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samedi 5 décembre 2020

Un crime sans importance d'Irène Frain














Éditeur : Seuil
Parution : 20/08/2020
Nombre de pages : 250
Genre : littérature française

L'auteure : 













Irène Frain née le 22 mai 1950 à Lorient est agrégée de lettres classiques. Cette romancière qui est également historienne est l'auteur de nombreux romans et biographies dont "Gandhi, la liberté en marche" (2007), "Les Naufragés de l'île Tromelin" (2009) un ouvrage couronné par le Grand Prix de l'Académie de Marine 2010 ainsi que le Grand Prix Palatine du Roman Historique 2009,"La Forêt des 29" (2011), "Beauvoir in love" (2012), "Sorti de rien" Prix Bretagne-Breizh 2014 et "Marie Curie prend un amant" (2015). 
"Un crime sans importance" vient d'obtenir le prix Interallié 2020.

Quatrième de couverture : 

" Les faits. Le peu qu'on en a su pendant des mois. Ce qu'on a cru savoir. Les rumeurs, les récits. Sur ce meurtre, longtemps, l'unique certitude fut la météo. Ce samedi-là, il a fait beau. Dans les commerces et sur les parkings des hypermarchés, on pointait le ciel, on parlait d'été indien. Certains avaient ressorti leur bermuda et leurs tongs. Ils projetaient d'organiser des barbecues dans leur jardin.
L'agresseur, a-t-on assuré, s'est introduit dans la maison de l'impasse en plein jour. On ignore à quelle heure. Pour trancher, il faudrait disposer du rapport du policier qui a dirigé les investigations. Malheureusement, quatorze mois après les faits, il ne l'a toujours pas rendu. "
Face à l'opacité de ce fait divers qui l'a touchée de près – peut-être l'œuvre d'un serial killer –, Irène Frain a reconstitué l'envers d'une ville de la banlieue ordinaire. Pour conjurer le silence de sa famille, mais aussi réparer ce que la justice a ignoré. Un crime sans importance est un récit taillé comme du cristal, qui mêle l'intime et le social dans des pages tour à tour éblouissantes, drôles ou poignantes.

Mon avis :

« Je vais écrire sur Denise. Ecrire pour que la justice se mette à son tour à écrire. Des mots comme "crime", par exemple, au lieu "d'agression" et "meurtre" au lieu de "décès". Même si elle ne met pas la main sur le coupable, elle est seule à pouvoir laver nos vies du sang versé. Si la police a échoué, c'est à elle, la justice, de reprendre le flambeau. A elle d'agir, maintenant, à elle de dire, à elle d'écrire, à elle de remettre de l'ordre dans ce chaos. Il est simple, cet ordre, les humains le connaissent depuis la nuit des temps. Les vivants chez les vivants, les morts chez les morts. »

Elle avait 79 ans et vivait une retraite paisible dans un modeste pavillon de banlieue. Anonyme parmi les anonymes, elle sortait peu et uniquement en journée, pour faire quelques courses ou se rendre à l'église évangélique le dimanche. Elle était méfiante et fermait toujours à double tour ses portes et ses volets le soir venu. 
L'horreur a pourtant frappé à sa porte, par une chaude après-midi de septembre 2018. Elle composait des sachets parfumés à la lavande de son jardin pour ses proches, et elle était à mille lieues d'imaginer qu'elle vivait son dernier été. Un monstre s'est introduit à son domicile pour la dépouiller de ses biens, la tabassant avec une rare violence et la laissant pour morte. Elle succombera d'ailleurs de ses blessures, après sept semaines d'hospitalisation.
La victime de ce meurtre sauvage, l'auteure la connaissait bien. C'était sa sœur ainée. Elle s'appelait Denise.
Pas de marche blanche pour elle, à peine un entrefilet dans le journal pour dénoncer ce crime abominable.
Révoltée par ce silence et l'immobilisme de la justice, Irène Frain va remuer ciel et terre pour que justice soit rendue. En vain. 
A ce jour, ce meurtre reste toujours impuni et les nombreuses questions que se posent l'auteure sont sans réponses. 
Alors, elle a décidé de faire revivre sous sa plume cette sœur qui a illuminé son enfance… afin de la sortir de la horde des invisibles !

