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mercredi 6 septembre 2023

Psychopompe d'Amélie Nothomb

 














Éditeur : Albin Michel
Parution : 23/08/2023
Nombre de pages : 162
Genre : littérature française

L'auteure :

Amélie Nothomb est une écrivaine belge de langue française. Elle est née le 13 août 1967 à Kobe, au Japon, où son père, le baron Patrick Nothomb, fut ambassadeur de Belgique. Belgique, qu'elle ne connaîtra qu'à 17 ans, pour y terminer ses études de philologie romane à l'Université libre de Bruxelles.
Depuis 1992, Amélie Nothomb publie aux éditions Albin Michel un roman par an.
Stupeur et tremblements, roman de son expérience professionnelle au Japon, sera récompensé en 1999 par Le Grand Prix du roman de l'Académie française.

Quatrième de couverture :

"Ecrire, c'est voler."

Mon avis  :
           
« Désormais, écrire, ce serait voler. Je ne suggère pas que me lire soit un exercice d'altitude, je sais que quand j'atteins mon écriture, je vole. Mon rêve prit sens. Oui, j'avais découvert la gymnastique qui permettrait de s'envoler : il s'agit de se positionner d'une manière particulière à l'intérieur de soi, de saisir le bon angle et la juste distance et de se précipiter.  »

Pas de rentrée réussie sans un roman d'Amélie Nothomb. Marcher dans les feuilles mortes, savourer la chaleur d'un velouté de potiron et déguster les écrits de la romancière belge préférée des français adoucissent le passage vers l'hiver. 
Cette année, cette dernière renoue avec le récit autobiographique. Après avoir consacré un roman dédié à son défunt père diplomate, cette dernière nous livre quelques bribes de son enfance écorchée par un viol survenu au Bangladesh, quand elle avait douze ans. Elle nous raconte son naufrage dans l'anorexie dix ans durant, la dissociation mentale puis sa résurrection par l'écriture grâce à son amour des volatiles. 
Une passion pour les oiseaux datant de son enfance, native d'un conte nippon qui l'a particulièrement marqué et qui fait office d'introduction à ce récit intime aussi lumineux que douloureux. Pour l'auteure, "écrire c'est voler". Cette dernière nous confie que dès qu'elle a pris la plume, elle a eu la sensation de prendre enfin son envol et de mettre à distance les tourments qui la dévorait ! Une renaissance même si ce ne fut pas un accouchement sans douleur… 

Récit protéiforme mêlant ornithologie, souvenirs de jeunesse enchanteurs comme douloureux, rapports à la mort et secrets d'écriture, le dernier roman d'Amélie Nothomb est passionnant de bout en bout. 
Avec la pudeur et la sensibilité à fleur de peau qui signent son écriture si singulière, j'ai passé un délectable moment avec la touchante Dame au chapeau.
Amélie Nothomb est une madeleine de Proust délicieusement régressive qui fleure bon la rentrée ! 


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samedi 7 octobre 2017

Semblant sortir du noir de Marie-Laure Hubert Nasser




















Éditeur : Editions Passiflore
Parution : 01/09/2017
Nombre de pages : 176
Genre : littérature française

L'auteure : 





















Née à Clermont-Ferrand, Marie-Laure Hubert Nasser est actuellement directrice de la communication de la ville de Bordeaux. Engagée dans la lutte pour le droit des femmes, elle a crée le blog Allez bordelaises. 
Elle est l'auteure de Spleen machine (2015) et La carapace et la tortue (2013) pour lequel elle a reçu le Prix Saint Estèphe du Château Pomys 2015,  et le Prix du roman régional du Lions Club International 2015.

Quatrième de couverture : 


Le destin ne s’accomplit jamais selon nos plus belles espérances. Il nous surprend, nous renverse parfois, nous bouleverse souvent.

Nawel ne veut pas quitter sa maison et ses parents, même si elle sait que son avenir est compromis dans son pays en guerre. Luc ne peut imaginer rompre avec sa femme alors que leur vie conjugale s’est transformée en cauchemar, il garde l’espoir d’une famille unie, comme ses parents avant lui. Georgia refuse de quitter son enfance et de prendre la route comme son père le lui a demandé. Et Mélanie rejette de toutes ses forces la célébrité, même pour permettre à l’homme de sa vie de réaliser son rêve.

