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samedi 13 février 2021

Le vallon des lucioles d'Isla Morlay

 













Éditeur : Seuil
Parution : 04/03/2021
Nombre de pages : 476
Traduction : Emmanuelle Aronson
Genre : littérature américaine

L'auteure : 

















Isla Morley a grandi en Afrique du Sud pendant l'apartheid puis s'est installée aux Etats-Unis. Son premier roman, "Come Sunday", inédit en France, a obtenu le Janet Heidinger Prize, prestigieux prix littéraire féminin. "Le Vallon des lucioles" est son troisième roman et le premier à paraître en France.

Quatrième de couverture : 

1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.
Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt. Il n'en faut pas plus pour qu'ils partent à leur rencontre, dans l'espoir de trouver un sujet passionnant. Ce qu'ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l'objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d'un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.
Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.

Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d'amour et un hymne à la différence.

Mon avis :

« Parce que vous croyez qu’il existe un endroit dans le monde où les gens s’aiment tous ? Si ce n’est pas à cause de la couleur de leur peau, on leur cherchera des crosses à cause du dieu qu’ils prient ou de la rive sur laquelle ils ont construit leur maison. »

Journaliste et photographe, Massey et son partenaire Havens sont envoyés dans une petite bourgade au fin fond des Appalaches pour réaliser un reportage dans le cadre du New Deal. Méfiants et renfermés, les villageois ne sont pas des plus coopératifs et semblent cacher un secret. Attisés par la curiosité, les deux amis vont finir par percer le mystère des habitants : l'existence d'une énigmatique famille, exilée au fond du vallon en raison d'une caractéristique physique héréditaire qui effraie la population du bourg. En effet, la lignée des Buford souffre de méthémoglobinémie, une anomalie génétique qui se caractérise par une teinte bleutée de la peau. Une disparité qualifiée de démoniaque par des villageois ignorants des avancées de la science, en cette fin des années 1930. 
Immobilisé par une morsure de serpent, Havens est soigné par la famille Buford. Sa convalescence va lui permettre de découvrir cette insolite parentèle et surtout de se rapprocher de Jubilee, une fascinante jeune femme à la troublante beauté bleue. Un rapprochement qui va devenir source de conflit tant avec les villageois en guerre contre cette famille qu'avec Massey qui souhaiterait exploiter la particularité physique des Buford à des fins commerciales. Le feu qui couvait sous la cendre est bientôt ravivé par l'ignorance, la haine et la cupidité… des combustibles propices à une violente explosion !

Librement inspiré de l'histoire vraie de membres d'une famille nés avec la peau bleue, ce roman aussi tendre que cruel prône la tolérance et traite le droit à la différence de manière frontale. 
Combinant la tragédie vécue par cette fratrie à une poignante histoire d'amour, "Le vallon des lucioles" démontre l'aspect insidieux de la xénophobie ordinaire et ses dérives, tout en délivrant un encourageant et lumineux message d'espoir, de tendresse et d'humanité. 
Venant tempérer le registre dramatique qui aurait pu finir par être indigeste, le récit se déroule au cœur d'une nature préservée foisonnante de grands espaces, qui permet au lecteur de s'oxygéner entre deux événements tragiques.
Un délicat roman qui ouvre un apaisant carré de ciel bleu face à toutes les formes d'intolérance ! 



Merci à Babelio et aux éditions du Seuil.
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mercredi 25 mars 2020

La femme révélée de Gaëlle Nohant




















Éditeur : Grasset
Parution : 02/01/2020
Nombre de pages : 370
Genre : littérature française

L'auteure : 





















Née en 1973 à Paris, Gaëlle Nohant est l'auteure de "L'Ancre des rêves" sorti en 2007, de "La part des flammes" publié en 2015 (éditions Héloïse d’Ormesson) et d'un roman biographique sur Robert Desnos, "La légende d’un dormeur éveillé" (2017).

Quatrième de couverture :


Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre  ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie  ?
Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d’apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d’une troublante intensité, habitée par la grâce d’une écriture ample et sensible.