Avec beaucoup de pudeur, de juste colère mêlée d'effroi et d'impuissance, et d'une admirable obstination, Irène Frain dénonce  la barbarie, l'injustice et un odieux silence à travers ce récit intime et douloureux. 
Pour sortir Denise de l'anonymat, l'auteure a décidé de dégainer sa meilleure arme : l'écriture. Un tourmentant exercice de style qu'elle a réussi avec brio puisqu'elle vient d'obtenir le prix Interallié avec ce témoignage.  
Son récit m'a émue aux larmes car j'ai senti qu'il était écrit avec le cœur. Et comme le disait si justement Alexandre Dumas fils :  "La sincérité trouve toujours de l'écho" !

 

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samedi 15 avril 2017

Crime impuni de Georges Simenon




















Éditeur : Le livre de poche
Parution : 28/10/2009
Nombre de pages : 128
Genre : Policier

L'auteur :


Georges Simenon est un écrivain  belge francophone, né à Liège le 12 février 1903. Après des études primaires et secondaires, il exerce divers petits métiers avant de se retrouver journaliste à la gazette de Liège. Il crée en 1931 le personnage de Maigret, qui le rendra célèbre dans le monde entier. Il a écrit 193 romans, 158 nouvelles ainsi que plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages. Une cinquantaine de ses romans ont été portés à l'écran. Georges Simenon est décédé à Lausanne le 4 septembre 1989.

Quatrième de couverture :


Des cris d'enfants éclatèrent dans la cour de l'école d'en face et Elie sut qu'il était dix heures moins le quart. Certaines fois, il lui arrivait d'attendre avec une impatience qui frisait le malaise ce déchirement brutal de l'air par les voix de deux cents gamins jaillissant des classes pour la récréation. On aurait juré que, chaque matin, quelques instants avant ce feu d'artifice sonore, le silence régnait plus profondément sur le quartier comme si celui-ci tout entier était dans l'attente.

Mon avis : 


- Il faut le punir.
Punir était un mot précis. Il n'était pas admissible que Michel jouisse indéfiniment de l'impunité. Il y avait quelque chose de scandaleux, d'insolent dans le bonheur qu'il affichait et qui était réellement en lui, baignant toutes les fibres de son être.


Pauvre comme Job et aussi laid de l'intérieur que de l'extérieur, la face de crapaud d'Elie et ses odeurs corporelles de jeune homme négligé n'inspirent que dégoût et pitié à son entourage. Oubliant ses réticences premières, sa logeuse finit par s'habituer à sa présence d'étudiant famélique, lui accordant même certains privilèges, lors d'épisodiques excès de bonté. Aussi, quand Michel s'installe dans la pension de famille où il séjourne depuis trois ans, Elie voit rouge, ne supportant pas la beauté et l'aisance naturelle de ce garçon né sous de biens meilleurs auspices que lui. Dernier arrivé, son rival récupère la plus belle chambre et devient bientôt l'objet de toutes les attentions de la logeuse, béate d'admiration devant cet étudiant fortuné. Refusant l'amitié que Michel lui propose, Elie en vient à le haïr, surtout quand il découvre que son adversaire a séduit la fille de la maison. Ce dernier, amusé par la situation, se divertit en le narguant de sa bonne fortune. Pris d'une folie meurtrière, Elie tire un coup de revolver dans la tête de son ennemi et prend la fuite, sans se douter que ce dernier a survécu à ses blessures. Vingt-cinq ans plus tard, les deux hommes vont se retrouver face à face par le plus grand des hasards...

D'une rare noirceur, ce roman décrit les tourments intérieurs d'un être veule et jaloux qui ne supporte pas la vision du bonheur d'autrui et qui fera tout pour y mettre fin. Avec la minutie d'un orfèvre, Georges Simenon nous dépeint les pensées confuses et torturées d'Elie, qui se pose en victime incomprise de celui qu'il n'aura de cesse de détruire, considérant la chance insolente dans laquelle baigne ce dernier comme une provocation à son égard. 
Ecrit en 1954, ce roman n'a pas pris une ride. J'ai pu à nouveau savourer la plume intemporelle de Georges Simenon, un auteur qui savait habilement nous décrire les vilenies et autres faiblesses dont l'être humain peut se rendre coupable, maîtrisant l'art de donner vie à des personnages de fiction qui semblaient plus vrais que nature !

Un bourreau.
Une victime.
Mais qui est le plus perfide des deux ?



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