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mercredi 27 avril 2016

Goodbye Gandhi de Mélanie Talcott
















Éditeur: L'Ombre du Regard
Parution : 16/04/2015
Nombre de pages : 242
Genre : polar

L'auteure :






















Mélanie Talcott qui a vécu quelques années en Inde est l'auteur de plusieurs romans dont "Les microbes de Dieu (2011), "Alzheimer… Même toi, on t’oubliera" (2012) et d'un recueil de poésie "Ami de l'autre rive" (2014). "Goodbye Gandhi" a reçu le Prix du Polar auto-édité 2016.

Quatrième de couverture :

Exit le Taj Mahal, le nirvana et autres foutaises pour touristes en mal d’imagination. C’est à une plongée plein pot dans la crudité de l’Inde à laquelle nous convie Mélanie Talcott. Sous couvert de l’enquête policière déclenchée par le meurtre d’une grande figure de l’humanitaire, l'auteur nous immerge dans une Inde moderne et moins attrayante que l'image classique que l'on en a : celle de la corruption ordinaire, de la violence, des meurtres, de la prostitution, de l’humanitaire travesti en tourisme sexuel. Un livre sans complaisance, mais d’une tendresse caustique et un excellent thriller. 
..."Vijay Ramalingam avait tellement vu de corps de suicidés, des femmes surtout qui se donnaient la mort en se pendant à un ventilateur, qu’il eut l’immédiate certitude qu’elle s’était pendue avec un foulard ou un linge quelconque, avant que l’évidence ne chasse la logique des apparences. Quelqu’un avait pris la peine non seulement de déposer son corps sur un linceul de fleurs, mais aussi de répandre autour quelques pièces de monnaie et du riz safrané. Quelqu’un qui avait assisté ou organisé ce suicide et qui connaissait les rudiments des rites funéraires indiens et s’était efforcé de respecter, du moins à sa manière, la défunte dont le visage exprimait étrangement plus la sérénité que la peur. Il soupira, se demanda pourquoi cela ne l’étonnait jamais que bien des personnes que l’on qualifiait avec une vénération non dénuée d’envie d’extraordinaires, finissent un jour ou l’autre par se retrouver dans une poubelle, sortit son mobile indien BSNL et appela son supérieur, Ravi Kumar."

Mon avis :

Au pays de Gandhi,
Comme dans tous les pays,
On s'amuse on pleure on rit,
Il y a des méchants et des gentils,
Et pour sortir des moments difficiles,
Avoir des amis c'est très utile,
Un peu d'astuce, d'espièglerie,
C'est la vie de... la "Bande du Lotus rouge" ! (paroles empruntées à feu Mr Charles Level*, la tentation était trop grande).

Huit gosses qui en ont GROS sur la patate, 
Huit gosses qui CRÈVENT la misère,
Huit gosses qui CRIENT leur ras-le-bol,
Huit gosses qui en ont MARRE de se faire EXPLOITER,
Huit gosses qui N'ONT PAS une ROUPIE, mais DE LA SUITE DANS LES IDÉES !
Huit gosses qui disent NON, définitivement NON !!!

Leena, Nilâ, Muthalagi, Mani, Murga, Sendil, Anarsalam et Praveena !

Voilà huit mouflets attachants  et qui sont de vrais pipelettes, des gnards qui risquent de vous surprendre par leur audace et qui vous tendent les bras dans "Goodbye Gandhi" !

"Goodbye Gandhi", c'est aussi l'Inde sans le "miroir aux alouettes", l'Inde à l'état brut dans tout ce qu'elle peut comporter de splendeur et de crasse, l'Inde du marché au fleur et des guirlandes de jasmin que les femmes aiment glisser dans leurs tresses. PONDIchérie, PONDIchierie !
D'une plume habile et nerveuse, Mélanie Talcott nous fait visiter les recoins les plus sombre de Pondichéry et de l'âme humaine, dénonçant  le tourisme sexuel et la corruption qui gangrène le pays, ne nous cachant rien de ces dépotoirs à ciel ouvert qui défigurent le paysage...  

Envie de lire un polar qui sort des sentiers battus ? Ce roman original dans sa construction comme dans sa tonalité devrait combler vos attentes !

* auteur de génériques de dessins animés, "Au pays de Candy" et "Chapi Chapo " notamment...

Un extrait :

"Bien sûr mes enfants, que tout le monde a le choix, que tout le monde fait des choix, même moi qui vend du thé ou ces gens qui dorment, le jour ou la nuit, sur le trottoir, sous les porches, dans des positions extravagantes, insensibles au bruit ambiant et aux pestilences ! L'Inde du No problem, Sir, l'Inde des mille bébés qui meurent quotidiennement par manque de soins. Non, tout le monde n'est pas pourri et chacun a son opportunité. C'est très dangereux d'être bon. La charité avilit qui la pratique et corrompt qui la reçoit, comme le disait si bien Norman Béthune. Là je m'en vais... Stop, stop... Ne m'obligez pas à être ce que je tais. Je suis en colère, je suis très en colère."


