Affichage des articles dont le libellé est précarité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est précarité. Afficher tous les articles

samedi 10 décembre 2016

Yaak valley, Montana de Smith Henderson




















Éditeur : belfond
Parution : 18/08/2016
Traduction : Nathalie Peronny
Nombre de pages : 578
Genre : littérature américaine

L'auteur :

 Smith Henderson, qui vit actuellement à Los Angeles, est âgé de 42 ans. Il est né et a grandi dans le Montana, au sein d'une famille de cow-boys et de fermiers. Après des études de lettres classiques, il devient éducateur spécialisé puis se dirige vers le journalisme. Son premier roman, Yaak Valley, Montana, a fait l'objet d'enchères féroces aux États-Unis et a immédiatement été salué comme un futur classique. Finaliste du prix de la fiction PEN Center USA, du prix James Tait Black, du prix du premier roman Flaherty-Dunnan, du prix du roman Ken Kesey, du prix de la meilleure oeuvre de fiction décerné par le Texas Institute of Letters Jesse H. Jones, Yaak Valley, Montana a été couronné par le prix Dagger du premier roman John Creasey et le prix Montana.


Quatrième de couverture :  

Dans les paysages grandioses du Montana des années 1980, l'histoire d'un homme en perdition confronté à ce que l'humanité a de pire et de meilleur. Héritier des grandes oeuvres de nature writing, un roman qui soulève les contradictions les plus violentes et dérangeantes d'une Amérique qui préfère ignorer ses marginaux. Portée par une écriture tour à tour sauvage, brutale et poétique, une révélation.
La première fois qu'il l'a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d'assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l'air affamé... Pete s'accroche, laisse de la nourriture, des vêtements et finit par gagner la confiance du petit.
Suffisamment pour découvrir que le garçon n'est pas seul. Sa mère et ses frères et soeurs sont introuvables, il vit avec son père, Jeremiah Pearl, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l'Apocalypse et comploter contre un gouvernement corrompu et dépravé.
Petit à petit, entre Pete et Jeremiah s'installe une relation étrange. Car Jeremiah s'est isolé par désespoir, après un drame atroce ; Pete de son côté est au bord de sombrer : son frère est recherché par la police ; son ex, alcoolique, collectionne les amants ; et, surtout, sa fille de quatorze ans a disparu quelque part le long de la route du Texas...
Deux hommes aux prises avec des démons qu'ils ne pourront plus faire taire très longtemps...

Mon avis :

Corrosif comme un acide et plus trash que le plus glauque des romans noirs, le récit de Smith Henderson nous plonge dans le quotidien d'un assistant social qui vit dans un trou paumé du Montana au début des années 1980. 
Peter patauge dans le sordide au quotidien, tentant en vain de secourir les plus paumés avec ses maigres moyens. Guère mieux loti que ses protégés, ce dernier va petit à petit s'enliser dans une mouscaille incommensurable, sa vie privée se trouvant aussi désolante que le sort malheureux de ses assistés !

- L'homme est-il son propre prédateur ?
- L'alcoolisme et la folie sont-t-elles héréditaires ?
- Sommes-nous les maîtres de nos destins où "nos démons" gagnent-t-ils toujours la partie ?
- Peut-on empêcher de mordre un chien enragé ? 

Drogue, maltraitance, alcoolisme, précarité, pédophilie, folie, prostitution... l'auteur nous plonge dans les méandres d'un combat dans lequel l'anti-héros de cette histoire ne renonce pas, même s'il se dit parfois qu'il est perdu d'avance. L'espoir est le moteur qui le fait avancer et parfois ramper dans son "no man's land", seul et pourtant déterminé dans son combat contre l'adversité et les vents contraires ! Cependant, au-delà de la noirceur ambiante, la plume est belle et l'auteur nous accroche par son sens du détail et sa tendresse pour les personnages cabossés qui traversent sa narration. La pollution ne vient pas de la vallée oxygénée du Montana dans laquelle on peut respirer à pleins poumons, mais bien de la noirceur humaine qui paralyse et gangrène l'horizon... Qui d'autre que l'homme pourrait gagner ce combat ?

