Affichage des articles dont le libellé est jazz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est jazz. Afficher tous les articles

mercredi 25 mars 2020

La femme révélée de Gaëlle Nohant




















Éditeur : Grasset
Parution : 02/01/2020
Nombre de pages : 370
Genre : littérature française

L'auteure : 





















Née en 1973 à Paris, Gaëlle Nohant est l'auteure de "L'Ancre des rêves" sorti en 2007, de "La part des flammes" publié en 2015 (éditions Héloïse d’Ormesson) et d'un roman biographique sur Robert Desnos, "La légende d’un dormeur éveillé" (2017).

Quatrième de couverture :


Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre  ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie  ?
Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d’apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d’une troublante intensité, habitée par la grâce d’une écriture ample et sensible.

Mon avis :

« La vérité, c’est qu’il y a dans nos vies des impasses dont on ne peut s’échapper qu’en détachant des morceaux de soi. »


Quelle terrible menace a donc poussé Eliza, femme d'un riche homme d'affaires Chicagoan, à fuir sa patrie et à renoncer à son identité, laissant derrière elle, son fils de huit ans et le confort douillet d'une vie de bourgeoise nantie ? 
Nous sommes à Paris au début des années 1950. Une page se tourne pour Eliza qui devient Violet, une jeune veuve à la conquête d'une vie nouvelle. Vite à court de ressources, cette dernière va devoir trouver des solutions pour survivre et s'adapter à une vie de bohème. 
Lui reste ses souvenirs et son précieux rolleiflex. Sa passion pour la photo va lui permettre de supporter de nombreuses déconvenues et lui ouvrir les portes d'un monde totalement inédit, aussi dangereux que stimulant pour sa créativité. 
C'est une femme nouvelle que l'on voit émerger au fil des pages de ce lumineux roman, une femme laissant l'audace prendre le pas sur la crainte, s'ouvrant à la vie et aux autres, telle une plante trop longtemps privée d'oxygène qui renaît à la lumière du soleil.
Navigant entre le présent de l'aventureuse Violet et le passé de l'énigmatique Eliza, le lecteur va découvrir peu à peu le secret bien gardé de cette femme au destin d'exception...

Flirtant avec le roman d'apprentissage, cette fiction merveilleusement narrée nous dresse le portrait d'une femme en quête de liberté dans une société en pleine mutation. Des caves enfumées de Saint-Germain-des-Près qui swinguent au son du jazz aux ghettos de Chicago, des hôtels de passe parisiens aux mouvements contestataires pour les droits civiques dans l'Amérique de la fin des sixties, l'auteure nous livre un récit bouillonnant d'énergie qui foisonne de personnages aussi étonnants que passionnants. 
Alternant les lieux et les époques, l'auteure nous plonge dans le fabuleux destin d'une femme qui va refuser les compromis et se battre pour plus de justice et de liberté envers les minorités bafouées. 
Militant et palpitant, ce roman basé sur des faits historiques rend hommage à ces combattants de la liberté qui ont parfois perdus la vie pour que d'autres puissent entrevoir la lumière d'un monde plus juste ! 



Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 7 janvier 2018

Nos disparus de Tim Gautreaux




















Éditeur : Points
Parution : 27/08/2015
Nombre de pages : 573
Traduction : Marc Amfreville
Genre : littérature américaine

L'auteur : 





















Né en 1947 en Louisiane, Tim Gautreaux est professeur émérite à la Southeastern Louisiana University. Il est devenu romancier après avoir suivi les ateliers d'écriture dispensés par l'écrivain Walker Percy. Tim Gautreaux qui s'est vu décerner Le prix John Dos Passos en 2005 est également l'auteur de deux autres romans : Le dernier Arbre (2013) et Fais-moi danser, Beau Gosse (2016). 

Quatrième de couverture : 


De retour à La Nouvelle-Orléans après la Grande Guerre, Sam Simoneaux assiste impuissant à l'enlèvement d'une petite fille. À la recherche de l'enfant, il embarque à bord de l'Ambassador, bateau à aubes qui sillonne le Mississippi au rythme endiablé des concerts de jazz. Au gré des escales et des bagarres, Sam ne tarde pas à mettre au jour un fructueux commerce d'enfants animé par la pègre des bayous.

Mon avis :


« Le jazz était encore une denrée rare au long du Mississippi, et les amateurs, les jeunes gens, les mordus de danse - huppés ou péquenauds, ouvriers de scieries et beautés de plantations - descendaient jusqu'à la rive le soir venu pour prendre d'assaut le vapeur éclatant de lumière et se glisser à la nuit tombée sur le pont afin de respirer la brise, et exécuter les pas, ou plutôt se laisser guider par cette étrange et puissante musique qui remontait le fleuve à leur rencontre depuis La Nouvelle-Orléans. »


Nous sommes dans les années 1920, à l'époque où la prohibition a été mise en place aux États-Unis. L'Ambassador, modeste bateau d'excursion parcourant les eaux fluviales du Mississippi, représente un lieu de distraction très couru par les populations qui vivent sur les rives avoisinantes. En ces temps d'austérité où les hommes s'épuisent souvent à la tâche, ce nouveau courant musical qu'est le jazz fait de plus en plus d'adeptes. S'enivrant de danse et d'alcools de contrebande, les hommes trouvent en ces lieux un moyen d'échapper à la morosité ambiante, transportés par le rythme effréné des morceaux hardiment interprétés par les jazzmen. Sam Simoneaux, un homme hanté par son passé douloureux, est chargé de faire régner l'ordre sur ce bateau où les bagarres sont fréquentes car favorisées par l'abus des alcools frelatés. Culpabilisé par le kidnapping d'une petite fille dans le grand magasin où il était chargé de la sécurité, ce dernier s'est fait embaucher sur l'Ambassador afin d'assister les malheureux parents dans leurs recherches, la police ne faisant pas grand cas de la disparition d'une enfant pauvre. Pourquoi la petite Lili a-t-elle était enlevée ? Qui sont ses ravisseurs ? Sam réussira-t-il à la retrouver ?


