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samedi 27 février 2021

La mauvaise herbe d'Yves Montmartin

 













Éditeur : La chouette à lunettes
Parution : 05/12/2020
Nombre de pages : 250
Genre : littérature française

L'auteur : 
















Yves Montmartin est né à Saint-Etienne en 1953 et il souffre depuis son enfance de bibliophagie, maladie qu'il soigne avec de la lecture matin, midi et soir. La bibliothèque associative dont il est un des bénévoles est devenue son centre de soins. L’écriture du "livre qui vole", son premier roman, doit être considérée comme une thérapie. Il est également l'auteur du roman "Anaïs", paru en 2018 et "Sept jours au Mazet-St-Voy" sorti début 2020 aux éditions du Venasque.

Quatrième de couverture :

Restée seule au milieu du jardin, la petite fille s’est relevée. Il ne lui reste plus qu’un ou deux mètres de terrain à travailler. Elle se rappelle les paroles de son père : «les mauvaises herbes, il faut les déraciner. Une fois que tu as bien supprimé les racines, la plante ne repousse plus, elle est morte à jamais». Elle ne se doute pas que dans son cœur commence à germer une graine de mauvaise herbe; elle ne sait pas à ce moment précis qu’elle aussi, un jour, elle sera déracinée. D'Alger à la banlieue lyonnaise, ce roman raconte le destin tragique d’une jeune femme algérienne, qui petite fille rêvait d’indépendance et de liberté et qui va se retrouver emprisonnée par le poids des traditions et de la religion.

Mon avis :

« Tout le monde dit que j’ai un mauvais caractère, que je suis une rebelle, mes parents, mes frères, mes camarades d’école, mes professeurs. Je m’en fiche, je préfère avoir la tête dure que de ne pas avoir de personnalité. Pour moi c’est une évidence, la vie bouillonne en moi, j’ai envie de prendre toute ma place, de m’affirmer. Je souhaite rire, chanter, courir, respirer. Je deviens une femme et je ne veux pas être soumise, ni à un père ni à un mari. »

Comme le disait si justement Simone de Beauvoir : “Il est peu de vertus plus tristes que la résignation ; elle transforme en fantasmes, rêveries contingentes, des projets qui s'étaient d'abord constitués comme volonté et comme liberté.” 
Tout comme sa tante Nour qu'elle chérit et qu'elle admire, la petite Amira est bien décidée à défendre sa liberté. Cadette d'une famille de trois enfants, la petite algérienne naît dans les années 1990. Avide de connaissances, elle se découvre une passion pour les nombres premiers puis pour la langue française. Encouragée par le soutien aimant de parents ouverts d'esprit, Amira va grandir dans un environnement épanouissant et protecteur. 
Quand Loubna emménage dans la maison d'à côté, les deux fillettes âgées d'une dizaine d'années deviennent très vite inséparables. Elèves douées et assidues, l'une se passionne pour la littérature et l'autre est férue d'arts plastiques. Malheureusement, une demande en mariage précoce va mettre fin aux ambitions de Loubna et séparer les deux jeunes filles. Loubna devra suivre son époux en France. Un exil douloureux qui aura des conséquences dramatiques sur le devenir des deux amies…

Bouleversant plaidoyer pour l'émancipation des femmes, ce drame social intimiste raconte le sort tragique de deux jeunes musulmanes victimes du poids des traditions. D'une plume empathique et très réaliste, Yves Montmartin brosse un poignant portrait de femmes meurtries,  injustement privées de leurs droits fondamentaux. 
Ce récit écrit à la première personne, est (comme précisé dans la postface) inspiré d'un témoignage recueilli par l'auteur. Voilà certainement pourquoi il sonne si juste à la lecture !
J'ai également apprécié la richesse des descriptions et les détails concernant le mode de vie des algériens, un dépaysant voyage qui m'a permis d'en savoir plus sur les traditions populaires de ce peuple.
Comme nous le rappelle l'auteur à travers ce beau roman pétri d'humanité, la liberté est l'un de nos biens les plus précieux. Alors, maintenant plus que jamais, à nous de faire le nécessaire pour le maintien de sa pérennité !



Merci à Yves Montmartin.
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dimanche 6 décembre 2020

Le rêve d'un fou de Nadine Monfils

 












Éditeur : Fleuve éditions
Parution : 26/09/2019
Nombre de pages :128
Genre : littérature française

L'auteure :




















Née à Etterbeek, Nadine Monfils est une écrivaine et réalisatrice belge. Elle est l'auteure de nombreux romans, dont la série "Les enquêtes du commissaire Léon"  Elle a été récompensée par le prix de " La Griffe Noire " pour l'ensemble de son oeuvre.