Faut-il croire qu’un chemin tout tracé guide nos pas, malgré nous ?


Mon avis : 


« L'existence était un effacement permanent. Notre peine s'était allégée et l'espoir renaissait. »


Quatre nouvelles, quatre destinées. Celles de trois femmes et un homme, qui se trouvant à un carrefour de leur vie devront faire face à des choix décisifs concernant leur avenir. Ont-ils vraiment le moyen de choisir ou sont-ils de simples pantins du destin conditionnés par le déterminisme social ?
La guerre, la mort, l'infidélité et même le succès vont venir bouleverser l'univers personnel des différents protagonistes. Déchirés, déstabilisés ou effrayés, en proie à des tourments divers, ces derniers vont se retrouver plongés dans les ténèbres, le temps de refaire surface et de renouer avec le fil interrompu de leur vie... C'est cet entre-deux que nous relate Marie-Laure Hubert Nasser. Cette période de latence où les différents acteurs de ces courtes nouvelles vont mettre leur vie entre parenthèses, se ménageant un temps de réflexion, de repli ou de deuil, étapes indispensables à leur équilibre ou leur survie future !

Malgré la noirceur du thème abordé, j'ai apprécié la lecture de ce recueil de nouvelles chargé de tendresse et d'émotions. Narrées sous la forme d'un monologue intérieur, ces brèves histoires se caractérisent par l'acuité de leur intimité confessionnelle. Sous la plume de l'auteure, les personnages qui se cognent à leurs destins nous livrent leur odyssée intérieure, bouleversés par la puissance de leurs sentiments intimes, s'abandonnant avec la même intensité à leur détresse qu'à leurs espoirs de renouveau. 
Sortis du noir, les personnages de Marie-Laure Hubert Nasser rayonnent par la vivacité de leur lumière !




Merci à Babelio et aux éditions Passiflore

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dimanche 15 mars 2015

Une mort très douce de Simone de Beauvoir


Éditeur : Gallimard (Folio)
Parution : 29/07/1972
Nombre de pages : 152
Genre : récit autobiographique

L'auteure : 
















Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908 à Paris et décédée le 14 avril 1986 à Paris. Philosophe existentialiste, romancière, épistolière, mémorialiste et essayiste française, elle a partagé la vie de Jean-Paul Sartre. Elle est une théoricienne importante du féminisme, et a participé au mouvement de libération des femmes dans les années 1970.

Quatrième de couverture : 

La journée du mardi se passa bien. La nuit, maman fit des cauchemars. "On me met dans une boîte", disait-elle à ma sœur. "Je suis là, mais je suis dans la boîte. Je suis moi, et ce n'est plus moi. Des hommes emportent la boîte !" Elle se débattait : "Ne les laisse pas m'emporter !" Longtemps Poupette a gardé la main posée sur son front : "Je te promets. Ils ne te mettront pas dans la boîte." Elle a réclamé un supplément d'Équanil. Sauvée enfin de ses visions, maman l'a interrogée : "Mais qu'est-ce que ça veut dire, cette boîte, ces hommes ? - Ce sont des souvenirs de ton opération ; des infirmiers t'emportent sur un brancard." Maman s'est endormie.

Mon avis : 

