Le livre, un outil de liberté ?

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jeudi 29 mars 2012

Les voleurs de cygnes d'Elisabeth Kostova



 
Editeur : Michel Lafon 
Traduction: Joëlle Touati et Jean-Pascal Bernard
Parution : 17/06/2010
Nombre de pages : 476
Genre : Littérature anglo-américaine

L'auteure :



Elisabeth kostova est née en 1964 à New London dans le connecticut. Elle a fait ses études à Yale où elle a remporté "The Wallace Prize for Fiction". Elle vit actuellement à Ann Arbor avec sa famille et enseigne à L'université du Michigan. Son roman 'L'Historienne et Dracula" a été traduit en 28 langues.

Quatrième de couverture :

Andrew Marlow, psychiatre solitaire à qui ses patients et la peinture tiennent lieu de compagnie, mène une vie parfaitement organisée. Jusqu'au jour où un peintre renommé lacère une toile à la National Gallery. Marlow tente de comprendre l'acte sacrilège de cet artiste, tâche d'autant plus ardue que, devenu son patient, celui-ci refuse de prononcer un seul mot. Le psychiatre n'aura pas d'autre choix que d'enquêter sur l'entourage du peintre, les femmes de sa vie, et surtout, cette mystérieuse inconnue qu'il dessine sans relâche... 
A la fois roman historique, récit d'un amour fou et enquête policière, Les Voleurs de cygnes est un véritable tour de force littéraire.

Mon avis :

Dans la mythologie grecque Léda est la fille d'Eurythémis et de Thestios, roi de Pleuron en Etolie. Épouse de Tyndare, roi de Sparte, Zeus revêtit la forme d'un cygne pour la séduire. De leurs amours naquirent Hélène et Pollux. L'auteure a tissé son roman autour de cette légende.
Le personnage central du roman, Robert Oliver, est un peintre célèbre qui va sombrer petit à petit dans la folie. Il est arrêté par la police à la National Gallery of Art de Washington, après avoir tenté de lacérer "Léda", le tableau d' un impressionniste français, Gilbert Thomas (un peintre fictif, tout droit sorti de l'imagination de l'auteure, même s'il existe de nombreuses représentations de Léda et du cygne dans le domaine de l'art pictural).
Andrew Marlow, son thérapeute, va essayer de percer les mystères de cet homme plongé dans le mutisme le plus complet depuis qu'il a commis cette tentative de destruction sur l'oeuvre d'un artiste auquel il vouait une admiration sans borne .  Psychiatre renommé, et peintre  lui aussi à ses heures perdues, c'est un homme esseulé qui n'a jamais  trouvé le bonheur dans le domaine conjugal . Il est fasciné et dérouté par cet artiste et va tout faire pour percer l'énigme qui l'a fait basculer vers la démence. 
Pourquoi Robert Oliver peint-il toujours la même femme sans relâche au risque de perdre sa santé et le peu de raison qu'il lui reste ? Est-elle un personnage sorti tout droit de son imagination ? A-t-elle réellement existé ? Pour découvrir qui se cache derrière cette inconnue, Andrew Marlow va partir à la rencontre de l'entourage de l'artiste et notamment des femmes qui ont partagé sa vie. Elles vont peu à peu se livrer, dévoiler les pans sombres de leur histoire commune avec Robert Oliver et lui apporter un éclairage sur l'origine de son obsession.
Ce roman mêlant passé et présent est entrecoupé par les lettres de Béatrice De Clerval, une artiste peintre du 19ème siècle. Dans ce récit s'entremêlent les voix de différents narrateurs, Marlow, Kate et Mary, qui chacun à leur tour nous raconte leur propre histoire.
Elisabeth Kostova a consacré pas moins de cinq années de recherche sur les peintres impressionnistes pour rédiger ce roman et l'on sent à travers sa plume qu'elle maîtrise son sujet ! L'écriture est fluide et le roman se lit avec aisance malgré quelques longueurs qui ne freinent cependant pas la lecture pour autant. Les personnages sont bien campés, crédibles et même si l'intrigue n'est pas spécialement originale, elle reste bien maîtrisée. Je n'irai pas jusqu'à dire que ce fut un véritable coup de coeur mais j'avoue avoir passé un très bon moment de lecture !

Un extrait :

"À l'orée du village, un feu éteint au centre d'un cercle de pierres. À côté, dans la neige, un panier abandonné, dont l'osier a presque la couleur des cendres. Des bancs désertés. Quelques braises rougeoient encore parmi les bûches calcinées. La nuit descend si vite que quelqu'un a déjà allumé une lampe dans la maison la plus proche. Hiver 1895 ; l'année sera bientôt marquée en chiffres noirs sur les ombres, dans un coin. La neige tombée des toits d'ardoise forme des monticules au bord des chemins. Toutes les portes sont fermées. Des effluves de cuisine s'élèvent au-dessus des cheminées.
Seule âme qui vive dans ce morne paysage, une femme en chauds vêtements de voyage se dirige vers les dernières habitations. Ici aussi, quelqu'un allume une lanterne, penché au-dessus de la flamme, silhouette indistincte derrière une vitre. La passante solitaire a une allure distinguée. Elle ne porte pas le grossier tablier et les sabots de bois des villageoises. Sa cape et ses longues jupes se détachent sur la neige violette. Son capuchon bordé de fourrure ne laisse voir que la courbe blanche de sa joue. Un liseré bleu pâle à motif géométrique orne le bas de sa robe. Elle porte un paquet soigneusement enveloppé, qu'elle serre contre sa poitrine comme pour se protéger du froid. Le long de la route, les arbres tendent sinistrement leurs branches vers le ciel. Sur le banc devant la dernière maison du village, une étoffe rouge un châle peut-être, ou une petite nappe, unique tache de couleur vive. La femme marche d'un pas rapide. Ses bottines claquent sur le sol gelé. Son haleine s'échappe par bouffées claires dans le crépuscule s'épaississant. Est-elle pressée de quitter le village ou se rend-elle dans l'une de ses dernières maisons ?
Mais elle ne se retourne pas et il en est heureux. Elle lui plaît telle qu'elle est, s'éloignant de lui dans le tunnel neigeux de sa toile, son paquet serré au creux de ses bras. Une femme réelle, un femme pressée, fixée sur la toile pour l'éternité. Figée dans sa hâte. Une apparition réelle ; à présent le personnage d'une peinture."


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1 commentaire:

  1. Je viens de refermer "Les voleurs de cygnes" pour lire ton commentaire. Je ne manquerai pas de faire une chronique de ce livre sur mon blog mais ton avis rejoint le mien. Une belle histoire très documentée qui nous plonge dans le monde des impressionnistes du 19° siècle. Des longueurs, un scénario sans surprise mais des personnages forts attachants. On en reparlera Isabel.

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