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mercredi 22 août 2012

Tous ces silences entre nous de Thrity Umrigar

Editeur : Flammarion
Parution : 01/03/2007
Traduction : Martine Leroy-Battistelli
Nombre de pages : 347
Genre : Littérature américaine

L'auteure :




Thrity Umrigar est née à Bombay et a immigré aux États-Unis à l'âge de 21 ans. Détentrice d'un doctorat d'anglais, elle vit actuellement à Cleveland dans l'Ohio. Citoyenne américaine depuis 1993, elle a exercé la profession de journaliste pendant dix-sept ans pour le Washington Post et le Plain Dealeret et enseigne la littérature à la Case Western Reserve University. Elle est l'auteur de "Tous ces silences entre nous" (2007) et "Le poids du paradis" (2010).

Quatrième de couverture :

Chaque matin depuis vingt ans, dans le Bombay d'aujourd'hui, Bhima quitte sa petite baraque pour rejoindre la maison de Sera Dubash, où elle est domestique. Malgré leur différence de classe et de sang, Bhima et Sera sont liées par leur condition de femme.

A travers deux portraits saisissants, ce roman met en scène la tension entre ce qui unit toutes les femmes et ce qui socialement les sépare encore dans l'Inde contemporaine.

Mon avis :

"La plus grande révélation est le silence". Cette parole de Lao-Tseu prend tout son sens dans ce très beau roman de Thrity Umrigar. Nul n'est plus évocateur que certains silences, souvent beaucoup plus lourds de sens que n'importe quelle parole prononcée !

L'intrigue de "Tous ces silences entre nous" se déroule dans l'Inde d'aujourd'hui. L'auteure nous conte sur le mode du flash-back, l'histoire de Bhima, maharatie de naissance vivant dans un bidonville et celle de Sera, riche parsie qui emploie cette dernière comme domestique à son domicile depuis une vingtaine d'années.
Au fil des années, les deux femmes n'ont ni l'une ni l'autre été épargnées par la vie et elles ont dû faire face à de nombreuses épreuves : les trahisons multiples, la maladie, la perte de proches, une vie éprouvante aux côtés d'un époux violent ou les problèmes rencontrés en raison d'une mésentente avec une belle-mère acrimonieuse et despotique. 
Face à l'adversité, elles se sont soutenues mutuellement chacune à leur manière, malgré la présence de nombreuses barrières culturelles qui les empêchaient de nouer une véritable amitié.  
Bhima,  dans l'espoir d'une vie meilleure, a tout sacrifié pour l'éducation de sa petite-fille Maya, une étudiante douée promise à une carrière professionnelle qui lui permettra de sortir de sa condition misérable. Lorsque Bhima découvre que cette dernière est enceinte, son univers s'écroule, d'autant plus que celle-ci refuse obstinément de dévoiler l'identité du père. La vérité, surprenante, ne surgira d'ailleurs que dans les toutes dernières pages du roman !

J'ai dévoré avec beaucoup d'émotion ce récit à la fois sombre et porteur d'espoir. D'une plume élégante et empreinte de poésie, l'auteure nous décrit les tensions bien réelles générées par les différences culturelles inhérentes aux castes indiennes, bien qu'en théorie, tous les citoyens soient égaux en droit depuis que l'Inde ait acquis son indépendance en 1947. Elle nous livre également un puissant roman qui traite de manière fine et pudique d'un thème universel, celui de la condition féminine !

Un extrait :

"Adolescente, déjà, Sera était fascinée par ce paradoxe - le fait que ce corps que nous occupons, qui nous enveloppe ainsi qu'un manteau depuis l'instant de la naissance - avant la naissance, même - demeure pour nous un inconnu. Pourtant, presque tout ce que nous faisons a son bien-être pour objet : nous nous lavons les dents, nous nous peignons les cheveux et nous coupons les ongles ; nous accomplissons des travaux éreintants afin de le nourrir et de le vêtir ; nous nous donnons beaucoup de mal pour le protéger de la douleur, de la violence et des agressions. Or, notre corps reste un mystère, un livre non lu. Sera méditait sur cette contradiction, comme sur une énigme : malgré le souci omniprésent  que nous avons de notre corps, nous n'avons jamais vu nos reins, nous serions incapables de reconnaître notre foie parmi plusieurs autres, nous n'avons jamais été mis face à notre coeur ni à notre cerveau. Nous en savons davantage sur les profondeurs de l'océan, nous connaissons mieux les confins de l'espace que nos organes, nos muscles et notre squelette. Par conséquent, pourquoi n'y aurait-il pas de douleurs fantômes ? Peut-être toutes les douleurs sont-elles réelles, peut-être chaque coup reçu jadis perdure-t-il éternellement sous une forme différente et le corps est-il une entité hypersensible et vindicative, un registre, un entrepôt où sont emmagasinées les blessures et les humiliations passées.
Mais dans ce cas, le corps devrait également se souvenir de chaque bienfait, de chaque baiser, de chaque témoignage de compassion. C'est là que réside le salut, sans aucun doute, le seul espoir - le fait que la joie et l'amour sont eux aussi imbriqués dans le tissu de notre corps, dans chacun de nos muscles, dans le noyau de chaque cellule.
La brume bleutée du temps se déchire et Sera se rappelle la blessure et le baume, le bourreau et la guérisseuse : Feroz et Bhima."



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