Mon avis :

« La vérité, c’est qu’il y a dans nos vies des impasses dont on ne peut s’échapper qu’en détachant des morceaux de soi. »


Quelle terrible menace a donc poussé Eliza, femme d'un riche homme d'affaires Chicagoan, à fuir sa patrie et à renoncer à son identité, laissant derrière elle, son fils de huit ans et le confort douillet d'une vie de bourgeoise nantie ? 
Nous sommes à Paris au début des années 1950. Une page se tourne pour Eliza qui devient Violet, une jeune veuve à la conquête d'une vie nouvelle. Vite à court de ressources, cette dernière va devoir trouver des solutions pour survivre et s'adapter à une vie de bohème. 
Lui reste ses souvenirs et son précieux rolleiflex. Sa passion pour la photo va lui permettre de supporter de nombreuses déconvenues et lui ouvrir les portes d'un monde totalement inédit, aussi dangereux que stimulant pour sa créativité. 
C'est une femme nouvelle que l'on voit émerger au fil des pages de ce lumineux roman, une femme laissant l'audace prendre le pas sur la crainte, s'ouvrant à la vie et aux autres, telle une plante trop longtemps privée d'oxygène qui renaît à la lumière du soleil.
Navigant entre le présent de l'aventureuse Violet et le passé de l'énigmatique Eliza, le lecteur va découvrir peu à peu le secret bien gardé de cette femme au destin d'exception...

Flirtant avec le roman d'apprentissage, cette fiction merveilleusement narrée nous dresse le portrait d'une femme en quête de liberté dans une société en pleine mutation. Des caves enfumées de Saint-Germain-des-Près qui swinguent au son du jazz aux ghettos de Chicago, des hôtels de passe parisiens aux mouvements contestataires pour les droits civiques dans l'Amérique de la fin des sixties, l'auteure nous livre un récit bouillonnant d'énergie qui foisonne de personnages aussi étonnants que passionnants. 
Alternant les lieux et les époques, l'auteure nous plonge dans le fabuleux destin d'une femme qui va refuser les compromis et se battre pour plus de justice et de liberté envers les minorités bafouées. 
Militant et palpitant, ce roman basé sur des faits historiques rend hommage à ces combattants de la liberté qui ont parfois perdus la vie pour que d'autres puissent entrevoir la lumière d'un monde plus juste ! 



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dimanche 15 janvier 2017

Les vies multiples d'Amory Clay de William Boyd




















Éditeur : Points
Parution : 20/10/1016
Nombre de pages : 546
Traduction : Isabelle Perrin
Genre : littérature anglaise

L'auteur :





















Né au Ghana en 1952, William Boyd a enseigné la littérature à Oxford avant de se consacrer à l'écriture. Auteur de nombreux romans, ce dernier est également scénariste et réalisateur. L'auteur de la suite des aventures de James Bond ("Solo. Une nouvelle aventure de James Bond", 2014) partage sa vie entre la Dordogne et Londres.

Quatrième de couverture : 

Amory Clay a un prénom d'homme et des rêves de grandeur. Dévorée dès son plus jeune âge par sa passion pour la photographie, elle ne recule ni devant l'adversité ni devant le scandale. Portraitiste mondaine, photographe de mode ou reporter de guerre, elle multiplie les rôles et les clichés audacieux aux quatre coins du monde. Amory mène sa vie de femme comme elle l'entend. Furieusement et à toute vitesse.


Mon avis :

« Quelle que soit la durée de votre séjour sur cette petite planète, et quoi qu’il vous advienne, le plus important, c’est que vous puissiez, de temps en temps, sentir la caresse exquise de la vie ».

Avec "Les vies multiples d'Amory Clay", William Boyd nous croque le très beau portrait d'une femme libre et passionnée du XXe siècle. Vivre, aimer, mourir, elle va tout traverser dans l'urgence et dans l'intensité, dans l'ici et le maintenant, figeant par ses clichés l'instant présent pour l'éternité.
Née en 1908 et baptisée d'un prénom mixte, Amory se passionne pour la photographie dès l'âge de sept ans, initiée par son oncle Greville, dandy mondain et portraitiste de la haute société anglaise. N'ayant pas peur du scandale et faisant fi du danger et des kilomètres à parcourir, la photographe qui est aussi intrépide dans sa vie privée que sur le terrain professionnel, immortalise de sa pellicule toutes les instants de vie qu'elle peut saisir au vol. Des cocottes des bordels berlinois des années trente aux GIs en action lors du débarquement de 1944, des hippies californiens des années soixante aux soldats piégés sous le feu des tirs lors de la guerre du Vietnam... Amory Clay parcourt inlassablement la planète, n'hésitant pas à foncer tête baissée et à multiplier les risques pour ne pas se laisser enliser dans une routine qu'elle juge mortifère ! 