Dans la même veine que les écrits des sudistes Pat Conroy ou Tom Franklin, Tim Gautreaux nous dresse un portrait captivant du sud des États-Unis. Son roman qui se situe à l'époque des années folles nous dépeint une décennie marquée par le puritanisme et l'accroissement du banditisme. D'une plume vivante et colorée, l'auteur met en relief un contraste saisissant entre la misère la plus noire et l'opulence des possédants, au lendemain d'une première guerre mondiale qui marqua profondément les soldats américains qui participèrent aux combats. 
Sur fond de musique jazz, l'auteur nous brosse le portrait d'un personnage rongé par des événements sanglants et en quête de filiation, un homme partagé entre son intégrité et son désir de vengeance. 
Entre marécages et coupe-jarrets, le Mississippi de Tim Gautreaux est loin d'être un long fleuve tranquille !



Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 23 septembre 2017

Après le déluge de Joy Castro




















Éditeur : Folio
Parution : 08/04/2016
Traduction : Isabelle Maillet
Nombre de pages : 464 
Genre : littérature américaine

L'auteure :



















Née à Miami en 1967, Joy Castro vit actuellement à Lincoln et enseigne la littérature anglaise à l'université du Nebraska. Après le déluge, son premier roman, a été salué par Dennis Lehane. Elle est également l'auteure de Au plus près (Gallimard, 2016), dans lequel on retrouve la journaliste de choc Nola Céspedes.


Quatrième de couverture : 


Jeune journaliste ambitieuse, Nola rêve du prix Pulitzer mais est confinée aux pages Loisirs d’un quotidien de La Nouvelle-Orléans. Jusqu'au jour où on lui confie un reportage sur les délinquants sexuels libérés au moment de l’ouragan Katrina et qui, depuis, sont toujours dans la nature. Nola décide de rencontrer ces hommes pour connaître leur quotidien et comprendre leur vie. Au même moment des femmes disparaissent en plein jour dans les rues de La Nouvelle-Orléans…


Mon avis : 


« Avril est le mois le plus cruel, d'après Eliot, parce que le printemps révèle les aspirations secrètes en mêlant souvenance et désir.
C'était peut-être vrai dans les deux Angleterres d'Eliot, la vieille et la Nouvelle où la terre gèle, où les hommes s'emmitouflent dans des vêtements de laine.
Mais ici, à la Nouvelle-Orléans, le sol ne durcit jamais. Saturé de chaleur et d'humidité, il bouillonne et se soulève. La végétation est luxuriante toute l'année, les vrilles des plantes grimpantes partent à l'assaut de tous les supports auxquels s'accrocher.
Ici, souvenance et désir sont toujours mêlés et le désir ne s'endort jamais. »


L'intrigue de ce roman se déroule à la Nouvelle-Orléans, quelques années après le passage dévastateur de l'ouragan Katrina qui inonda quatre-vingts pour cent de la ville et fit de nombreuses victimes. 
Nola, journaliste intrépide qui couvre la rubrique Loisirs au Times-Picayune, rêve d'intégrer la section des Informations générales. Son rédacteur en chef va enfin lui donner l'opportunité de rédiger un papier sur un sujet plus sérieux que l'inauguration de la dernière boutique chic de la ville ou l'arrivée d'un dragon de Komodo au Zoo. Ce dernier lui propose d’enquêter sur la réinsertion des anciens délinquants sexuels dans la société. Un sujet non sans risque et un véritable défi que la jeune cubaine au caractère bien trempé espère bien relever, armée de son Beretta et de son fidèle dictaphone Olympus. Dans le même temps, des femmes sont kidnappées dans les lieux publics de la Nouvelle-Orléans et la ville est en ébullition face au danger qui plane dans ses rues...


"Après le déluge" est un polar d'atmosphère qui ne manque pas de caractère. Sombre et bouillonnant, il nous entraîne dans les entrailles d'une ville lourde de secrets où les esprits s'échauffent dans la chaleur moite des rues qui vibrent au rythme endiablé du jazz. J'ai aimé les descriptions riches en détails des principaux quartiers de Big Easy, de la gastronomie locale et de l'histoire de la ville. A travers ce roman, l'auteure nous dresse également un portrait social des autochtones et nous parle du clivage entre les résidents privilégiés d'Audubon Place et les habitants du quartier de Metairie dévasté par le passage de l'ouragan Katrina, toujours en attente d'hypothétiques aides du gouvernement.
Riche et dense, ce roman à l'intrigue habilement menée et au style fluide se laisse lire avec beaucoup de plaisir. Si vous cherchez un polar intelligent et dépaysant, "Après le déluge" devrait combler vos attentes !



Rendez-vous sur Hellocoton !