Quatrième de couverture :

Le hasard sème parfois un peu de poudre d'étoiles pour aller au bout de nos rêves.

Quand le destin s'est acharné sur lui, le Facteur Cheval aurait pu sombrer dans la douleur et le désespoir. Il a plutôt choisi de se lancer dans un pari insensé : construire de ses propres mains son Palais Idéal. Mais une étrange rencontre lors de ses tournées va donner un tout autre sens à son rêve.
Parce que la passion est la seule chose qui peut nous sauver.

En s'inspirant librement de la vie du Facteur Cheval, Nadine Monfils nous offre un roman émouvant comme un hymne à la liberté, la poésie, l'art, et la foi en ce qui nous dépasse.

Mon avis : 

« Ne plus croire aux contes de fées, c’est piétiner les rêves, tomber dans le néant, devenir adulte. Et Dieu sait combien je les ai fuis, ces gens « raisonnables » et ennuyeux. Pas mon monde. Méfie-toi de ceux qui savent, ce sont des fossoyeurs de bonheur. »

De style "Art naïf", Le Palais idéal est un chef-d'œuvre unique en son genre, construit des mains de Joseph Ferdinand Cheval, entre 1879 et 1912. Né dans une famille de modestes agriculteurs de la Drôme, il exercera quelques années la profession de boulanger avant d'être reçu au concours de postier en 1867. Le facteur Cheval sera affecté à Hauterives, en charge d'une longue tournée pédestre d'une trentaine de kilomètres qu'il effectuera jusqu'à sa retraite en 1896. Sa vision du Palais idéal va prendre forme dans son imagination lors des rêveries solitaires qui meublent ses longues marches journalières. Faisant fi des railleries et se moquant bien de passer pour un louftingue, il posera la première pierre de son palais en 1879, l'achevant trente-trois ans après. Qui était vraiment cet homme atypique ? L'auteure va revêtir la peau du personnage dans cette biographie romancée et bâtir une fiction de papier telle qu'aurait pu l'imaginer cet homme à la fantaisie débridée dans ses rêves les plus insensés…   

S'inspirant librement de la vie de ce postier monomaniaque qui voulait oublier la perte tragique de ses enfants et donner un sens à vie, Nadine Monfils a tricoté une poétique et émouvante fiction en se glissant dans la tête de cet individu singulier. Rédigé à la première personne, ce roman nous entraîne dans l'univers féérique du Facteur Cheval qui donna corps à ses rêves les plus fantasmagoriques, pour oublier sa condition d'humble mortel et entrer dans la postérité. 
"Le rêve d'un fou" m'a procuré un très beau moment d'évasion en ce temps de confinement hivernal. C'était un peu comme si le Facteur Cheval me susurrait à l'oreille : garde ton âme d'enfant et ne laisse personne ternir tes idéaux. Si tu demain tu veux un monde meilleur, libre à toi de le bâtir à ta guise ! 


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mercredi 25 mars 2020

La femme révélée de Gaëlle Nohant




















Éditeur : Grasset
Parution : 02/01/2020
Nombre de pages : 370
Genre : littérature française

L'auteure : 





















Née en 1973 à Paris, Gaëlle Nohant est l'auteure de "L'Ancre des rêves" sorti en 2007, de "La part des flammes" publié en 2015 (éditions Héloïse d’Ormesson) et d'un roman biographique sur Robert Desnos, "La légende d’un dormeur éveillé" (2017).

Quatrième de couverture :


Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre  ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie  ?
Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d’apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d’une troublante intensité, habitée par la grâce d’une écriture ample et sensible.

Mon avis :

« La vérité, c’est qu’il y a dans nos vies des impasses dont on ne peut s’échapper qu’en détachant des morceaux de soi. »


Quelle terrible menace a donc poussé Eliza, femme d'un riche homme d'affaires Chicagoan, à fuir sa patrie et à renoncer à son identité, laissant derrière elle, son fils de huit ans et le confort douillet d'une vie de bourgeoise nantie ? 
Nous sommes à Paris au début des années 1950. Une page se tourne pour Eliza qui devient Violet, une jeune veuve à la conquête d'une vie nouvelle. Vite à court de ressources, cette dernière va devoir trouver des solutions pour survivre et s'adapter à une vie de bohème. 
Lui reste ses souvenirs et son précieux rolleiflex. Sa passion pour la photo va lui permettre de supporter de nombreuses déconvenues et lui ouvrir les portes d'un monde totalement inédit, aussi dangereux que stimulant pour sa créativité. 
C'est une femme nouvelle que l'on voit émerger au fil des pages de ce lumineux roman, une femme laissant l'audace prendre le pas sur la crainte, s'ouvrant à la vie et aux autres, telle une plante trop longtemps privée d'oxygène qui renaît à la lumière du soleil.
Navigant entre le présent de l'aventureuse Violet et le passé de l'énigmatique Eliza, le lecteur va découvrir peu à peu le secret bien gardé de cette femme au destin d'exception...