Récit bluffant de réalisme, d'autant plus qu'il est narré à la première personne, "Les vies multiples d'Amory Clay" n'en est pas moins une fiction brodée de toutes pièces, William Boyd s'étant inspiré de la vie de célèbres pionnières du photo-reportage pour construire cet attachant roman qui leur rend hommage. Les photos anonymes illustrant le récit (glanées par l'auteur chez des brocanteurs), rendent cette lecture encore plus troublante, en floutant subtilement la frontière ténue entre fiction et réalité. 
Mordant, palpitant et impertinent, voilà un roman qui ne devrait pas vous laisser indifférent !



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samedi 23 janvier 2016

La goutte d'or de Michel Tournier






















Éditeur : Gallimard
Parution : 16/12/1985
Nombre de pages : 262
Genre : littérature française

L'auteur :














Né à Paris en 1924 et mort le 18 janvier 2016, Michel Tournier a suivi des cours de philosophie à la Sorbonne et à l'université de Tübingen. Après son échec à l'agrégation de philosophie, ce dernier anime des émissions pour Radio France et Europe 1 et collabore au Monde et au Figaro. Celui qui se décrivait malicieusement comme un "contrebandier de la philosophie est plus particulièrement connu pour  : "Vendredi ou les Limbes du Pacifique" (1967), "Le Roi des aulnes" (Prix Goncourt, 1970), "Vendredi ou la Vie sauvage" (1971), "Les Météores" (1975) et Gaspard, Melchior & Balthazar (1980).

Quatrième de couverture : 


"Donne-moi la photo." Idriss gardait ses chèvres et ses moutons non loin de l'oasis de Tabelbala quand une Land Rover a surgi. Une jeune femme blonde aux jambes nues a pris en photo le petit berger saharien. Sa photo, elle la lui enverra dès son retour à Paris. Idriss a attendu en vain. Son image volée ne lui a pas été rendue. Plus tard, quand il va partir vers le nord et jusqu'à Paris pour chercher du travail, il va se heurter à des images de lui-même qu'il ne reconnaîtra pas.
Perdu dans un palais de mirages, il s'enfoncera dans la dérision jusqu'à ce qu'il trouve son salut dans la calligraphie. Seul le signe abstrait le libérera de la tyrannie de l'image, opium de l'Occident.


Mon avis :

Il était une fois un jeune berger berbère qui vivait heureux au sein de sa communauté d'oasiens, dans un petit village nommé Tabelbala. Heureux au milieu de ses bêtes, le jeune berger coulait des jours heureux sous la caresse du soleil et l'amour bienveillant et protecteur que lui prodiguait sa famille. Une félicité qui vole en éclats le jour où le jeune Idriss croise la route d'une jolie touriste blonde sillonnant le désert à bord d'une Land Rover. Cette dernière lui fait la promesse de lui renvoyer la photo qu'elle a prise de lui. Idriss, confiant,  espère en vain recevoir un cliché qui n'arrive pas. Après deux ans d'attente, le jeune homme quitte le cocon familial pour se rendre à Paris, afin de récupérer cette image promise et dérobée. Après un long périple et des conditions de voyage spartiates, le jeune homme retrouve son cousin Achour et le foyer Sonacotra qui sera sa nouvelle demeure. Ce dernier déchante de jour en jour, se retrouvant difficilement au milieu des images factices véhiculées sur sa petite oasis. De plus, sa candeur et sa jeunesse font de lui une proie sur laquelle fondent des vautours mal attentionnés. Fuyant le cortège de déconvenues que lui apporte "l'image" en pratiquant la calligraphie, Idriss finira enfin par trouver l'apaisement : "L'effigie est verrou, l'idole prison, la figure serrure. Une seule clef peut faire tomber ces chaînes : le signe." 

