'Africain du Groenland de Tété-Michel Kpomassie




















Éditeur : Arthaud
Parution : 17/03/2015
Nombre de pages : 434
Genre : document

L'auteur : 




















Tété-Michel Kpomassie est né en 1941 au Togo. Après un périple de huit ans, il rejoint le Groenland où il vivra en immersion pendant deux ans.

Quatrième de couverture :


"Quand j'ai débarqué, tous croyaient avoir vu le diable. J'étais le premier Africain qu'ils voyaient de leur vie." Né en 1941 dans une famille traditionnelle togolaise, Tété-Michel Kpomassie est destiné à 16 ans à servir le culte du python après avoir réchappé à un accident causé par ce serpent. Effrayé par cette perspective, il est saisi d'une fulgurance singulière à la lecture d'un livre sur le Groenland. Il se découvre, lui, l'homme de la forêt tropicale, de profondes affinités avec ces hommes du Grand Nord. Passionné par cette région et par le mode de vie de ses habitants, il fuit son village et entame une odyssée improbable qui le conduira huit ans plus tard au Groenland. Froid, neige, obscurité ou soleil de minuit, rien ne le décourage. Accueilli par les Inuits, Tété-Michel Kpomassie découvre une société traditionnelle, vivant de la pêche et de la chasse, mais aussi une société fragilisée, dépendante et de plus en plus individualiste, conséquences de la colonisation danoise.

Mon avis : 


"Fut-ce l'éloge de leur hospitalité qui déclencha en moi l'aventure, ou la peur de retourner dans la forêt sacrée ? Je ne m'en souviens guère. Peu après ma lecture, un son, un mot se mit à résonner en moi jusqu'à emplir tout mon être. Ce son, ce mot, c'était le Groenland. Au moins dans ce pays glacial, il n'y aurait pas de serpents ! "


Suite à un terrible face à face avec un python dans la jungle togolaise qui a failli le laisser pour mort, Tété-Michel doit "prendre la brousse" afin de devenir un prêtre dédié au culte du serpent. La lecture d'un livre sur le Groenland va contrarier cette vocation et entraîner la fugue de l'adolescent de 16 ans qui mettra 8 ans à rejoindre l’île la moins densément peuplée du monde. Afin de financer son périple, ce téméraire, intelligent et courageux voyageur enchaînera divers jobs (traducteur, plongeur, magasinier...) et rencontrera à Paris celui qui deviendra son "père de cœur" et l'aidera à concrétiser son rêve. 
Dès son arrivée au Cap Farvel (extrémité méridionale du Groenland), celui que les autochtones vont surnommer "Mikili le géant" (il mesure 1,80 m alors que la majorité de la population ne dépasse pas 1,60 m) est émerveillé par la vue des petites maisons colorées disséminées au milieu de la toundra. Tété-Michel est immédiatement adopté par les autochtones qui du Sud au Nord de l'île, feront preuve d'un d'un grand sens de l'hospitalité à son égard pendant les deux années que durera son expédition polaire. 
De la brousse au désert de glace, du climat tropical à la nuit polaire, des serpents aux chiens de traîneaux, des plats épicés aux aliments crus trempés dans la graisse de phoque, du pagne à l'anorak... cet explorateur hors du commun embarque son lecteur dans un récit riche en péripéties. Couleurs, saveurs et sensations sont richement décrites, mêlant anecdotes cocasses, émouvantes et parfois tragiques (comme la mort de ce bébé de trois mois, écrasé sous le poids de ses parents qui étaient ivres morts). Car malheureusement, Tété-Michel Kpomassie va très vite entrevoir une réalité plus sombre et fort éloignée  de l'image idyllique du Groenland qu'il s'était construit dans son imaginaire. Ce dernier va découvrir un peuple en rupture avec son mode de vie traditionnel, en proie à d'écrasantes difficultés identitaires et sociales...

Ce témoignage (récemment réédité chez Arthaud) avait rencontré un vif succès lors de sa première parution dans les années 1980 et remporté le "Prix littéraire francophone international" (1981). Épique et haut en couleurs, ce récit de voyage qui se déroule à la fin des années 60 est effarant de modernité. L'auteur fait également un parallèle très intéressant entre les croyances, rituels et pratiques esquimaudes et celles du Togo : " [...] les incantations qui emplissent la savane devant le lion agonisant et le pieux recueillement des femmes accroupies à l'intérieur de l'igloo montrent assez que le chasseur africain et son lointain confrère esquimau adoptent un même comportement psychique face au gibier."
Si vous cherchez une lecture enrichissante, dépaysante et sortant des sentiers battus, je vous conseille ce passionnant ouvrage de Tété-Michel Kpomassie !



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dimanche 20 janvier 2019

Ma bête de Jean-François Regnier

















Éditeur : Librinova
Format : ebook
Parution : 25/05/2018
Nombre de pages : 178
Genre : thriller

L'auteur :


Le parcours professionnel de Jean-François Regnier le conduit de sa Dordogne natale jusqu'à Toulouse où il se fixe à la fin des années 80. 
Son goût pour l'écriture, qui tient une place importante dans son métier de travailleur social, s'est renforcé au fil du temps, l'incitant à publier, en 2009, son premier roman "L'Acte".
En neuf ans, il a publié quatre romans. "Ma bête" (2018) est son premier thriller.

Quatrième de couverture : 

Ma Bête, c'est ainsi que Weston Forrester surnomme Duncan Smith qu'il capture à Boston, sur le parking d'une station-service. Le ravisseur veut faire de sa victime le meurtrier qu'il n'a pas le courage de devenir. Weston Forrester a tous les atouts pour mener le jeu et faire de Duncan Smith un criminel. La rencontre de ces deux hommes, dans un face à face tendu, va les amener à se découvrir aux limites de leurs forces et de leurs valeurs respectives.