Flirtant avec le roman d'apprentissage, cette fiction merveilleusement narrée nous dresse le portrait d'une femme en quête de liberté dans une société en pleine mutation. Des caves enfumées de Saint-Germain-des-Près qui swinguent au son du jazz aux ghettos de Chicago, des hôtels de passe parisiens aux mouvements contestataires pour les droits civiques dans l'Amérique de la fin des sixties, l'auteure nous livre un récit bouillonnant d'énergie qui foisonne de personnages aussi étonnants que passionnants. 
Alternant les lieux et les époques, l'auteure nous plonge dans le fabuleux destin d'une femme qui va refuser les compromis et se battre pour plus de justice et de liberté envers les minorités bafouées. 
Militant et palpitant, ce roman basé sur des faits historiques rend hommage à ces combattants de la liberté qui ont parfois perdus la vie pour que d'autres puissent entrevoir la lumière d'un monde plus juste ! 



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dimanche 19 août 2018

Les heures rouges de Leni Zumas


















Éditeur : Les Presses de la cité
Parution : 16/08/2018
Traduction : Anne Rabinovitch
Nombre de pages : 398
Genre : littérature française

L'auteure :















Diplômée de Brown, Leni Zumas enseigne l'écriture créative à l'université de Portland et publie régulièrement dans la presse nationale. Les Heures rouges est son premier roman traduit à l'étranger.

Quatrième de couverture : 


États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l'être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l'aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d'écrire la biographie d'Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d'avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n'a pas peur de l'avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l'arrière d'une voiture... Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu'elle a voulu aider les femmes.

" Drôle, mordant, poétique, politique, alarmant, inspirant, Les Heures rouges révolutionne la fiction de notre époque. " Maggie Nelson ( Une partie rouge, Les Argonautes)

Mon avis :

« Deux ans plus tôt, le Congrès américain a ratifié l'amendement sur l'identité de la personne, qui accorde le droit constitutionnel à la vie, à la liberté et à la propriété à un œuf dès l'instant de sa conception. L'avortement est aujourd'hui illégal dans les cinquante Etats. Les avorteurs peuvent être accusés de meurtre au second degré et les femmes désireuses d'avorter, de complicité de meurtre. La fécondation in vitro est également interdite au niveau fédéral, parce que l'amendement condamne le transfert d'embryons du laboratoire dans l'utérus (les embryons ne sont pas en mesure d'y consentir). »

Le récit se déroule  dans un futur très proche. Les Etats-Unis sont gouvernés par un président misogyne et tyrannique qui depuis son élection n'a de cesse de rogner sur les droits des femmes et de revenir sur des acquis qu'elles croyaient immuables, tel l'arrêt "Roe v. Wade", rendu en 1973 par la Cour Suprême américaine et légalisant le droit à l'avortement en le reconnaissant comme un droit constitutionnel. 
A travers les destins de quatre femmes qui vont se croiser et s'entremêler, l'auteure nous dresse le portrait d'une société en pleine régression, prônant le modèle familial traditionnel (un papa, une maman, des enfants) comme le seul valable pour l'épanouissement de sa progéniture. 
Roberta, une enseignante et biographe célibataire âgée de 42 ans, essaie en vain de concevoir un bébé et s'affole car une loi va bientôt interdire le droit à l'adoption pour les femmes seules. 
Mattie, une brillante lycéenne qui s'est retrouvée enceinte accidentellement est confrontée à un tout autre dilemme : Doit-elle garder l'enfant et ruiner ses chances de faire une carrière scientifique ou bien avorter en cachette au risque de devenir une criminelle aux yeux de la loi ? 
Susan quand à elle, est une mère de famille frustrée d'avoir renoncé à une carrière d'avocate pour élever ses enfants. Elle échafaude des plans hasardeux et irréalisables pour se défaire des liens sacrés d'un mariage étouffant qui la mine tellement qu'elle envisage parfois le suicide. 
La quatrième voix de ce roman polyphonique est celle de Gin la  "guérisseuse" qui vit seule dans les bois et subit l’opprobre de ses congénères qui n'hésiteraient pas un instant à la faire griller sur un bûcher s'ils en avaient la possibilité !
Comment ces quatre femmes vont-elles réagir face à l'adversité ? Pourront-elles seulement tirer leur épingle du jeu dans un monde en pleine mutation qui leur reconnaît de moins en moins de droits et essaie de briser toute velléité de résistance à l'autorité suprême d'un gouvernement liberticide ? 

