Le livre, un outil de liberté ?

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mardi 27 septembre 2011

Les filles de Lori Lansens





















Éditeur : L'Archipel
Traduction : Lori Saint-Martin et Paul Gagné
Titre original : The girls
Parution : 13/01/2010

Nombre de pages : 360
Genre : Littérature canadienne-anglaise


L'auteur :












Scénariste, Lori Lansens est née et a grandi à Chatham (Ontario) où se situe l'intrigue de ses romans. Elle a fait une entrée remarquée en littérature avec La Ballade des adieux (Belfond, 2004). Traduit dans vingt pays, coup de cœur du New York Times, Les Filles s'est vendu à plus de 500 000 exemplaires.

Quatrième de couverture :

Je n'ai jamais regardé ma soeur dans les yeux. Je n'ai jamais pris mon bain toute seule. Je n'ai jamais tendu les bras vers une lune ensorceleuse, la nuit, les pieds dans l'herbe. On ne m'a jamais embrassée comme ça. Et pourtant j'ai été aimée, ô combien aimée... " Tels sont les premiers mots du journal intime que Rose entreprend à vingt-neuf ans, sachant ses jours et ceux de Ruby comptés. Qu'elles aient atteint cet âge relève déjà du miracle. Dans le comté de Baldoon, au Canada, Rose, et Ruby mènent une vie hors du commun - elles sont siamoises - et tout ce qu'il y a de plus ordinaire, entourées de leurs parents adoptifs et de leurs nombreux amis. Ni monstres, ni merveilles, ni phénomènes de foire, elles sont Les filles, tout simplement. Au fil de réflexions graves et drôles, se dessinent deux destins unis par la fatalité, mais surtout par un amour inconditionnel, plus grand que soi. Lori Lansens nous révèle, à travers l'histoire singulière de Rose et de Ruby, une part d'humanité où chacun se reconnaîtra.

Mon avis :

Voici un roman peu banal, dont la narration se fait sous la forme d'un journal intime rédigé par deux soeurs jumelles, Rose et Ruby Darlen. Nées un soir de tornade, elle sont abandonnées par leur génitrice et recueillies par "L'infirmière Darlen" qui deviendra par la suite "Tante Lovey", leur mère d'adoption. 
Les deux soeurs ont des personnalités diamétralement opposées. L'une est férue de littérature et apprécie tout particulièrement le  baseball, la seconde est téléphage et passionnée par la culture amérindienne. Comme la plupart des soeurs,  elles vivent une relation passionnnée, balançant entre la complicité et la rivalité, naviguant souvent entre l'amour et la haine. 
Mais, Rose et Ruby, outre leurs liens familiaux, ont une particularité : elles sont jumelles craniopages, une anomalie rarissime qui rend leur séparation impossible. Condamnées par leur handicap à vivre  reliées l'une à l'autre toute leur vie, elles sont obligées  de régler leurs pas l'une sur l'autre, de vivre en bonne entente et faire des concessions mutuelles, ce qui n'est pas sans causer d'affrontements au quotidien.
La force de l'auteur est de nous livrer un roman qui porte une vision lucide sur le handicap et sur le regard (pas toujours clément) des autres sur la différence,  sans jamais tomber dans le pathos ou le discours moralisateur.
J'ai trouvé cette lecture passionnante de bout en bout, avalant pratiquement d'une traite les 360 pages de ce roman et j'ai éprouvé beaucoup d'empathie pour les personnages centraux, jamais mièvres ou larmoyants, mais profondements humains.
Un seul bémol cependant, concernant le titre du roman ! Pourquoi le choix d'un titre aussi banal pour ce livre, absolument pas représentatif du contenu ? (par facilité ? pour attirer le lectorat de la chick lit ?). J'avoue que si la couverture n'avait pas été aussi attractive, j'aurais passé mon chemin !
Sinon, vous l'aurez compris, "Les filles" est mon gros coup de coeur du moment !

Un extrait :

Ruby :


"Salut, c'est Ruby Darlen qui écrit.
Laissez-moi d'abord vous dire que je ne suis pas particulièrement douée pour l'écriture. Je ne suis pas trop portée sur les livres. Et depuis que nous avons terminé nos études à l'école secondaire de Leaford, je n'ai pas écrit grand chose, sinon deux ou trois lettres. J'ai tendance à éviter les activités pour lesquelles je n'ai aucun talent, l'écriture par exemple, et j'ai donc mis du temps à me décider à entreprendre ceci. Je ne suis même pas certaine de ce que veut dire "ceci". Ma soeur affirme qu'elle rédige son autobiographie. Je lui ai demandé comment une soeur conjointe pouvait écrire l'histoire d'une vie qu'elle n'a pas vécue seule. Dans ce cas, a répondu Rose, tu n'as qu'à ajouter des chapitres écrits de ton point de vue.
J'écris donc ici de mon point de vue. Le hic, c'est que Rose refuse de me dire ce qu'elle écrit, sauf qu'il s'agit de sa vie. Vaste sujet. Je n'ai donc aucune idée de ce que je devrais confirmer ou infirmer.
Rose dit que je dois écrire comme si je m'adressais à un ami.
Donc, salut à toi, ami."

Rose :


"Des mots s'échappent de mon cerveau. S'écoulent de mon oreille. Coulent en glougloutant de ma bouche tordue.  Eclaboussent mon chemisier. Dégoulinent sur mon clavier. Forment une flaque sur mon parquet gauchi. Au moins, ils ne jaillissent pas de mon coeur. Ni, que Dieu me pardonne, de mon cul. J'attrape les mots au fur et à mesure qu'ils tombent. Mes mains puent. Et la maison est sens dessus dessous. À cause des mots renversés."

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