Le livre, un outil de liberté ?

Le livre, un outil de liberté ?

vendredi 28 septembre 2012

Beau parleur de Jesse Kellerman




Éditeur : Éditions des deux terres
Parution : 03/10/2012
Traduction : Julie Sibony
Nombre de pages : 345
Genre : Thriller
 
L'auteur :
 
Jesse Kellerman né en 1978, est le fils des écrivains Jonathan et Faye Kellerman. Il est l'auteur des romans "Les Visages" (Sonatine, 2009) et "Jusqu'à la folie" (Éditions des Deux Terres, 2011).
 
Quatrième de couverture :

Tout va mal dans la vie de Joseph Geist. Il est fauché, sa thèse de philosophie patine depuis des lustres et sa petite amie vient de le mettre à la porte. Alors qu'il frôle le désespoir, une annonce dans un journal retient son attention : « Cherche quelqu'un pour heures de conversation ». Un boulot de rêve pour Joseph ! Parler, c'est ce qu'il fait le mieux et Alma Spielmann s'avère l'employeuse idéale : vieille dame raffinée, érudite et généreuse qui l'invite même à loger dans sa somptueuse demeure. Seule ombre au tableau, Éric, son neveu bien aimé, un jeune homme paumé, énigmatique et manipulateur que Joseph prend en grippe instantanément. Pourtant, il est loin de se douter des conséquences néfastes que les manigances d Éric auront sur le restant de ses jours.

Mon avis :
 
 Sommes-nous libres de choisir et de décider de nos actes ou au contraire, ne somme-nous que de simples pantins entièrement conditionnés ?
La souveraineté de la volonté est-elle un leurre ou une réalité ?
La notion de libre-arbitre est un concept sur lequel ont débattu de nombreux philosophes, d'Aristote à Nietzsche, et c'est autour de cette notion que Jesse Kellerman a construit son nouveau roman "Beau parleur", faisant de son personnage central un étudiant en philosophie passionné par les théories existentialistes.
 
 L'auteur a choisi de situer l'intrigue à l'université d'Harvard, à Cambridge, où il a lui-même poursuivi ses études de philosophie. Joseph Geist, le narrateur, est un étudiant pauvre dont les maigres possessions se résument en quelques ouvrages universitaires, un ordinateur portable, sa thèse inachevée sur le libre-arbitre et un serre-livres représentant une ébauche imparfaite et grossière de la tête de Nietzsche, dénichée sur un marché aux puces.
Par une froide soirée d'hiver, sa petite amie le jette dehors sans ménagement. Hébergé provisoirement par un ami, Joseph comprend qu'il va devoir très vite trouver une solution afin de mettre fin à cette situation inconfortable. En quête d'un emploi, il parcourt les petites annonces quand une curieuse offre retient son attention : "Interlocuteur souhaité pour heures de conversation..."
Le dépositaire de l'annonce s'avère être une piquante octogénaire à la conversation érudite. Autrichienne de naissance, cette célibataire éprise de liberté a étudié la philosophie avec les plus grands et parcouru le vaste monde avant de faire de Cambridge son port d'attache. Ils s'entendent immédiatement et Joseph est engagé sur-le-champ, la vieille dame lui proposant même l'hospitalité dans sa splendide demeure. Joseph qui a connu une enfance difficile savoure le confort que lui procure sa nouvelle vie et se prend très vite d'affection pour Alma qui devient pour lui la parente de substitution dont il a toujours rêvé. La vieille dame, de son côté, trouve en lui l'interlocuteur idéal avec qui débattre autour des sujets qui l'ont toujours passionnée. Seule ombre au tableau, une névralgie du trijumeau qui provoque épisodiquement chez Alma de violentes céphalées l'obligeant à s'aliter.
Leur belle complicité va malheureusement se retrouver contrariée par le retour d'Éric, le neveu d'Alma, un jeune homme paumé, uniquement intéressé par la fortune considérable de cette dernière. Celui-ci voit d'un très mauvais oeil les liens qui se sont tissés entre Alma et Joseph. Il craint d'être dépossédé de l'héritage tant convoité par celui qu'il considère comme un intrus. Il va dès lors, tout tenter pour faire main basse sur la fortune de la vieille dame, allant jusqu'à proposer une alliance à Joseph afin de mettre en oeuvre un plan machiavélique.
Jusqu'où Éric est-il prêt à aller pour assouvir sa cupidité ? L'affection que Joseph voue à la vieille dame sera-t-elle plus forte que l'appât du gain ?