Roman écrit à la troisième personne, "La Goutte d'or" relate l'histoire d'un jeune berbère (attiré par le chant des sirènes que représente le monde occidental) qui va perdre sa "liberté" dans le culte de l'image. L'histoire se déroule à une époque où "l'Office national algérien de la main-d'œuvre" acheminait en moyenne 30 000 travailleurs algériens en France (de 1963 à 1973) afin de faire face à la pénurie de main-d'oeuvre. Idriss, comme la plupart des travailleurs exilés volontaires, va se retrouver confronté à la difficulté de trouver sa place dans un monde aux règles et aux idées nouvelles, un monde qui se trouve être aux antipodes du sien. Il finira cependant par acquérir ses propres repères et réussira à se défaire du pouvoir aliénant de l'image en goûtant à la calligraphie. Il serait cependant dommage de réduire le roman qu'est "La goutte d'or" au récit des déboires d'un jeune berbère naïf foulant le sol parisien. C'est aussi un récit à la dimension féerique, notamment quand l'auteur s'octroie une pause enchantée dans cette aventure, nous captivant avec les contes de "Barberousse" et de "La reine blonde".
Un pied ancré dans la réalité, un pied foulant les terres de l'imaginaire et nous permettant de renouer avec notre notre âme d'enfant... Une dualité qui génère la force narrative des écrits de Michel Tournier !


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vendredi 19 octobre 2012

Dans l'angle mort de Chris Bohjalian

Editeur : Fleuve noir
Parution :  11/03/2010
Traduction : Leslie Boitelle
Nombre de pages : 395
Genre : Littérature américaine

L'auteur :





















Chris Bohjalian né en 1960 dans l'état de New York, a exercé la profession de journaliste pour Cosmopolitan, le Reader's Digest et le Boston Globe Sunday Magazine. Il est l'auteur de douze romans dont deux ont été adaptés au cinéma.

Quatrième de couverture : 

Etudiante, Laurel est agressée par deux hommes tandis qu'elle se balade à vélo sur un chemin forestier du Vermont. Des années plus tard, à la mort de Bobby, un sans-abri fréquentant le refuge dans lequel elle travaille, Laurel est chargée de trier ses maigres possessions. Elle découvre alors un véritable trésor : des photographies de célébrités des années 1960, mais également parmi elles, la photo d'une jeune fille à vélo, sur une route sombre du Vermont...
Tandis que sa fascination pour Bobby - qui selon elle recèle un obscur secret de famille - se mue lentement en obsession, Laurel se lance dans un jeu du chat et la souris où menace d'éclater sa propre vérité...

Mon avis :
 
Voilà un roman sur lequel j'ai un avis très mitigé. Pourquoi ? Cet ouvrage était annoncé comme un chef d'oeuvre de suspens psychologique et je m'attendais donc (légitimement je pense) à un foisonnement d'émotions et de frissons ainsi qu'à de multiples rebondissements ! Or, il n'en est rien ! Reste un roman de facture correcte, dont l'intrigue est surtout prétexte à dresser un constat sociologique sur les troubles fréquents qui caractérisent la population fragilisée des sans-abri et les problèmes récurrents que peuvent rencontrer les victimes d'agressions violentes !
 
Laurel Estabrook est assistante sociale à L'ABRI, un foyer de SDF de Burlington où elle s'occupe activement du relogement en studios des plus démunis. Cependant, derrière l'entrain et le dévouement dont la jeune femme fait preuve, se cache un passé sombre. En effet, quelques années auparavant, alors qu'elle était étudiante, elle a subi l'agression particulièrement violente de deux hommes cagoulés lors d'une balade en vélo dans la forêt d'Underhill. Même  si ces derniers ont été arrêtés et condamnés à l'emprisonnement, Laurel reste profondément traumatisée et a beaucoup de mal à se reconstruire. Pour tenter d'oublier ces évènements douloureux, elle pratique assidûment la natation et se dévoue sans compter à la cause des sans-logis. 
La directrice du centre d'hébergement où elle exerce la sachant passionnée par la photographie, lui confie un jour de vieilles photos et  négatifs ayant appartenu à Bobby Crocker, un ancien pensionnaire du refuge qui vient récemment de décéder. Ces photos, particulièrement réussies, semblent avoir été réalisées par un professionnel talentueux.
Tombée sous le charme de ces clichés, Laurel veut en savoir plus sur ce mystérieux photographe déchu, elle décide alors de mener secrètement son enquête. Un intérêt qui va très vite tourner à l'obsession, puisqu'elle en vient même à délaisser son entourage pour partir sur les traces de Bobby, persuadée que derrière le sans-abri anonyme se cache un véritable artiste au passé fascinant...
Mais qui était réellement Bobby ? Et qu'en est-il de Lauren ? Que masque cette obsession ? 
 