"Devant le sac de paille, rempli de pelotes de laine et d'un tricot inachevé, devant son buvard, ses ciseaux, son dé, l'émotion nous a submergées. C'est connu le pouvoir des objets : la vie s'y pétrifie, plus présente qu'en aucun de ses instants." Dans "Une mort très douce", Simone de Beauvoir nous relate les dernières semaines de la vie de sa mère et son bras de fer perdu d'avance contre la grande faucheuse. Mensonge par omission, Simone et sa sœur Poupette ne peuvent avouer la dure vérité à Françoise de Beauvoir, hospitalisée suite à une malencontreuse chute. Des examens révélant un cancer à un stade avancé, elles préfèrent lui faire croire qu'elle vient d'être opérée d'une péritonite sans gravité.  
Sentant la fin de sa mère qui approche, Simone se remémore son enfance et son adolescence, elle revient sur leur passé commun, se souvenant alors des divergences qui l'opposaient à cette mère possessive et dominatrice. Une femme pleine de vitalité et qui pourtant se refusait à croquer la vie à pleines dents, emprisonnée par le carcan d'une éducation rigide, amoindrie par les privations affectives de son enfance et désillusionnée par son mariage avec un mari volage. Une génitrice qui va reporter tout son amour sur ses enfants, un amour exclusif et tyrannique que Simone a parfois beaucoup de mal à supporter. Françoise de Beauvoir se montre à la fois fier et honteuse de l'insolente liberté de sa fille, lui reprochant (tout en lui enviant) une indépendance qu'elle n'a pu conquérir elle-même. Des relations houleuses que la maladie et l'approche de la mort vont aplanir !
Page après page, avec beaucoup de délicatesse et sans pathos, Simone de Beauvoir nous décrit les six dernières semaines de la vie de sa mère. La vie qui se délite de la chair de sa mère rongée par la maladie, le teint rose qui vire au jaune, un corps qui devient de plus en plus décharné par la maladie qui gagne du terrain, la pudeur qui s'efface devant la souffrance... Malgré la retenue dont elle fait preuve dans ce récit, on devine l'amour infini qu'elle portait à sa mère, sa douleur face à une perte irremplaçable et son incompréhension face à la mort, concluant son récit par ces mots : "Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s'il la connaît et y consent, une violence indue."



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samedi 22 septembre 2012

La dame blanche de Pascal Descos




Éditeur : Éditions Revoir
Parution : 20/10/2009
Nombre de pages : 234
Genre : Littérature française

L'auteur :



Pascal Descos né en 1962 à Gray en Haute-Saône, a grandi à Clermont-Ferrand. Après des études de droit, il devient conseiller commercial en assurances. Marié, il aime la vie à la campagne et vit actuellement dans un petit village Auvergnat. Son deuxième roman, "Priez pour le pauvre Gaspard", est paru aux éditions Revoir en 2010. 

Quatrième de couverture :

Rien ne va plus pour Waldeck, la quarantaine et cadre dans une société d'assurance. Alors qu'il s'interroge sur l'intérêt de sa vie, Nelly, son épouse, lui révèle une aventure qu'elle a eue récemment. Après une violente dispute, il part errer la nuit dans les rues de Clermont-Ferrand. Il y croise Alex, divorcé endurci, Olivia qui croit au grand amour, et finit la nuit chez Pablo et Rodolphe, deux marginaux qui l'on ramassé assoupi sous un porche. Ces diverses rencontres, dont celle d'un vieux prêtre insolite, lui dévoileront la force du pardon. Et la Dame Blanche, qui le poursuit depuis plusieurs nuits, lui fera comprendre que ce qu'elle attend de lui dépasse de loin le pardon. Une belle histoire, réaliste et fantastique sur des sujets difficiles : l'amour, le pardon, Dieu... Mais qui se lit comme un roman de Simenon.

Mon avis :

Qui n'a jamais entendu parlé du mythe de la Dame blanche ?
Du moyen-âge à aujourd'hui, toutes sortes de fables et de légendes urbaines courent sur ce mystérieux  fantôme, une jeune femme entièrement vêtue de blanc, annonciatrice d'une mort prochaine. La légende prédit que celui qui aura le malheur de la croiser au détour d'une route, subira alors son courroux en étant victime d'un accident mortel...
Pascal Descos s'est inspiré de ce folklore urbain pour nous livrer ce roman contemporain à tendance fantastique qui traite des thèmes universels de l'amour et du pardon.