 Déjà sous le charme de la plume de l'auteur avec son premier roman "Les visages", je suis littéralement conquise par ce dernier. A l'instar des maîtres du thriller psychologique que sont Ruth RendellHenning Mankell ou Elisabeth George (je pense à "Anatomie d'un crime", notamment), l'auteur nous livre une intrigue retorse, glaçante et diablement bien maîtrisée.
Dans la première partie du roman, le narrateur nous livre peu d'éléments sur sa personnalité, il nous relate surtout son enfance meurtrie et sa lutte acharnée pour réussir à se démarquer d'un environnement dont il se sent étranger. C'est dans la seconde partie que tout s'accélère, on voit alors émerger la personnalité complexe du narrateur qui se dévoile avec de plus en plus de facilité, jusqu'à se livrer sans restriction à son lecteur. Le récit est rédigé principalement à la première personne, à l'exception de certains passages de la dernière partie du roman où la narration se fait à la deuxième personne. Joseph nous prend alors à témoin, cherchant à nous embarquer dans le fil des évènements qui s'enchaînent de manière dramatique, rendant la tension psychologique encore plus palpable.
Véritable plongée au coeur de la psyché humaine, "Beau parleur" représente pour moi la plus belle surprise de cette rentrée littéraire 2012 !

Un extrait :
 
INTERLOCUTEUR SOUHAITÉ
POUR HEURES DE CONVERSATION.
PAS SÉRIEUX S'ABSTENIR.
APPELER AU 617-XXX-XXX
PAS DE DÉMARCHEURS SVP.
 
 L'activité première de la philosophie contemporaine est l'étude minutieuse du langage. Je relus le texte plusieurs fois avec le sentiment de le comprendre sans le comprendre.
Quel genre d'interlocuteur ? Souhaité par qui ? Juste « souhaité », dans le sens d'une nécessité, comme il est « souhaitable » de trouver une source d'énergie renouvelable bon marché ? Quelque chose peut-il être souhaité dans l'absolu, sans qu'il y ait un « souhaiteur » ? Bien sûr que non ; ce n'est pas comme ça que que fonctionne ce verbe. Sans doute qu'en l'occurrence le souhaiteur était la personne ayant passé l'annonce. Mais telle que la phrase était rédigée, sans complément d'agent, j'avais d'avantage l'impression de lire la description d'un état de fait qu'une offre d'emploi.
 Et comment un candidat pouvait-il évaluer son degré de sérieux sans savoir en quoi le boulot consistait ? Était-ce moi qui devait être sérieux, ou bien ma candidature qui devait pouvoir être prise au sérieux par mon employeur potentiel ? Par exemple, je pourrais sérieusement rêver de devenir une astronaute lesbienne cracheuse de feu sans qu'on puisse pour autant qualifier de sérieuses mes chances d'y parvenir.
 Le ton de l'annonce était une invitation en même temps qu'un avertissement ; une main tendue, l'autre levée en bouclier. Et qu'est-ce que c'était que cette histoire de démarcheurs ? Peut-être la personne craignait-elle une usurpation d'identité. Mais dans ce cas, pourquoi donner un numéro de téléphone ? Pourquoi pas une simple adresse e-mail ou, pour ceux de la vieille école, carrément une boîte postale ? Quelque chose ne collait pas, et j'avais la très forte intuition d'être en face d'une arnaque. De nos jours on n'est jamais trop méfiant, la paranoïa n'étant plus regardée comme une pathologie mais une marque de bon sens.
 Quand même. Je trouvais cette annonce étrange. D'une étrangeté tentante.


 
Je remercie Carla Briner des Éditions des deux terres pour la découverte de cet ouvrage.

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2 commentaires:

  1. Celui-ci fera sûrement partie de mes prochaines lectures. J'aime bien l'auteur et ta chronique me donne envie de le lire . Merci

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  2. Merci Jostein. Un vrai régal pour les amateurs de thrillers psychologiques !

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