Inquiétante, furieusement crédible et loin d'être innocente, cette dystopie à la couverture écarlate raisonne comme une mise en garde à l'attention de toutes les femmes, susurrant à l'oreille de ces dernières : Attention mes belles, ne vous endormez pas sur vos lauriers. Secouez-vous et réagissez avant que le loup n'entre dans la bergerie et vous dévore toute crue. Pensez à vos mères et grand-mères qui se sont battues pour vos droits et faites en sorte de les défendre et de les faire perdurer ! A la fois tragique, poétique et incendiaire, ce troublant roman de Leni Zumas ranime la flamme de nos peurs les plus profondes, telles la perte de nos droits fondamentaux ou le retour à un monde archaïque où l'on pratiquait en toute impunité la chasse aux sorcières ! 



Merci à Babelio et aux éditions Les Presses de la Cité. 

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dimanche 14 mai 2017

Les dieux du tango de Carolina de Robertis




















Éditeur : Le Cherche Midi
Parution : 18/05/2017
Traduction : Eva Monteilhet
Nombre de pages : 543
Genre : littérature américaine

L'auteure :















Carolina De Robertis est américaine d'origine uruguayenne. Elle a grandi en Angleterre et en Suisse et vit maintenant en Californie. Elle a travaillé pendant dix ans pour une association défendant les droits des femmes. La Montagne invisible, son premier roman, a connu un succès international et a été traduit dans dix-sept pays.

Quatrième de couverture : 

Février 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son petit village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu'elle vient d'épouser. Dans ses maigres bagages, le précieux violon de son père. 
Mais à son arrivée, Dante est mort. Buenos Aires n'est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroît veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, quelque chose la retient... Leda brûle d'envie de découvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville, le tango, l'envoûte. Passionnée par ce violon interdit aux femmes, Leda décide de prendre son destin en main. Un soir, vêtue du costume de son mari, elle part, invisible, à travers la ville. 
Elle s'immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s'engage tout entière dans un voyage qui la mènera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d'elle-même. 
Carolina De Robertis signe avec ce roman un texte d'une grande sensualité, une ode à la liberté, à la passion, à la vie. Pour accompagner la destinée de ces personnages sublimes et poignants, le tango, omniprésent, résonne à chaque page. Plus qu'un roman, ce texte est aussi un témoignage captivant sur la Buenos Aires du début du XXe siècle, et un document rare sur la naissance du tango. 

Mon avis : 


« La musique était une flèche qui transperçait les murs les plus épais. La musique faisait oublier les inégalités. La musique transcendait les siècles. C'était le nectar des démons, l'ambroisie de Dieu. »

Le jour où Leda découvre le tango, la tarentelle de son Italie natale lui semble tout d'un coup bien fade. Cette musique la prend aux tripes, l'ensorcelle. Tous ses sens se réveillent et se mettent à bouillonner, comme sortis d'une longue léthargie. 
Consécutivement au décès de son époux, un gréviste malchanceux tombé sous les balles de la police suite à une émeute sanglante, la jeune veuve devait quitter l'Argentine. Elle ne prendra jamais le bateau du retour, choisissant l'exil et ses périls pour vivre sa passion du tango. Un choix impossible et dangereux dans ce pays latin, où en 1913, la femme pauvre ne doit pas dépasser les limites de la cour du conventillo, et se contenter de travaux d'aiguilles si elle veut gagner quelques centavos. Renonçant à sa féminité, Leda endosse l'identité de son défunt mari. Désormais elle sera Dante, un jeune violoniste intrépide ne vivant que pour la musique. Interprète douée, elle jouera d'abord dans des bordels crasseux, finissant par être repérée par le leader d'un éclectique et talentueux trio mêlant bandonéon et violon. La formation musicale est bientôt rejointe par un pianiste et un contrebassiste. La réputation d'excellence de leur sextuor ne cessant de grandir, le groupe de musiciens finira par se produire dans les cabarets fréquentés par l'élite argentine. 
Leda n'existe bientôt plus, totalement écrasée par la personnalité imposante de Dante. Elle vit comme un homme et en vient à penser comme un homme. Surfant avec le danger, vivant des mêmes excès et brûlant des mêmes passions, elle prend de plus en plus de libertés, oublieuse du risque de se faire démasquer et de se brûler les ailes... 