Mon avis : 

« Mon père m’avait toujours répété que pour résister, il fallait toujours commencer par se soumettre. Pourrir le système de l’intérieur avec patience et malice. Il faut mettre en confiance et puis surprendre. »

Alléché par le prix attractif d'une arme mise en vente dans l'espace des petites annonces publiées par le journal local, Duncan Smith retrouve le vendeur sur le parking d'une station-service. La transaction n'aura pas lieu et l'acheteur va se retrouver enchaîné dans un entrepôt isolé, après avoir été assommé d'un coup de batte de baseball en pleine tête. Condamné à l'inactivité dans sa geôle, ce jardinier habitué à mener une activité trépidante a tout le loisir de réfléchir à sa condition de captif et aux moyens de lutter contre un ravisseur violent, rusé et caractériel, aux motivations troubles. La victime comprend rapidement que son kidnappeur qui l'appelle "ma bête" veut le transformer en machine à tuer. 
Duncan pourra-t-il échapper aux sombres desseins de son bourreau et arrivera-t-il à recouvrer sa liberté ? Une lutte à l'issue incertaine va s'engager entre les deux individus...

Machiavélique et impitoyable, ce thriller polyphonique narre le terrible face à face de deux hommes déterminés à atteindre leur but : la vengeance pour l'un et la liberté pour l'autre ! 
L'écriture est fluide, la psychologie des personnages relativement bien étudiée, et l'on est vite happé dans une intrigue qui se lit plaisamment, même si le thème abordé n'est pas vraiment novateur.
Ma bête est un duel sous haute tension entre deux bipèdes qui vont laisser parler leur part d'animalité et leur instinct de survie !




Merci à Jean-François Regnier pour cette plaisante lecture.

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samedi 5 janvier 2019

L'idiot du village de Patrick Rambaud



















Éditeur : Grasset
Parution : 12/01/2005
Nombre de pages : 126
Genre : littérature française

L'auteur :















Né à Paris en 1964, journaliste fondateur d'Actuel, Patrick Rambaud est élu membre de L'Académie Goncourt en 2008, suite à la démission de Daniel Boulanger. L'auteur a publié une trentaine de livres, dont des
parodies politiques qui ont rencontré un grand succès. Il a obtenu le Grand Prix du roman de l'Académie française et le prix Goncourt en 1997 pour "La Bataille". Son dernier ouvrage satirique "Emmanuel le magnifique" sortira en librairie en ce mois de janvier 2019.


Quatrième de couverture :


Un jour, en parcourant le quotidien qu'il vient d'acheter, notre héros tombe avec surprise sur des informations de 1953. Il croit à une plaisanterie ou à un numéro spécial, mais non, car d'autres hallucinations vont le replonger définitivement dans les années 1950. Ainsi largué dans le Paris de son enfance, il se sent étranger, puis il se résout à accepter ce sort improbable. Il devient plongeur dans un restaurant des Halles, et il va vite savourer sa supériorité : il connaît l'avenir...

Mon avis :


« Celui ou celle qui croit venir d'un autre temps n'a presque jamais été esclave ou scolopendre, mais marquise, chevalier ou grand prêtre d'Osiris. Le passé, proche ou lointain, n'est qu'une succession d'images fantasques et fardées, un tissu de légendes, des reconstitutions qui omettent l'essentiel : une certaine permanence de la dureté, la force accablante du présent, la laideur, la futilité, toutes sortes de misères. »

Victime d'hallucinations visuelles de plus en plus prégnantes, le personnage principal de ce récit dont l'histoire débute en 1995 se retrouve exilé dans le Paris de l'année 1953. Voulant  rentrer chez lui après une visite chez son psy, ce dernier est chassé de son immeuble comme un malpropre par la gardienne de l'époque qui le prend pour un vagabond. Heureusement, il croise la route d'un mutilé de la guerre d’Indochine qui prend pitié de son indigence et le fait engager dans le restaurant de quartier ou il exerce ses talents de commis de cuisine. Vite intégré au sein de ce bistrot familial, notre homme va bientôt épater la galerie par son intuition et ses capacités divinatoires pour tout ce qui a trait à l'actualité sociale, sportive et politique de l'époque. Engagé comme conseiller personnel d'un journaliste vedette du Figaro, ce dernier va très vite s'ennuyer dans son rôle et partir à la recherche des souvenirs intimes de l'enfant de sept ans qu'il fut à l'époque. Mais est-ce vraiment une si bonne idée ? Notre héros va apprendre à ses dépens qu'il n'est pas toujours plaisant de remuer les vestiges d'un passé révolu...

Bien que le thème du voyageur temporel piégé malgré lui dans le passé ait été largement exploré, l'auteur nous livre un récit non dénué de saveur qui nous plonge dans une époque surannée où les termes de crise et de nouvelles technologies n'existaient pas encore et où l'homme se prenait à rêver d'un avenir plein de promesses après deux guerres dévastatrices pour l'humanité. 
Alors, vivait-on  mieux dans les années 1950 qu'à l'aube de l'an 2000 ? L'homme était-il vraiment plus indulgent envers ses semblables et moins destructeur ?
Peut-on réellement se fier à nos souvenirs intimes et n'avons-nous pas une vision déformée par l'écho lointain du passé ? 
Loin d'apporter des réponses à ces questions, ce récit teinté de fantastique nous questionne sur la nature de l'homme, le sens de l'existence et sur ce que l'on retient vraiment des leçons de l'histoire... Pas si mal pour un court roman d'une centaine de pages !




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