Un extrait : 

Il rêva également. Un diamant inversé sur son front. Un arbre. Il était un paysage. Il était couvert d'arbres. Il était le Yaak. Il était Glacier Park. Il était toutes les vallées majestueuses du Montana occidental, traversé par les ombres des nuages. Les tempêtes se brisaient contre son nez. Il n'était que très peu peuplé. Il était une ville. Il regorgeait de voies rapides et de lumières. Il rêva qu'il avait une sœur, une sœur très belle, et dans son rêve il se fit lui-même la réflexion que cette fille était Rachel et qu'il rêvait d'un autre esprit contenu à l'intérieur du sien, un frère que Rachel n'avait jamais eu, un fils. Dans son rêve, il se disait que nous contenions tous un nombre incalculable de masses et que les gens n'étaient que de simples potentialités, des exemples, des cas.



Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 26 septembre 2015

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry
























Éditeur : Éditions noir sur blanc/Notabilia
Parution : 20/08/2015
Nombre de pages : 310
Genre : roman

L'auteure : 












Sophie Divry est née en 1979 à Montpellier et vit actuellement à Lyon. Après "La côte 400" (2010), "Journal d'un recommencement" (2013) et "La condition pavillonnaire  (2014), "Quand le diable sortit de la salle de bain" est son quatrième roman. 

Quatrième de couverture : 

Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l’écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont avec bonté l’aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s’enchaînent les péripéties les plus folles.
Après la mélancolie de La Condition pavillonnaire, Sophie Divry revient avec un roman improvisé, interruptif, rigolo, digressif, foutraque, intelligent, émouvant, qui, sur fond de gravité, en dit long sur notre époque.

Mon avis : 

"Salauds de radiateurs. 300 - 260 = 40. Affolé par cette simplissime et répétée soustraction, mon esprit essayait de nier l'évidence du résultat. Il recalculait sans cesse, espérant qu'apparaisse un autre nombre, afin d'éviter la question d'après : comment faire pour tenir dix jours avec quarante euros ?" Sophie la narratrice, journaliste et écrivaine, se trouve au bord de l'indigence quand débute la narration de ses mésaventures. Raide comme un passe-lacet, ce n'est pas quelques piges de temps à autre qui vont rehausser ses finances et la réconcilier avec son banquier. Chômeuse de longue durée, elle vivote avec la poignée d'euros que lui verse le Pôle Emploi au titre de l'ASS, une allocation dérisoire qui ne lui permet pas de boucler ses fins de mois une fois ses charges payées. Taraudée par le démon de la faim, elle rivalise d'astuces culinaires pour tromper son ventre. Alors, le risotto au bouillon-cube et les pâtes améliorées n'ont pas de secret pour elle. Hantée par ses idées noires et ses ruminations mentales, elle cherche en vain la solution qui va la sortir du bourbier dans lequel elle s'est enlisée. S'ensuit un long monologue intérieur, dans lequel Lorchus (son démon intérieur qui tente de la pousser à commettre de vilains méfaits) et sa mère (qui la sermonne et tente de la raisonner) se livrent une bataille acharnée. Que faire pour récolter quelques euros qui la feront tenir jusqu'au versement de sa prochaine allocation ? Revendre ses livres chez Gibert ? Voler le sac d'une petite vieille ? Demander un prêt social d'urgence à l'assistante sociale du CCAS ? Vendre du cannabis ? Céder à moindre prix ses maigres possessions ménagères sur leboncoin.fr ? 

Encore un des ces énièmes romans tristes comme un long jour sans pain et qui traitent de la misère et des aléas de l'existence ? Que nenni ! Sophie Divry, avec un humour et une verve irrésistible (pratiquement un éclat de rire à chaque page tournée), nous plonge dans l'univers affamé et déglingué d'une brodeuse de mots qui se nourrit de prose, faute de caler son estomac de nourritures terrestres ! Irrésistible de drôlerie, l'auteure nous régale en jonglant et en jouant avec les mots, dans un style narratif novateur et corrosif : "Ça parle, parle et reparle. Ça parle bis et parle ter. Ça parle forte, ça parle piano. Ça parle beau, ça parle bas. Ça parle, déparle et pseudo parle. Ça parle à bâtons rompus et ça parle à bon escient. Ça parle à mi-voix, ça parle à demi-mots. Ça parle d'abondance, ça parle dans le désert. Ça parle pointu, ça parle haut. Ah ! Qu'est-ce qu'ils parlent !"
Voilà voilà, que dire de plus ? Inutile de se perdre en bavardages stériles. Voici un petit livre rouge qui devrait peut-être nous inciter à plus de clémence envers les marmiteux qui tirent le diable par la queue !


Rendez-vous sur Hellocoton !