Portrait d'une femme qui se veut affranchie de toutes contraintes en pays machiste, ce roman est un hymne à la liberté sous toutes ses formes. L'écriture de  Carolina de Robertis est poétique, subtile et audacieuse, flirtant délicieusement entre légèreté et gravité. Choisissant la musique comme vecteur d'autonomie, l'auteure nous brosse le portrait d'un peuple issu de l'immigration qui cherche désespérément ses repères dans une société dominée par l'oligarchie. Alors que certains protagonistes de cette histoire vont se livrer à une lutte acharnée contre le patronat en se mobilisant dans l'action syndicale, d'autres se jetteront à corps perdu dans le tango pour oublier leurs désillusions. Cependant, tous leurs actes tendront vers le même but : l'envie de voir se concrétiser leur rêve d'une vie meilleure. 
J'ai aimé l'immersion dans cette argentine multiculturelle et exotique, riche en couleurs et en saveurs, ainsi que la musicalité qui se dégageait de chaque ligne, transpirant à travers la plupart des personnages qui traversaient ce récit au chant mélodieux. 
Si le tango ne se danse pas seul, certains bouquins se dévorent en revanche dans la plus stricte intimité, tel cet addictif pavé au tempo endiablé dont j'ai difficilement pu me détacher avant la dernière ligne ! 


Merci à Babelio et aux éditions du Cherche Midi.

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dimanche 15 janvier 2017

Les vies multiples d'Amory Clay de William Boyd




















Éditeur : Points
Parution : 20/10/1016
Nombre de pages : 546
Traduction : Isabelle Perrin
Genre : littérature anglaise

L'auteur :





















Né au Ghana en 1952, William Boyd a enseigné la littérature à Oxford avant de se consacrer à l'écriture. Auteur de nombreux romans, ce dernier est également scénariste et réalisateur. L'auteur de la suite des aventures de James Bond ("Solo. Une nouvelle aventure de James Bond", 2014) partage sa vie entre la Dordogne et Londres.

Quatrième de couverture : 

Amory Clay a un prénom d'homme et des rêves de grandeur. Dévorée dès son plus jeune âge par sa passion pour la photographie, elle ne recule ni devant l'adversité ni devant le scandale. Portraitiste mondaine, photographe de mode ou reporter de guerre, elle multiplie les rôles et les clichés audacieux aux quatre coins du monde. Amory mène sa vie de femme comme elle l'entend. Furieusement et à toute vitesse.


Mon avis :

« Quelle que soit la durée de votre séjour sur cette petite planète, et quoi qu’il vous advienne, le plus important, c’est que vous puissiez, de temps en temps, sentir la caresse exquise de la vie ».

Avec "Les vies multiples d'Amory Clay", William Boyd nous croque le très beau portrait d'une femme libre et passionnée du XXe siècle. Vivre, aimer, mourir, elle va tout traverser dans l'urgence et dans l'intensité, dans l'ici et le maintenant, figeant par ses clichés l'instant présent pour l'éternité.
Née en 1908 et baptisée d'un prénom mixte, Amory se passionne pour la photographie dès l'âge de sept ans, initiée par son oncle Greville, dandy mondain et portraitiste de la haute société anglaise. N'ayant pas peur du scandale et faisant fi du danger et des kilomètres à parcourir, la photographe qui est aussi intrépide dans sa vie privée que sur le terrain professionnel, immortalise de sa pellicule toutes les instants de vie qu'elle peut saisir au vol. Des cocottes des bordels berlinois des années trente aux GIs en action lors du débarquement de 1944, des hippies californiens des années soixante aux soldats piégés sous le feu des tirs lors de la guerre du Vietnam... Amory Clay parcourt inlassablement la planète, n'hésitant pas à foncer tête baissée et à multiplier les risques pour ne pas se laisser enliser dans une routine qu'elle juge mortifère ! 

Récit bluffant de réalisme, d'autant plus qu'il est narré à la première personne, "Les vies multiples d'Amory Clay" n'en est pas moins une fiction brodée de toutes pièces, William Boyd s'étant inspiré de la vie de célèbres pionnières du photo-reportage pour construire cet attachant roman qui leur rend hommage. Les photos anonymes illustrant le récit (glanées par l'auteur chez des brocanteurs), rendent cette lecture encore plus troublante, en floutant subtilement la frontière ténue entre fiction et réalité. 
Mordant, palpitant et impertinent, voilà un roman qui ne devrait pas vous laisser indifférent !



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