Waldeck, 40 ans, marié depuis vingt ans est jusqu'à présent un homme plutôt satisfait de sa condition et comblé par une carrière professionnelle rondement menée. Malheureusement, la petite mécanique bien huilée de sa vie va se trouver brusquement bouleversée. Une nuit, il se réveille en proie à un terrible cauchemar. Un rêve effrayant au cours duquel il a croisé le chemin d'une inquiétante dame blanche et qui va déclencher chez lui une violente crise d'angoisse, bientôt suivie d'une remise en question majeure sur sa vie et sur l'avenir de son couple.
Dès le lendemain, ce dernier, de nature plutôt conciliante et placide, cherche querelle à son entourage. Il s'emporte sans raison contre sa fille et s'en prend à son collègue lors d'un déjeuner pris ensemble dans une brasserie, lui reprochant ses moeurs légères. Le soir même, c'est son épouse qu'il incrimine, lui exposant ses griefs et son insatisfaction concernant le déroulement de leur vie de couple qu'il juge monotone et dépourvue de tout intérêt. Celle-ci, excédée, s'emporte alors et lui révèle un récent adultère. Waldeck en proie à une rage démesurée, quitte avec fracas le domicile conjugal. 
Dès lors, on va suivre  sur quarante-huit heures,  les errances et égarements  de Waldeck dans les rues sombres de Clermont-Ferrand. Il va se trouver confronté à des évènements qui vont réussir à ébranler toutes ses certitudes. Une dérive au cours de laquelle il va emprunter des chemins de traverse, croiser des noctambules désabusés et des  routards au grand coeur ainsi qu'un étrange prêtre aux allures de marginal qui malgré les réticences de Waldeck, va lui venir en aide et lui permettre de partir à la rencontre de lui-même...   

A travers ce roman riche en émotions et agrémenté de quelques touches d'humour venant alléger la gravité de l'histoire, l'auteur nous livre un récit lucide, emprunt de pudeur et de finesse, où les tourments intérieurs des principaux protagonistes en proie avec leur conscience sont décrits avec beaucoup de minutie. 
Évitant l'écueil du discours moralisateur, il aborde  des  sujets sensibles comme l'érosion du couple face au temps qui passe, la mort du désir  et l'adultère. Un roman qui tourne autour d'une question centrale : le pardon est-il possible et sous quelles conditions ? 
Ce récit linéaire, égayé d'une pointe de fantastique, se lit avec beaucoup d'aisance. J'ai apprécié l'intrigue subtilement menée, enrichie d'une galerie de personnages attachants et bien croqués. Un roman difficile à lâcher, que j'ai d'ailleurs lu d'une seule traite, étant totalement embarquée dans l'histoire !
 
Un extrait :
 
Un sentiment d'amertume l'envahit à l'évocation de son couple. Les liens qui les unissaient lui semblèrent soudain ténus et lâches. Finalement, l'idée de sa propre mort ne lui faisait même pas peur. D'ailleurs, qu'est-ce qui pouvait lui faire craindre la mort ? De basculer dans un monde inconnu ? Ou de ne basculer dans rien du tout. Il avait bien été au catéchisme étant gamin. On lui avait dit que le bon dieu était bon. Pardi ! Avec un nom comme ça. Ceux qui le lui avaient dit semblaient en être convaincus. Quand à lui, il n'avait pas jugé nécessaire de s'appesantir sur la question et, après sa profession de Foi, il ne remit les pieds dans une église que lors de son mariage.
Mourir ? Pourquoi pas finalement. Il était surpris de ne sentir aucune appréhension à cette idée. Peut-être parce qu'il ne croyait pas franchement à cette histoire de Dame Blanche. Son chef de service, les objectifs commerciaux, son couple, tout cela l'ennuyait. A la réflexion, il n'était pas heureux, il en prenait à l'instant conscience. De l'euphorie des premières années partagées avec Nelly, il n'avait jamais senti le glissement vers ce quotidien morne et plat. Y avait-il eu une cassure un jour ou était-ce l'érosion inévitable des années ? Il se rendait compte qu'il n'avait jamais réfléchi ainsi. Pouvez-il dire qu'il aimait ou n'aimait pas sa femme ? Il en était incapable. Pire, il ne pouvait plus dire à l'instant ce que voulait dire « aimer » . Waldeck ne savait plus où il en était...
 
 
Un grand merci à Pascal Descos pour cet ouvrage et pour sa gentille dédicace !

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