Comme je vous l'indiquais précédemment ce roman ne m'a pas totalement convaincue. Tout d'abord parce qu'il m'a fallu lire une bonne centaine de pages pour entrer dans l'histoire et que par la suite je n'ai pas trouvé l'intrigue très palpitante, rien n'est parvenu vraiment à me happer dans ce récit. Il se trouve également que j'ai eu beaucoup de mal à accrocher avec les personnages, une gêne due au flou qui les entourait. Nébuleux, j'ai trouvé qu'ils manquaient de consistance et étaient dénués de charisme, il m'a été difficile d'éprouver une quelconque empathie envers eux, d'autant plus que la distance avec ces derniers était renforcée par la narration du roman à la troisième personne ! Après, force est de constater que l'auteur s'est solidement documenté sur les thèmes abordés dans son récit, que ce soit sur les diverses causes qui amènent quelqu'un à se retrouver à la rue (rupture familiale, marginalisation, pauvreté, dépendances, maladies mentales, isolement social...) ou sur les troubles que peuvent rencontrer les victimes d'agressions particulièrement violentes (troubles bipolaires, crises de délire, stress post-traumatique...).
Au final, que retiendrais-je de ce roman ? Le clin d'oeil de l'auteur à F. Scott Fitzgerald ainsi que  de belles et authentiques photos d'archives en noir et blanc qui viennent joliment illustrer cet ouvrage. Ces clichés sont l'oeuvre d'un SDF, Bob Campbell dit La Soupe (désolée, mais je n'ai pu m'empêcher de réprimer un éclat de rire car j'ai immédiatement fait l'analogie avec les célèbres soupes Campbell, si chères à Andy Warhol), dont l'auteur s'est largement inspiré pour la rédaction de ce roman. Je salue enfin la générosité de Chris Bohjalian, qui a reversé une partie de ses droits d'auteur à l'association COTS* de Burlington qui vient en aide aux sans-abri ! 
 
* Committee on Temporary Shelter

Un extrait :

"Ce soir-là, vers dix-huit heures trente, le soleil venait de se coucher et une fraîcheur humide tombait peu à peu. Laurel ne s'inquiéta pas de l'obscurité, car le parking de gravier où elle avait garé le break de son amie n'était plus qu'à cinq kilomètres. Avec son unique fenêtre saillant au-dessus du garage, la maison voisine semblait afficher un visage de cyclope en verre, et en bardeaux. La jeune fille y arriverait d'ici dix minutes, un quart d'heure tout au plus. Tandis qu'elle pédalait, le sifflement lippu du vent fouettait les branches. Elle portait un cycliste noir et un maillot flanqué d'une bouteille de tequila jaune fluo. Loin de se croire vulnérable, Lauel se sentait forte, souple et athlétique. Elle avait dix-neuf ans.
Soudain, une camionnette marron la doubla. Pas un minivan, non, un vrai fourgon. Le genre de véhicule qui déborde habituellement de matériel de plomberie ou d'électricité mais qui peut se révéler dangereux et abriter le sinistre attirail de violeurs en série et autres meurtriers sanguinaires. De petits hublots étaient situés au-dessus des roues arrière. Les seules fenêtres. D'ailleurs, au moment où le conducteur l'avait dépassée, Laurel avait remarqué que la vitre côté passager était occultée par du tissu noir. Quand la fourgonnette pila dans un grand crissement de pneus quarante mètres devant elle, la jeune fille comprit la menace."

 
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