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dimanche 16 janvier 2022

L'affaire Rambla ou le fantôme de Ranucci d'Agnès Grossmann

 











Éditeur : Les Presses de la Cité
Parution : 06/01/2022
Nombre de pages : 318
Genre : document

L'auteure :














Agnès Grossmann est journaliste (télévision et presse écrite), auteure de documentaires, notamment pour l'émission " Faites entrer l'accusé", sur les affaires Omar Raddad, Francis Heaulme ou Patrick Dils. Férue de criminologie, elle a publié L'Enfance des criminels (Hors Collection, 2012).

Quatrième de couverture :

La reconstitution passionnante de l'affaire Ranucci. Avec elle, les débats houleux de l'erreur judiciaire et de la peine de mort. Trente ans plus tard, Jean Rambla, victime et témoin de l'affaire et du " pull-over rouge ", sera accusé de meurtres. Concis, humain, passionnant, ce récit raconte une époque et ses destins. Entre doute et intime conviction : une quête de vérité.
C'est l'une des plus grandes affaires criminelles du XXe siècle. Le 3 juin 1974, à Marseille, Marie-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée sous les yeux de son petit frère, Jean-Baptiste, puis retrouvée morte deux jours plus tard.
Condamné à mort pour ce crime, Christian Ranucci sera guillotiné le 28 juillet 1976. Depuis, sa culpabilité a été remise en cause par l'écrivain Gilles Perrault dans son livre Le Pull-over rouge.
Quarante ans plus tard, Jean-Baptiste Rambla a tué deux femmes. Il est devenu un criminel à son tour. Devant les psychiatres, il invoque le fantôme de Ranucci qui le hante et ceux qui, selon lui, ont " volé la vérité ". En revenant sur l'affaire Ranucci, appelée aussi l'affaire " du pull-over rouge ", Agnès Grossmann retrace la tragédie de la famille Rambla, anéantie par la perte et le chagrin, emportée sans ménagement dans la tourmente judiciaire et broyée par la machine médiatique.

Mon avis :

« Jean-Baptiste Rambla apparaît prisonnier de ce 3 juin 1974, qu'il semble condamné à vivre et revivre tel le héros tragique d'un jour sans fin. »

Nous sommes le 3 juin 1974. Un lundi de pentecôte ensoleillé qui va tourner au cauchemar pour la famille Rambla. Leur fille ainée Marie-Dolorès, 8 ans, va être violemment assassinée après avoir été enlevée en présence de son petit frère Jean-Baptiste. Un enfant de seulement six ans, impuissant et inconscient du drame qui se prépare et qui va changer sa destinée.
Le tueur âgé de seulement vingt reconnait très vite les faits. Il a mis les enfants en confiance en leur demandant de l'aider à retrouver son chien et en a profité pour enlever la petite fille. Les preuves sont accablantes. Il va même indiquer aux policiers l'endroit précis où il a caché l'arme du crime. L'affaire ultra-médiatisée déchaîne les passions, le peuple français réclame la tête de l'assassin. 
Le procès se terminera par une condamnation à mort. Christian Ranucci sera guillotiné le 28 juillet 1976.
L'affaire aurait pu s'arrêter là, laissant la famille Rambla à son deuil, loin du brouhaha des médias.
Malheureusement, la sortie du livre Le pull-over rouge en 1978, une enquête romancée sur cette affaire jetant le doute sur la culpabilité de l'assassin, va mettre le feu aux poudres et raviver la douleur de la famille endeuillée. 
La parution de ce roman encensé par les médias va faire l'effet d'une bombe. Il va secouer le peuple et relancer le débat public houleux et passionné sur l'abolition de la peine de mort, mesure qui sera adoptée en 1981 sous le septennat de François Mitterrand. Christian Renucci sera l'avant-dernier condamné à être guillotiné en France. 
La famille Rambla n'acceptera jamais que la culpabilité irréfutable du criminel soit remise en cause. Le père va entreprendre une lutte acharnée pour lever le doute qui pèse sur la culpabilité du meurtrier de sa fille, entraînant son fils Jean-Baptiste dans sa bataille. Un fils déjà terriblement éprouvé qui se sent coupable de ne pas avoir sauvé sa sœur et qui va devenir un criminel à son tour, en assassinant brutalement deux femmes…

Tout comme l'affaire du petit Gregory, l'affaire Ranucci a enflammé l'opinion public en son temps. Un crime d'enfant abominable et incompréhensible, ultra-médiatisé et ne laissant aucun répit aux familles endeuillées. 
Pendant plusieurs décennies, ce dossier qui fut un précieux levier pour l'abolition de la peine de mort a échauffé et partagé les esprits, revenant régulièrement sur la scène médiatique avec des  livres, des films, des débats télévisés ou des reportages.
Avec force détails et beaucoup d'humanité, l'auteure du présent ouvrage revient sur la douleur et le traumatisme vécu par la famille Rambla qui s'est sentie dépossédée de son droit au deuil et attaquée par la vindicte populaire, les rendant coupables d'avoir favorisé l'envoi d'un homme à l'échafaud. Quarante ans après, le fils deviendra un assassin à son tour. Quelle part a joué le traumatisme d'enfance dans ce passage à l'acte ? Aurait-il tout de même tué ? Nul ne le saura jamais.
Difficile de ressortir indemne de cette lecture sur laquelle plane en permanence l'ombre inquiétante du chien noir !  
 


Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité.

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samedi 27 mars 2021

Tous complices de Benoit Marchisio

 













Éditeur : Les arènes
Parution : 04/02/2021
Nombre de pages : 290
Genre : Polar

L'auteur :















Benoit Marchisio a 34 ans. II est l'auteur de Génération Propaganda (Playlist Society, 2017). Tous complices est son premier roman.

Quatrième de couverture : 

Abel trime sur son vélo. Coursier pour une plateforme de livraison de repas à domicile, il sillonne Paris. Lena répare les bécanes défoncées. Au bord du périphérique, elle retape les vélos des mineurs ou des sans-papiers qui livrent des repas. Igor défend ce nouveau prolétariat.
Jeune avocat ambitieux, il voit dans ce combat une occasion unique de réaliser son idéal et de se faire un nom. La dégradation des conditions de travail, la frustration des coursiers conscients du jeu de dupes proposé par l'application… Voilà le décor.
Abel, Lena et Igor se trouvent mêlés à un affrontement médiatique orchestré par un journaliste vedette sans scrupule.
C'est l'histoire. La ville gronde. Tout peut arriver dans cet engrenage fatal. Il suffit d'une étincelle.

Mon avis : 

Isidore Hersen,
387, rue des Fossés-Saint-Bernard.
Deux Happy Meal Nuggets/jus d'orange/tranches de pomme, un Big Mac, un Big Tasty, frites et potatoes, deux sprite, une boîte de douze et trois sundaes chocolat.
Digicode 87B34 puis 0076. Ascenseur F. Huitième étage, porte gauche - « tapez à la porte, la sonnette ne fonctionne plus ».
4,20 euros.

Etudiant fauché, Abel rêve de mettre un peu de beurre dans ses épinards et ceux de sa daronne, usée par son activité d'agent d'entretien. 
Pour conjurer la galère, ce dernier décide de s'inscrire sur l'Appli, une plateforme de livraison de repas. 
Nouvel auto-entrepreneur équipé d'un Rockrider entrée de gamme trouvé chez Decathlon et d'un LG Leon 8 reconditionné déniché sur Backmarket, Abel a des étoiles plein les yeux, il sera le Julian Alaphilippe des livreurs à vélo. Fini la panade et vive l'économie collaborative ! 
Motivé comme personne avec ses jambes neuves et sa détermination à toute épreuve, le jeune coursier va vite déchanter. Cadences délirantes, douleurs musculaires et fatigue intense, challenges irréalisables, concurrence effrénée et déloyale (avec les livreurs en scooter) meublent son quotidien de plus en plus rétréci socialement. 
Il abandonne bientôt la Fac, ne voit plus ses amis, passant ses journées à pédaler dans le labyrinthe des rues parisiennes, trimant pour des cacahouètes. 
Il est où le bonheur, il est où ? Elle est où la fortune, elle est où ?
En parallèle de la déconfiture d'Abel, on croise les destinées non moins réjouissantes d'un avocat idéaliste qui galère sous sa robe, d'une ancienne enseignante devenue SDF, d'une journaliste pigiste à la TV qui vendrait son âme au diable pour un CDI… Alimentée par les rancœurs et l'abattement des différents acteurs de ce drame décliné en quatre saisons, la colère enfle. De plus en plus puissante et envahissante, rien ne pourra l'arrêter et le lecteur va bientôt se trouver immergé au cœur de cette poudrière ! 

Polar urbain frénétique et engagé, "Tous complices" raconte la débâcle annoncée d'un coursier pris dans les rets de la précarisation des indépendants ubérisés. Les pages s'avalent aussi vite que les kilomètres parcourus par le livreur-pédaleur en lutte acharnée contre son chrono dans la jungle urbaine. Bien décidés à sortir la tête du guidon, les différents acteurs de ce roman aux allures de documentaire vont déployer le grand arsenal pour livrer leur combat contre l'indifférence et la transparence. 
Voyage mouvementé au cœur l'ubérisation et de ses dérives, ce récit coup de poing judicieusement ancré dans la réalité ne peut qu'interpeller le lecteur par son actualité brûlante !




Merci à Babelio et aux éditions Les arènes.
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